‹ Les Steppes De La Mer Caspienne, Le Caucase, La Crimée Et La Russie MéridionaleChapitre 5 sur 27 · Supprimer toutes répétitions, en choisissant · texte numérisé non relu

Supprimer toutes répétitions, en choisissant

parmi les statuts renfermant la même prescription, celui qui est le plus complet;

3. *" Conserver Fesprit de la loi, en exprimant dans un seul r^lement le sens que présentent dans leur

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ensemble toi» ceux qui trailent de la même matière;

4.** Iii(li<|uêi avec exactitude les actes d'après lesquels chaque loi serait composée;

5° Entre deux lois contradictoires, donner la préférence à la plus réoeote.

Le projet de l'eiupereur Nicolas fut rapidement mis à exécution.

La collection complète des lois de l'empire fut publiée en ISSO) et le 31 janvier 1833 le czar annonça

dans un ma ni les le que le classement de la législation en un corps systématique était terminé. ^ oici comment s'exprimèrent les journaux russes en 1830:

«La deuxième section de la chancellerie particu- « lière de Sa Majesté l'Eaipeicur vieut d'achever l'im- « pression de la première collection des lois de Tem- « pire de Russie, depuis 1649 jusqu'au 12 décembre « 1825, en quarante-cinq yolumes ïn-A,^

« Cette colleclioa se compose de quatre parties prin- «dpales : l.** le texte des lois, depuis le règlement « général de 1649 jusqu'au premier manifeste de l'ero- «pereur Nicolas (12 décembre 1825), en quarante « volumes. Celte partie comprend 30,920 lois , règle- «ments, traités et actes dirers; %° un indicateur « contenant une table chronologique, qui est en quel- « que sorte un dictionnaire juridique de la Uussie; «3,° un livre des états du persouuel et des dépenses «administratives et des tarifs, depuis 1711 jusqu'en

GHAPITKE XI. 207

« 1820, au nombre de 13Ô1 ; 4."" ua livre des plans « et desainft appartenant aux diTerses lois.

« Les lois et actes appartenant au règne de Sa Ma- « jesté i Kiiipcieur Nicolas, formeront la seconde cbl- «lection, commençant au 12 décembre 182â. L'im- « pression en est déjà commencée et elle paraîtra dans « le courant de Tannée. Cfaacpie année il en sera en- «suite publié un supplément.

«Les lois antérieures à Tannée 1649, et qui sont « généralement considérées comme tombées en désué- « tude , mais qui n*en sont ps moins d*une haute « importance pour Thisboire, ibrmerout une collection « séparée sous le nom de lois anciennes.

« Cette première collection a été commencée en 1 826 «et terminée le 1.** mars 1830. L'impression en a «commencé le 21 mai 1828 et a été termmcc le l.** «avril dernier, à Timprimerie oiganisée dans les « attributions de la deuxième section de la chancellerie , de Sa Majesté. Pour la composition de celte coUec- « tiou, on a eu à compulser 3390 livres de lois. Les « quarante Tolumes de texte et le volume de Tindica- « teur chronologique contiennent 5284 feuilles d'im- « pression.

«Cet ouvrage sera mis en vente le 1."^' juin, au « comptoir de Timprimerie. Le prix des quarante-cinq « volumes est de 500 roubles assignations.

i\ir UQ rescril du 5 avril dernier, adressé au ( oii- «seiller privé Dascbkof, adjoint du ministre de la

208 CHAPITRE XT.

t justice et dirigeant ce ministère, Sa Majesté TEmpe- «reur lui intime Tordre qu'il a donné, de fournir «des exemplaires de cette ooUection à tous les dëpar- « temeols du sénat, ainsi qu'à tous les tribunaux et « administrations du gouvernemeat , et lui prescrit de « s'entendre avec les ministres des finances et de Tin- «tërieur, pour faire parvenir promptement ces liyi^ «dans tous les gouvcruemenls, aiiu d'être conservés c et employés à l'usage convenable. *

Ainsi le Gode de l'empereur Nicolas n'est en définitive que la collection systématique de toutes les lois promulguées depuis envirou deux cents ans. Il n'y est entré aucune idée nouvelle, aucune modification exigée par la situation actuelle de l'empire, aucune pensée pour l'avenir. Maintenant si l'on réfléchit que l'étude de 3396 livres de lois et la révision de plus de âO,000 lois ou oukases ont eu lieu dans le court espace de deux ans, et que les hommes chai^ de ee'travaîl étaieiil bien luiu dt-Ue des jurisconsultes, vu romprendra qu'une pareille œuvre doit élre bien imparfiiite, et qu'il a même été totalement impossible de réaliser les intentions du ezar indiquées dans l'instruction citée ci-dessus. L'empire possède , il est vrai, quarante-cinq gros volumes de lois; mais les vices résultant de la multiplicité des oukases contradictoires ou peu en harmonie avec les besoins du pays , y ont été en grande partie maintenus , et treize années d'expérience ont démonti^ i'insuilisance de ce

recueil -, et son peu d'action sur la marche et la direction des affiiirès judiciaires. Ce qu'il y a encore de défectueux dans cette l^islation improvisée, c'est sa prétention de satisfaire aux exigences de l'avenir, en admettant, comme complément à la suite de ses sta> tuts, tous les oukases émanés deTempereur. Si, à ces 30>920 lois déjà existantes > à ce palladium de la justice, déjà si formidable, on ajoute tous les ans un supplément d'un Tolume, proportionné à' celui dès contributions législatives des cent quatre-vingts dernières années, on recrutera annuellement un bataillon de 172 nouvelles lois; et je • me . demande où Ton trouYcra , au bout de' quelque temps , un It^ste ' assez patient pour étudier cette jeune jijanle de la justice, quand, avec la meilleure volonté du monde, le plus in&tigabie lecteur pourra à peine passer en revue', une fois dans sa vie, le corps des vétérans.

Dans- respace de cinq ans, depuis le manifeste de l'empereur (31 janvier 1833), cinq nouveaux volumes ont déjà été annexés à la collection.

On ne saurait néanmoins contester que le travail de l'empereur Nicolas ne soit extrêmement méritoire. A lui revient la gloire d'avoir été le premier à doter son pays d*un corps' de lois ' r^palier. Avant lui, la Russie n'avait qu'une législation confîise et sans fixité, encombrée d'une infinité de statuts, dont l'étude était d'autant plus difficile, qu'il n'en existait aucun recueil imprimé* Aujourd'hui elle possède du moins un digeste I. 14

complet, à là portée de toiu, et que tous peuveat consulter et hiToquer au besoin. Nul doute qu'avec

sa persévéïauce et sa haute intelligence, Tempcreur n'eût pas reculé devant une œuvre plus parfaite, s'il eût eu respënmce d*étre secondé par des jurisconsultes plus liabiles et plus instruits* Mais il a dA forcénient subir les conséquences de Tabsence de tout corps de magistrature; et ne pouvant faire mieux , il s'est décidé à ne rien changer à l'esprit des lois promulguées depuis euTiron deux cents ans, et à suivre eiractement les bases tracées dès l'an 1700 par Pierrele-Grand. De la sorte» la codification des lois devenait un simple travail de compilation et d*arfangeroent, et abstraction faite de Tétude comparative des oukases, les écrivains de la deuxième section de la chancellerie impériale étaient parfaitement à même de s'en acquitter.

