‹ Les Steppes De La Mer Caspienne, Le Caucase, La Crimée Et La Russie MéridionaleChapitre 13 sur 27 · Voyes l'Atias bistoriquc, pl · texte numérisé non relu

Voyes l'Atias bistoriquc, pl

586 CHAPiTHE XIX.

Le leadeiiiaiii nous quittâmes le Khouroiil, pour retourner sur les rives du Manîtscli; puis je continuai

mes liavaux de uivellement le long de celte rivière, jusqu'au point où, dix -huit mois auparavant, ea reveaant de la mer Caspienne» j'aTais été arrêté par le manque d*eau et de p&turage. A notre retour nous traversâmes de nombreux campements kalmouks sur la live droite du Manitsch; partout on nous accueillit ayec les plus vifs transports de joie. Toute cette population liomade s'oocupant exclusivement de Télèfe du bélail, lioire curiosité fut vivement excitée à l'aspect des. immenses troupeaux de chameaux, de che* vaux et de bètes à cornes qui couvraient la plaine.

Avant d'atteindre le Don, nous pass&mes les deux dernières nuits à la belle étoile, perdus dans le steppe. Mais six heures après, nous nous trouvions à Taganrok, dans le salon de Taimable consul d'Angleterre, entourés de tout ce que la vie civilisée peut offrir de couior table.

CHAPiTht XX.

Départ ét Nvm-IMhfliltMk. — Vfyige le Ions du Dtni. ~ EaeoM im mattre de poste Tolenr. — NégoeiaiiU noscovitee. — Stanilxae cosaques, — Propreté des miîsoiis oosMfues. — Oocupntion des femmes. — Traversée dn Don à PSsAiibetekftia. ~ Sables. Sarepta sur le Volga, «olaillo de Frères moravés. Soa histoire , son iodiistrie «I aoo com* merce. ^ Musique fuaèbre. — Iiss modes finui^{aise» à Sarepta. Admi- Bâtratkm de la cdonie.

Au delà de NoYO-Tscherkask , la route d Asiraidiaii remonte au nord, en longeant la rive droite. du Don. Le pays présente toujours les mêmes caractères de

nudité et tle uionotuiiie : ce n'est que dans le voisinage du fleuTe qu'il est un peu accidenté et varié çà et li au fond des ravins par quelques bouquets d*arbres»

On a certes raison dt^ vauici la lapidilé avec laquelle ou voyage en Russie : sans les yexalions des employés des stations ^ aucune poste d'Europe ne saurait rivaliser avec celles de cet empire. Nous n'avions cependant pas trop à iious plaindre ; les papiers officiels dont nous étions munis ^ nous aplanissaient bien des difficultés; mais de l'autre côté de Novo- Tscherkask, à la première station, nous dûmes subir la loi commune à tous ceuï qui voyagent sans grade ni décoration, et nous fûmes impitoyablement rançonnés.

^ous arrivâmes vers le soir, suivis d*uiie aulre voiture, sur laquelle nous u'avious que quelques minutes d'avance. En entrant dans la cour, une calèche détdëe nous parut, d'un triste présage : eu effet, la première réponse que reçut notre Cosaque, fut que nous n'aurions pas de chevaux avant le lendemain matin. La perspective de passer la nuil dans une mauvalse bicoque clait assez désagréable. Mais commeat oonvertir un maître de poste qui^ ouvrant toutes ses écuries, vous fait voir qu'il n'a point de chevaux. Après une grande demi-heure d inutile attente, notre interprète esiplora les environs de la station, et à son retour, quelques roubles offerts au chef de rétablissement nous firent trouver tous les chevaux dont nous avions besoin. Noire voilure fut immédiatement attelée, et nous partîmes avant tous nos compagnons* Une heure plus tard nous fûmes rejoints par oeux-d. Comme nous, ils s'étaient exécutés de bonne grÂce, et au boui du compte il y avait eu des chevaux pour tout le monde.

Les voyageurs qui nous suivaient étaient déjeunes marchands moscovites, revenant de je ne sais quelle foire du Caucase. Pendant loulela nuit ils s aixj usèrent à faire partir des fusées volantes et toute espèce de pièces d'artifice. Au milieii de la profonde obscurité qui nous enveloppait , ces lueurs éclatantes, illuminant tout à coup lesteppe, produisaient un effet des plus bizarres.

