Voyei FAtlas historique, planche
CHAlTiKE 443
11 §BMi avouer que la destiné du Toyag^iir est bien étrange ! Gomnie le cheval de courte, il doit fournir
aa carrière, sans s*einbarrasser de ce qu'il laÎMe derrière lui. Aller, toujours aller en avant, voilà sou bii(. Quant à ces amitiés qui l'accueillent sur sa route» à ces liaisons passagères, d'autant plus douces qu'elles sont moins approfmidies, à tout ce qui fait réellement le charme des voyages, à peine a-t-il le temps de leur donner un regret. Le moment présent existe seul pour lui. 11 doit avancer» sauf à revenir plus tard avec volupté sur chacune de ces impressions recueillies en chemin cl on lassées à la liâlc dans son esprit. Alors ii se souviendra, il regrettera peut-être; mais jusque-là, oiseau de passage, il a bien autre chose à laire que de s'appesantir sur de pénibles retours vers le passé. Le ciel est beau , l'espace est grand; il s'élance gâimeuL au devant de nouveaux horizons et de nouveaux souvenirs!
Le jour fixé pour notre départ, nous déjeunâmes tous ensemble pendant qu'on s'occupait des derniers préparaLils. Ce repas fut triste, «ir chacun ëtait préoccupé de la même pensée» Pendant que nous retardions volontairement le moment des adieux, la calèche du prince et une autre v<Mture stationnaient à la porte. Tout avait été prévu et ordonné avec une magnificence qui du reste ne pouvait nous surprendre. Chez aucun grand sdgneur il ne serait possible de trouver une hospitalité plus lai|;e que celle de ce
priace, qui pourtaot, depuis de loogues années, vit dans une retraite absolue. Gela prouve que la Téritable supériorité est înd^ndante de la civilisation, et
qu'on peut la rencoulrer aussi bien chez les peuples aux mœurs primitives qu'au milieu des plus brillants salons de TEurope.
Au bas du perron, la calèche de notre hôte, dou« blée de satin blanc et attelée de (jnaLie magniOques chevaux conduits à longues guides par un cocher khii^se ) nous attendait avec une quinsaine de cavaliers qui devaient nous servir d'escorte. De nom* breux curieux les entouraient, tournant des regards avides vers la société réunie sur uu large balcon, oû elle recevait du prince le coup de Tétrier. Tout cet ensemble forowit un tableau aussi bisarre que splendide; ce luxe raffiné de rOocident, mêlé aux costumes bariolés des Kalmouks, ces physionomies de types si divers, ces officiers on brillants uniformes, ces beaux chevaux rongeant leur frein, et surtout la noble figure du vieux prince nous faisant de son balcon un dernier signe d'adieu, laissèrent daus notre esprit uu souvenir ineffaçable. Kn tête de la cavalcade se plaça le jeune Tumène, qui durant le trajet ne cessa de nous émerveiller par ses tours de force de science équestre. La journée était resplendissante, tout concourait à éveiller eu uous une foule de sensations qui ne se renouvelleront peut-être jamais. £n face de la station de poste, M."'*' Zakarévitsch
et sa fille, que doua aYions eolevées au prince Tumène, montèrent avec nous dans le bac, préparé pour notre
transpui I . Des rhevaux, commandés dès la veille par un exprès du prince, nous attendaient sur ie rivage, où nous trouiràmes nos Toitures toutes prèles à nous recevoir.
Eu nous relrouvant sur celte route où nous avions déjà passé deux fois en moius de vingt-quatre heures, ridée des désagréments que nous y avions éprouvés nous revint plus d'une fois à Tesprit, et nous pûmes apprécier à ce sujet combien sont illusoires ces mauvais présages dont s'eBVaienl plus d'un voyageur. Une personne tant soit peu superstitieuse aurait, sans aucun doute, renoncé à. une visite contrariée par une semblable série de fâcheux contretemps, et elle eût ainsi perdu l'occasiou de voii les choses extraordinaires que j'ai tâché de décrire. Quant à. nous, au contraire, nous revenions riches de souvenirs et dlmpressions nouvelles, nous félicitant de plus en plus d'avoir feit un voyage dont les résultats dépassaient tellement notre attente!
CHAPliKE XXII.
