‹ Les statuettes de terre cuite dans l'antiquitéChapitre 39 sur 133 · Pline, Hist, nat. xxw. GO · texte numérisé non relu

Pline, Hist, nat. xxw. GO

-• M. Eui'lwieiijfler [Collection Sabourofjf, u, Introduction, p. 8) ' vnit dans les figurines de Tana^re une imitation tr6s particuliere des | motifs de la peinture.

PERIODE TANAGREENNE.

qu’on bouleverse les tombes nuitamment, qu’on emporte a la hate les beaux objets, en brisant ou en jetant les autres : un des plus interessants lieux de trouvailles a ete ainsi saccage en pure perte depuis une vingtaine d’annees1. M. Rayet, qui a vecu de longs mois en Beotie et qui entretenait des relations avec tons les gens du pays, a pu voir plusieurs fragments des slues peints qui decoraient l’interieur de certaines tombes. « Le trace ferme et allonge des oves, aussi bien que l’emploi des couleurs, rappelaient le temple de Priene et le mausolee d’Halicarnasse, deux edifices datant de 550 ans avant Jesus-Christ environ. » 11 cite aussi une douzaine d’inscriptions rapportees dune necropole de Megaride avec des statuettes analogues a celles de Tanagre. « Ces inscriptions dataient, a n’en pas douter, de quelques annees avant Alexandre. » Sa conclusion est que l’on pent placer au ive siecle le grand essor de la fabrique de Tanagre. 11 ajoute que la meme impression resulte pour lui du faire meme de ces statuettes2.

Cette opinion a ete combaltue avec vivacite par M. Furtwtengler, qui rejet te la date precedente comrae trop reculee. Voici les raisons sur lesquelles il appuie son argumentation. 1° L’art de Praxitele se conformait a l’ancienne methode de poser les figures debout et au repos dans une attitude tranquille, tandis qua Tanagre le mouvement de marche lente est deja predominant. 2° Les statues drapees qui ressemblent aux terres cuites de Tanagre sont presque cxclusivement des oeuvres de 1 epoque hellenistique ; au lieu de donner de l’ampleur & la poitrine, les draperies

1 . Les observations qu’ou a pu recueillir sur place out etc resumecs par M. Lolling; dans la preface 4 l’ouvrage de M. Kekule, Thonfigureii von Tanagra, p. 11-13. Voy. aussi Rayet, Etudes d'arche'ologie el d'arl, p. ‘278 et suiv. : llaussoullier, Quomodo sepulcra Tanagrcei decoraverint , Paris, 1884.

2. Eludes d’archdologie el d’art, p. 300. Yoy. aussi Gollignon, Manuel d’ archdologie, p. 243.

Ill)

sont ajustees do faijon a relrecir los epaules, a amincir le ] haut du corps qui va en s’elargissant vers lo bas, disposit ion contrairo aux principes de la belle epoque. o° b’eventail en forme do fon i I le ot lo chapeau pointu n’apparaissent quo sur los poinluros niurales do Pompei et dans quolques i reliefs d un caractere hellenistique tres prononce. 4° Los Amours ont deja un role d’enfants espiegles et rieurs; co n’ost plus rKros praxitdleen represenle sous los traits d’lin ephebe sdrieux. 5°Le type du visage feminin etroit, avec le uoz droit et allonge, differe absolument du type altique ot se rapproehc do la pbysionomie donnee aux jeunes tillos de Pompei. G1 On n a pas rocuoilli do vases peints aupres dos terres cuites do Tanagro; on no trouve quo dos vases sans ornenients, mal vornis, d unc epoque on la peinture des vases dtait tombee on desuetude. Toutes ces considerations (i amenont a faire remontor a 1 epoque qui a suivi irnrnediatement la mort d Alexandre et a la premiere moitie du nr siecle 1 origine dos produits de Tanagre qui portent l’empreinto du beau style1 ».

ba diflerence de date proposee n’introduit pas de modilication profonde dans les conclusions enoncees plus haut.

