‹ Les Steppes De La Mer Caspienne, Le Caucase, La Crimée Et La Russie MéridionaleChapitre 10 sur 27 · Cotter, en russe, est l'^uivalent de homeau · texte numérisé non relu

Cotter, en russe, est l'^uivalent de homeau

542 CHAPITRE xvnr.

de hauteur, destioës à iodiquer les dùtaooes. Ce soot là tous les frais que le gouyeroemeut se permette de lliire pour les routes de poste impériales qui conduisent aux principales villes de 1 etiipire.

ÂTaut d'arrher à Novo-Tscherkask, la capitale des Cosaques, nous fîmes encore une rencontre pour le moins aussi singulière que c* lie de nos bohémiens.

Qu'on s'imagine notre surprise, lorsque, après avoir trayersé un large ravin qui nous avait longtemps masqué la route, nous vîmes se déployer dans le steppe uue file innombrable de [Xililes voitures escortées par je ne sais combien de cenUiines de femmes. Nous avançâmes. intrigués au plus haut point; et plus nous regardions, plus bes femmes se multipliaient sous nos regards. Il y en avait partout, dans les voitures, sur la route, dans le steppe; on eût dit une invasion de sauterelles tombées tout à coup du ciel. La plupart de ces femmes marchaient pieds nus, tenant leurs souliers d'une main, tandis que de l'autre elles ramassaient des débris de bois et de paille, dont il nous était impossible de comprendre l'usage. Leurs voitures ressemblaient, pour la forme, à des véritables tonneaux percés de deux ouvertures, et c'étaient ellesmêmes qui les conduisaient, car ii n'y avait pas l'ombre d*une barbe parmi elles. Toutes ces femmes, comme elles nous rapprirent, revenaient des catacombes de Kief, où elles avaient été en pèlerinage.

Dans le nombre je remarquai quelques vieilles qui

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ii*avaieat plus qu'un souffle de vie* Elles paraissaient horriblement fiitiguées, mais cependant fort contentes

de leur expcditiuu religieuse.

Plus loin, nous rencontrâmes une autre procession du même genre , qui s'était déjà organisée pour son campement de nuit. Des feux , alimenté par ces petites bûchettes de bois (jui nous avaieiiL laul intrigués, servaieat à préparer le repas du soir. Toutes les pèlerines étaient occupées et formaient les groupes les plus variés. On en voyait qui allaient chercher de l'eau dans des vases de terre places sur leur tele; d'autres s'agenouillaieot dévotement en faisant le signe de la croix et les génuflexions, si fréquents chez les Russes et tes €osaques ; les plus vieilles entretenaient le feu, en racontant des histoires: c'était un indicible brouhaha, une confusion, une variété de poses et de physionomies des plus pittoresques.

Toutes ces femmes étaient de race cosaque. Il règne chez cette nation beaucoup plus de ferveur dévole que chez les Russes. Une l^ère différence de texte entre les Bibles des deux peuples en a occasionné une très-grande dans leurs sentiments religieux. Cosaques s'appellent les vrais croyants, et s'abstiennent par piété de la pipe et de beaucoup de choses que les Russes se permettent sans scrupule : leur caractère loyal est rarement enlaché d'hypocrisie. Us aiment, ils croient avec autant d'ardeur que de sincérité.

A l'extrémité d'un plateau, sur le bord d'une large

et profonde vallée, la ville de Novo-Tscherkask ae montra subitement à nos yeux, élevant en amphithéâtre ses constriR lions et embrassant dans son enceinte gigantesque plusieurs collines, dont les vastes pentes desoendent jusqu'au fond du vallon. Toutes les villes que nous avions vues jusqu'alors, et qui nous ,n ai ( n t ta ni choqués par la largeur extra > ai; a r 1 1 ( 1 1 e leurs rues et leur pénurie de maisons> n'étaient rien encore en comparaison de ce que nous avions en ce moment sous les yeux. Vue du point où nous étions placés, la ville entière ressemblait à un immense daiuicr, dont les ligues seraient formées par des avenues plus lai^ que la place du Carrousel. Ces lignes bordées de loin en loin de quelques chétives habitations y et séparées les unes des autres par de vastes terrains, où des r^iments entiers pourraient manœuvrer fort à l'aise, quelques ^ises et un arc de triomphe élevé en 1815 en rhonneur d*Alexandre,'8ont les seuls points aillants de ce désert, qu'on appelle une capitale, et dont la superficie est, sans exagération , aussi vaste que celle de Paris.

Novo-Tscherkask, aujourd'hui le si^ de toutes les administrations du pays du Don , a été fondé en 1800 par le conile Platof, que la malheureuse campagne de Moscou a . rendu si célèbre. Sa position, essentiellement vicieuse, ne présente aucune chance de prospérité pour l'avenir. Elle est située à plus de douze kilomètres du Don^ sur une hauteur entourée de tous les côtés par l'Axai et le Touzlof,

petites miêres qui se jettent dans le fleuve dool réloignemenl lui est si fiital. Platof avait choisi , dit-

oo, cette localité afia d'y créer une place forte. Mais ses idées n'ont pas été réalisées. Un autre inoonvénient majeur pour NoTo-Tscheràasky c'est le manque absolu de bonne eau. Aussi les gens aisés s*j serrent* ils de glace iondue pour préparer le ihé.

Sur la grande place de la ville s*élèvent deux immenses bazars couverts en bois, où Ton trouve toutes sortes de marchandises et surtout une nombreuse collection d'équipements militaires à 1 usage des Cosaques. Il y a encore un vaste arsenal» mais complètement dépourvu d'armes. Quant aux autres constructions, elles ne niéiilent pas d'être mentionnées, eu dépit de toutes les belles descriptions qu'en douuent les géographes*

Mais ce que Novo-Tscherkask renferme de réellement précieux et de tout à fait excepliouiiel eu Uussic, c'est un excellent hôtel, tenu par un Français, où le voyager trouve tout le confortable possible. La noblesse qui a puissamment encouragé cet établissement, y a établi un casino, où se donnent de nombreuses fêtes pendant l'hiyer.

. En 1837, l'empereur Nicolas visita les Cosaques du Don; la capitale dut à cette droonstance la bonne fortune d'être dotée de réverbères. Mais ce maguiiique éclairage disparut avec Sa Majesté , et Ton nous a raconté que, pour empêcher qu'on ne volât les

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lanternes, les autorités les avaient ^t garder chacune par un Cosaque armé.

La populatioQ de iSovo-Tscherkask résullant de la réunion de quatre stanitzas, s'élèyc environ à dix mille babitants. Staro-Tscherkask, Tancâenne capitale, actuellement abandonnée, n*a rien pour attirer Tatten- . lion du voyageur, quoique le docteur Clarkc lui ait accordé le titre pompeux de Veuise de la Russie.

Notre arrivée dans la capitale des Cosaques eut lieu un dimanche; les fenêtres de notre appartement donnanl préciséuieuL sur ia seule proineuade fréquentée de la ville, nous pûmes passer en revue la plus grande partie de la population. Ici tout annonce rbumeur nomade et guerrière des Cosaques; plus de reflets de l'Europe, plus de costumes francs, plus de population mélangé; tout est cosaque, eioepté quelques figures kalmoukes, qui annoncent d^à les bords du Volga et le désert.