Hoipilalitê d'une Polonaise» — l^oticc historique sur Astrakhan. — Population mélangée — Les Arméniens. — Les Tatnrs. — Singulier résultat t\u croisement des races. — Les Persans et les iailieos abandonnent Astrakhan. — . Anecdote tw Plerre-le'Grand. — Aspect des rues. — Climat du pays. — Clnlcan. ^ CoiiahM. — Houiuiieiil d'AsIraUiaii. — Poila artûen. Jar^oa Cndtîers. — Infertilité du sol. — Toptes les provisions de bouche arrivent par le Vo'î^ri, — Cérémonie religieuse îndii'Une au coucher du aoleil. — Mœurs irauçaiaes à Astrakhan. — Le salon du gouverneur. — IiCt notabilités de la ville. -^Thélitre. Bd. — Un gonvetncar de pro- TÎneew^Préparatift da départ. — Dîffiealtéa pour ors&niser notre voyage k travers ka eteppes des Kalnooks. — TÀmoigiueM d'intérât. «-Poém
A notre retour à Aatinkhao , M.*"* Zakarévitadi exigea
absolument notre installation chez elle. Les rëcla> mations de sa compatriote, qui uouâ avait d'abord donoé rhoApitaiilé, ne purent tenir contre ses tîtcs instances. Nous eûmes un vàitable plaisir à revoir M.""^ Fadievv et à faire connaissance avec son mari, qui est un des hommes les plus distingués que nous ayons connus en Russie* Le gouTemeur (le général TimirasiQ et sa femme, ainn que beaucoup d'autres fomilles, s'empressèrent de rendre notre séjour parmi eux aussi agréable que possible.
Ubistoire d'Astrakhan est tellement connue, que l'on nous saura sans doute gré de ne pas insister sur les diverses révolutions politiques qui se sont opérées dans les conliées dont cette ville a été pendant tant de siècles la brillante métropole. Après avoir fait partie de Tempire du Kaptscbak, fondé par Batou- Khân, Astrakhan^ à la suite de longs déchirements
intérieurs, fiait» au oommeiiceiDeDt du quioziènie siècle, par ae constituer en État indépendant. Cent manquante ans plus tard éclata entre les Russes et les
Tatars la lutte acharnée qui devait délivrer le pays des Czars, du joug de ses oppresseurs. £n 10^4, Ivan IV» le terrible, s'empara du khànat de la mer Caspienne, autant par la trahison que par la force des armes, el piil le premier le litie de roi de Casan et d'Âslrakhan. Celle conquête, si précieuse pour l'empire, fut incorporée aux possessions russes, et entraîna la soumission ou l'émigration de tous les peuples du ymsinage. Depuis cette époque, Astrakhan a toujours appartenu à la Russie; mais elle ne tarda pas à perdre Taucieune prospérité qui Payait rendue si célèbre sous les Tatars de TOrde d'or. Quinze ans après la conquête des Russes, les Turcs, de concert avec les Tatars de ki (.rimée, dirigèrent une expédition contre Astrakhan. Leurs efforts toutefois avortèrent, et l'armée ottomane périt en grande partie dans les déserts du llanitsdi. Vers la fin du dix-septième siècle, Astrakhan subit encore une courte, mais saii^hinte révolulion. Le rebelle Sieuko-Uazin se rendit maître de ia ville , la livra à d'horribles massacres et donna un moqient des cnântes sérieuses à la Russie. Aujourd'hui l'ancienne capitale du royaume tatar est simplement le chef-lieu d'un gouvernement qui, quoique présentant une surface de plus de 4000 m. c. g., ne possède néanmoins que 285,000 habitants, parmi lesquels 200,000 nomades.
Elle renfermîe un grand nombre de places, d'eues et de mosquées. Ses TÎeîlles tours crénelées et ses pans
de murailles qui embrassent encore un espace considérable de terrain, rappellent aux yoj^^ageurs ses anciens souTcnirs guerriei«. Sa population, mélange de toutes les races de l'Asie, s'élève au chiffre de 45,703 âmes; le fond en est russe, kalmouk et tatar. Les Arméniens, comme dans tous les pajs du monde, sont ici boutiquiers: malgré leur religion, qui démit les rapprocher des peuples oocîdentauz, ils ont conservé dans leurs mœurs tout ce qui tient à l'Orient. L'Arménien porte partout cet esprit de négoce (jui lui est commun arec le Juif ; toujours à Taffùt d'une affiiire, toujours pi'èt à saisir l'occasion au toI; escomptant, supputant, chiffirant avec une infatigable patience. Qu ou le rencontre dans les lèi aies vallées de r Arménie, dans les pays du nord ou sous un ciel méridional, on le retrouve partout avec ce profond égoïsme qui a remplacé chez loi le sentiment de patriotisme, si puissant dans la plupart des branches de l'espèce humaine. Cette nation, disséminée dans le monde entier comme les Juifs, offre un de ces types de race pore, qu'on ne voit bien conservés que chez les peuples orientaux. Le manteau brun, dont les femmes arméniennes s'enveloppent à Constantinople, est remplacé ici par de longs voiles blancs qui les recouvrent entièrement. Ce vêtement, dessinant très-bien les formes du corps, et retombant en draperies
gracieuses jusque sur le bout des pieds, rappelle, loraqu'il est bien porté, les ligues él^ates de oer< taiaes statues grecques. Cette analogie est d'autant plus frappante, que les dames arméniennes se distinguent surloul par ia noblesse du port et la beauté sévère des traits.
