Gazette des Bcaux-Arts, seplembre 1875, p
2. Sur les origincs de l' Industrie des terres cuites (Academle des inscriptions, 17 novembrc 1882), ]p. 23-24.
derive visiblement de la composition ancienne qui montre Demeter reunie a sa fdle Core. Mais entre les mains d’un artiste plus occupe du rnonde des vivants que de l’empire des morts, elle perd son sens primitif; elle se transforme en un sujet familier et reel, au point de representer parfois deux so^urs pareilles en grace et en jeunesse ou meme deux petites filles1. En un mot, la composition ancienne et la composition actuelle sont, a mon avis, unies par un lien artistique, mais non par la mthne conception religieuse.
11 y a lieu d’insister sur cet eta t de transition qui reunit les terres cuites du ive siecle a celles du v% car la theorie de l'interruption entre deux ages de la civilisation grecque risquerait de nous engager dans line voie fausse, oil 1’etude de l’art ceramique perd toute cohesion et toute logique*. A la vieille maxime de Bacon, natura non operator per saltua, la nature no procede jamais par bonds, on pent ajouter en corollaire, neque ars facit saltus, l’art non plus lie fait pas de sauts. Au milieu des obscurites et des incertitudes inherentes a toute question historique, il ost essentiel de s’attacher a des deductions rigoureusement logiques. On est en droit de supposer des changemenls, des transformations insensibles, meme pour aboutir a des metamorphoses completes, car l’esprit liumain est dans un devenir perpetual ; mais c’est a condition de montrer les transitions qui sont conune les soudures entre les differents inaillons d une chaine. En un mot, il n’y a pas de revolutions dans l’bistoire de l’art, pas plus que dans cello des faits politiques et sociaux : il n y a que des evolutions.
1 . Yoy. les developpements que nous avons donnas i cette idee dans la Xtcropole de Myrina, p. 141. et surtout p. 431-436.
-■ il. I* urtwaengler a inontre aussi la jonclion des deux epoques vec des exemples analogues: Collection Sabouroff, tome ii, p. 17.
PERIODE TANAGREENNE. 97
L’evolution qui conduit des severes deesses du ve siecle aux coquettes Tanagreennes n’est enveloppee d'aucun mys-
Fig. 37. — Femme voilee, fragment de Chypre.
(Heuzey, pi. 16 bis, n° 2.)
t^re. Les types de transition abondent dans les vitrines des musees : il sufflt de les y chercher.
Nous citerons comme exemple un magniflque fragment de Chypre representant une femme voilee, assise sur un
trone a dossier eleve (fig. 57). On ne s’etonnera pas do rencontrer un inorceau du plus pur style hellenique sur le sol do File orientale, apres les explications donnees an sujel de rimportation des moules dans les contrees les plus eloignees de la Grece1. L’ajusternent du voile, la fagon de cacher la bouclie sous la draperie, la simplicity majestueuse des plis sur le corps, rappelleront a tout le monde les meilleures oeuvres de la fabrique tanagreenne. Mais la pose solennelle de la femme sur un siege monumental lui donne un caractere de divinite; le mouvement qu’elle fait pour s’enfermer dans son manteau a quelque chose de douloureux et de tragique; l’expression meine des traits ajoute a la mclancolie resignee qui plane sur toute la composition. Aussi M. lleuzey a-t-il pu avec vraisemblance y reconnaitre une Demeter pleurant le rapt de sa fille et rattaclier cot admirable inorceau aux images de la deesse, si frequentes pendant le vl! siecle. On n’en sent pas moins un sentiment nouveau d’individualite, un souci de la realite vivante, avant-coureur des principes si hardiment formulas par b‘s artistes du temps d’ Alexandre. Toute deesse qu’elle est, cette figure est la veritable aneetre des femmes assises, occupies a so mirer on plongees dans une douce reverie, tidies que nous venous de les voir dans la categorie beotienne. 11 a sufti de quelques modifications, d’un appret un pen plus coquet dans le velement, d’un siege plus modeste, d’un sourire egayanl la physionomie, pour transformer la divinite en mortelle.
Les memos reflexions sent suggerees par la vue d’une categoric de statuettes en forme de vases, oil Ton remarque assez souvent la figure d'une jeune vierge, debout dans une attitude de carialide, vetue d'une etroite tunique et enloureede rosaces doreesqui s'altaehentaux borduresde son