11 ne sera pas sans quelque intérêt de placer ici un tableau détaillé de la population d'un chef-lieu de gouvernement. L'examen de ces documents pourra conduire à des comparaisons et à des rapprochements assez curieux. Nous avons choisi pour ce tableau lUohinew, capitale de la Bessarabie, et les chiffres .que nous donnons ont été extraits directement des livres de la* ohaacellerie du gouverneur de la province:

Muiacâ. 16 =

Prêtres . 89 12C

Scrvilcuià 114 59

Officiers militaires' en activité 139 53

Officiers supérieurs (dans le civil), idem 33S) 236

Qffieim d« b quatonième dane, idem 419 li>3

Militaires en congé.

Généraux i |

OfBdefB d'étatHouyor el de tom grade ; 42 dt

Offiaen dinU en etmgé»

Géaéraux 2 2

Officiers supmeun et autres 107 104

Employés du théâtre 15 q

!V49oeîmUdel.*'Kiiilde 0 10

de2>*iHilde 35 31

— de3.'epnde 736 623

Etrangers 101 144

Bourgeois 18092 13073

Employés dn gofiTemement en tmit oenro. • > . . 2121 237

Jeunes gens élevés aux frais de la eouroime. , , , 32 s

Soldats en congé 31 12

Ouvriers 416 511

Esclaves bohémiens ...«•.......,. 34 03

Colouistes allemands . 37 24

Elèves en tous genres . 996 17

Tout 24032 18420

1. Dans ce tableau ne wnt compris ni les officiers, ni les 'soldats de la garnîion,

HktoriqiH» de llnrtmelioii pnUîqne. Premier» Aabfiiienwats* Corps des endeli. — Orsenisation «Miidle due h l'emperew Atexandre. « Universités. «— iùoXei él^mentum. >— Anecdocte. — Plan d^éducation. — Comment les universités sont fréquentées et quel but se proposent les élèves.

— Tableau statistique des écoles supérieures de l'empire. — Conditions ^adnûflsioii dans les diffijrenles carrières.— Service crriL — Professenn des gynuiases; lenr %iioramie. — PeniioDs par^Mlicres; leor snppfessïeo.

— Esdusion des professeurs étrangefs. — Institut des voies et conununications. — Obstacles au dcvolopppment intpHcriucl : les sciences cl les arts ne jouissent d'aucune considération eu Russie. — Caractères de la race slave.

En étudiant le développement et rorganisation de

rinstruction publique en Russie^ depuis Pierie-le- Graad jusqu'à nos jours, on ne peut s'empêcher de croire que les Russes attachent infiniment plus de prix à Tapparence d'un progrès qu'à son existence réelle. On dirait que les résultats scientifiques et iutellectuels leur importent fort peu, pourvu que leurs universités et leurs gymnases soient physiquement au complet, cl que de nombreuses salles d'cludes portent les noms de toutes les sciences protessées en Europe.

Cependant les souverains de la Russie ont tous tra> vaillé, plus ou moins activement, à la propagation de l'instiuclion publique. Malheureuseuienl iLs n ont pas voulu comprendre que la civilisation est une oeuvre longue et difficile; et, incapables d'oublier,

tnéme au milieu des iàéès libérales mr lesquelles ils

baî»aieat leurs projets, qu'ils élaient princes absolus ayant tout, ils ont cru pouvoir, civiliser leur natioo, comme ils avaient discipliné et aguerri leurs soldats: puis l'amour- propre et la vanité 'prenant le dessus, ils ont fini par se laisser bénévolement tromper par tous les brillants • rapports que les administratioos disaient passer sous leurs yeux.

Ce fut sous le règne de Fœdor Alexievitz que fut instituée à Moscou la première académie. On y enseignait les langues slave, ' grecque et latine : plus tard on fonda une université dans la même ville, et sous le r^ne de Calhei ine II, Saint-Pétei sbouig possédait une académie des sciences et des beaux-arts, et une société d'économie , rurale. Mais à cette époque même se révébit déjà Fesprit d'ostentation, qui lait le liuiid du caractère l usse; et tout en organisant ces •grandes institutions, ou n'avait nullement songp .à •ouvrir .dans les deux ! métropoles du pays une seule école élémentaire. Quelques écrivains prétendent, il est vrai, que Pierre l.''^ laissa en mourant cinquante-un gymnases pour le peuple et cinquante-six pour les militaires. Mais j'ai toujours/été porlé.à croire que tous ces établissements n'existaient que de nom, et mes recherches n*ont lait que ine contiimer dans cette opinion.

Là première, institution élémentaire de quelque im* porlanoe qui ait été fondée dans la nouvelle capitale,

244 CSIAPlTAEm

ne remonle qu'au oommenoeineBt du dti-huitiènie

siècle: c'est l'école du corps des cadets, exclusiyemeot i^r?ëe à la jeune noblesse » et destinée à former des offîcieii pour les troupes de terre, la marine et le gâne. Pour juger de Pinstruction que Ton y recevait^ il faudrait au moins pouToir citer quelques -uns de ses élèves qui se soient distingués par leurs talents^ et aient acquis une oertaine célébrité; mais il est aussi difficile d'en nommer, que de découvrir des savants parmi les membres des diverses académies meationnées plus hauL Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons avoir qu'une triste idée de Tesprit et de Forganisation de Lou6 ces établissements dus à i*iei i e-le-Grand , ainsi qu'aux souverains qui lui ont succédé pendant la dernière période du dix-huitième siècle.

En 1764 Ton orài à Saint-Pétersbouii; la première institution en faveur du peuple : ce fut une maison d'éducation pour les liUes dos bourgeois et des gentilshommes peu fortunés. Catherine U en Ait la foncbr trioe, et en s'occupent de préférence de l'instruction des femmes, elle semble avoir eu l'intention de les préparer à usurper dans leur intérieur la même domination qu'elle-même allait eieroer sur tout l'empire

Les écoles élémentaires ne furent décidément ouvertes au public qu'eu 1783, et seulement dans quelques-unes des plus grmdes villes de l'empire. Toutes ces premières institutions informes et mal «ganisées, présentant fort peu d'intérêt, je passerai outre , pour

GRANTlEm 21 S

en venir de suite à rinstruotion |mblique telle qu'elle ett constitiiée de nos joura.

Colonisation actuelle datede l'emperettr Alexandre : la marche adoptée dam le principe fut en tout point semblable à celle qu'avaient autrefois suivie Pien«*le> Grand et Catlierine IL On s'ocoupia d'abord de former des universités : celles de Dorpat et de Wilna furent rétablies; on réforma celle de Moscou , et on en fonda de nouvelles à Kasan et à Kharkof. Quant aui écoles élémentaires y éllés furent complètement n^igées; on ny songea même pas.