Les Tatars, au nombre de plus de 5000, s'occupent de commerce et principalement de rélève du bétail. Leurs nombreuses mosquées et les coupoles de leurs maisons de bains contribuent à donner à Astrakhan un aspect tout à £ût oriental. Quant aux Indiens, autfefois en assez grande quantité dans cette Tille, ils ont depuis longtemps renoncé au commerce qui les y amenait, et n'y sont plus reprcseiilés que par quelques prêtres, retenus encore par d'interminables procès* Biais de leurs anciennes relations arec les femmes kalmoukes, sont sortis des métis actuellement au nombre de plusieurs centaines d individus, et improprement désignés sous le nom de Tatars. Le mélange de ces deux sangs essentiellement asiatiques, a produit un type qui se rappioche beaucoup de<seluî des nations euiopéeunes. 11 n'offre ni les yeux obliques des Kalmouks, ni la peau bronzée des Indiens; et rien dans le caractère ni dans les habitudes des descendants de ces deux peuples ne rappelle leur double origine. Au milieu des populations apathiques et nonchalantes avec lesquelles ils vivent, ces niéus a{)j>or(ciit dans tout ce qu'ils font, l'actirité et U i^oluiion des I. 29
450 GBAFITRB XXU.
hommes du nord. A la fois portefaix, charretiers et matelots , ils ne reculent deyant aucun travail, quelque péaible qu'il puisse être. Uo chapeau de feutre blanc à large» bords et à cône pointu, une taille élancée et
une physionomie hardie et eojouëe, leur donnent beaucoup de ressemblance avec les muletiers espagnols. >
Les Pérsans» comme les Indiens, désertent peu à peu
Astrakhan. Le système proliibitil de la Russie a détruit toutes leurs ressources commerciales, et aujourd'hui il n'en reste plus que quelques centaines, qui ne demeurent guère que par misère dans leur patrie adoptive, où ils se liTrent à un petit trafic de détail.
1. Ce résultat du croisement de deux races aussi accentuées, est extrèmrm, liL remarquable, et ne peut manquer d'intéresser les savants voués à l'étude des ditïéreutes familles humaines. Le type mongol est peut-être ecîuî qui se perpétue avec le ])lus d énergie et résiste le plus obstincincnt à l'infl^ience d'une longue suite de générations étrangères. iXonsTavons n trouvé dans toute son originalité chez les Cosaque», les Talars et tous les peuples qui habitent le voisinage des Kalmouks. N'est-ce pas alors un fait des plus curieux que de le voir s'anéantir immédiatement sous l'influence de la race indienne, et produire un type entièrement caucasien. Ne pourrait-K)n pas conclure de là que la race caucasienne n'est pas une race primitive, ecupme on le croit encore de nos jours, et qu'elle résulte simplement d'un mélange dont il faut chercher les deux sources dans l'Asie ceQ* traie, au fond de ces contrées mystérieuses de la grande chaloe du Tbibel , qui ont tant occupé le génie inventif des écrivains anciens et modorn«ftp
CHAFiTfŒ xxn* 451
Nous aTons parooura les immensés khàns persans
d*Â8trakhan; mais nous y ayons en vaib cherché ces riches et biillaules étoiles qui les rendaient autrefois si célèbres: les magasiDS sont vides, et ce n'est qu'à grand'peine que le voyager peut encore tronTcr des cachemires , des termalamas soyeux et quelques-uns de ces produits de TÂsie qui excitent si vivtiuieiii notre curiosité, et qui autrdbis étaient pour la ville une source de prospérité.
Astrakhan possède depuis quelques années un la> zarel aux embourliuies du Volga, à 75 verstes de ses murs. L'bistoire de cet établissement est assez curieuse. Avant de le construire sur remplacement qu'il occupe actuellement, on s*était vu forcé d'abandonner deux fois d'importantes bâtisses en raison du mauvais choit des lieux. Ce ne fut qu'après une grande perte de temps et d'argent qu'un ingénieur avisa une petite Ile placée dans les conditions les plus favorables, et où le lazaret fat définitivement érigé. Quelques années après ou trouva (l;nis les archives de la ville uue note manuscrite que Pierre-le-Grand avait laissée à son départ d'Astrakhan, et dans laquelle il désignait précisément cette lie pour rétablissement d*un lazaret. Un coup d'œil avait suffi à ce prince pour apprécier l'importance d'une localité que plusieurs commissions d'ingénieurs ne trouvèrent qu'après mille recherches.
Le pavage est un luxe tout à feit inconnu à Astrakhan* ses rues sont sablonneusefi comme le sol des
eoTiroDs : presque désertes dans la journée, par suite de TardeuT du soleil qui s'y conceutre, il est rare de voir un spectacle plus aDÎmé et plus pittoresque que celui qu'elles présentent le soir, lorsque la ville entière se réveille et secoue la somnolence où l'aTaieut ploDgée trente degrés de chaleur. Alors chacun s'empresse de jouir de la fraîcheur qu'apporte le crépuscule, les portes se garnisscul de cuiieux; les affaires repreiiuent leur cours, les magasins s'animent; une nombreuse population repràentant toutes les races, parlant tous les idiômes, se répand rapidement sur les ponts et les quais bordés d arbres; le canal se couvre de Caïques chargés de fruits et d'arbouses; les droschlcys, les calèches, les cavaliers, luttent d'él^anœ et de yitesse; toute la ville prend enfin un air de iéte qui étonne et séduit le voyageur.
