L’ART 1IELLEN1STIQUE EN AFRIQUE ET EN CRIMEE
s’etonnerait a justetitre de rencontrer dans les sepulcres des chefs scythes tant d’admirables bijoux du style le plus fin, des vases de bronze richement ciseles, des monnaies d'or au type d’Alexandre ou de Lysimaque, des poteries peintes d’un dessin purement attique, etenfindes statuettes deterre cuite reproduisant tous les motifs helleniques. II sufflt de parcourir les planches luxueusement gravees des Comptes rendu s de la commission archeologique de Saint-Petersbourq ou des Anti quiles du Dosphore Cimmerien, d’apres les originaux conserves au Musee de l’Errnitage, pour etre frappe de l’etroite parente qui existe entre les objets trouves en Crimee et les produits des fouilles pratiquees en Cyrenaique. La cerarnique peinte, en particulier, est tout a fait semblable dans les deux pays. Les vases de style severe a figures rouges sont plus nombreux dans le Dosphore, parce quo les importations grecques ont commence des le milieu du vc siecle. Mais la serie la plus riche est celle du ive siecle, comnie en Afrique : c’est la meme abondance de petites amphores ou pelikes a figures rouges rehaussees de tons blancs, portant des sujets orientaux, des Amazones, des griffons, des corteges bachiques; c’est la meme quantite de vases minuscules oil les jeux d’enfants sont reproduits ii satiete; enfin on y constate aussi la presence d’amphores panathenaiques appartenant a l epoque tardive de celte fabrication.
Les comptes rendus de fouilles donnes par la publication russe sont assez detai lies pourfournir matiere a une etude methodique du mobilier funeraire. Deux fails sont ainsi mis en lumiere : en general, les vases peints ii figures rouges representent seuls la cerarnique dans les tombes les plus anciennes ; les statuettes de terre cuite paraissent appartenir a line periode plus recente et se melent a des poteries vulgaires, d’argile commune sans ornaments, parfois decorees de guirlandes et de feuillages
blancs, on ornees de reliefs. D’apres ces indices, il est vraisemblable de placer au ui° siecle la grande floraison des figurines cimmeriennes. Faut-il ajouter que la demarcation cnlre les vases points et les statuettes n’est pas absolument tranchee? II y a penetration entre ces deux periodes. Les figurines qu’on recueille aupres des belles peintures ou des vases-statuettes du iv*1 siecle sont rares et ont encore line saveur d’archalsme, fort eloigne des principes hellenistiques1 3. On constate aussi la presence de poteries a figures peintes aupres des terres cuites de style recent; mais, dans ce cas, les peintures sont nuancees de tons blancs et la negligence du pinceau trahil la decadence de la fabrication, voisine du me siecle5.
be style des terres cuites est tout particular, d’un provincialisme lourd ou les formes s’empatent dans une rondeur inelegante : beaucoup sont laissees ii fetal brut au sortie du inoule; cellos que l’ouvrier aretoucliees a l'ebauchoir n’y gagnent point en finesse ni en legerete. Les gestes sont gauches, les draperies epaisses, les traits tires ougrimacants. Au premier abord, on pourrait se croire en presence d’une fabrique d’epoque tardive, en pleine decadence romaine. 11 est vrai que ces figurines n’appartiennent pas toutes a l’art hellenistique et que la fabrication a dure en Tauride jusque sous les empereurs, conime le prouve la decouverte de. monnaies au type des princes du Bosphore contemporains du rr et du ir siecle apres Jesus-Christ®. Cependant nous croyons qu’on serait conduit a une conclusion t res inexacte, si l’on ne tenait compte que de cette impression premiere. Los monnaies elles-memes sont de sues garants de l’antiquile des statuettes, car plusieurs portent la frappe
1. Voy., par extMiipU'. la pi. 2, amide 1870-71. dans les Complex remlits dr Saint-P<'lcrsbourg , avec le lexte de 18(19, p. vi; 1870-71, p. 7.