Voici une anecdote qui donnera une idée de Tétat firimitif des grands collèges de l'empire :

Un général allemand au service de la Russie fit en 1803 un Tovage en Crimée. A son pass:ii;e à kharkof, il eut la curiosité d'aller visiter l'université qu'on venait d'ouvrir dans celte ville depuis environ un an. En eiaminant le cabinet de physique, il remarqua avec élonncuieut que le proitjjseur de cette science ne connaissait pas même le nom du peu d'instruments qui s'y trouvaieiit* Incapal:^ de oacber sa surprise, il demanda à son guide oà il avait professé avant d entrer à l'université. — Je n'ai jamais professé, répondit le professeur. — Et où avez- vous fait vos études?

J*ai appris à .lire et à écrire à Moscou. Gomment étes-vous parvenu au grade de professeur de physique? — J'étais oiiicier de police. Mon âg^ ne me permettait plus de supporter les fatigues de ma charge; j*ai

216 CHAPITRE xn.

appris qu'il y avait à racadémie une piaoe .Tacante qui pouvait mieui me cooTénir; je Taî sollicitée. Trente anoëes de servioe, de bons certiGcats et un pi utecteur me l'ont fait obtenir. — Et quelles sont les fonctions attachées à. votre emploi? reprit le général. — rai à foire Tinspection des instruments, je dois avoir soin cpi'ils soient en bon état, et je suis chargé de ks montrer aux personnes de distiucliou qui veulent bien visiter Tuniversité.

€eei se passait, il est vrai, en 1803, et je ne cite ce trait que pour faire connaître Tesprit qui a présidé à rétablissement de ces institutions savantes. L'université de Kharkof se trouve actuellement dans de meilleures conditions, et j'y ai connu plusieurs professeurs d'un véritable mérite, parmi lesquels se distinguent le docteur Vancetti, aussi remarquable par ses connaissances que i par sa philanthropie; et M. Kalénitschikof, qui s'occupe avec succès de toutes les branches de l'histoire naturelle.

. . Cependant ou tiuit par sentir que les universités étaient insuffisantes et qu*elles .ne pouvaient exister sans les écoles élémentaires quelques années après l'avènement de l'empereur Alexandre au trône, des gymnases lurent donc établis dans tous 1^ cheis-Ueux de gouvernement, et les villes de district eurent leurs institutions primaires. Bans ces dernières on devait apprendre à lire et à écrire, étudier les éléments de ia grammaire et de l'arithmétique, l'histoire de la

CUAPITAE m 21 7

Rittue, rhistoire sainte» la géographie^ la géométrie

et les principes de la langue latine.

Dans les gymnases, rinstrucUon recevait plus de développement, et embrassait les mathématicfues spéciales » la logique, la rhétorique et la physique. On passait enfin à Tuniversilc pour y faire un cours complet d'études, comprenant les sciences, les arts libéraux et les belles-lettres.

' Le plan d'éducation, bien conçu, parait au premier

abord devoir offrir les ixisultats les plus satisfaisants, et exercer une puissante influence sur la marche des progrès. 11 n'en est pas tout à fait ainsi. L'organisation nobiliaire de Fempire , et des ordonnances de détail et

de discipline, sont venues détruiie les espi i ances que Ton était en droit de fonder sur des institutions aussi libérales.

On ne saurait le nier, les universités russes comptent parmi leurs professeurs des hommes distingués, également dé?oués à la science et aux fonctions dont ils sont chai|{és; mais en présence des idées sociales qui prédominent le pays, leurs efforts sont presque toujours impuissants, et ils se voient réduits à iaire matériellement leurs cours suivant la discipline et les règlements auxquels ils sont soumis. ■ Aujourd'hui , comme de tout temps , les universités et les gymnases ne sont en grande partie fréquentés que par des élèves sortant de la petite noblesse du de la classe des prêtres et des bourgeois. Quant aux fib

de fiuDiile, iU sont géDàraleineiU âevés soui les yeux de leurs pareuts, par des inslîluteurs particuliers; ci

connue ils se desi irieDl presque tous à i élal militaire, ils entrent directemeat dans le corps des cadets établi à Saint-Pétersbourg.

D*après un tableau publié par le ministère de Tin* térieur, tous les établissements tl instruction publique de premier ordre, c'est-à-dire les uuiycrsitéSy les deux académies mëdioo-diinugicales, Tinstitut pédagogique et les trois lycées, ne renfermaient , en 1840, que 612 ibuciiouuaires et professeurs, et 3809 élèves , répartis de la manière sui?anie:

FaaetMaMÎm al <

éu coips tmâfuah tilUÎMto.

Saint-Pétcnboiifs 433

Mowou 91 932

Dorpat 66 .... . 530

Kharkof 79 408

Casan 74 237

Saml-Wladimir (Kiew) 6S 140

Ljwée BkMiw (Odessa) 25 52

Danidof 20 33

— Bezborodko t 15 19

IVitna 94 797

bmitut pédaflogiqiw de Saint-Pétenboorg. . . 43 68

A en juger d'après œ même rapport du ministère de rinférieur, Fempire russe comptait, à la fin de

raiinée 1840, 3:230 elablissemeuls, placés sous la direction supérieure du miuisière de riostruction pu" .blique, et renrermant 163,460 élèves.

caAFiTB£ m 349

Tous les jeunes gens qui sutyent les eoun'unÎTer** sitaires n'oul qu uu seul et uuique but, celui d'arlÎTer à un grade de noblesse; et les conditions des eniiieos sont trop peu rigoureuses , pour que le tra* ?ail et nnstruction soient réellement nécessaires à la réalisation de leurs vues. D'ailleurs, ils sont pour la plupart élevés aux frais mêmes du gouTemement, et comme odui-d ne teut pas perdre son aigent, ils doÎTent, instruits ou non, entrer au service impérial. C'est ainsi que se lormeut tous les médecins, cbirurgiena et professeur» subalternes des gymnases.

Quant aux administralions civiles, Tunique condition requise pour y entrer, est la connaissance de l'écriture et du calcul; aussi le Russe de la classe ordinaire croit-il avoir achevé son éducation, lorsqu'il sait lire, écrire et calculer; et il est effectivement asseï éi udit pour se faire attacher à n'importe quel bureau de cbauceUerie, où une simple [>iace de copiste lui ouvre la porte du premier grade d'o(&cier civil, point de départ d'où Von peut arriver aux plus hautes limilcs de lu cari ICI e du service.