11 retrouve là tout ce qu il a vu de pittoresque dans ses voyages, toutes les impressions qu'il n'a ressenties que séparément ailleurs. Â c6té d'une demeure tatare s'étend un grand bâtiment noirci par le temps, dont les ogives et les sculptures à demi effacées font songer au moyen âge. Un magasin européen étale ses modes en face d'un caravansérail; la magnifique ^ise métropolitaine abrite sous son ombre une , gracieuse mosquée avec sa fontaine; un balcon mauresque présente un groupe de jeunes Européennes qui font songer à Paria, tandis qu'une ombre blanche, aux formes slrelte» et sévères, glisse mystérieusemcvc
80118 la galerie d'un yieux palaia. Tous les coDtrastes 80Dt réunis; el c'est ainsi que, passant d'un quartier
à l'autre, vous croyez n'avoir fait qu'une promenade, et TOUS avez amassé une provision d'observatioas et de souTeoirs de tous les temps et de tous les lieux. Les Russes devraient s'enorgudllir d*une ville qui n'est pas née d'hier, oumme toutes les autres cités de leur pays^ et où Ton n'est plus poursuivi par la froide monotonie et la régularité systématique que l'on rencontre partout dans Tempire.
A Astrakhan , les ^lises n'offrent plus oet invariable style grec sur lequel sont modelées toutes les constructions religieuses de l'empire russe. 11 y a ici des sculptures, des 'flèches, des balustrades, quelque chose pour attirer le regard , des détails pour le fixer. La cathédrale, construite vers la liii du dix-septième siècle, est un vaste édifice carré^ surmouté.de cinq coupoles dorées et étoilées d'azur, et qui rappelle à la fois l'Europe et l'Asie. L'intérieur est tapissé de tableaux, sans valeur sous le rapport de l'art, mais qui flattent l'œil par la richesse de leurs cadres, la plupart d'ai^^t massif et ciselés d'une manière bizarre. Le monument le plus intéressant d'Astraldian est une petite ^lise cachée dans le fort de Pierre-le- Grand. Ou l'attribue à Iwam IV. Son architecture, toute mauresque, est brodée de détails iniluimeut curieux pour l'artiste. Malheureusement elle est abandonnée depuis longtemps, et sert aujourd'hui de lieu de dépôt pour les mardiandises.
climat d'Astrakhan est sec et fort chaud. Pendant plus de trois mois le thermomètre desoend rarement y dans la journée» au-dessous de yîngt-huit d^rés Réaumur. Celte chaleur, que reud encore plus intense un sol sablonneux, énerve le corps et Fesprit, et explique suffisamment la profonde paresse qui domine tous les habitants. Mais par suite de U sécheresse de l'air, Tatmosphère atteint ici une pureté qui ferait Tadmiraliou du peinU c. Tous les objets lui empruntent une couleur chaude et une transparence dignes du ciel de l'Italie.
Un înconTénient très-grave pour les Astrakhanais et surloui jiour l'étranger, c'est la luultilude de cousins et autres iusectes qui envahissent l'air à certaines époques de Tannée. Toutes les précautions sont infructueuses, devant leur acharnement; en vain vous entourez-vous de gaze pendant la nuit; eu vam vous résignez- vous à une pioioude obscurité pendant le jour; leurs atteintes ne s'en font pas sentir moins cruellement, sans vous laisser d*autre ressource que celle de tous débattre inutilement contre un invisible ennemi.
Ou toie en ce njouieul un puits artésien daus la partie la plus élevée de la ville. A notre passage il avait déjà 130. mètres de profondeur; mab au lieu de faire jaillir de l'eau , la sonde avait donné issue à du gaz b\ ilro^rnc caibout', <[iii brûlait depuis plus de trois semaines, en répandant une clarté très- vive.
Astrakhan compte aujourd'hui 146 rues, 46 places.
