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L’ART HELLENISTIQUE EN AFRIQDE ET EN CRIMEE

quelque sorte, enfermer avec lo mort dans son tombeau, conime une consolation supreme. Mais l'invasion des motifs familiers, le caractere plus realiste et moins austere des figures divines dans l’arl hellenistique, l’oubli croissant des traditions anciennes tendent maintenant a relacher les rapports etroitsqui unissaient le defunt aux maquettes d’argile deposees a ses cotes. Pour retablir ce lien, on cree une categorie de statuettes d’un type tout particulier. Elies symboliseront les regrets de l’existence perdue, beaucoup plus que les esperances d'une felicite future, et l’on ne pent douter que le dessechement des ames en matiere religieuse ne contribue alors a la tristesse des images funeraires. On representera Eros, le dieu des joies humaines par excellence, dans une attitude melancolique, retournant une torche enflammee centre terre : il semble planer sur une vie a jamais disparue (fig. 47). Nousverrons, a Myrina, cette classe de figurines s'enrichir de creations differentes, mais inspirees par les memes sentiments de chagrin et de decouragement. On sent la une note nouvelle au fond de l’ame grecque, et l’echo s’en retrouve dans la composition des epitaphes gravees sur les pierres des tombeaux : il s'y glisse souvent un mot amer ou sceptique qui fait contraste avec la limpide tranquillite des inscriptions anterieures.

Avant de quitter le sol africain, il serait naturel de faire ici une place aux terres cuites d’Alexandrie : la grande cit«5 egyptienne ne doit pas seulement son renom a la gloire de

Fig. 47. — Eros fnneraire.

(Reiizey, pi. 52, n" 1.)

son fondateur et h sa prosperite commerciale; el le dispute bientot a Athenes vieillissante lerdle d'educatrice du monde ancien par l'originalite de ses produits litteraiies, de ses peintures, de ses pet its bronzes, et par l’eclat ile ses fetes pompeuses oil accouraient de toutes parts des spectateurs einerveilles. Dans les manifestations imposantes de cette renaissance artistique, il parait certain que l’industrie ceramiquc a du jouer un role important. Nous connaissons de belles amphoresa lustre noir, aux anses torses, decorees de feuillages blancs ou d’appliques on relief, des poteries emaillees dont on attribue la fabrication aux ateliers alexandrins, pendant le regne des Ptolemees1. On a recueilli dans les memes necropoles ptolemaiques des terres cuiles d’une argile brune, un pen rougeatre et friable, dont le caractere local est evident et qui les rend faciles a distinguerentre toutes. Des renseignements qui nous sont parvenus, nous somines en droit de conclure que les collections particulieres du pays renferment de nombreux specimens en ce genre*, line vi t line entiere a pu etre composee an Mu see du Louvre avecdes exemplaires de provenance egyptienne. Malheureusemenl la plupart de ces figurines sonl encore iuedites et n’ont pas fixe l'attention des archeologues autant qu’elles le nieritent. II y a la une lacune qu’il sera it urgent de combler. En attendant, nous signalons coniine objet d’etude la petile collection du Louvre ou l’on trouvera, nudes aux molifs plus recents de 1’epoque romaine, quelques types interessants pour l'liistoire hellenistique.

Les figures comiques y sont representees par des teles %

L Hayot et Colli;;iion, Crramique grecque, p. 2C>9, ‘270, ."71.

2. Xov. p;ii' exeinple les jolies statuettes de la collection Pugioli,) uliliees par M. .Niiroutsos-liey. I.'ancirnne Alexandria, tXSS, p. 74-75. On v remanpie des lemmes drapees, analogues a celles de Cyrenaiquc el dei'i\ees du type lana^reen, un jeuue llypuus ajipuve d ime main SUV

une lyie et tenant de 1 autre une enornie tige de pavols.

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cl'hommes du plus fin travail : on salt quc les Alcxandrins avaient la reputation de gens d'esprit, tres portes aux plaisanteries satiriques1. Les divinites helleniques sont en petit nombre; on compte parmi elles une Core tenant la torche, trailee dans un style assez souple. C’est surtout dans le pantheon egvptien que les ceramistes ont cherche leuis modeles en les accomraodant aux formes plus recentes de Part : le jeune Horus, avec un doigt sur la bouche, est reproduit frequemment dans des attitudes diverses ou se reflete la grace de l’enfance. Une idole plus enigmatiquo so presente sous les traits d’une femme assise, coiffee des attributs isiaques et ouvrant les bras avec un geste bemsseur de Bouddha indien *. Les animaux sacres, le boeuf Apis, le chat, ne sont pas oublies. Les physionomies populates de l’esclavenuet adosse a un pilier, de ladanseuse, de la joueuse de cithare, nous ramenent a une observation plus precise de la realite.

Telle qu'elle est, cette serie donne une idee avantageuse de l’habilete deployee par les ouvriers alexandrins dans le fagonnage des terres cuites, du me an r ■' siecle avant

notre ere; elle prouve qu’ils nc sont pas les descendants indignes des consciencieux artistes charges jadis de decorer les tombes pbaraoniques. Avec autant de precision dans la copie de la nature, ils ajoutent a cette qualile native une pointe de gaiete et de petulance ou se reconnait 1 esprit nouveau qui a souffle sur la vieille Egypte. Comme exemple de cette fabrique nous reproduisons une jolie statuette, attribuee par M. Rayet a la fin du iv" ou au debut du ml! siecle (tig. 48). C'est une composition dont aucun monument ou te'xte ancien ne pout etre rapproche, mais qui

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