Beaucoup de Jeunes gens, en sortant des universités, sont naturellement employés dans les administrations civiles; mais alors les talents qu'ils peuvent avoir et le fruit qu'ils ont retiré de leurs études , leur deviennent complètement inutiles. Dès leurs débuts dans un bureau quelconque, ils s'aperçoivent avec étonnemnt qu'ils né savait rien de ce qu'il fout

220 CHAPITRE xa^

sayoir. Us ont mis le. pied dans un monde nouveau»

dont ils ne comprennent pas même le langage. Ils n'entendent plus parler que de formes , de règlements, de subtilités pour éluder les lois et les ordonnances, de ruses pour cacher sous des apparences légales les abus, les avanies; et de mille inyciilious de toute nature pour pressurer ceux qui ont le malheur d'avoir besoin du ministère des employés.

Ils ne tardent pas & yotr que les plus versés dans les fraudes nommées par décence usages de bui^u, que les moins délicats , les plus fripons en un mot, sont qualifiés du titre d'hommes' d'esprit et font rapidement leur carrière; tandis que ceux qui conservent encore quelques seuliments de probité et un reste de respect pour les principes de morale qu'ils ont reçus, sont traités de sots et tournés en ridicule. Qne ùàt alors le nouveau débarqué qui a peut-être obtenu le prix d'éloquence à l'université? se voyant obligé de baisser pavillon devant le dernier élève d'une école élémentaire, déjà un peu au fait des habitudes de bureau, il s'efforce d'oublier ce qu'il a appris, pour s'appliquer à un nouveau cours d'études. Les scrupules de sa conscience' sont bientôt étouffés; l'émulation aidant, il s'^ève peu à peu à la hauteur de ses camarades , et grâce à cette seconde rd ncalioti , Ihuuime d'esprit finit par remplacer compLétement l'honnête homme.

' C'est aussi des universités que sortent les jeunes

gens qui se destinent à rinstraotion publique^ et, comme nous Tayons déjà dit, ils sont pour la plu*

part élevés aux frais de TEtat : leurs études terminées, ils sont nommés professeurs dans les gymnases et autres, écoles. Rien n*aëté négligé :par ' le! gou?emement pour rendre leur carrière aussi avantageuse que possible^ tant squs le rapport de 1 avaucemeut honorifique que sous celui du. traitement pécuniaire. Ces angitages eierceraient: partout ailleurs. Tinfluence la plus heureuse; mais en Russie ils produisent un résultat tout opposé. Àyec la hiérarchie de la noblesse, les privilège qu'elle confère, les moyens de fortune qu'elle offre, toute l'existence d'un homme se résume dans une question de rang. Or, comme aucune carrière ne présente plus de chance d'avancement rapide que celle de rinstruction publique, où il est rare, qu'un jeune homme n'obtienne pas le grade de major (la noblesse héréditaire) , après cinq à six aimées de service; il eu résulte que tous les iils de petits nobles, de bouigeois et de prêtres, se jettent à Tenvi dans oétte profession expéditive. Lé mal n'est pas là toutefois, et ce grand nombre de concurrents pourrait produire une rivalité des plus favorables aux progrès des études; .mais malheureusement le peu de pouvoir et d'influeiice qu'exercent les professeurs, qui n'ont, après tout, à régenter que des élèves, et surtout l'incapacité où ils sont de s'enrichir sous le manteau de leur dbarge enlèvent tout son prestige à la carrière de

222 CHAIUTHE Xll.

rinstruction publique, et la font couiidërer, malgré ses hauts salaires, oomme bien moins avanta^^eufle q«e

maint autre poste, où les appoiutements fixes sont presque nuls , mais où eu reTanche on peut prélever des oontributioDS illimitfea sur oeux qu'on tient sous sa main. Qu'arriTO-t-il de là? Une foie que les professeurs ont atteint le grade de major, ils abandonnent les unÎTersités pour entrer dans les administrations civiles, où ils trouvent des ocoMiona de procès , dé chicane , d^exactions? en un mot, une foule de moyens légalement organisés pour faire fortune. Remarquons en passant que ce fitcbeux état de cboses est encore une conséquence de Tabsence de toute carrière déterminée en lUissie. La carrière du rang est la seule qui soit connue du Kusse; il n'en existe pas d'autre p^ur lui.

n ne fiiut donc pas s*étonner si les études sont in*-

complètes, et presque stériles en résultats dans les écoles élémentaires et les gymnases. Les professeurs de ces établissements sont presque toujours de véritables enfents sans expérience et sans aucune connaissance sérieuse. Ils se contentent de faire leurs cours suivant le texte du règlement et la discipline militaire qui leur est imposée; mais une Ibis sertis de leurs classes, ils ne songent plus qu'à mener joyeuse vie»à boire , à manger et surtout à jouer aux cartes. J'ai visité bien des gymnases en Russie» et j'y ai vu partout les mêmes effirtS dus aux mêmes causes.

Outre les garnies inslitutionfl uniTenitaîm, toufteg les grandes villes de l'empire renfemaient autrefois

de nombreuses ijensions parlioulières, la plupart leniies par des étrangers; mais elles ont été supprimées en vertu d'un oukase promulgué dans le courant de l'année iBA% Tous ks moyens d'instruction se bornent actuellenjeut aux établisse ithmiLs impériaui: , d'où sont exclus tous les étrangers non naturalisés russes. Ces nouveaux i^ements» dictés par un fiiux amoup-pro^ pre, auront infinlliblement une désastreuse influence; et en privant renseignement de toute espèce de liberté, en lui enlevant tous les professeurs étrangers , ils rendnmt le développement intellectuel de plus en plus di£Bcile.

Il existe encore en Russie plusieurs établissements destinés à former des officiers et des ingénieurs civils et militaires : l'institut des voies et communications fut établi pendant le règne de l'empereur Alexandre, sous la présidence de quati-e élèves de l'Ecole pol^techuique de France, MM, Fotier» Fabre, Destrème et Bazain» qui entrèrent au service de la Russie sur la demande qu'en fit le czar à Napoléon. Cette ^le, que du reste je n'ai pas visitée, aurait pu rendre de grands services à lempire» si Ton avait eu le bon esprit de lui conserver ses professeurs étrangers et de ne pas la soumettre aux ridicules exigences du r^me militaire russe. Aussi le nombi^e des hommes de mérite sortis de cet institut, est-il extrêmement limité > et l'igoo»

224 CH/)PITBE Xfl.

ranœ profonde que j'ai tu présider à tou« les grands tniTauic d^art exécutas loin de la capitale, yient-elle attester la décadence de cette école , qui , daos le principe , promettait de si beaux résultats. D'un autre o6lé, il fout aussi l'ayouer, les ingénieurs, une fois entrés dans le service actif, n*ont plus le loisir de compléter leurs études : dès qu'ils appartiennent à une administration, ils sont pour la plupart oondanh* nés à rester stationnaires, et tout leur temps est absorbé par des rapports, des comptes, des écritures multipliées à l'inOni, et par toutes les fornialités qu out intentées Tesprit de chicane et la méfiance des Russes. J*ai connu plusieurs' ingénieurs à la tète d'importants travaux; ils ne liouvaieul pas u[i moment à dépenser à leur profit, et toute leur journée se passait à écrire et à signer des liasses de papier. Les mêmes obserrations s'appliquent aux militaires, pour qui les manceuTres secondaires et la tenue respectueuse du cosiun^e lorment un esclaTage abrutissant et sans répit. Avec , un tel ffjrstème, tous les germes d'instruction puisés dans les différentes écoles ne tardent pas i disparaître au service, et rignorance finit par devenir le domaine de toutes les classes.