GuAFiTEE xxn. 455
B plaoes de marché» un jardin public» 11 poaU en
bois et 9 en terre, 37 églises (34 en pieiTes et 3 en bois), (ioal 3 calhedrales; 15 naosquées, dont 2 en pierres; 3883 maisons (288 en pierres et 2Ô95 en boifl). Toutes les relations de voyage parlent des jardins d'Àstrakhan et des magnifiques fruits que Ton y lécolle. Malheureusement ce sont là des inventions purement romanesques; car il n'existe autour de la ville qu« 75 jardins ou TÎgnes, et ce n*est qu'à force d'irrigations au moyen de machines à chapelet que Ton parvient à les rendre productifs. De plus, tous les fruits y sont d'une qualité sinon mauvaise, du moins fort médiocre. Le raisin seul est assez savoureux et d'espèces fort variées; mais il est impropre à Êûre du ■ vin f et bon seulement pour la table. Quant aux célèbres melouîi d'eau, ils jouissent de fort peu d'estime dans le pays, et toutes les personnes de la yiiie ne nous parlaient que des pastèques de Kherson et de la Grimée. Du reste, il pourrait très-bien se laire que la réputation des fruits d'Astrakhan ait été parfaitement méritée antérieurement à la domination moscovite. Ici y comme partout ailleurs, la population russe, en se substituant aux Tatars, n'a pu que détruire les ressources agricole du pays. Les Russes des villes étant exclusivement mai*chands ou boutiquiers, et ne se livrant jamais aux travaux de la campagne, les jardins appartiennent presque tous à des Tatars et à des Arméniens.
4&6 CHAP1TA£ XXU.
Quant au gouyernemeut d'AstraUiau^ son territoire
est un des plus aiiJes de l'empire, ^agriculture y est totalement improductive : ou ny sème généralement qûW peu de maïs et d'or^, et toutes les provisions de bouche arrivent de la prOTÎnoe de Saratof» par la ▼oie du Volga. Cest là ce qui donne un peu d'activité à la navigation de ce fleuve ; car outre les céréales consommées par Astrakhan et les villes qui dépendent de sa juridiction, Saratof et les pays voisins en fournissent encore à Gourief , situé à Femboucliure de l'Oural; à l'aimée cantonnée sur le Térek, et même aux contrées transcaucasiennes. 11 n'existe néanmoins aucun service régulier de bateaux sur le Volga; c'est seulement à l'époque de la foire de Nljni-Novogorod que le lourd pyroscaphe que nous avons vu aller chez le prince Tumène, se décide à remonter nonchalamment le cours du fleuve.
Dès le lendemain de notre arrivée à Astrakhan, on nous conduisit dans une maison de brahmînes indiens, où nous devions assister à une prière du soir. Nous fûmes reçus par le chef de la manière la plus polie et la plus empressée. La pièce où il nous introduisit, située au couchant, n'avait pour tous meubles que de laiges divans à la turque : la seule chose capable d'attirer nos regards, était une petite chapelle scellée dans le mur, que deux prêtres ornaient déjà pour la cérémonie. L'un d'eux tenait ses yeux constamment tournés vers l'Occident, suivant avec une religieuse
attention le disque du soleil qui desoendait à Thori-
zon. Ces biahmines étaieat vêtus de longues robes brunes, croisées sur le devant par une écharpe blanche , dont les deux bouts flottaieut jusqu'à terre. Un turban de mousseline blanche, à larges plis, encadrait leur figure bronzée, au profil antique. l« chef, bien moins recueilli que les autres, nous souriait constamment, en agitant devant nous un gigantesque éventail persan, dont le mouyement continuel nous enveloppait d'un yërîtable courant d'ain Cependant le soleil baissaïL lapidement; entin, sa disparition totale lut annoncée par le son aigu d'une conque marine. Aussit6t un des prêtres alluma plusieurs bougies, qu'il plaça devant une image de la chapelle. Un autre s'occupa à laver des vases d*une forme bizarre, les remplit d'eau lustrale, et se prosterna devant eux avec beaucoup de recueillement. Une large pierre grise, enchâssée dans le mur, paraissait être le principal but de leurs adorations. D'après ce que nous expliqua le grandprêtre, l'âme d'un saint célèbre, fatigué du monde et des hommes, s'était réfugiée sous cette enveloppe mystique. Aussi cette pierre est-elle aux yeux des Indiens un objet sacré, dont la vue seule, à les enteiidi e, pLuL opérer des miracles. Après l'avoir adorée en silence quelques instants, le chef se mil à brûler des parfums; la fumée remplit bientét la chambre d'une espèce de nuage, à travers lequel tous les objets prirent une forme plus vague et plus mystérieuse.
4&8 cuAPiTaE XXII.