Le lendeniftin nous trayersàmes de nombreuses stanâzas. Ces hameaux cosaques offrent un aspect

infioiment plus agréable que les villages russes. Les maisons qui les forment sont petites , presque toutes en bois peint > a?ec des contrevents Terts. Elles n'ont qu'un rez-de-diaussée éleré, entouré d'une galerie en miniature, et sembleot coastiuites uniquement pour le .plaisir des yeux* L'intérieur en est eitrêmement propre et annonce une intelligenoe du bien-être, qui n'existe nullement chez les Russes. On y trouve des serviettes, des assiellcs de faïence, des lourchettes et tous les ustensiles de première nécessité. Les Cosaques ont ordinairement deux habitations juxtapo> sées. La première, celle que nous venons de décrire, est occupée pendant l'été; elle i^nferme presque toujours une jolie pièce, ornée de papier peint, d'images, de fleurs et de trophées d'armes; c'est la chambre dont on se sert dans les grandes occasions el qui est réservée aux étrangers : la seconde habitation > construite en terre et ressemblant aux kates des paysans russes, ne se compose que d'une seule chambre, où toute la rauiille s entasse pendant Thiver pour se mettre à Tabri du froid.

On ne yoit généralement dans les stanitzas que des femmes et des enfants. À l'exception de quelques vieux véléraus , qui ont acheté par quarante ans de service le droit d'aller mourir dans leurs loyers, toute la population mâle est sous les armes. Tous les travaux

retombent sur les femmes : oe sont dles qui doivent réparer les maisons, les blanchir, préparer les fourrures, soigner les enfants et s'occuper du bclail. On ne oompr^d réellement pas comment elles peuvent suffire à tant de tàcbes aussi pénibles.

A Piatisbanskaia , charmante slanitta, ombragée par de beaux arbres et s'élevaut en amphithéâtre sur les rives du Don , nous quittâmes la route de poste, et après avoir traversé le fleuve, nous pénétrâmes dans une mer de sable, dont nous eûmes mille peines à uous tirer. Les chevaux des paysans, moins habitués que oeux de la poste à des marches aussi fotigantes, nous fiiîsaient réellement mal à voir, haletant et harassés par leurs pénibles efforts. La réverbération du soleil et le manque absolu d'air rendirent cette journée une des plus pénibles du voyage, r^ous mimes quatre heures pour Ikire neuf verstes. Malgré un voile épak et des lunettes bleues, nous avions beaucoup de peine à ouvrir les yeux , tant nos paupières étaient gontlées. Vers midi nous pûmes enfin atteindre un pauvre village perdu dans- oes sables, où nous nous reposâmes jusqu'à la tombée de la nuit.

De Piatisbanskaia au Volga le pays est triste et sans v^tation. Les stanitzas sont rares, les champs en fridie. Les dunes de sable et les vents brûlants font déjà pressentir les déserts de la mer Caspienne, Rien uatti'isle autant rimagioation que cette absence de vie et ces teintés uniformes qui s'étendent à perte, de

GBAPITBE XX. 5Di

vue. Go s'étonne de rencontrer de temps à autre quelques misérables villages cosaques; et c'est en vain

que l'esprit cherche à s'expliquer l'existence de ces familles au milieu de la désolation qui trappe partout le regard : du reste cette stérilité est plutôt l'œuvre des hommes que celle de la nature. Àvec l'organisalioD actuelle des Cosaques du Don tout développement agricole deyient impossible, et les terres resteront à jamais incultes*

Mais, comme nous avons déjà eu occasion de le l'aire remarquer, tout est contraste eu llu6i»ie. Les extrêmes s'y rencontrent sous toutes les formes, sans transition aucune : d'un désert on passe à une ville populeuse; d'une cabane à un palais; d'une mosquée tatare à une antique métropole chiélienne ; d'une plaine aride aux riantes colonies allemandes. Les surprises se succèdent incessamment et donnent au voyage un charme d'imprévu qu'il serait bien difficile de retrouver dans le res^te de l'Europe.

C'est surtout en arrivant à Sarepta qu'on sent la justesse de ces réfleiions : les impressions nouvelles qui y attendent le voyageur, ressuscité de l'ennui des morues solitudes , lui fout l'effet d'un rêve dout l'attrait inespéré tient presque du prodige. Quand même Sarepta serait transporté au milieu de la Suisse, on ne punirait manquer de s'éprendre de ce gracieux séjour : mais )K)ur l'apprécier à sa juste valeur, il faut être fatigué, brisé, comme nous l'étions en y abor-.

daat; ti fout avoir dësirë un peu d'ombre et d'eau comme une manne céleste^ il feut aroir parcouru pendant plusieurs jours un pays semblable à celui que nous avons décrit, sous un soleil torréiiaut, dout nul obstacle ne tempérait Tardeur.