Les Cosaques que nous avions vus à Tagaurok nous avaient donné une assez pauvre opinion de la beauté des femmes de ce pays. Àussi fûmes-nous agréablement surpris à la yua de luules les jolies filles qui passaient coutinuellement sous nos feutres. Leui- cos^ tume même, qui nous avait paru assez disgracieux, ne nous sembla pas dépourvu d'originalité et d'une certaine coquetterie. Les jeunes filles laissent flotter leurs cheveux nattés sur leurs épaules, et y attachent ordinairement des rubans de couleur éclatante, qui

leur desoencbnt jusqu'aux talons. Quelques-unes ren* ferment ces tresses dans un mouchoir de soie, de

manière à l'ormer une longue bourse. Cette (oill'ure n'est pas sans agrément et sied assez bien à leur physionomie piquante. •

C'était Traiment un gracieux spectacle, que celui de celle foule nombreuse d élégants officiers et de jeunes femmes eu costume de fête, se pressant sur le trot* toir et Changeant des regards, des sourires et même de douces paroles, tout comme s'ils eussent été dans un salon. Les hommes sont beaux, d'une taille éleyée, et portent admirablement Tuniforme. La bra?oure et un noble orgueil se lisent sur leurs traits et dans leurs yeux, comme s'ils étaient encore ces fiers enfants des steppes qui, ayant Catherine II, ne i-econnaissaient d'autre pouvoir que celui de leur atamàn, librement élu par eux. Aujourd'hui » comme il y a cent ans, leur seule occupation est la carrière des armes; et nous YeiTous plus loin, dans leur histoire, que leur organisation est encore toute miUtaire.

Quelle fausse idée on se lait encore en France, de ces bons Cosaques si inoffensifs et si hospitaliers! Les événements politiques de 1814 et 1815 ont laissé dans tous les esprits un profond éloignement pour eux; et, du reste, il serait difficile qu'il en fût autrement. Mais tels que nous les a\oiis vus chez eux, ils méritent bien peu le sentiment de répulsion qu'inspire leur souvenir. JNulle part, en Russie, on ne voyage

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avec plus de aécuritë que dans leur pays» et Dulk part le voyageur n'est accueilli avec plus d'empressement et plus de bienveillance. Le litre de Français, surtout, y est une excellente recommandation. Le portrait de Napoléon se trouve dans presque toutes les maisons ) et fort souvent il est placé au «dessus du grand saint .Nicolas lui unéme. Aussi tous les vieux soldats qui onl sui^écu aux grandes luttes de l'empire professent-ils pour Tempereur la plus grande vénération; et ces sentiments sont complètement partagés par la génération actuelle.

CH^^PITRË XIX.

GUÀPiTRË XIX.

Origine <les Cosaques du Don. — LaKaîiachia de Constantin Porphyrogénète, — Défiooiiuation cosaque. — Les Khirguists-Kaissaks. — • SUence de Bubruquis et de Jean do Plan de Gar|nn «or les Coaaqde*. — Pra^lec «mMeim aux Cosaqnei. — Énignitioiis slares Tera l*Qrient. — Les PoIdvIbs. — h» Cosaques et les Circassiens appartiennent à deux nations différentes. — Considérations physiolc^iques et religieuîîes. — Traditions des peuples du Caucase. — Opinions de Karamsin et de M. Scfanitzler. — Mélange des Go* aaqnes avce d'anlves iwei* Origine du mot Tsciierlunk. — Prandire apparition desCMaqued — Gomlitatioii primitive de leur État* — Deitnio* tion de leur indépendance par la Russie. — Création de l'aristocratie. — Révolte. — Le servage établi chez les Cosaques. — Situation actuclW' du pays du boa. — Oi^aoisation militaire.— .Kalurc du pays. — Ses ressources, aea oonuiarce, aon indnilrie. « CpltnM de la vigne* Une axcnmon dia les Ifalmonlfw eoaaqnet. — Tinte à un srand-prètre landle.

L'origine des Cosaques du Don, comme celle des Tatars de la Russie méridionale, a donné lieu à d'interminables discussions. Quelques écrivains ont représenté ce peuple comme ayant été primitivement une branche de la grande lamille slaye; d'autres n'y ont YU qu'un mélange de Turcs , de Talars et de Circassiens. Vsëvolojsky , dans son Dictionnaire géographique et historique de l'empire russe, adopte la première de ces deux opinions. M. Schnitzier, dans sa Statistique de la Russie , tranche hardiment la question, en déclarant que les Cosaques du Don, originaires du Caucase, appartiennent en majorité à la nation Tscherkesse ou Circassienne.

ââO CHAPITRE m.

Dans le neuvième siècle, Conslantia Porphyrogénèle fait mention d'une contrée appelée Kasachia, « De «l'autre côté du pays papagieu, dit -il, se trouve la « Kasachia, et immédiatement après l'on découvre les « sommités du Caucase. * Dans les chroniques russes, il est également question d un pcupie kasache, vaincu et soumis eu 1021, par le prince Mstizlaw de Tmoutaraluin. Toutes ces citations sont, il faut l'avouer, bien vagues; et Tanalogie qui existe entre deux noms ne saurait pei mettre de conclure que les Cosaques de nos jours et les Kasaches du neuvième siècle ne forment qu'une même nation. À part les quelques mots que nous venons de citer, nous n'avons aucun reaseigncmcnt sur ce dernier peuple; et toutes les recherches historiques n'ont, jusqu'à présent, rien pu nous apprendre sur la véritable position de TmoU'tai akao. On a placé cette ville tantôt à Uiazan, tantôt aux embouchures du Volga , sur remplacement d'Astrakhan, tantôt sur la rive asiatique du Bosphore* Une pierre, portant une inscription slave et découverte àTaman, parut un moment avoir résolu le pioblème. Mais, plus tard, il fut parfaitement démontré que cette grande découverte historique n'était qu'une mystification jouée à messieurs les antiquaires, souvent par trop crédules.

La Kasach ia du neuvième siècle ne nous est donc connue que bien impar&itemenf, même avec le secours de Constantin Porphyrogénète^ il serait difficile de dé-

terminer m position géographique cTune manièfe réellement précise; et lorsque, sii cents ans après, apparaissent pour la pieiiuèrc fois les Cosaques que nous connaissons aujourd'hui , il est par trop téméraire de vouloir les faire descendre d*un peuple ai sommaire^ meut indiqué par l'éerivmn de Byzance. Cette opinion paraîtra d'autant moins admissible , que le pays des Cosaques, situé autour de la mer d'Âzof , s'est trouvé précisémoit sur la grande route de toutes ces hordes conquérantes qui , du fond de l'Asie , sont Tenues envahir et ravager l'I^urope, et ont ensuite successivement disparu sans laisser d'autres traces que leur nom dans rhistoire.

La Kasachia aurait-elle élé plus heuieuse? \ a \W quelque probabilité que son peuple , après six cents ans d'obscurité absolue, se soit de nouveau relevé du sein de toutes ces révolutions, pour produire noe Cosaques d'aujuiud Lui? JNous ne le pensons pas. Les études historiques d'abord, et surtout la connaissance dea contrées qui s'étendent entre la mer d'Azof et la mer Caspienne, démontrent, à ne laisser aucun doute, que tous ces pays n'ont jamais cle occupés par un peuple à demeures fixes. ]\ous avons parcouru nousmêmes ces déserts de la Russie jusqu'au pied du versant septentrional du Caucase; et , sauf les restes asseï modernes de Madjar, sur les bords de la Kouina, nous n'avons trouvé nulle part aucun vestige humain, aucune trace de colonisation, il n'est donc nullement

Yratsemblable qu'au milieu de toutes les tourmentes des invasions asiatiques du neuTÎème au quinzième

siècle, au milieu de la disparition complète de tant de races, un petit peuple nomade ait oonsenré» pendant six cents ans, sa nationalité et son territoire» sans se laisser entraîner et absorber par toutes œs hordes belliqueuses qui ont dû passer sur lui comme des torrents. Ce serait là un iait historique tout à fait unique dans cette partie du monde; quant à nous, il nous semble en contradiction flagrante avec Texpërieoce historique. Aussi croyons-nous que les Cosaques de nos jours n'ont rien de commun arec la Kasachia de Constantin Porphyrogénète, et qu'il laut chercher ailleurs et leur origine et la raison de leur dénomination.