<>n s accorde a dire quo la fabrication tanagreenne remonte a I epoque d Alexandre. Qu olio delude quelques annees <i\ant la mort du grand conquerant ou quolques annees apres, la question a pen d importance ot i I n’y a pasmatiere a discolor longuoment surce sujot. bos objections relatives •m st \ I o memo ot a 1 ecole artist ique dont relevo l’ensomble dos figurines ont plus de gravite, car elles eontredisent lmmolloment los rapprochements quo nous cberchions a etablir outre los oeuvres de Praxilole et les produits des modeleurs bootiens. Apres un mur oxamon des originaux exposes an bom re, nous ne croyons pas necessaire d'aban-

I CdUction Sabouroff, edit, franyaise, tome ii, p. 4-7,

rlRIODE TANAGREE.N'NE.

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donner le sentiment qui nous portait d’instinct a voir dans ces figurines 1111 rellet du genie auquel nous devons tant de creations pathetiques el charmantes1. Quelques-unes des ressemblanccs qu’on signale avec 1’epoque hellenistique sont exactes; mais il ne faul pas oublier qu’une fabrique florissante coniine celle de Tanagre n’a pas une duree limitec a une cinquantaine d’annees. Elle s'est prolongee assurement dans le courant du me siecle ct elle subit les influences que nous analyserons dans le chapitre suivant en etudiant les produits de la Cyrenai'que et de Myrina; il n’est done pas surprenant de trouver dans les details d’ajustement certaines inodes etrangeres au pur style attique, dans les airs malicieux des Eros une saveur de poesie alexandrine. Sur quoi sc fonde-t-on pour affirmer que l’attitude de la marche lente est. une creation posterieure aPraxitele? N’avons-nous pas deja dans ses statues debout et tranquilles les elements du meme mouvement? Toutes les copies des Venus attributes au maitre out pour signe caracteristique l’aspect du corps penche sur une jambe qui supporte tout le poids du corps, tandis que 1 ’autre flechit mollement. Une pose analogue, favorable aux flexions onduleuses du torse, est commune aux celebres Satyres du meme sculpteur. Remarquons que la majorite des statuettes tanagreennes reproduit ce leger gauchissement du corps. La main posee sur la hanche saillante parait etre aussi une trouvaille du grand artiste dans une de ses figures de Satyres; or ce geste est, on le sait, particular a beaucoup de figurines beotiennes. Nous sommes egalemcnt bien loin de relrouver dans les visages cette etroitesse de lignes, cet allongement qui les ferait mettre au rang des oeuvres hellenistiques. La tete est

1. M. lleuzey a indique aussi la meme filiation dans son article sur les Femmes voilees ( Monuments yrecs, 1874, p. 0).

fort petite pour le corps, ce qui a ete de tout temps un signe de la race grecque; les yeux sout longs et sensiblement fendus on amandes; la bouche mignonne, avec ce retroussis voluptueux de la levre inferieure d'une complexion un peu grosse qu’on signale ordinairement comme un trait du style praxiteleen. La coiffure enfin, en bandeaux ondules et legerement bouffants, rappelle tout a fait les chevelures des plus celehres Venus copiees sur les originaux du ive siecle. II est vrai que la mode hellenistique y ajoute plus tard des frisures, des divisions en cotes, des enroulements de nattes, qui s’eloignent de la simplicity primitive; mais on constate facilement dans de nombreux specimens Lharmonieux et sobre arrangement de la belle epoque. Nous trouvons, en particulier, dans la plastique du iv‘‘ siecle un monument qui offre les plus intimes ressemblances avec les statuettes tanagreennes. C’est un des basreliefs decouverts a Mantinee dans les fouilles de l'Kcole francaise et qu’on suppose appartenir au piedestal d'une statue de Latone sculpteepar Praxitele. Le style en est tout a fait conforme aux bonnes oeuvres du n° siecle et forme un contraste frappant avec les marbres de l’epoque hellenistique. On y voit des Muses assises ou debout, tenant des instruments de musique. Plusieurs d'entre elles sont absolument semblables aux figurines de Tanagre parle costume, la coiffure et 1 attitude. Le rapprochement s’est impose a 1 esprit de tous ceux qui out vu les originaux a Athenes. Nous n’avons pas de raisons d'attribuer l’execution de ce piedestal a Praxitele lui-meme, mais il date probablement du mime temps et il est peut-tMre du i\ un des eleves du mailre1.