Qu'on se figuré une jolie petite ville d'Allemagne, avec ses maisons à pignons, ses arbres fiuitiers, ses fontaines, ses promenades, sa propreté minutieuse, son bien-être et son heureuse population, et Ton aura une idée de Sarepta; industrie, beaux-arts, morale, socîabilitë, commerce, tout s'y trouve.

Cette colonie morave, cachée dans un pli du Volga, au mitieu des hordes kalmoukes^ prouve éloquemment jusqu'à quel point la volonté et la persévérance peuvent opérer des miracles. C'est le premier jalon que l'Europe ait planté dans cette contrée reculée, parmi ces peuples pasteurs, si jaloux de leur indépendance; et les résultats obtenus par les frères moraves, tant sur le sol inculte qu'ils ont fertilisé, que sur le caractère plus inculte oicore des habitants, font vivement apprécier les bien&its de notre civilisation.

Tout respire la paix et le contentement dans cette petite ville bénie de Dieu. C'est le seul endroit que je connaisse en Russie, où le regard ne soit pas cxmtristé par l'aspect de la misère. Là, aucune amère pensée ne vienl se mêler aux observations intéressantes que glane la curiosité. Chaque maison est une fabrique, chaque individu un industriel. Durant la

journée, chacun eat au travail; mais le soir une population gaie et heureuse se répand sur les promenades et sur la place publique, et donne à la ville une animation des plusr a^^bles.

Gomme Allemands, les fràres moraves aiment la musique avec passion. Les sons du piano, qu'on entend dans presque toutes les maisons, leur rappellent la mère-patrie et les consolent du voisinage des Kalmouks.

jNous visitâmes l'établissement des sœurs moraves, où , par un hasard singulier , nous rencootrâmes une vieille dame allemande qui parlait fort bien le français. L'eiistencé de ces sceurs est calme, modeste, asservie aux préceptes les plus purs de la morale et de la i*eligion. Elles sont au nombre de quarante, et pa* raissent heureuses, autant du moins qu'on peut rétro avec une existence tout à fait monacale. Un ordie parfait, des appartements commodes, un beau jardin , leur rendent la vie matérielle aussi douce que possible* La musique leur est aussi d'une trèsgrande ressource. Nous remarquâmes dans la salle de prières trois pianos , dont elles s'accompagnent pour chanter .des hymnes en chœur. Elles font de très-jolis ouvrages en perles et en tapisserie, qu'elles vendent au profit de la communauté. Ces détails n'auraient rien de fort extraordinaire s'il s'agissait de tout autre pays; nous craignons même qu'ils ne semblent assez oiseux : mais pour peu qu'on songe

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à la position de cette oasis de cÎTilisatioa égal ée à l'extrémité de l'Europe » au milieu des Kalmouks, sur

les confins du pays des Khirguises, ou trouvera ootre eathousîasme bien naturel et bieu excusable.

La seule chose qui nous ait quelque peu déplu, est la prétention maladroite avec laquelle s'habillent les femmes. Croirait-uu que dans ce peùL coiu de terre, si éloigné de tout runiyers, ou est assez ridicule pour singer les modes françaises et porter des chapeaux à fleurs? Combien le costume simple, séyère, et le petit buuuet alsacien des femmes meuuouiles, sont préférables à cet assemblage d'él^^oe et de mesquinerie, qui caractérise les sœurs moraves. Cela n'a point de caractère, point de sérieux; on croirait voir des chanteuses de rue.

Pour en donner l'idée, voici ta description exacte d'une él^nte de Sarepta (la fille de notre h6te) : Robe d'indienne à fleurs, courte et étroite; tablier noir, grand mouehuii de madras; ridicule à la main, lait de morceaux d'étofies différentes; souliers à grosse semelle, bras nus et chapeau rose orné de fleurs. Ajoutons, pour que le portrait soit complet, une très-jolie figure et des bras potelés. Les iemmes sont du reste beaucoup plus jolies ici que partout ailleurs en Russie : chez plusieurs d'entre elles on retrouve i un degré remarquable ce type allemand du nord, avec son sang si beau, ses traits si naïfs et son abandon si plein d'innocence.