Eiaminons d'abord ce mot Cosaque* D'après l'usage que l'on en a feit autrefois et celui que l'on en fait

encore aujtmid'hui , il semble évidemment ne pas appartenir à un peuple spécial , mais simplement exprimer le caractère générique de toute nation ayant certaines habitudes et certaines mœurs distinctes. C'est ainsi qu'en Russie un appelle encore Cosaques tous les mdiTidus militairement organisés : dans les steppes de la mer Caspienne, il y a des Kalmouks, des Tureomans, des Tatars, qui sont ainsi désignés; et en Bessarabie, des bohémiens et un ramassis de geos sans aveu constituent les Cosaques du Dniester. Les Cosaques du Don eux-mêmes n'attachent aucune

signification historique à leur nom, quMls semblent r^atder simplement connue un sobiiquel qui leur a été donné autrefois: aussi partagent-ils volontiers leur dénomination ayec les peuples nomades qui les entourent et qui sont organisés comme eut. Le seul titre qu'ils at&cbeat chez eux, c'est celui de yiai croyant.

Dan4 des temps plus reculés , nous voyons déjà des

Khirguises'Kaissaks , qui existent encore de nos jours: certes entre ce peuple musulman et uos Cosaques il ny a aucune analogie à établir. D'un autre cété, il parait prouvé que les Tatars» avant leurs invasions en Europe, appelaient déjà Cosaques, chez eux, tous les individus qui, u'ayaot point de propriété, étaient forcés de se livrer au pillage ou de vendre leurs services à des chefs militaires. Le mot Casaque ne re- { )j cseute donc , d'après nous , que les mœurs d'un peuple nomade et vagabond; et il est à croire que les Tatars, à leur arrivée en Europe, ont donné ce nom à toutes les peuplades errantes qu'ils trouvèrent dans les steppes de la mer crAzol cL du Don. Ce qui tend encore à coiiiirmer uos opinions, c'est que Rubruqub et Du Plan de Carpin, qui ont traversé toutes les contrées de la Russie méridionale lors de leur voyage chez le grand Khàn des i aUr^, au commencement du treizième siècle, ne font aucune mention des Cosaques.

Maintenant d*où venaient ces peuples nomades qui 1. 23

S&l CBAPlTflfi XIX.

ont prMdë les CoMques de nos jours dans les steppes

du Don et de la mer d'Âzof? Ici encore, nous ne serons pas d'accord ayec les idées du Toyageur Clarke et de Lesur, gënéraleinent adoptiSes dans la Statistique de M. Schnitzler.

D'après le témoignage de tous les historiens , les Slaves occupaient déjà différentes parties de la Russie méridionale pendant les premières années de la déca* dence du Bas-Bmpire : en effet chacun sait que les descendants de Rurik sont souvent allés attaquer les empereurs d'Orient juaqu'aux. portes de leur capitale. Les annales de la Russie constatent ég^ment à la même époque l'existence des Slaves dans toute la Petite- Russie, et même dans le pays du Don. Cette contrée s'appelait alors SMr^* Ses habitants» après une longue lutte soutenue contre les Fétchenègues, émigrèi'ent en partie, et aujourd'hui encore nous retrouvons leur nom dans une des principautés du Danube, la Smvie.

D'un autre eMy il est universellenient reconnu, même par les ennemis de nos of)i nions, que les pays du Don avaient été occupés autérieuremenl aux in- Tasions tatares par un peuple nomade et guerrier, les Pohvizis : tout porte à croire que ces Polovtzis n'étaient autres que des Slaves ^ On comprend du

1. Nous flomiiMS entièrement convaincu que les Gomaos citéi |mr les écrivains byantins ne sont autres que les Kaptschaks des historiens orientaux} le récit de Rubruck nous en fournit

reste que les disseDsioDs, les guerres continuelles entre les nombreux chefii qui ae partageaieol autrefois la Russie, aient dû produire natuielkment de fréquentes émigrations; et forcément ces émigrations partielles, trop faibles pour agir contre rOccident, ne pouvaient se diriger que contre TOrient, du o6té de ces steppes reculés, oû les iu3rafds trouvaient Findépendanoe et la liberté. Il serait donc dilllcilede révoquer en doute qu'il ait existé sur les bords du Don, un peuple slave à l'arrivée des Tatars; ce peuple semble n'être que les PoloTtiis, ramassis de fuyards et de mécontents, qui , au milieu des bouleversements de l'empire russe , sous le règne des successeurs de Wladimir-le-Grand, auraient jeté les premiers fondciDents de la puissance cosaque dans les steppes de la mer d*Azof et du Don. ^

la preuve; les deux peuples parlaient d'aiUeurs également la langue turque. Mais, malgré toutes les assertions de Klaproth, nous ne pcnsoni pas que les Polovtsis des ehronîquénrs slenres soient des Comans, car il nous i«nble infimmeat plus rationad de voir les descendants des Comans dans les populations musulmanes qui habitent le midi de l'empire et qui , selon nous et d'après les documents historiques, se trouvaient déjà fixées dans les mêmes contrées, sous le nom de Kiptschack, à l'arrivée des Mongols de Tschinkis-Khân.

1. Remarquons que de nos jours la population cosaque, quoique successivement augmentée depuis des Niècles par de uom> breuses émigrations, ne dépasse pas 600,OUl) àincs; elle devait donc cire vraisemblablement beaucoup inoins considérable au quinzième siècle : ce qui confirme encore notre opinion que les Cosaques n'ont jamais formé une nation distmcte.

356 CHAPITRE m..

' Le nom des Polovtzis disparut entièrement sous la dominatioa tatare; mais il serait peu logique de coaclure de là que œ peuple lui-même fut oomplétemeul anéanti , et qu'il ne partagea pas la destiné des autres tribus slaves de la Russie. Aussi pensons - nous avec d'autres historiens y que les Polovtzis échangèrent simplement leur dénomination primitive contre celle de Cosaques , que leur imposèrent les Tatars^ et qui finit par prévaloir entièrement à la suite d'un asservissement de plus de trois siècles. Kous avons d'ailleurs déjà fait remarquer que les Tatars nommaient chez eux Cosaques tous les aventuriers et les vagabonds. 11 n'est donc pas étonnant, qu'à leur arrivée en Russie, ils aient ainsi désigné les hordes nomades de PoloTtûs. Il nous semble que cette versicm historique est infiniment plus rationnelle que celle qui admet la disparition complète des Polovtzis et leur remplacement radical par un peuple caucasien qui aurait pris part aux expéditions de Batou-Khàn.