L argument fondesur l'absence de vases peints dans les

1. Ilul let in lie correspondancc hellinique, 1888, p. 105-128, pi. j, n, in (voy. sui'tout la pi. m), article de M. Fougferes, auteur dc la decouverte.

PERIODE TANAGREENNE. 113

lombes de Tanagre ne suffit pas a proiiver que la fabrication des terres cuites ait commence apres la decadence des ateliers de poteries en Grece. Si foil trouvait dans ces sepultures im grand nombre de vases meles an figurines, on pourrait determiner par ce moyen un point de repere chronologique. De ce qu’il n'y en a pas on seulement d'insignifiants, est-on en droit de conclure que la peinture de vases n’existait plus? Les rites funeraires different de pays a pays. En Atlique, on ne met guere que des vases, sans terres cuites, aupres du mort. EnBeotie, on depose pres de lui des terres cuites, sans autre vase qu’une sorte de grande cruche, en terre rouge ou noire, depourvue de toute ornementation, simplement pour contenir la boisson du defunt*. G’est un usage parliculier a la region; il ne prouve nullement que les poteries pcintes n’existaient plus. Ce qui tendrait a faire croire le contraire, c'est que sur certains vases de Sicile on de Crimee, a figures rouges rehaussees de tons blancs, bleus et jaunes, suivant le svsteme employe vers le milieu du ive siecle, on remarque des ligures de femmes encapuchonnees et embeguinees dans leurs draperies de la rrieme fagon que les statuettes tanagreennes1 2.

Rappelons encore que dans les necropoles de la Locride Opontienne, fertiles en figures archaiques du ve siecle (ephebes avec coq ou lyre, Demeter assise, canepbore), on ne recueille ordinairement que des vases noirs unis, sans decor3. C’est pourtant une epoque de pleine lloraison pour la peinture de vases.

Nous avons un dernier argument a faire valoir en faveur de

1. Rayet, Etudes d'archeologie et d’art p. 285. Fauvel a remarque que les paysans beolicns out encore aujourd’lnii la coutume de mettre un vase plein d’oau dans les tombes, pres de la tete du mort.

2. Renndorf, Griechischa und Sicilische Vasenbilder, pi. 4b, n° 1 : pi. 55, 50; Rayet et Collignon, Hist, de la Ceramique grecquc , lig. 100.

3. P. Girard, Bulletin de conrspondance kcllenique, 1878, p. 588, 1879, p. 214.

l’hypothese ([iii place les debuts de l’industric tanagreenne sous l’influence de Praxitele et de scs disciples. Si les ateliers beotiens n’avaient commence a prosperer qu’a la fin du iv° siecle on an debut du me, comment auraient-ils echappe a 1'action immediate d’une autre ecole, aussi faineusequecelle de Praxitele, aussi feconde en enseignements nouveaux et docilement ecoutee par tons les artistes contemporains, je veux dire 1 'ecole de Lysippe? Nous aurons a montrer dans l’etude de la cSramique hellenistique tout ce que les inodeleurs out du a ce puissant statuaire qui remplace promptement Praxitele sur la scene de Part grec. Rien dans les types lanagreens ne revele Papplication de scs principes favoris, l’etude du nu, le jeu de la pliysionomie, la facture particulifere des cheveux, Pallongcment exagere du corps. N’est-il pas naturel d'admetlre que si les plus anciens artistes de Tanagre. ignorent les lois creees par lui, c'est qu ils ne Pont pas connu? 11 en resulte que la naissance de leur industrie doil so placer a une epoque un pen anterieure a Alexandre le Grand, plutot qu apres la mort du conquerant, c’est-a-dire entre les annees ooO et ooO : la gloire de Praxitele rayonnait alors sans i i vale 1 .

1. Voy. plus loin l’arguincnt que nous I irons aussi Res antiquites trouvees en Cyrenaique (chapitre vu, p. 13‘2).

Fig. 41. — Eros de Tanagre.

(Exlruitdu Dicliunnairc </< s Anliijuiles de Sitglio, i, fig. 21S7.)

ClIAPITRE VI

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