Le soir de notre arrivé, oo nerus oonseilU d'aller

entendre une musique fîinèbre, dernier hommage rendu à l'un des principaux habitants de Sarepta. Le corpA, exposé dans une chapelle ardente, était entouré de la famille et des nombreux amis du défunt, et ne

devait être transporté au cimetière que le quatrième jour; coutume précieuse, qui peut prévenir d'horribles aocideiita.

n serait difficile d'imaginer rien de plus solennel

€L de plus mélaiicolitj[ue que l'harmouie produite par ces Toix humaines et ces instruments eu cuivre, qui se répondaient alteniatiTement et semblaient l'écho des pensées les plus tristes et les plus profondes du cœur. Uoe foule nombreuse assistait à cette scèue; toutefois la gravité de la cérëmuuie n'empêchait pas tous ces bons Allemands de nous entourer avec la plus vive curiosité, et de nous faire mille et mille questions sur le but de notre voyage.

L'association des irères moraves remonte au célèbre Jean Huss, brûlé à Constance comme hérétique en Tan 1419. Leur histoire n'est qu'une longue suite de persécutions. L'issue de la guerre de trente ans, si malheureuse pour le roi Frédéric, électeur palatin , fut surtout fatale à leur secte. A. cette époque, la plupart des réformés de la Bohème abandonnèrent leur pays et se répandirent dans la baxe, le Brandebouin, la Pologne et la Hongrie. La vengeance de l'empereur Ferdinand II les poursuivant sans rdâche»

iU périrent en grand nombre, de misère ei de pri- Talions. En 1722, Chrétien David, charpeatier, et quelques autres proscrits, obtiurent du comte de Zinzendorf en Lusaoe, la permission de se fixer sur ses terres. Ib gagnèrent secrètement leur lieu d'asile avec femmes et enfants, et Dayid, eo plantant sa hache dans un arbre, secria : C'est ici que l'oiseau trouvera une demeure ei rhirondelle un nid ! Ses espérances né furent pas trompées. Le nouvel établissement prit le nom àe Herrenhut (garde du Seigneur); et bientôt ses membres oe furent plus connus eu Àliemagne que sous cette désignation. Tel iiit le commencement de la nouvelle société évangélique des frères de l'Unité de la confession d'Augsbourg. Herrenhut, centre de l'admiuistratiou , prit rapidement un grand développement et se fit connaître de toute l'Europe par son industrie et ses manufectures. Plus tard, Fesprit de prosélytisme s'elaul emparé de la communauté, les frères moraves ne tardèrent pas à étendre leurs relations dans toutes les parties du monde.

Peu de temps après que l'impératrice Catherine 11 eut fait connaître à l'Europe que la Russie était ouverte aux étrangers, et qu'elle mettait à la disposition des émigrants, des terres propres aux établissements industriels et agricolés, une dépùtation partie de Herrenhut décida à Saint-Pétersbourg la formatiuii d'une colonie morave dans le gouvernement d'Astrakhan. Ën 1769, cinq frères se transportèrent sur les bords

du Volga pour escamiDer et choisir les lieux; et le 3 septembre de la même aunëe, la colonie Ait décidément fondée à Temboiichure de la Sarpa dans le Volga. On lui donna le nom de Sarepla eu ménaoïre d*un lieu célèbre dans la Bible; l'oliTier et la gerbe de blé en formèrent les armoiries. La communauté était alors composée de trente personnes des deux sexes.

Entourés de tous les côtés par les hordes saunages des Kalmouks, sans aucune connaissance de la langue

du pays, à plus de 120 verstes de toute ville russe, ce. ne fut qu'à force de courage et de persévérance que ces premiers colons parvinrent à oi^niser leur établissement sur le Volga. Mais à des commencements difficiles succéda une prospérité rapide. Nous l'avons vu plus haut y les frères moraves forment une vaste société répandue dans toute les parties du monde pour travailler à la propagation de la connaissance de l'Évangile. Mais, afin de pouvoir plus iàcilenient accomplir leur mission» ils doivent tous^ d'après les rè^ements de leur ordre, connaître un métier » et pouvoir ainsi , par leur propre travail , suffire à leur subsislauce. Aussi Sarepta devint-il bientôt une ville manulacturière possédant des fabriques en tous genres» une véritable école d'industrie pour le pays environnaiit; et les intentions de Calherinc II furent réalisées.