Pour le voyageur qui a étudié les Cosaques et les montagnards du Caucase, l'opinion qui confond ces peuples en une seule nation est tout à fait inadmissible; sur ce sujet nos idées se trouvent corroborées en tous points par les observations physiologiques. 1 ) abord les cousidéiations basées sur la religion et sur la langue ne sont pas, comme le prétendent Clarke et Lesur, des arguments si faciles à rejeter. La conversion des Cosaques n'aurait ccrlainemeut pas passé inaperçue

dans rhisloire du Bas-Empire; certes les écrivaios bjzantîns n'auraient pas maoquë de consigner un pareil

triomphe de leurs principes religieux. Mais il n'en est question nulle part, et chacun sait parfaitement de quelle omnière et à quelle époque le christianisme fut décidément introduit en Russie. De plus, si les Co> saqnrs iTav aient été au commencement du treizième siècle que des Tsch^rkesses, on comprendrait diilicilement cbese eui une si grande facilité à adopter une religioQ et une langue étrangères, à une époque où, sous la dominatiou des Tatars , cette religion et cette langue étaient sinon proscrites, du moins très-discréditées. Les dernières expéditions russes dans le Caucase yers les sources du Kouban , ont bien , il est vrai , donné de nouvelles idées historiques sur cette partie de ràsie. Ainsi on a découvert deux églises parfaitement conservées y dont l'origine est évidemmient génoise ou vénitienne , et il est difficile de ne pas reoonuaitre, chez les Circassiens, quelques traces de christianisme dans le respect profond qu'ils ont pour la croix. Mais, d*un autre cAté, rien n'indique que ce peuple ait jamais été chrétien ; tout prouve au contraire que sa religion primitive , si l'on peut appeler ainsi ses croyances religieuses , n'a subi aucune altération. D'ailleurs les monuments chrétiens que nous avons cités sont postérieurs à l'époque où nous voyons apparaiti e eu Europe les hordes tatares; par conséquent ils ne peuvent que déposer en faveur de nos opinions.

SS8 aHAPrriiE m.

Aucune chronique ne parle de l'émigration d'un peur pie taclierkewe daoa le moyen ftge. La seule tradition retatÎTe à un dépheement de population que l'on trouve

chez ces montagnards, esl la meation d une peuplade puissante sortie du Caucase, qui, après avoir occupé les plaines du Danube, se serait enfin établie en Pannonie. Personne n'ignore que les tribus montagnardes sont celles qui cmigrent le moins, el ijont le plus attachées à leur sol; il est donc naturel de supposer que les Gireassiens, si fiers de leur indépendance et tant de fois attaqués inutilement, n'ont pas dû reoeroir en amis les guerriers de Tschiiikis-Khâu, ui prendre part à leurs sanglantes expéditions ^ Aussi M. âchiutzler me semble-t-il aTanoer un fait plus que probléma^ tique, lorsque, d'après Karamsin, il dit que les Gireassiens entrèrent en Russie à la suite de Balou-Khân, et qu'ils formèrent ainsi peu à peu ce peuple nouveau» i|tti, pour emprunter les paroles de oe statisticien, o/orx quê la dommathn Mare se brise, et que les nuages qui avaient enveloppé cette contrée se dissipent, nous apparaU russe et chrétien, mais açee des traits cvvasf siens, atfeo des mœurs taiares et kaUssani les Moscovites, Comment donner une pareille origine aux Cosaques du Don, lorsqu'il n'existe ni chez eux, ni chez leurs

1. D'après Du Plan de Carpin, les Tscherkesses ne paraiss«^nt pas avoir été à l'abri des attaques des Mougols; mais rieu ae |>Qrte à ,croire qu'ils aient été ré^emeot soumis.

pràeoduâ frères, aucune tradiUtioa dluo fait aussi moderne? D'ailleurs I si les Cosaques sorUiieot dFeetiTemeat du Caucase ^ n'auraient-ils pas conservé des reialioas de boa voisinage avec ces populations mouti^nardes? N'esl-oe pas uoe idée singulière que de prendre des Grcassiens» les gens du inonde les plus indomptables et les plus attachés à leurs mœurs et à leurs usages, de les soumettre aux Tatars pendant plus de trois cents ans; puis d*en faire sortir sans transition un peuple parlant le slave sans mélange et piolessant la religion grecque? Voilà, certes, une métamorphose des plus curieuses; pour qu'elle eut pu s'opérer, il aurait fallu un concours de circonstances entièrement contraires à celles qui ont eu lieu. Les Ciieassiens, à ce qu'il nous parait, auraient dû avoir bien plus de propension à adopter les croyances des vainqueurs, que celles des vaincus; d'autant plus que l'islamisme ayant déjà, à cette époque, fait d'assoK grands pi ogi ès dans le Caucase oriental , les rapprochait beaucoup plus des Tatars que des bordes vagabondes des Polovtzia, dont nous fiûsona sortir les Cosaques.

D'un autre o6té, en dépit des assertions du docteur Claïkc, il serait difficile de trouver tant de ressemblance entre les Circassiens et les Cosaques, ^ous voyons aujourd'hui tous les peuples qui habitent au pied du Caucase, adopter peu à peu les habitudes des tribus de la montagne, lia grand nombre de Tatars nogaïs s'est complètement fondu avec elles. Les Co-

saques de la mer Noire leur oui empi uaté leur costume et leurs armes. Les Grands-Russes et les colons allemands eux-ménies n'ont pas tardé à subir rînfluence énergique des peuplades caucasiennes; tL Von voudrait que les Cosaques du Don , tribu t scherkesse , dont Torigine ne remonterait pas au delà de quatre cents ans, eussent été entraînés depuis cette époque par un iiiouvetnenl opposé, et n'aient, en quelque sorte, plus rien de commua avec leurs ancêtres? Costume, armement, industrie, rien ne se ressemble chez les deux peuples.- Les Circassiens, extrêmement industrieux, excellent dans toutes sortes de fabrications ; leurs produits ont un cachet original tout particuli^. Les Cosaques, au contraire, ont peu ou point d'industrie; on ne retrouve chez eux rien de ce qui caraclérise à un si haut degré les tribus du Caucase. Quant aux moeurs tatares dont parle M. Schnitzler, je ne saurais où les chercher, à moins qu'on ne les fasse consister dans le pantalon que portent géoéralement les femmes cosaques. Du reste, les Tatars ont dû naturellement laisser quelque chose de leurs usages, dans les oontrto sur lesquelles ils ont dominé pendant plusieurs siècles.

Le Téritable point de cuutact des Cosaques avec les Circassiens , réside dans leur amour pour la liberté, et dans leur haine profonde pour tout ce qui est russe. Mais ces sentiments d'indépendance tiennent évidemment à leur ancienne et primitive oiganisation, et

s*il8 dëtesteot les Russes, c'est que les souyerains mosooyifes, qui n^ont jamais cessé d'altaquer leurs

privilèges, ont fini [>âi- auëaulir toulc leur existence politique.

Sans doute, les Cosaques ne sont pas des Slaves purs comme les Grands^Rusaes : ils se sont mélangés

avec beaucoup daulres races. Le }>a}s du Don est resté pendant longtemps le sol de la liberté, une véritable terre d'asile pour tous les réfugiés. Les Grcassiens n'ont probablement pas été étrangers à' leur passé, et l'existenee aventuieuse des Cosaques a dû séduire plus d'un chei' montagnard. D'une autre part, si nous en croyons l'histoire, les Slaves de la Pologne sont aussi venus mêler leur sang avec celui des habilaïUi du Don. C'est ce pêle-mêle de races, ce souL toutes ces influences diverses, jointes à une organisation primitive toute républicaine, qui constituent la supériorité intellectuelle des Cosaques , et en font un peuple à part. Mais la souche principale n'en est pas moins slave.