D'ailleurs, il Ênit aussi le reconnaître, la généralité des Russes a pour les sciences et les arts une indilTérence contre laquelle se briseront encore longtemps les eiTorts des souverains jaloux dopérer une r^nération intellectuelle. Quoique j'aie parcouru une

grande partie de Tempire, j'ai rencontré, bien peu de jeunes gens et d'hommes riéelléraient studieux et instruits, et trop souvent je n ai liouvé que 1 apathie la plus profpnde, là où j'étais en droit de demander de Vintérét et de Tenthousiasme. L'empereur a beau com* bler les savants de témoignages d'estime, et leur accorder toutes sortes de iavcurs, les Russes eux-mêmes n'en continuent pas moins à les traiter avec un grand dédain*.Cest que les sciences et les arts ne mènent pas à la fortune en Russie, et comme ils sont exclùsiTement le partage soit des étrangers, soit de la petite noblesse, ils ne sauraient être considérés , dans une société qui ne respecte que la force et le pouvoir, et ne reconnaît pai conséquent que deux carrières dignes d*être ambitionuées : l'état militaire et l'administration civile.

Mais,: indépendamment de rinfluence d'une mauvaise organisation, le peuple russe me semble être aujourd bui , de Ions les peuples de 1 Euiope, le moins apte à recevoir une instruction sérieuse et profonde. La race slave peut se partager ea deux grandes.Êimilles : la première, qui renferme entre autres peuples les Fol 0 nais , a subi l'influence de l'Occident, dont elle a pu, par un contact immédiat et prolongé, partager et suivre de plus ou moins près la civilisation; la seconde, au contraire, a été dominée piar l'influence de l'Orient ou plutôt de l'Asie, et les Russes qui la composent sont encore de nos jours sous l'action des bordes, mongoles, dont ils ont été pendant plus de I. 15

226 CHAPITRE JUl.

trois siècles les eadaves. D'une autre part la Russie est sans aucun antécédent dans la civilisatioD; parcourez toute sou histoiie, et tous ne trouverez pas une seule page qui constate une tendance yëhtablement progresHTe. Chose fort remarquable» aes relatious politiques et commerciales avec le bas-empire ont été absolument stériles pour elle ; et quoique placée alors dans les ctrconstances les plus faTorables pour dévelopfief sa civilisation, elle n'en est pas moius restée complélemeut stationnaire : il n'est donc nullement étonnant que, malgré tous les eilorts de ses souyerains, elle ait été incapable, dans Fespace de cent ans, de se mettre de niveau avec les autres peuples de l'Kuiope.

Les résultats de notre cÎTiiisation, vieille de plus de vingt sièdes, ne s'inculquent pas si rapidement ^ il faut, à notre avis, une longue suite d'initiations pi ogressives pour que le inoi iil, eu réagissant sur le phvi>i€|ue, en rende les perceptious et les oi|;aaes plus délicats et plus propres au développement intellectuel; et cette période de transition doit être nécessairement fort longue pour une nation à qui son passé n'a légué que des souvenirs d'esclavage et de destruction. Voyez au contraire la Grèce» la Moldavie» la Valachie^ contrées qui toutes ont eu de glorieuses époques dans l'histoire; depuis dix aus elles ont marché à pas de géant, et ce court espace de temps leur a suffi pour prendre droit de bouigeoisie parmi les nations européennes : i leur

passé reneat en partie Thonneur de leurs progrès actuels; cette soif d'instruction , cette incroyable aptU tude à tout saisir, à tout comprendre, qui carat téiise surtout les Grecs, ne sont évidemment que de TÎeilles &cultés endormies pendant lôngteinps sous le joug de la servitude, mais qui n'attendaieut qu'un peu de liberté pour se faire jour avec une nouvelle énei^ie.

CHAprrsE xm.

Départ âc f.l.irofka pour }o voynge de la mer Caspienne. — Ékatérino<ilaw. — Sonvenirs de Catherint' Il et de Polemkin. — Lear palais pa ruine. — Passage de la garde asiatique du prince Pabkévitscfa* — Simulacre U'un comlMt & oheraL — Gbalenr UmufpoiriMe. — Joife. — Lear» tètémoaim du vendredi soir. — Catmolci du Dnieper. — Colonies allemandes. — La selselia des cosaques Zaporogues. — Un inteiuUml frinf lis. — Aventure de nuit. — La maison déserte. — L'hospilalité allemaudr. — Colonies de la Molodinia-Vodi. — Historique, tiiluatiou actuelle et aduimislration de CCS coloniei. — H. Cormes.— Les Doûkdbbren, secte ntigieuse rasseï — Leur déportation sur 1r Ugoe dn Caucase.

Dans le oouraot du mois de mai 1839 nous quittâmes défjnitiyement les steppes de la mer Noire, accompagnés d'un cosaque et d'un exceiieut drogman parlant tous les dialectes eu usage dans la Russie wé» ridionale. Après avoir remonté le Dnieper sur un espace de plus de cent lieues, nous arrivâmes à ÉkaLériiioslaw> Yille toute uouyeUe, qui ne comptait, il y a à peu près cinquante ans» que quelques misérables cabanes de pédieurs éparpillées sur les bords du fleuye.

Fondée eu 1784 par la grande Cathnine, qui en posa la première pierre eu pi*éseuce de i'empereur Josepb II, Ekatériooslaw est bâtie sur un plan gigantesque qui en fait une Yéritable solitude, où se perdent ses rares maisons et sa faible f)opulation. Ses rues larges et bien alignées, mais à peine bordées de quel-

ques habitations jetées de loin en loin, semblent avoir été tracées pour- un mitlioîi d^&mes; il faudrait dé-

pleupler tout un gouvei iiement pour les remplir et leur donner ce mouvemeat et cette yie si nécessaires à une capitale. Mais rien ne feit espérer que le temps comblera les Tldes de ce désert, car le nombre de ses habitants a peu augmenté depuis quaraiile ans; c*est une yille stationnaire qui ne réalisera probablement jamais ce qu'ayait rêvé Fimpératriee en lui donnant son nom. Cependant elle renferme quelques édifices, de nombreuses enlises, des bazai^ et des jardins délicieux. Sans l'absurde manie qu'ont les Russes, d'étendre à Tinfinî le cadre de leurs Tilles, ce serait un charmant séjour , riche de son beau Dnieper et des fertiles coUines qui l'euTironnent.