Quant aux fi'ères moraves, la fondation d'une ville industrielle dans une contrée aussi lointaine, aussi

dénuée de reséouroes et de déboudiés, n^était pour eux que diose aeoondaire. Leur but principal était la

conversion des Kalmouks; pour l'atteindre, ils pensaient ayec raison qu'il était indispensable d'avoir chez ces peuples un établissement fixe. Tous leurs effi>rts de prosélytisme restèrent néanmoins inutiles; les Kalmouks résistèrent à toutes leurs predicatiuiis. Ce ne fut qu uu 1820 qu'ils parvinrent à convertir quelques fomilles et a les décider à reœToir le baptême. Mais le clergé russe se h&ta d'intenrenir, exigeant que les Kalmouks fussent baptisës selon le rit grec, et finalement on supprima toutes les missions des frères moraves. Depuis lors Sarepta s'ooeupe exdusiTement d'industrie.

La colonie de Sarepta eut dès son origine de grandes calamités à déplorer. Ëa 1771» lors de la fameuse émigration des Kalmouks, les firèrea fidllirent être tous emmenés en captivité, et ne furent Murés que par la douceur de l'hiver , qui empêcha leurs ennemis de passer le Volga et de rejoindre la grande borde de la nation. En 1773 le Cosaque Pougatchef ravagea toute la contrée; les colons, alors au nombre de deux cents, y compris ies leiumes, se virent forcés de se sauTcr à Astrakban. Peu de temps après, la défoite du rebelle leur permit de rentrer chei eux. Leur rille était détruite, mais ils ne perdirent pas courage, et l'établissemeut se releva promptemcnt de ses ruines. En 1812 une me entière de Sarepta fut la proie d*un

CUAPiïKE XX.. 3iK)

iuoendie; la même année, pendant la campagne de

Russie, les flammes déyorèrent leur maison de commerce de Moscou, avec uae immense quantité de mar- «^ndises. Maia le plus terrible désastre fut celui de 1823 : les deux tiers de la colonie et les plus grandes fabriques furent réduit» en cendres : on évalua les pertes à plus d'un million. L empereur Alexandre et Tassociation moraTè Tinrent généreusement an secours des pauvres colons, mais ils ne purent jamais rendre à Sarepla ^oii ancienne prospérité.

Tous ces iléaux, ibudaat sans i^làcbe sur la malheureuse communauté, n'empêchèrent cependant paa l'industrie de s*y développer. Jusqu'au commencement de notre siècle , ses fabriques si variées marchèrent admirablement, et leurs produits continuèrent à être recherchés dans toutes les contrées de la Ruasie. Des frères établis dans les grandes villes de l'empire étaient les actifs et loyaux correspondants des colons du Yolg^. Les tissages en soie et coton surtout, eurent un si grand succès, que les industriels de Sarepta établirent à leurs propres frais des filatures dans les colonies allemandes du gouvernement de Saratof'. Mais tous ces éléments de richesse furent peu à peu

1, Les colonies allemandes du gouvernement de Saratof se composent de 102 villages, avec une population de 81 ,271 habitants ; en 1836 elles ont produit 242,830 hectolitres de blé, valant 565,263 roubles assignations, et du tabac pour une valeur de 260,486.

anéantis par la nouvelle oi^^isation douanière; la plupart des fabriques se fermèrent : quant aui autres , a une

ou deux exceptions près, réduites à confectiuaiiei un petit nombre d'articles , elles ne se soutiennent plus aujourd'hui qu'à fom d'ëoonomîe et d'habileté. D'un autre côté, la main-d'oeuvre est extrêmement chère à Sarepia, pai suite des difficultés que l'on y trouve à se procurer des ouTriers; puis les colons, au lieu de tirer directement, comme autrefois, de rétraoger les matières premières, sont maintenant obligés de les lau e acheter sur les places de Moscou et de Saint-Pëtersboui^. La diminution des eaux de la Sarpa a été ^lement lîineste à Tindustrie de Sarepta. Les frères avaient établi sur cette rivière un grand nombre de moulins et de scieries qui leui' rappoi i tient de gros bénéfices. Dans le courant de l'année 1800 le manque d'eau fit abondonner tous ces établissements. Envoyant cette lutte continuelle de l'homme contre la nature et les événements, on ne peut s empêcher de payer un tribut d'admiration. à œs intrépides colons qui, relégués à Fextrémité de FEurope, au milieu des steppes arides du Volga, ne se sont jamais laissé abattre par le malheur, et ont toujours trouvé de nouvelles ressources dans leur énei|;ie et leur persévérance.