Les partisans de l'origine circassienne se sont aussi appuyés sur l'analogie qui existe entre le nom de la

capitale des pays du Don et celui d'une tribu caucasienne. Mais, en vérité, lorsqu'il s'agit d'une question historique de cette importance, une pareille analogie ne saurait peser d'un grand poids. On sait que des fugitifs , partis du Boristhêne vers l'an i 569, rencontrèrent des Cosaques sur le Don, et se réunirent à

eux pour attaquer Àzof, qui alors appartenait aux Tùra. Ce fut préciaément ven oette époque, en 1670, que Stafo-Tfldierkaflk fut fondé. On serait ainsi porté

à croire que les fugitifs de l L ki aine eurent une grande part à la création de cette ville, et qu'ils la nommèrent TscAerkask, en souYenir du nom que portait l'ancienne capitale de leur patrie.

Los Cosaques du Don nous apparaissent pour la première fois dans le quinzième siècle, sur les ruines de Tempire des Tatars. Cest alors seulement qu'ils commencèrent à jouer un certain r61e dans l'histoire de l'empire. Sous le règne d'Ivan IV, le terrible, ils se placèrent sous la protection de la iiussie. Depuis lors, jusque Tcra la fin du dernier siècle, nous les tojoos tantôt marchant sous les bannières des souverains moscovites, tantôt se soulevant contre eux, et mettant souvent l'empire à deux doigts de sa perte. Leur état politique était alors une véritable république, basée sur une égalité absolue. Le chef du gouTernement, appelé atamàn, était élu par la nation réunie, et ne restait en fonctions que cinq années. Mais son pouvoir était dictatorial, et personne ne pouvait lui demander compte de ses actions, même à Kevptration de son administration. Tous les autres chefs subalternes étaient ^lement choisis aux vcnx, et selon les circonstances on les maintenait plus ou moins longtemps à leurs postes. Cependant à la fin de chaque campagne militaire, réalité reprenait son empire: tous les ofiiciers,

en rentrant dans la vie privée^ ne jouisflaieat plus que des droits accordés à la masse; el souveat im edonel ou stamàine fyiaaii la campagne suivante comme simple cavalier. L'aristocratie était alors totalemeot mconnue aux. Cosaques du Don; si quelques fiiiDilles se distinguaient des autres par une plus grande influence, elles le devaient uniquement à leur courage et à leurs exploits. Les idées d indépendance étaient à cette époque tellemeat énergiques, que les Cosaques méprisaient comme de tîIs meroenaires tous ceux qui acceptaient un service constant auprès des souverains russes. Quant à la suzeraineté impériale, die se bornait au droit de réclamer un contingent militaire en cas de guerre, et de disposer d*un petit corps de troupes pour défendre les frontières contre les peuples nomades des steppes.

£n présence des principes d'absolutisme et de ser- Titude qui régissent l'empire russe, la liberté cosaque devait forcément périr; aussi, dès que l'impératrice Catherine II se sentit assez forte pour le tenter, elle avisa à un changement radical dans la constitution politique du pays du Don.

Un premier oukase, promulgué par (Catherine II, conserva à tous les oÛiciers cosaques au service de la Russie, la jouissance de leur grade et de leurs privilèges à leur rentrée dans leur patrie; règlement toiit à fait contraire aux traditions et aux mœurs de la peuplade r^uhiicaine. Comment en ettet cette miUce

si fière aurait^elle pu Imoquillemeiil supporter que des officiera esclaYes» comme elle les appelait, marchassent de pair avec les siens, ëlus aux acclamations de la nation? 11 y eut alors une révolte dans le pays du Don; mais des mesures énca^iques la comprimèrent rapidement : Tillustre Potemkin ae pouvait comprendre cette insurrection, car il lui paraissait inouï que les Cosaques se souleyasseut , parce qu'on leur accordait presque tous les privii^^es des officiera russes. A la suite de ces malheureux troubles , leura élections furent abolies , et leur organisation politique, se modifiant peu à peu , fiait par ressembler à celle d'un gouTeraemeat russe. Le comte Platof a été le dernier atamàn des Cosaques; il dut en grande partie Tautoritë dont on le laissa jouir, aux circonstances exceptionnelles dans lesquelles le placèrent les guerres de l'empire.

Pendant le cours du dernier siècle, comme anté-

rieuieiiieut, le pays du Don n avait cessé d'èlre pour tous les réfugiés une terre d'asile et de liberté. Il s*était ainsi établi au milieu des Cosaques un grand nombre de Russes. L'empereur Pàul profita de cette circonstance pour s'attacher les principales familles du pays : en vertu d'un oukase , il déclara sans transition tous ces fuyards russes, esclaTCS des propriétaires dont ils avaient acaepté le patronage. On ne s'arrêta pas à cette première division de la populalion; un autre oukase » émané du même souverain , vint achever

l'œuvre de Catherine II, abolit l'ëgalitc et forula dccidcmcnt une aristocratie , en déclarant nobles tous les officiers et employés du Gouvememeat. Aujourd'hui, la noblesse s*ëlèye déjà à un chiffre assez important: cest elle qui fournit tous les ofliciers. Les jeunes Cosaques, à lexemple des Russes , entrent au corps des Cadets de Saint-Pétersbourg à dix ou douze ans; au bout de quelques années ils entrent dans un r^iment comme Junker^ et deux ou trois mois après ils passent oUiciers.

La puissance politique des Cosaques une fois anéantie , on s*oocupa actiToment à leur enleyer toute leur

force uiilitaire, en les disséminant dans toutes les parties de l'empire, en les cantonnant partout où il j avait des quarantaines ^ des lignes de douanes et des frontières ennemies à garder. Des postes cosaques furent organises à la fois sur les liontières de la Pologne et au pied du Caucase. £aiia, tous les moyens d'afiaiblissement furent laigement employés; et à la mort de Platof , sous prétexte de récompenser la nation de sou dévouement pendant la campagne de Moscou, on supprima les fonctions de son atamàn en chef, pour en investir le grand-duc héritier.

Toutes ces mesures arbitraires , mais que du reste on ne saurait blâmer , out naturellement excité dans le pays du Don le plus violent mécontentement; et les Cosaques, en cas de guerre ^ inspireraient. sans aucun doute de sérieuses inquiétudes à Tempire. Le Gou-

S66 GHAPITBB m.

Ternement n'igoore pas la disposition hostile des esprits. Dans ces derniers temps , il n'a pas osé confier aux Cosaques de Yérilables pièces d*arUUerie, et leui» T^meuts étaient réduits à faire Teierdoe aTec des canons en bois. Aussi est-il certain que la campagne de 16 V2 n'eût pas ^ aussi désastreuse, si Napoléon avait eu soin d'eavoyer des émissaires cbia le^ habitants du Don, avec la promesse de rétablir leur ancienne constitution politique. J ai questionné sui ce sujet un grand nombre de militaires; tous ont été unanimes à m'assurer de rempressemeut que les Cosaques auraient mis alors à se réunir aux armées françaises. Rien ne saurait donner une idée de Taiilipathie qu'ils nourrissent contre leurs dominateurs; en dépit des efforts du Gou^mementi ce. sentiment se retrouTe dans toutes les classes. Les Russes afieclent trop de mépris à l'égard de la noblesse cosaque pour que celle-ci, malgré ses épaulettes et ses décorations, ne regrette pas amèrement les anciennes constitutions de la république. D'un autre côté, le service militaire est tellement onéreux, qu'il arrête tout mouyement agricole et industriel dans le pays; car, remarquons que de nos jours les Cosaques sont loin d*ètre les pillards d'autrefois. Le service n'est plus pour eux qu'une charge sans bénéiice; et ils en sont tous à désirer ardemment une vie sédentaire qui leur permette de s'occuper des travaux de la campagne et d'entreprises industrielles.