' Mais fikaitérinoslaw possède une chose qui seule doh la niettre eu dehors de toutes ces villes dont la civilisation russe commence à couvrir le nridi de i'empirei c'est le palais et le jardin Potemkin, Le palais iest ea ruine, quoiqu'il ait été bâti pour Catherine II il y a' à peine soixante ans. Il existe chez les Russes une si grande indilTcrence pour les monuments historiques, qu'ils s'empressent de les détruire sans autre motif que celui de débarrasser ' le sol d'une chose qui ne sert plus à rien.

. Mallieuieuscnjeiil , ie gouvernement, tout despotique qu'il est, reste impuissant devant le vandalisme et rmstinct destructeur de la population. Nous en don-

350 GBApmE xm.

uerom plus tard des preuves déplorables en parlaot des andens tombeaux de la Crimée » ai riohea en objets d*arl, si précieux par leur antiquité, et qui, malgré la prétendue surreillance de la police, disparaissent de jour en jour sous la barbare avidité des paysans et surtout des employé

Le palais Potemldn, à en juger par ses restes » semble avoir été d'une magaiikeuce tout à fait royale : de cbaque o6té s'ëtendeot des corps de bâtiments encore debout, qui devaient contenir un grand nombre d'appartements. On y voit d^ colonnades, des portiques, de^ chapiteaux, de belles corniches dans le style italien de l'époque, liais tout cela tombe, tout cela devient la proie du premier paysan qui a besoin de pierres ou de bois pour reconstruire sa cabane. Tout le terrain est couvert de débris y de blocs de pierres» de Mts de colonne qui n'ont aucun caractère. Rien n^attriste autant les yeux que ces squelettes de monuments que n'a pas consacrés une suite de siècles accumulés sur eux, et qui n'ont pas même de lierres pour voiler leurs lambeaux. Rien n'est plus attristant que ces débris, dont nulle majesté ne relève le désordre. L'impression qu'où eu retire est semblable à celle que font éprouver les effets d'un tremblement de terre. Point de leçons données par le passé, point d'aliments pour l'imagination, point de chroniques, point de poésie. Ces réflexions nous venaient naturellement à l'esprit au milieu des

CBAPiTRE xni. 251

ruines du palais de Poteoqkin, qui n'jM^cuseot qu'uoe profonde iadifférenoe de la part de ceux qui devraient conserver atec un soin religieux Idut ce qui se rattache à leur moderne histoire.

Elle ne se doutait guère la ûère Catherine, qu'un jour les serfs emporteraient lambeau par lambeau ce magnifique édifice improvisé par le génie inventif de son làvori, à l'époque la plus brillante de sa vie. C'est là qu'elle vint se reposer de son voyage fiuitastîque, et se préparer aux nouvelles merveilles qui l'attendaient en Cnaiée.

. Souveraine du plus grand empire du monde , femme séduisante et coquette, elle se décida . à quitter les l^ces de Saint-Pétersbourg et à accomplir un voyage

de dix-liuil œiiLs verstes, pour aller visiter le plus beau joyau ajouté à sa couronne d'impératrice, cette ravissante Tauride que Potemkin. venait de mettre à ses pieds.

Tout le long de la route d'Ekalérinoslaw à Khersoa ou rencontre de distance en distance de petites pyramides entourées d'une balustrade, indiquant les lieux où s'arrêta l'impératrice, où elle changea de chevaux , etc. En maint endroit se voient encore des palais qui seievèi^nt fl0U()aia sur son passage, comme si la baguette d'un enchanteur les eût lait sortir du sol. Tout ici est empreint de son souvenir, de sa grandeur, quoiqu'elle n'ait fait que traverser rapid0iDeat ces déserU, qui sous son n«ard se taH».

232 CHAPITRE xm.

morphosaient si magiquement en contrées riantes et peuplées.

Parmi ces palais éphémères, celui d'Ékatérinoslaw était vraimeat digae de recevoir cette belle impératrice; et Potemkin ne pouvait mieux choisir pour donner des fêtes à sa royale mattresse, et lui faire oublier quelques instants les prestiges de rhermitage.

Situé sur uae peate douce descendant jusqu'au Bnieper, il est encore entouré d'un parc magnifique, ofiFrânt des sites et des perspectiTes d'une admirable variété, uu pcle-méle de forêts j de labyrinthes, de roches de granit recouvertes d une riche T^étation, où Ton a ménagé des sentiers si capricieux/ des bo«»quets si touffus, des reposoirs si mystérieux, qu'à cliaque pas on reconnaît le génie d*un courtisan et la puissance d'une impératrice.

Ën face du palais sui|;it, du sein du Dnieper, une petite lie de granit semblable à une néréide , au milieu des pointes de rochers et des brisants qui l'entourent. Ses seuls habitants consistent dans quelques blancs albatros et dans un Tieux garde forestier, dont la cabane se cadhe au milieu des arbres. Ce dernier TÎt là en véritable ermite. La chasse et la pêche lui fournissent ses repas; les broussailles, son chaufiDige; et il peut ainsi trouver dans sa retraite tout ce qui est indispensable à son existence.' Une barque, ou plutôt une coquille de noix, qui se balance à queues pas du rivage/ lui sert à visiter les recoins de son

CBAPITRE XIII. 255

empire^ qu'il partage si paisiblement avec le» oiseaux du del.

Excepte quelques pêcheurs, aucun marinier ne s'aventure au milieu de ce dédale de rochers et de tourbillons /qui rendent le Dnieper si dangereux dans ces parages. Tout est silencieux, paisible et doux à l'œil; tout séduit dansées paysages, dont le charme secret a peut-^tre iàit rcTer plus d'une fois la czarine, lorsqu'elle s'égarait sous les ombrage de la belle forêt qui porte encore son nom.

Outre le parc Potemkin, la ville en possède encore uu autre fort beau, servant de promenade publique. Deux fois par semaine la musique militaire j attire un nombre infini de promeneurs , et son étendue, ses vastes pièces d'eau, ses allées ombreuses, sa magnifique pelouse, en font un des plus beaux jardins que j'aie vus en Russie.

Nous passâmes une huitaine de jours à Ékatérînoslaw, sous le toit d'une excelleale famille française, établie depuis longtemps dans le pajs. La fabrique de draps de MM. Neumann est le seul établissément industriel de la ville.- Leurs machines venues d'Angleterre et de France et leur pi oioud savoir de fabricant les mettent à même de donner toute la perfection possible à leurs produits. Malgré ces conditions de succès, M. Neumann nous assurait qu'avant deux ans il serait sans doute forcé de fermer son établissement. Nous avons déjà fait connaître plus haut les raisons

qui s opposent au développemeiit manufacturier de la Russie» et qui paralyseot eutièremeot les ressources des industriels les plus capables*

Nous eûmes le plaisir, [>eiKlant notre séjour à Ekaierinoslaw , de faire une véritable eicursion dans les montagnes de l'Asie, sans pourtant changer de plaoe» Ce n'est qu'en Russie qu'on peut trouTer de pareilles booaes fortunes. Trois ceots montagnards du Caucase arriTèrent dans la ville » et sur un désir du gouverneur, donnèrent aux habitants le spectacle de leurs jeux el de leurs eiiercices guerriers. Ils se rendaient à Varsovie^ pour servir deg^e d'honneur à Paskëvitâch, le héros du jour. Ce caprioe d'un homme gâté par la fortune et par l'empereur peint assez bien les Russes* Dans l'unique IjliI de le salislaiie, plusieurs centaines ' de monlagnaids dui^nt quitter leurs familles et leur pays, et franchir d'immenses distances pour aller pa* rader sur la place d'une capitale f . ...