La plus importante industrie de Sarepta en ce moment-ci est la iril)ri( alioii d<^ la moutarde : elle produit près de 10,000 kilogrammes par an, plus 4800 Idlogrammes d'huile. Cet établissement n'est pas sans

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importance pour les TÎHages voisins, car année moyenne il consomme 1 60,000 kilogrammes de graines de moutarde , que le fabricant paie aux paysans à raison de 1 . 60 roubles le poud. ou les 16 kilogrammes.

Les autres fiibriques qui marclient encore ayec quelque succès j sont celles des tissus en soie et cotou, les manuiàctures de bas et bonnets, de tabac, et les tanneries; mais toutes ces maisons travaillent mainte» nant sur une édielle bien moins grande, et même, proporliou ^;;irdéc avec la quantité de leurs' produits, les bcaëlices quelles réalisent ont considérablement diminué. On trouve aussi à Sareptà un opticien, homme fort habile et très-instruit, et plusieurs confiseurs, qui font des expéditions jusqu'à Moscou. La xx>lonie possède de plus des magasins d'objets de manufiiotures, et présente presque toutes les lîessourœs d*une bonne ville d'Europe. Voici le relevé de ce que rendent annuellement en argent les diverses industries

de Sarepta.

Hbotaml» (1 fidbriqiw) «OODOrouMes.

Tkttt/f (5, dont 3 im ptodnneat qae 400S). . . 57000

Bm «I bomitla 4000

TUmo (4800 kilogr. à fumer et 1600 k priser). . . 15000

Cuirs pour semelles ( 1500 pièces) 22000

Chandelles (9600 kilogr.; savon 3200 kUosr*). ■ . 12000

Poterie , pièces de 0 . 02 à 2 roubles 4000

Total 154000 roubles.

Il faudrait aussi faire entrer en ligne de compte les bénéfices des individus exerçant des métiers , tels

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que meDiii«im, aernirieray etc.; hmim il est impossible d'éraliier eiaotemeiit oe revenu.

L'agriculture ne peut être qu'une chose accessoire à Sarcpta; sur 17,000 déctaiiues de terre que possèdent les oolons , on en compte 2000 tout à fait impropres à la culture; 1 0,000 salées, et 4000 seulement qui sont vraiment bounes. On a néanmoins fondé, non loin de la ville , un petit village nommé Schœnbrunn, où quelques âimilles s'adomient à la culture et à réducation des bestiaux. L'élève des mérinos n'a pas réussi jusqu'à présent. Les colons eu possédaient, il y a quelques années, un troupeau assez considérable; mais y soit par suite du climat, soit en raison d'un vice d'administration, il ne taixia pas à diminuer; aujourd'hui il ne s'élève pas à plus de 1000 tètes. £n ce moment-ci le bétail de la colonie consiste en:

Chevaux 101

fiitct i «wnBi «as

Hériiu» 1000>

BcMifs pour la tuerie. ISO

Les frères possèdent en outre, le long de la Sarpa, de nombreux jardins, arrosés par plus de trente machines à chapelet. On y cultive toutes sortes de fruits et de plantes, mais principalement le tabac, et depuis quelque temps Tindigo: ce dernier produit finira sans aucun doute par devenir d'une grande importance pour la colonie.

La petite ville de Sarepta a peu changé depuis quatre-

TÎDgls ans : m oonstnictîoiift préseotent encore aujourd'hui le même aspect que quelques anoëes après

la fondation de la colouic; mais le graud mouvement ioduâtriel d'autretois Ta abandonnée , ses riiea sont de- Tenues désertes et silencieuses. La fontaine coule toujours sur la même place; elle est toujours ombragée par les mêmes ai bi es ; mais les pans de muraille encore noirs des dcuii plus belles mauuiàctures dévorées par le terrible ineendie de 1823, et que les colons n'ont jamais pu relever, viennent singulièrement attrister le cœur et attestent que, malgré leur couiage et leur industrie^ les frères moraves ont dû céder à la force des événements. Tous les voyageurs qui traTeneront Sarepta , et qui seront à mèmed'apprécier ses habitants, formeront cerlaïuemeul des vœux pour le retour de la prospérité de cette intéressante colonie : malheusèment il n'est pas probable que ces vceux se réalisent de si têt.