En définilÎTe le pays des Cosaques du Bon esl au* jourd'hui un gouTernement russe. Toules les lois cU Tiles de Tempire j sont en pleine vigueur, et sous d'autres noms les formes administratives sont les mêmes. Néanmoins l'attitude encore libre des Cosaques n'a pas permis jusqu'ici d'installer chez eux des employés russes. Depub trois ans seulement, le Gouvernement est parvenu à se laire représenter à Novi>- Tschei kask par un général , placé à la tête de l'élatmajor de la milice du pays. Les Cosaques ont yu cette innovation avec peine, et ils n'épargnent à leur nouveau supérieur militaire ni ennui , ni d^oût. Voici quelle 65 1 âclueliemeut roiganisatiou des Cosaques du Don :

L'atamàn {iacum ienens)^ ayant le grade de lieutenant-général , est le chef militaire et civil du Gouvernement, et en même temps le piésidi ni des différents tribunaux de la capitale. Depuis 1841 les ibnctions de vice-président ayant été confiées an général d'étatmajor dont il a M question, celui-ci ^ par le fait, constitue la seule autorité influente du pays.

La province des Cosaques du Don est partagée en sept arrondissements civils et en quatre districts militaires: la hiérardiie des tribunaux est la même que celle des autres gouvernements de l'empire.

L'effectif de l'armée s'élève aujourd'hui à 54 régimjents, de 850 hommes chacun (sans compter les deui r^iments de l'empereur et du grand-duc) e^

568 CHAPITRE JUX»

de neof batteries d'artillerie, ajraolchacime huit pièces

de canon. En 1840 on coniptait vingt-huit r^imeuls en service actif, dont quinze dans Le Caucase , avec trois batteries. A la même époque, neuf autres régiments yenaient de reoeroir Tordre de partir pour la ligne du kouban.

Tous les Cosaques sont soldats de naissance : leur service 1^1 est de vingt ans hors du pays, et de vingtcinq ans diez eux. Toutefois on ne tient nul compte de ce règlement , car la plupart d'entre eux restent en activité pendant trente et même quarante années. Ils ne paient aucune imposition , mais ils sont obligés de s'équiper à leurs frais, et ne reçoivent la solde ordinaire des troupes russes qu'à partir du jour où ils dépassent les frontières de leur pays. *

L'ofganisation des r^ments s'effectue d'une manière assez curieuse. Lorsqu'il s'agit d'envoyer un régiment dans le Caucase, on fait savoir a chaque cheflieu d'arrondissement la quantité de soldats et d'officiers qu'il a à fournir, puis l'on prend indistinctement les premiers portés sur les états militaires. Le point de réunion est ordinairement fixé vers la frontière; chacun y arrive de son c6té, sans s'inquiéter d'autrui. Loi^Bque tous les hommes désigpés sont réunis,

1. Depais notre départ de la Ruasie il est question d*éqiiîper ks r^iimeats cosaques aux frais du Gouvernement. Le paysserait alors naturellement soumis aux imposîtioDS, et lien ne le distingoerait plus des autres provinees.

on les classe par escadrons, on leur donne les offiders dont iU ont besoin, et le détachement se met en route. Il n'y a ainsi rien de fixe dans la composition des régiments. Les Cosaques sont néanmoins soumis à toute la discipline eurojiéenne et formés en corps réguliers. Mais cette innovation semble devoir leur être filiale, en détruisant complètement chez eux leur précieuse qualité d'éclaireurs. En 1837 Fempeleur iNicoias visita le pays du Don. Il passa en revue les troupes cosaques à Novo-ischerkask; mais il parait qu'il fut singulièrement scandalisé du triste état des r^ments r^liers. Aussi , pour éviter de donner prise à la critique étrangère, eut-i! soin de ne [)as faire participer à son voyage le brillant cortège des oûiciers européens qui avaient assisté aux grandes parades militaires de Vosnécensk.

La popLilalioa des Cosaques du Don s'élève à environ 600,000 habitants, répartis sur 14,000,000 hectares de terre; elle se partage en quatre classes bien distinctes : 1.^ Taristocratie fondée par l'empereur Paul; 2.** les Cosaques libres; 3." les marchands, et 4.° les esclaves* Les Cosaques libres forment la masse de la population et fournissent les cavaliers à l'armée; ils ont cependant la faculté de s'anoblir par les armes; mais pour y arriver, il faut qu'ils servent pendant douze ans comme sous-offîciers.

Les n^ocîants constituent une cat^orie a part , dont le nombre ne peut dépasser cinq cents. Ds ne 1. 24

370 CHAPITRE m«

sont pa» Mtreintt au service militaire» mais ila paient

en échange des impositions au Gouvernement. Quant aux esclaves, dont nous ayons fait connaître 1 origine ils présentent un cbiffire de près de 85)000 âmes.

Les reTenus du gxNiTeraemeDt des Cosaques s'ëlèrent à environ 2,000,000 roubles, ijui suffisent et au delà aux besoins du pays , c'est-à-dire au traitement des employés» La ferme des eaui-de-vîe produit ly£K)0,000 roubles; les salines du Manitscb et la locati<m des pàluiages rapportent la diiféicuce.

Le pays des Cosaques du Don est borné au nord par les deux gouvernements de Voronèje et de Saratof; à l'est par ce dernier et celui d'Astrakhan ; au sud par le gouvernement du Caucase, la contrée des Cosaques de la mer Noire et la mer d'Aaof; à l'ouest par les gouTememenis de Voronèje et d'ikatérinoslaw et les slobodes d'Ukraine. Tout ce territoire forme un ▼aste ensemble; aucune partie n'en est détachée, comme le prétend M. Schnitiler; c'est m. contraire la r^penee de Taganrok qui y est entièrement endayée.

Le pays des Cosaques peut se partager en deux parties bien distinctes : l'une » située rem le nofrd et l'ouest, présentant de bautes plaines accidentées et coupées par une multitude de rivières et de ravins, se prête admirablement à lagncuiture et possède d'excellents pâturages. Parmi ses nombreuses rivières, on compte le Donetz, le Mtous, le Kalmiom, qui sert de frontière

à roooidait; «ifin., yen le. nord-est, le Kkoper et la

Medveditza, C'est principalement le long de ces deux derniers cours d'eau que les Cosaques out établi leurs haras les plus pélèbres, eatre lesquels se distinguent en première ligne ceux du comte Platof. La seconde partie se compose de touii les steppes qui s'étendent sur la rive gauche du Don jusqu'aux conlios du gou- Ternement du Caucase, et le long du Manitach jusqu'à la frontîèfe d'Astrailuui* Ici point d'accidents de terrain; c'est le désert de la Russie dans toute son uniformité; et le bassin du Manitsch aux eaux bourbeuses et saumàtres» est par&il^eiaent en harmonie avec les contrées qu'il traverse. Mais ces plaines si monotones n'en sont pas muins une suui ee de richesses pour les Cosaques; on y élève d'immenses troupeaux de dke?aux et de bétail , et plusieurs milliers de Kalmouks j trouvent leur subsistance.