Uodeur pénétrante de oes aromates» jointe à la chaleur et à rétrangetë de la aeène que nous avions sous les
yeux, agit sur nous avec tant de vivacité, que bienlùt nous ne sûmes plus distinguer le réel du taulasUque. Du reste y notre état à demi extetique s*aooordait merveilleusement avec la disposition morale de nos brahmines. Leur enthousiasme religieux ne se contenta bientôt plus de vaiues prosternations, iout s était iail jusqu'alors dans un profond silence; mais à un signal donné, deux prêtres s'agenouillent devant la pierre sainte et récitent une prière sur un mode lent et guttural. Un autre, les bras croisés sur sa poitrine, se tient debout à quelques pas de la chapelle, portant de temps à autre à sa bouche un sifflet» dont il tire des sons perçants. Le dernier, armé d'une conque marine, monte sur l'un des div^uis et joint sa voix à belle de ses compagnons, qui s'auime et devient de plus en plus distincte. Les yeux s'allument, les membres se roidissent, la conque vibre, une sonnette est rapidement agitée par le chef, et alors commencèrent uq charivari si étiange, si infernal , une scène si burlesque et si sauvage» qu'on aurait réellement cru tous ces brahmines possédé d'un malin esprit. Leurs poses et leurs gestes frénétiques donnaient plutôt l'idée d'un exorcisme que d'une prièi-e. Ce que nous éprouvions ne saurait trop se décrire : c'était à la fois un mélange de surprise, de curiosité, de d^ût et de frayeur. Si la fiitigue n'eût forcé les acteurs de ce sabbat à
GHAPiTins xxn. 459
«'arrêter au bout de dix miuutefi» je doute que nous eussions pu supporter plus longtemps un pareil spee^ tacle* Ne dirait- on pas que les honunes prennent à tâche d'adorer Dieu le moins i eligieusement possible? J'ai vu à Constanti copie les derTiches tourneurs et hurleurs : c*est quelque chose de bizarre et d*ëpouyantable, qui ne peut se comparer qu'aux con- ▼ulsionnaires du moyen âge. La musique religieuse des Kalmoui^s n'est pas en reste avec ces al>ei i ations de Tesprit humain; et voici le culte indien qui semble Touloir rivaliser de démence avec tout ce que les autres religions ont de plus extravagant I
Quand cet abominable concert fut achevë, le chef prit une poignée de fleurs jaunes , semblables à des soucis, les trempa dans Teau du Gange, et vint en offrir une à chacun de nous; pub il pétrit dans ses doigts un moiLcau de pâte, auquel il donna une forme symbolique; il y planta sept petites bougies allumées, l'agita en tous sens devant la chapelle, et fit la même cérémonie, en se tournant de notre côté. Enfin, il prît une petite coquille blanche, déposée jusqu'alors sur la pierre sacrée, et la remplissant de la sainte eau du Gange, il nous en aspei|^ea fort dér Totement. Pendant ce temps, ses compagnons préparaient sur une table une collation de beaux fruits et de pàLi8sei ie, dont le chef nous fit les honneurs avec autant de politesse que de galanterie. Ainsi se termina une scène aussi difficile à bien décrire qu'à oublier.
Maintenant» laissons les Indiens et leurs étranges oérémonies, pour revenir aux usages européens, qu*à notre grande surprise nous retrouiràmes dans beaucoup de salons d'Asti akhaa.
Une chose singulière et qui doit Tivement frapper le Toyageur, c*esl Tinfluence morale qu'exerce la France dans tous les pays du monde. Partout où Ton reiieuiiUe quelque trace de civilisation, ou est sûi delà voir reparaître, soit dans les mœurs, soit dans les habillements, soit dans les opinions politiques, et cela même chez les peuples qui en sont le plus éloignés.
La plupart de nos romanciers ne se doutent probablement pas que leurs ouvrages sont lus avec avidité jusque sur les bords de la mer Caspienne, et qu'on les y critique ayee autant de yerve et d'esprit que dans les grandes capitales de l'Eui ope. ioul ce qui représente la Russie à Astrakhan pai'le français et reçoit mensuellement de Bruxelles nos publications les plus nouvelles. Dans beaucoup de bibliothèques j'ai trouvé I^martiue, Balzac, Alexandre Dumas, Eugène Sue, George Sand, de Musset, etc., et bien d'autres noms moins connus peut-être à Paris qu'à Astrakhan.
Les dames russes lisent beaucoup; elles ont en général de l'esprit naturel , et soutiennent la couversation avec autant de finesse que d'à-propos. Le seul tort qu'on ait à Leur reprocher , c'est de borner leurs lectures à des romans, qui faussent presque toujours
leur jugement et leur dooneut une opinion tout à Êdt erronée de nos habitudes et de notre littérature. Pàul de Kock et Pigault-Lebransontsnrtout en grande
vogue dans l'empire, et le tableau qu'ils tracent des moeurs de bas étage esl lu avec bien plus d'empressement que les pages él^;^tes et sévères de nos bons écrivains. Je dois reconnaître pourtant que beaucoup de dames russes sont en état d'apprécier les ouvrages les plus sérieux : j*ai vu à Astrakhan , sur plus d'une table, les Ducs de Bouigogne, l'Histoire du Bas-£m* pire, la Conquête des Normands, et jusqu'à des traités de géologie. Il est inutile d'ajouter que nos modes et les prodiges de notre civilisation sont adoptés avec la même avidité que notre littérature.
J*avais de la peine à me croire à deux pas de la mer Caspienne, en entendantcauser beaux-arts et industrie tout comme à \ ituiie ou à Paris. La ujusique a également droit de cité à Astrakhan , et bien des partitions de Donizetti j sont chantées par des voix brillantes et travaillées. Nos quadrilles y font fîireur aussi bien que les charmantes mélodies de Loiza Tiiget.