Quoi de plus propre à exciter notre curiosité que la vue de ces hommes à demi barbares , arrivant comme un torrent et prenant possession de la ville comme d'une place conquise. Les lieux, les époques , le présent, tout s'effaçait poui nous devant ce spectacle bizarre. Il nous semblait assister aux invasions gigantesques de Tamerlan, se ruant sur notre vieille Europe, avec ses hordes d'Âsie, aux cris sauvages, aux costumes pittoresques, aux longues lances, aux chevaux arabes, à l'instinct destructeur; telles qu'elles

avaieat déjà paru quelques aièdes aupaiatant» lors*qu'elles soumirent tous les vastes états de la Russie

à leur domination.

Riea n'est changé en elles , car les peuples de TAsie tienoeat encore religieusement à leurs mœurs, hkia différents en cela de ceux de l'Europe, qui chaque

jour perdent de Icui individualité et de leurs euuluuies iiationa]< s, et renient toutes les traditions du passé, pour tomher dans le champ du prosaïsme et de Tuni^ formitë.

Ces montagnards sont petits, agiles et musculeux. Ou ne sait comment ils marclieni, car leur yie se passe à chcTal. Leur physionomie offre un incroyahie mélange de hardiesse, de franchise et de rapacité ferouche. Un teint biuuzé, des dents d'une blancheur éclatante, des jeux noirs, dont chaque regard est un éclair^ des traits r^uliers j forment un ensemble qui épouvante plus qu'une grande laideur.

Leurs manœuvres surpassent tout ce que peut imaginer un Européen. Combien notre cÎTilisation parait froide, guindée, décolorée, en face de ces physionomies passionnées, de ces costumes pittoresques, de ces galops fuiMcux , de cette grâce et de celte ardcui' dans les mouvements» qui n'appartiennent qu'à eux. Ils tirent la carabine à dieyal, au grand |^lop, et apportent dans Vexercîoe du djérid une adresse inimitable* Chaque cavalier pare son cheval avec une coquetterie qu'il n'a pas toiqours pour lui-même. Il le couvre de

236 CHAPiTRL JiiU.

tapis, de bandes d'étoffea pourpre, de schab Cachemir, de tout ce que le pillage 'des cararanes peut

lui louniir de précieux.

Les maaœuyres durèrent plus de deux heures, et nous offirirent complètement Timage d*un combat asiatique. Elles se terminèrent par une mél^ gén^ raie, où la fumée, les cris, Tardcur des coiubalUiils, les déchaînes de mousqueterie et le hennissemcat des diCTaux, complétaient Tillu^on au point d'effirayer plus d'une personne. Il ayait plus mojen de rîea distinguer à travers les nuages de poussière et de iîimëe que soulevaient autour d'eux les impétueux caTaliers. ■

- Fsskérîtsch en sera peut-être plus embarrassé qu'il ne peuse. Dès larrivée de ces lions du désert , la TÏUe fut toute en révolution. Les marchands se plaignaient de leurs vols nombreux, et les maris et les pères

étaient scandalisés de leurs façons cavalières à Tégard des dames.

Quoique nous ne fussions qu'au commencement de juin, la chaleur' avait déjà atteint une intensité qui

en faisait litUralement une calamité |)ublique. Les hôpitaux regorgeaient de malades attaqués, la plupart, de fièvres cérébrales; affections d'une nature extrêmement dangereuse dans ce pays. Toutes les rues étaient tapissées d'une couche de poussière, où 1 ou euibnçait comme dans la neige, et depuis plus de quinze jours le thermomètre se maintenait invariablement à 28°

Rëaumur au-dessus de léro; aussi laut-il yenir en

Husisie pour connaître la chaleur des tropiques, tkatërinoslaw nous laissa néanmoins plus d'un souvenir agréable» grâce à sa charmante position et à quelques salons distingués, dont elle a lieu d'être fière. Beaucoup de familles nobles, retirées en été dans leurs campagnes , viennent y passer, l'hiver cl i'égayeut par des fêtes brillantes dont Técho retentit jusqu'à Odessa: si^ du gouvernement, elle a des tribunàux, une chancellerie, une garnison de cavalerie et une foule de jolies femmes. Comme on doit naturellement s'y attendre» les juife ne manquent pas à Bkatérinoslaw; mais leur aspect est peut-être moins d^ûtant qu'à Khersou et à Odessa. Beaucoup de leurs femmes se ibnt remarquer par leurs riches fourrures et les pierreries qui ornent leur coiffure* Quelques-unes d'-entre elles sont fort belles et portent avec autant de grâce que de dignité la tunique polonaise bordée d'hermme, et le diadème » dont elles se parent dans leurs jours de fête.

Dans toute la Russie, les Israélites observent avec la plus grande sévéïité les pratiques extérieures de leur religion. Ils sont plus près de> l'Asie, en communication plus directe avec leurs frères d'Orient, plus méprisés, plus avilis que [lailout ailleurs, et par conséquent plus portés à conserver intactes les cérémonies el les exigences de leur culte. Aussi faut- il Toir le yendredi soir une rille habitée par les juifs :

2S8 CUÀP1TB£ XUL

toutes leurs maisons, riches ou pauvres, ëtinoèleat de lumières depuis le coucher du soleil jusqu'à minuit : si bizarre et si mystérieux que soit Teffet de cette illumination répandue dans tous les quartien de la TÎUe, il n'est rien encore en comparaison du speiv tacle réservé au curieux qui s'approche de la croisée d'une de ces habitations.

Au fond de la pièce principale se remarque une espèce d'autel, couvert d'une nappe blanche, sur l^ quel isuut placés des pains d\me Ibrme bizarre et une quantité de bougies s'éleyant en gradins jusqu'à une certaine hauteur. Toute la fiunille entoure cet autel. Les femmes sont revêtues du riche costume dont j'ai parlé j)lns haut, et leurs pierreries, scintillant à la lueur de cette multitude de lumières, forment comme un cadre d'or autour de leur t^, dont le profil se détache dans toute la pureté du type israèlite. Assises sur des sièges Irès-bas, elles murmurent d une voix sourde et monotone quelques versets du Taimud; tandis que les hommes, debout autour de l'autel, diantent d'un ton nazillard, en branlant la tète, les louanges du Dieu des armées. Tout cela ne rappelle-til pas ces scènes orientales racontées avec une naïveté si éloquente par nos vieux dironiqueurs? Ces cérémonies religieuses ne manquent ni de gravité, ni de magnificence , et accompagnées du pi'estige de ces lumières, de ces riches costumes; célébrées ainsi dans l'intérieur de la &mille, sans autre témoin que le Dieu

GHAPITAË JUU. 239

qu'ib invoquent y elles ont un caractère intime et

formcQt une majesté louchante et solennelle qui doivent désarmer l intolérance.