Jusqu'en 1841 le gouvernement des Cosaques a présenté une particularité tout à fait exceptionnelle. Tout son territoirâ. ne formait qu'un vaste domaine communal , sans propriété ni propriétaires déterminés. Après plusieurs tentatives inutiles, le Couvernement russe décida définitivement le partage des terres, travail qui doit être terminé aujourd'hui. Outre les nouvdiles dispositions adoptées par l'empereur, il a été accordé à chaque famille trente hectares de lei par âme màle, et de plus, quinze pai^ esclave. La distribution Êdte, il doit rester au Gouvernement

372 GHÂPITAE JUX.

2,000,000 hectares de terrain, sur lesquels on finira

sans aucun doute par établir des colonies grand-russes. Ce partage des terres a été le dernier coup porté aux vieilles institutions dés Cosàques; et bientôt , comme dans le reste de- la Russie, il n*y aura plus chez eux que des nobles et des paysans. Les paysans sont libres, il est yrai , mais leurs propriétés ne tarderont pas à être absorbées par les plus riches et les plus puissants : alors un oukase suffira pour établir Fesclavage dans le pays. La propriété communale avait été, jusqu'à présent, le seul obstacle qui s'opposât à une scission complète entre la nouvelle ' noblesse et. les autres Cosaques. C'était encore un l'esté de Tancienne ^alité républicaine, et naturellemeulelie a dii tomber devant les principes d'unité et de centralisation du gouTernemeot russe. En .voyant la Russie absorber toutes les populations libres de la partie méridionale de l'empire, pour les façonner peu à peu au joug de la servitude , on ne peut s*empécher d'être, frappé d'étonnement, et de comparer la révolution qu'elle opère sous nos yeux à celle qui a si déplorablement signalé la domination romaine.

11 est facile de comprendre combien Toina'ti^^on militaire des Cosaques doit être fatale à leur prospérité et à leur bien-être. N'étant jamais sûrs du lendemain, pouvant être appelés sous les armes d'un moment à l'autre , ils sont forcément tombés dans Tindifférence et la pai'esse. Leurs liens domestiques sont

brisés, car souvent ils resteot plusieurs années sans revoir ni leurs femmes ni leurs enfants. Sous un pareil

régime, toute espèce de développement intellectuel devient impossible; il est résulté en out;re un commencement de démoralisation , . encore comprimée sous la puissance des moeurs primitives , mais qui n'en finira pas moins par envahir toute la population. Cependant les Cosaques sont éminemment intelligents. J'ai yu à N.ovo-Tscherkask une trentaine de jeunes gens dcSBsiner parfaitement des plans topographiques , après quelques semaines d'étude; les généraux russes eux-mêmes ne purent s'empécber de me témoigner leur surprise à la Tuede pardls progrès. Que. la Russie renonce au système oppressif qu'elle fait peser sur les Cosaques ; que ceux-ci de leur côté se décident à reoonnattre que leur ancienne constitution est devenue de nos jours une utopie; et le pays du Don ne tardera pas à marcher rapidement dans la voie de la civilisation ; et à oUrir tout ce qui peut taire la prospérité et la richesse d'une nation.

Les moyens d'instruction sont encore extrêmement limités chez les Cosaques. Il n'existe dans le pays qu un seul gymnase fondé tout récemment à iNovo- Tsfîherkask; mais déjà depuis longtemps les Cosaques aisés font élever leurs enfants dans les gouvernements voisins, et surloul à Taganrok, où des pensions particulières, tenues par des étrangers, leur oilreut de précieux avantages.

L'^ëlère du bëtaîl, suftoiil; oelle de» cheraiix , forme

aujourd'hui la piinctpale ressource des Cosaques du Dca. Les haras du comte Ptatof passent, comme nous FaTODS dit» pour les meilleurs : ils proTÎentient de races transkoubaaien&esy amâiorëes par des toloQS persans et khi viens , que le feu comte se procura pendant la guerre de 1796 avec la Perse. Les juments tatares et kalmoukes, en se eroîsa&t avec des étalons de Platof, produisent ^lement de très -bons animaui pour la remonte. Les cheyaux du comte Platof se vendent de 250 à 350 roubles; mais dans les steppes du Manitsch, où ces haras sont très -considérables, les prix vont rarement au delà de 150. Ce sont principalement des Kalmouks qui veillent sur les haras; d'ordinaire cent chevaux sont gardés par une famille, cinq cents par trois , mille par dnq , et de quinae cents à deux mille flar six. Â l'exception de quelques pi opiiétaires qui s'occupent de ramélioratiou de leurs races, les Cosaques laissent leurs immenses tix>upeaux errer dans le steppe sans soin ni surreillance. Jamais les chevaux du Don n'entrent dans une écurie; hiver comme été, ils vivent en plein air et doivent eux-mêmes chercher leur nourriture , qu'ils ont souvent à disputer à la: neige; aussi deviennentrils extrêmement rigoureux et supportent -ils admirablement les campagnes les plus {jénibles. La manière de les dresser est on ne peut plus simple et expéditive. Le cheval désigné est pris au lacet; on le selle, on le

bride; le cairaliêr l'eufourehe et on le laisse courir

dans le sleppe jusqu'à ce qu'il tombe épuisé de fatigue. Dès ce monieat li est presque toujours parfaitement dompté, et oa peut s'en servir sans danger. Dans ua de mes plus longs voyages à cheval , je me suis servi d'une jumenl ainsi dressée; six jours avant mon départ elle jouissait encore d'une liberté pleine et entière;, cependant jamais je n'ai eu à ma disposition nn animal plus dœile qu'elle.

Il existe trois espèces de bêtes à cornes cbez les Cosaques : la race kaloiouke , la race hongroise et la mce hollandaise. On préfère généralement la première, parce qu*en hiver comme en été, elle n'exige point d'étables, ni aucun soin particulier, et quelle trouAe en tout temps sa nourriture dans le steppe : mais aussi, lorsque les hivers sont longs et rigoureux, la perte en bétail est souvent énorme; car les grands propriétaires eux-mêmes ne peuvent jamais se procurer pour plus de six semaines de loin , à cause du grand nombre de leurs troupeaux» A la fin de Tannée 18S9 le pays du Don possédait en bétail :

h*'U'<. à conMs 1,013,100

Moulous 2,a 10,445

Chèm 53,221

Chameaux 1,092

Chevaux 320,780

ToTAt , . . . 3,705,252

La même année les moutons ont produit jusqua 5»098,<MM) kilograrones de laine vendue hors du pays:

les méi'iaos; ne figurent ; dans ce chiffre, que- pour 308,652. La laine de ces derniers est mont^ jusqu'à

156 roubles les lUO kilogrammes, tandis que celle du mouton iadigène ne s'est vendue que de â8 à 62. Mais les mérinos eiigent trop de soin, et je doute fort que cette industrie puisse se dëvdopper sur une graude échelle chez les Cosaques. D'ailleurs, comme on Ta déjà vu , Télèire des mérinos est bien loin d'offirir aujourd'hui les mêmes avantages qu'autrefois*

L'agnculture proprement dite doit être naturellemeot en souffrance dans un pays où la dixième partie de la population est continuellement ^ soit en service actif» soit en disponibilité. On ne cultive que la quantité de céréales nécessaire à la subsistance des babilaats. En 1839 la récolte s'est élevée à 6,953,814 hectolitres, quantité évidemment, trop feible pour suffire aux semailles et aux approvisionnements de la natioui qui consomme annuellement environ 6,18 hectolitres par tête. Aussi les Cosaques out-ils dû. recouru* aux réserves . et aux gpuvernements voisins. En général, quoiqu'en dise M. Scbnitzler, l'agriculture produit à peine le nécessaire : malgré les avantages d'un grand fleuve navigable et sa position sur la mer d'Azof, le pays du Don n'a encore pu livrer aucun blé à l'exportation étrangère.