Sur la foi de quelques voyageurs qui oui été ou qui sont censés avoir, été. à Astrakhan , nous nous attendions à y trouver bon nombre d'Anglais, d'Italiens et même de Français. Mais de fait la ville ne possède aucun représentant de ces nations, et sa société se compose uniquement de Russes et d'Allemands qui y sont envoyés comme employés. On n'a pu me
dter qu'un^aeul Belge, ancien priMmnier de guerre, qui 8*e8t fiiit tailleur et qui jouit maintenant d'une très-belle fortune.
Astrakhan prétend avoir uo théâtre; mais j'ai peu de chose à en dire : qu'on se figure une salle fort laide, fort noire, percée d'une trentaine de niches à double rang; un parterre omé de quelques sales cafetans, un orchesîre composé d'uu méchant yiolon et d'une demi-douzaine de trompettes, et pour éclairer tout cela, un rang de chandelles sur l'avant-scène, et Ton aura l'idée de ce qu'on ose appeler théÀtre au boid de la mer Caspienne. Quant aux pièces et aux acteurs, ils sont en yérité tiop au-dessous de la critique pour qu'on s'en occupe.
Le gouverneur donna un grand bàl et quelques soirées pendant notre s^onr à Astrakhan. Quoique la chaleur fut accablante, ses salons se remplirent chaque fois d'une foule él^ute , ■ toujours avide de plaisirs. . Les gouverneurs de province, en Russie, jouent un ràXe de petits souverains, et exercent sur toutes les classes de la société une iuiluenceqiii a sa source dans la constitution même du pays. Chez un peuple soumis à un r^œe absolu , tout employé supérieur exerce dans sa sphère une autorité sans bornes. Il a ses courtisans , ses favoris , sa nombreuse chancellerie , ses officiers d'ordonnance, son éliquelte calquée sur celle de Saint-Pétersbourg, enfin, tout ce qui constitue le pouvoir. Mais ces apparences de puissance et de
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giandeur ne soat que relatives , car au-dessus de ces petite rois plane une volonté souTeraîne, qui peut d'un mot leur enïerer leurs privil^es et les envoyer au fond de la Sibérie. 11 ne faut pas croire que la servitude en Russie n*e^iste que chez le peuple : qu'on aille à l*orient ou à l'occident, dans les brillants salons de Saint-Pétersbourg ou dans Tisbas du paysan moscovite, on la retrouve partout; d'ordinaire seulement elle est déguisée sous des loi mes qui trompent beaucoup de voyageurs, séduits par le vernis brillant dont sait se revêtir le Russe, par son nombreux état-major , sa demeure princière et la pompe de sa vie administialive. El [jouilaul, qu'est-ce que (oui cela? Quelque chose d'anal<^e à ces bulles de savon, qui reflètent les couleurs de Taro-eik-ciel, mais que le moindre souffle foit évanouir.
Le palais du gouverneur nous surprit par sa magnificence. A. notre arrivée pour le bal, après nous avoir lait traverser plusieurs pièces somptueusement meublées, on nous introduisit dans un boudoir, où nous trouvâmes M."* Timirasîf , entourée de toute l'élite la société. Elle me |ji é.scnla plusieurs dames élégantes, qui parlaient très-bien le français et avec qui j'eus bientôt engagé une conversation aussi frivole et aussi variée que les causeries du monde parisien. Mais bientôt la musique se faisant entendre , nous nous rendîmes dans un salon très-vaste, éclaii^ de la manière la plus splendide et rempli déjà d'une foule d'oiEciers.
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L'oi*chestre, placé dans una u ibune élevée, jouait uos quadrilles avec un ensemble parfait. Je profitai d'une interminable mazurlui pour me faire nommer diffiârents personnages : le général Brigon , Uyoniéii , bel* man de tous les Cosaques ; le comte Pouschkîn , curateur de runiyersrté de Cazan; Tamiial Lazaref; le prince kalmouk Tondoutof; la princesse Dolgoroulqr, el un jeune Fersan dont toutes les dames furent occupées pendant le bal. Sa belle figure orientale , son riche costume, la grâce avec laquelle il dansait les quadrilles françab et les mazurkas, et par-dessus tout, son litre de Toyageur, lui TalurenI un sucoès qui^ du reste , n'eut pas Vtàr de Tëtonner. Je ne parlerai pas d'uue collection de colonels et d'aides-de-camp , élément inévitable et toujours fort prodigué dans les sociétés russes , non plus que d*un bataillon d'excellences , chargées de plus de crachats et de décorations qu'on n'en voit communément dans les bals de cour de France ou d'Angleterre*
la femme du gouyemeur offre le type parfait des dames russes. El^^te, ooquelte, pleine de distinction , elle possède toutes les qualités nécessaires pour être la reine d uu salon. Ce fut avec une grâce charmante qu'elle fit les honneurs de cette soirée vraiment remarquable. Le bal se termina par un grand souper, qui se prolongea jusqu'au matin.