Depuis 1769 la communauté morave a peu augmenté^ car en 1837 elle ne comptait que 380 âmes, dont 160 hommes et 220 femmes; encore sur ce nombre une moitié seule était-elle née à Sarepta , tandis que l'autre était venue de l'étranger. Plusieurs causes contribuent à entretenir la population dans cet état de faiblesse. On ne permet d'abord à aucun colon de se marier, à moins qu'il ne soit à même de justitier de moyens d'existence. Aussi les hommes, comme les femmes, se marient-ils extrêmement tard,

el les grandes fiiinitles sont très-rares; d'un autre c6lë, un frère ne peut s'établir , si de son mariage il doit

résulter quelque domuiage pour un autre ; et tous ceux qui, par leur mauvaise coaduite, ti'oublent taot soit peu Tordre et la tranquillité de la colonie, sont renTOyés et rayés de rassociafion. On délivre à ces derniers une espèce de passe-port pour le gouvernement de baratoi; ils sont alors libr^ soit de se faire inscrire dans cette ville comme colons du gouvernement, soit -de jouir de leurs privilèges d'étrangers. Enfin, après le grand incendie de 1823, beaucoup de frères découragés , ayant perdu toute leur fortune, quittèrent Sarepta pour aller vivre dans d'autres communautés. Toutes ces raisons expliquent suffisamment l'état statiounairede la population de la colouie. Comme étrangeis à Tassociation, on compte à Sarepta trente Êimilles d'ouvriers des colonies allemandes du goitvernement de Saratof, quarante Rosses et vingt Tatars: une cinquantaine de kibukas (tentes) kalmoukes fournissent les manœuvres et les hommes de peine pour la culture des jardins et autres travaux. ' Sarepta possède aujourd'hui dans son enodinte 56 maisons eu pierre el 136 en bois, et hors de la ville 1 en pierre et 49 en bois. Ses constructions publiques consistent en une ^lise avec oigue et clocher, et trois grandes maisons de travail pour les célibataires, les filles et les veuves. Ces dernieis établissements servent en même temps de lieux d'asile pour les orphelins et

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tous ceux qui n'ont pas de famille; On a établi en

outre, pour les filles et les garçons, des écoles où renseigoement, assez étendu, embrasse les langues allemande, inisae et française, Thistoii^, la géographie et les mathématiques élémentaires.

Daus le principe, Sarepta était entouré de fossés et de retranchements en terre , garnis d'artillerie et défendus par un détachement de Cosaques; mais depuis longtemps on a renoncé à ces dispositions militaires, et rien ue vient plus troubler la paisible industrie des dignes MoraTes. Dans la. description de cette intéressante colonie il ne faut pas oublier ses nombreuses et délicieuses lontaines. Chaque rue, chaque maison a la sienne; Teau arrive dans la ville au moyen de conduits en bois; elle se rend sous la place dans un réserroir commun, et de là se partage entre les diffiSrenîs quartiers. Ce ne sera pas non plus sans une bien vive salisiactiou que le voy^eur fatigué s'arrêtera à Fhôtei de Sarepta, où il trouvera bon lit et bonne table, d'eicellent vin et tout le confortable qu*on peut désirer.

Les frères moraves de Sarepta jouissent à juste titre de privilèges bien plus étendus que tous les autres colons de la Russie : ils ne paient à la couronne qu'une légère imposition par décialinc de terre; el sans redeyanoe aucune ils ont le droil de iàire le commerce dans toute la Russie, ainsi qu'à l'étranger, comme négociants de première guilde. Ils ont leur administration entière^

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ment à pari; toutes les affiiires oontentieufles se tiailent chez eux sSans Vintermédiaire d'aucun tribunal russe. S'il s*ëlève quelques différends entre eux et leurs voisins, ils s'adressent au comité général des « colonies allemandes de Saîratof , et dans les circon-

stances graves, directement au ministère à Saint-Pétersbbuii;, par Tentremise d*un de leurs frères établi comme leur agent dans la capitale. Bn das de meurtre seulement, ils livrent le coupable auic autorités russes. Poui* les autres délits, c est ordinairement dans le bannissement que consiste la condamnation prononcée par le tribunal de l'association. Ce tribunal se compose d'un maire et de deux adjoints élus par la commune, qui sont eu même temps les administrateurs de la colonie, et ont sous leurs ordres un sous ^ chef chargé de totit ce qui concerne la police de la Tille et de la campagne. Sarepta perçoit 20,000 roubles de revenus, produits par la ferme de la pêche et les impôts particuliers; cette somme est employée à l'entretien des bâtiments publics, des écoles, des maisons de travail, etc.