La culture de la vigue est la seule qui se soit développée chez les Cosaques d'uue manière vraiment remarquable. C'est dans la partie méridionale de la

contrée, sur les bords du Don et sur ceux de TAxai, que s'est établie cette branebe d'industrie rurale. On

compte aujourU hui 4514 vignobles, qui fournissent, année commune, 20 à 25,000 hectolitres de vin et 300 à 400 d'eau-de»Tie. En 1841, la production s'est ëlcTée à près de 62,500, et lors de mon passage à Wovu-Tscherkask, ou y vendait le raisin à raison de 3 roubles les 100 kilogrammes. L'industrie vinicole a conduit à la fabrication des Tins mousseux; le pays du Don en exporte actuellement plus d'un million de bouteilles par au. Le vin de première qualité d'un certain Abrahamof se paie ordinairement jusqu'à six roubles dans les aubei^ de NoTo-Tscberkask. On sera sans doute étonné d'une si grande quantité de vin mousseux; mais la Russie est sans contredit le pays . où ce genre de liqueur est le plus estimé : comme la petite noblesse et les employés subalternes ue peuvent pas consommer de vin de Chuojpagne, en raison de sa cherté, ils se rejettent sur les produits cosaques. C'est principalement aux foires qu'il se fait une incroyable consommation de ces derniers. Aucun marché ne saurait se conclure sans une caisse de vin du Don, qu'on peut appeler à bon droit le sine quâ non. Ces Tins sont du reste fort agréables; les étrangers eux-mêmes les boivent très-volontiers. C'est à des Français que les Cosaques sont redevables de cette nouvelle industrie.

la pèche forme aussi une importante , source, de

revenus pour les Cosaques. £lle se feit priacipalenbeiit aux embouchures du Don. Bn 1838 -elle a rendu

304,000 kilogrammes d'eslui-geons doniiaril le caviar, el plus de vingt millions de poissons de dififérentes espèces , que 1 W sale et que Ton eiporte dans les gouvernements voisins.

Au nombre des ressources du pays , il faut encore signaler Téducation des abeilks. Le district du Mious» qui possède près de 31,0(K) nicbes, a produit, en 1839, 124,;330 kilogi^mes de miel et 21,056 kilogrammes de cire.

On Toit, d'après ces notions, oombien le pays des Ciosaques est riche, et quel haut degré de prospérité il pourrait atteindre sous une administration plus éclairée et plus libérale. L'industrie manulacturière est la seule qui n'y ait encore lait aucun progrès. L'on ne cite pas une seule febrique : c'est du reste chose facile à comprendre, eu égai d a 1 organisation militaire de la nation. Les ouvriers manquent totalement; le peu qu'on en trouve dans le pays, arrivant des gouvernements voisins, se font payer fort cher, jusqu'à 2.50 roubles par jour, ce qui est exorbitant en Russie. Kn fait de richesses minérales, la contrée du Don possède de nombreuses mines de charbon de terre et d'anthracite : on exploite ce dernier combustible dans les environs de Novo-Tscherkask. 11 en sera question dans la partie scientifique de l'ouvrage.

Parmi les peuples incorporés aux Cosaques du 0on,

les Kalmouks méritent une mention toute particulière. Sous le i^gne de Tempereur Pàul» un oukase impérial

prescrivit le dcuombremeut de toutes les trrbus nomades assujetties à la Russie. Cette mesure» présage certain de la levée de «quelque imposition répandit la consternation chez les Kalmouks; la débandade se mit parmi leurs hordes, et grand nombi-e d'individus se réAigièrent sur les terres des Cosaques. Mais le iàtal oukase ne tarda pas à les poursuivre dans leur nouvel asile. Les uns retournèrent alors dans les steppes de la mer Caspienne , taudis que les autres , retenus par les Cosaques , furent soumis au mémer^me administratif et militaire que les habitants du Don. Ces Kalmouks foniiciil aujourd'hui une population d'environ 15,000 âmes, et campent sur les deux rives du Mauilsch, à environ 150 kilomètres de l'embouchure de cette rivière dans le Don. Afin de donner quelque idée des mœurs de ce peuple, je transcris ici quelques frag» ments de la relation du voj^age d'exploration que je fis le long du Manitsch pour déterminer la différence de niveau entre la mer Noire et la mer Caspienne.

Ce lui vers la lia de mai 1 84 1 que je partis de Novo- Tscherkask pour aller exploi'er le Manitsch, diëtif ruisseau encore peu connu, mais qui n'en a pas moins eu pendant longtemps l'honneur de servir de limite entre l'Europe et l'Asie. J'étais accompagoc d un de mes amis, le baron kioch, Allemaud de naissance, homme charmant, nouvellement débarqué en Russie,

380 CHAPITRE XÏX.

et dont la conversation pleine d'esprit me ùit d'une iminense resaouroe* Six heures de marche nous conduisirent à Axai, délicieuse stanitza, constiuite en auQphilhëàtre sur la rive droite du Don. C'est la grande place de commerce des Cosaques; et sans le voisinage de Rostofy ville russe et naturellement privil^iée, on en aurait fait la capitale du paj s du Don et l'entrepôt général de tontes les marchandises du nord de l'empire. Il en avait même été question dans le principe; mais les intrigues d'un cdté, et de l'antre, je crois, aussi l'entètemeul du comte Platol , s'opposèrent à la réalisation de ce projet. Axai n'en est pas moins la plus jolie stanitza du pays. Ses: maisons, à balcon, peintes de diverses couleurs, son port, l'activilé qui y règne, sa population vive et animée, tout y excite Tattention et la curiosité du voyageur. A mon arrivée dans cette ville, le Don était au plus fort de ses débordements; ses eaux couvraient à perte de vue la plaine basse qui longe la rive gauche de sou lit. Nous eûmes promptement à notre disposition une barque munie d'un pilote et. de quatre excellents rameurs, et à neuf heures du soir nous nous embar-quâmes pour traverser le fleuve. La soirée était admirable, il y régnait un calme parÊiit; et je n'oublierai jamais ces lodlms avec leurs voiles à peine gonflées, se laissant aller au courant des eaux ^ ces chants mélancoliques des marins russes, ces. bruits dÂxai se perdant peu à peu dans l'éloignement, et notre barque

glissant sur la surface trauquille du fleuve en faisant jaillir sous les rames des milliers d'étincelles. A minuit nom débarquions devant Makibskaia , où nous passâmes le reste de la nuit, étendus sur des bottes de foiu, au uiilieu de la cour d'uue mauvaise aiibprgc.

Le lendemain malin les chevaux de selle étaient prêts au point du jour; nous nous mimes en route pour nous rendre à Manitschkaia,' situé à rembouehure du Manitsch dans le Don. Après quelques heures de marche, nous nous vîmes arrêtés par les débordements de oe dernier fleuve , et faute d'autre route pour nous rendre à la stanitza, nous dûmes nous aventurer au milieu de ce lac improvisé. Ce fut la partie la plus péuible de notre voyage, bur une distance de plus de quatre lieues , nos chevaui marchaient dans une vase épaisse^ ayant de l'eau jusqu'au ventre; souvent même ils étaient obligés de se mettre à la nage. Nous étions en outre tourmentés par des nuées de cousins ^ Notre situation devint vraimentintolérable, quand pouroomble de malheur, au beau milieu dece trajet, nous Mmes assaillis par un violent ouragan : la piuic se mit à tomber par torrents; notre voiture de transport se brisa, et nous manquâmes de perdre tout notre bagage* Aussi la journée fut-elle entièrement employée à franchir les six lieues qui nous séparaient de Manitschkaia. Nos Kalmouks ne parvinrent à tirer notre chariot du bour-

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