^ous passâmes à AsUakliau une quinzaine de jours, qui furent on ne peut mieux employés. Malgré la cba-
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leur, nous courions du matin au soir, escortas d'uu aide-de-camp , que Sou Ëxoeileace nous avait doooë pour doérone. Plein de bonne volonté et parfettement au fait du pays, cet officier était sans cesse à la recherche de ce qui pouvail nous iiilernsser, et grâce à son obligeance, nous conuaissioiis bien mieux la ville au bout de huit jours ^ que. ne la connaissait le gouTemeur luî-mème : une seule diose échappa à nos perquisitions ; ce furent une ou deux familles de Pàrsis qui habitent encore Astrakhan, mais que noire guide ne parvint pas à déterrer. Il eut beau se mettre en campagne et questionner tout le monde, personne ne put lui donner aucune indication précise à oe sujet. Des soiicic.s, des civalcadcs , de nombreux dîners, et surtout une douce intimité avec plusieurs aimables Êunilles, complétèrent de la manière la plus charmante notre vie de tounstes, et nous firent reculer le plus longtemps possible un départ qui devait briser de si douces i*elations.
Il est impossible d'apporter dans un accueil plus de prévénance et de véritable intérêt que nous en montrèrent le gouverneur et toute la société d'Âstnikhan. J'ai déjà pai lé de l hospitalité gracieuse de deux dames polonaises; les familles Timirasif et Fadiew rivalisèrent à leur tour d'empressement pour nous prodiguer tous les agréments que leur position âevée leur permettait d'offrir à des étrangers. Le gouverneur, pendant tout le temps de notre séjour, mit sa calèche 1. 30
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à nos ordres et fut imité en cela pai beaucoup d'autres personnes. Maiê, malgré toutes ces séductions, noiiB dûmes enfin songer sérieusement à quitter Astrakhan et à organiser notre excursion à travers les steppes kâlmoukes. Notre premier soin fut de nous munir de tout ce qui nous était indispensable pK>ur ne pas mourir de faim en route. Une expédition de ce genre est semblable à une longue traversée en mer: les préoccupations, les préparatifs en sont les mêmes; il faut entrer dans tous les détaiU de la vie matérielle, comme le marin qui quitte le port pour un voyage d'un long cours.
Nous fîmes une grande provision de galettes , de HZ, d'huile, de bougies, de fruits secs, de thé, de sucre et de café, qui fut envoyée d'avance avec notre escorte à Uouidouk, station de poste située près de la mer Caspienne, où mon mari devait commenoer ses travaux de nîvéHeinent.
Cette escorte, composée de â\x chameaux, de leurs chameliers et de quelques Cosaques parfaitement armés, avait été choisie par le gouverneur et M. Fadiew avec un soin qui nous prouva combien ils tenaient tous deux à notre conserva lion, lo ne saurais c\|)rimer assez de reconnaissance pour toutes les pi^uves de bonté qu'ils nous donnèrent eu cette oocasion; leur inquiétude sur le résultat d*un voyage si hasardé se trahissait par mille précautions , mille recommandations, qui auraient pu avoir quelque influence
sur notre détermination, si elle n'eût pas été irrévocableinent arrêtée.
Le gouverneur choisit parmi ses meilleuis officiers un prince tatar pour commander notre escorte. Ce jeune homme , eicellent chasseur, possédât un fau-^ eon dont il ne se séparait jamais » et oe fut à oette dr-. constance qu'il dut la mission de nous accompagner. Toujours préoccupé des privations qui nous attendaient dans notre Yopge , le général Timirasif ne croyait pouToir ndeux faire que de nous procurer un aussi habile pourroyeur, qui, soit dit en passant, nous lui d'un immense secours. Aussi , lorsqu'il nous présenta l'officier avec son faucon sur le poing, sa figure eiprimait-elle la joie la plus vive. « Maintenant «ma conscience est en repos, nous dit- il en riant: «je vous (Jeune un brave soldai pour vous défendre, « et un compagnon de route qui ue vous laissera pas « mourir de faim dans le désert. *
Des ordres lurent envoyés d*avance sur toute la ligne que nous devions parcourir jusqu'à Houidouk, pour qu'on nous fournit, sans délai, des chevaux à chaque station.
La veille de notre départ nous passâmes la soirée ches M.*"* Fadiew, qui, par une aimable attention,
avait léuni chez elle toutes les peiduaue^ de notre connaissance.
J*ai rarement reçu autant de témoignages d'intérêt et même d'affection que dans cette soirée. Le voyage
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que j'allaw entreprendre paraissail si extraordinaire^ que ma témérité formait le sujet de toutes les conversations , et chacun se montrait aussi effrayé pour moi que s'il eût été quesliou du départ d'un parent ou d*un ami de longue date. M.""^ Fadiew me pria avec tant d'instanœ^ au nom de toute la société, de lui laisser un souvenir de mon passage & Astrakhan, un adieu poétique, que je m'engageai, un peu témérairement, à lui envoyer le lendemaîu; cet adieu le Toici.