Les colons de Sarepta, par leurs mœurs , leur instruction et leurs principes religieux, se distinguent essentiellement de tous les autres Allemands qui habitent la Russie. iNous avons vu peu de sectaires apportant en matière de religion des idées aussi saines que les leurs. Tout en s'aoquittant de leurs devoirs avec la plus scrupuleuse exactitude , ils profitent des biens

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que la Proyidence leur a départis , vivent d'uoe manière large et commode, el s'eiUuiiienl de fout ce qui peut rendre l'existence iàcile et agréable. Ce qui noua a surtout frappés, c'est que dans le simple ouvrier, comme dans le riche Êibricant, on trouve toujours uu houjiiie bien élevé, instruit, distingué dans ses manières et sa tenue, et d'une conversation pleine de charme* Nous n*avoua passé que peu de jours dans la colonie, mais la connaissance de la langue allemande nous eut promptement gagné ramilié de ses principaux habitants. Aussi, à notre départ, notre voiture fut-elle entourée par un grand nombre de ces braves gens qui venaient encore nous dire un dernier adieu et nous souhaiter uu boa voyage à travers les steppes sauvages des Kalmouks.

Preuûen ompaneuts kahmMk». — Aspect du Vo^. — Domi de tables. — VmaiM C0MM|Mt. — Boate pénible^ — Excelluits chevaux de pmle.—

Un bateau à vapeur remontant le Volga. — Musique militairt-. — Astrakhan. — Désappointement, — Difiicullés pour trouver un logement. — Visite à un prince kalmouk sui* la rive gaucim liu Volga. — Contranétés. — Uoe dame polooiise. — > HeapHalilé et hdritatien 4n pri^ — Tinl« à

la priooene dam sa teniez — Miuiqiw, obant., danae* Ctoatwie des femmes kalmoukes. — Course de chevaux sauvages. — Adresse des cavaliers kalmouks. — Le repas du soir. — Les quadrilltîs français chez le prince Tuœène, — CéréauHiie religieuse. — Poésiesi kaliuoukes. — Chasse au laucon. — Départ pour Artrahhaii. — EMOVte d'boniieur.

A huit heures du soir nous ({uittàmes Sarepta» entièrement enthousiasmés des bons frères morales

el de l'accueil plein de cordialité et d'empressement que nous avions trouvé chez eux.

A quelque distance de la colonie, une lig^e d'un blanc mat y que Tobscurité permettait à peine de distinguer , nous auuoiiça la présence du Volga. Nous le suivîmes pendant toute la nuit, l'apercevant de temps en temps à la pâle clarté des étoiles* Grand nombre de lumières brillaient le long de ses rives : c^étaîent des lanternes de pécheurs. Toute la contrée avait un caractère original, qui agissait Tivement sur notre imagination. Ces points lumineux, diangeant à chaque instant de place, nous rappelaient les feux follets qui séduisent et tiompent le voyageur. Les campements des Kalmouks, dont les masses noires semblaient glisser

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sur la surfooe du steppe; Tobscuntë de la nuit; la

rapidité avec lai^uelle notre troïka ' nous emporlail à travers l'iiiiiiieD6ité de la plaine ; la clochette de poste, dont le son a%u vibrait dans l'espace, enfin» et surtout ridée que nous étions en Kalmoukie, avaient produit en nous une excitation fébrile, qui nous taisait voir tous les objets sous un aspect Êintastique*

ku point du jour, nos yeux se tournèrent avide* ment vers le Volga qui resplendissait sous les teintes éclatantes du soleil levant. Du haut du plateau où nous nous trouvions, le regard embraMait tout le pays, et l'on peut fecilement comprendre notre admiration en face de ce beau fleuve, qui déroulait devaoL nous son cours tranquille et majeslueu:!!, ses méandres et la multitude de ses Ilots couverts d'aunes et de trembles, et coupés par mille canaux : de l'autre côté du Volga s'étemlaienl à perte de vue les immenses steppes où campent les kbirguises et les Kalmouks, et dont la ligne à Thorizon était aussi unie que celle de rOcéan. Il eût été difficile d'imaginer un spectacle plus giaadiose et plus en harmonie avec l'idée qu éveille le Volga, à qui son cours de plus de six cents lieues assigne le premier rang parmi les grandes rivières de l'Europe.

La loute de poste qui côtoie le fleuve jusqu'à Astrakhan ^t pénible et souvent dangereuse. Nos che-

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