En quittant Ékatérinoslaw» nous nous dirig^mes du côté des fameuses cataractes du Ihiieper, qu'on essaie en vain de rendre navigables depuis plus de cent ans, et dans le voisinage desquelles sont établies plusieurs colonies allemandes.

Mon mari ayant découyert Tannée précédente une riche mine de fer dans ces localités , nous dùm^ nous y arrêter quelque temps pour faire de nouvelles recherclies et en même temps pour répondre aux po* litesses du propriétaire de la mine, qui depuis long* temps témoignait le désir de nous recevoir chez lui.

La maison de M. Jiilarcus, située à quelques verstes des cataractes, dans une position délicieuse, nous offrit tout ce que la vie de campagne peut avoir de plus agréable. Pendant une quinzaine de jours uous jouîmes des plaisirs de la pêche , du bal et de la musique, tout comme si nous eussions été citez quelque gentilhomme allemand ou anglais.

J*ai déjà parlé si souvent du Dnieper , que j'ose à peine y revenir; cependant ce ne sont plus id les perspectives maritimes de KherBon, ni les plavnicks de Doutchina , ni l'allure joyeuse et hardie d'Ëkatérinoslaw. Près des cataractes, le fleuve a toute la profondeur et toute la tranquillité d'un beau lac Fàs une ride, pas une vague n*en altère le sombre azur. Son lit est encaissé

240 CHAPITRE xm.

par des rochers de gianit, doat les blocs gigantesques sembleDt avoir été entassé au . hasard par la main

des géanU. Tout est graadiose^ solennel dans ces scènes d'une nature primitive. Rien n'y rappelle la iuile et les raTages du temps. Point d'arbres qui s*effeuiUent sur la rive, point de gazon qui se flétrisse, point de terrain i oiigé pai la vague ; c'est l image d une éternelle immobilité.

Aussi le Dnieper atteintrii ici des profondeurs que la sonde n'a jamais pu mesurer , et les habitants pré* tendeal-iU qu'il renferme dans ses abîmes de véritables monstres marins. Tous les pécheurs ont vu le silure , requin d*eau douce dont les mâchoires ne s'efirayent pas d'engloutir un homme ou un cheval, et ils vous racontent à ce sujet des traits qui vous transportent sur les bords du Nil ou du Gange, dans la patrie fortunée des rapaces alligators. Parmi, ces aventures il en est une qui ne remonte qu*à une date fort récente et dont, plusieiu's marins disent avoir été témoins. On assure positivement qu'une jeune fille, lavant son linge au bord de l'eau , fat entraînée par un silure au fond du Dnieper et que son cadavre n'a jamais l'eparu à la surface.

A quelque distance de la maison de M. Mareus (le propriétaire de la mine) on distingue de l'autre côté du Ik'uvu un village allemand. Ses jolies iabiiques rouges, avec leurs conlrevenls verts, la forêt qui l'environne, et le voisinage d'une Ue dont les falaises

GUAFlTii£ X1U« 241

brillent au soleil , font rêver à ce bonheur calme, prolond, dont nous a^ons tous riuslincl au lond du cceur. Plus loin y à rhonzoo, le i^egard découvre les aiguilles, les masses de granits brisés et les flocons d'écume des cataractes. Çà et là quelques rochers à fleur d'eau, dont Tun, suruoumié le Brigand, est Tefiroi des mariniers, serrent de retraite à une in* finité d*oiseaux aquatiques» dont les cris joyeux accompagnent lonigtemps le voyageur que le bac emporte d'une rive à l'autre. Toute celle scène est gaie, pastorale comme un tableau de Greuze; mab en .re^ Tanche les collines pelées qui suivent les ondulations de la rive gauche du ûeuve ne présentent que tristesse et aridité.

Les Allemands aujourd'hui établis au bas des cataractes du Dnieper, sont les plus anciens colons de la

Russie méridionale : leur colonie fut fondée par Catherine Il en 1 784 , après l'expulsion des Cosaques Zaporogues, que Ton déporta sur les rives du Kouban. Uniquement composée de Mennonites prussiens, elle comprend seize villages, renfermant 4251 habitants : ces colons sont très-laborieux et jouissent généralement, d'une riche aisance. 1a nature des céréales et Mève du bétail forment les hases de leur prospérité* Ils s'occupent cependant aussi d'industrie manufacturière, et l'on compte ciiez eux deux fabriques d'étofifes de coton et une de drap. Toutefois ces Mennonites sont restés stationnaires depuis leur arrivée I. 16

242 CHAPITRE XIIL

en Russie : remplis de préjugés et profondéineiit ^oïsles, ils se sont 0[){)os6» à loule innovation, cl à tout développement intellectuel. Nous parierons plus loin de leur administration , lorsqu'il sera question des Allemands du gouTemement de la Tauride. Un des principaux villages de ces colons du Dnieper se trouve établi dans llle de Gortitz, où les Cosaques Zaporagues avaient autrefois ofganisé leur célèbre SéU dia. L'on sait que dans le prindpe la Sétcha était simplement un lieu fortifié, où venait s^exercer la jeunesse qui se destinait aux armes , et où avaient lieu les délibérations publiques et les élections des chefe. Plus tard elle devint la demeure fixe des gens de guerre vivant dans le célibat; et quiconque voulait se faire une réputation de valeur , devait au moins j passer trois années. J'ai parcouru llle de Cortitz, et j*y ai vu partout de nombreuses traces de fortifications et de camps retranchés. 11 aurait été du reste diiiicile de choisir une position plus favorable au but que se proposaient les Cosaques. Llle est une forteresse naturelle, élevée de plu» de cinquante mètres au-dessus du niveau des eaux et détendue de tous cotés par des masses granitiques, qui ne laissent presque rien i faire à Tart pour la rendre imprenable. Nous donnerons de plus amples détails sur les Zapoiogues à 1 article des Cosaques de la mer Noire.

Notre première halte après notre départ des cataractes se fit chez un int^dant de village , en qui nous

GHAPiTRB xm« 343

reconnûmes avec sui pi ise un jeune Français doué de Taccent le plus parisien que J'aie jamais entendu» Marié à une Petite-Rusaienne, il exem depuis deux an» les fonctions de Frigatcbik (intendant) dsfns un des villages du général Markoi. Il mit toute sa cabane à notre disposition avec un empressement qui nous fit comprendre tout le plaisir qu*il éprouvait à reoe- Toir des compatriotes. D'excellent miel, de la crème et des pastèques nous lurent servis à pi:oiusion; mais malgré toutes nos instances, nous ne pûmes le décir der à partager cette collation, et cela nous fit une impression pénible. L air de Fesclava^e tsl-il doue si contagieux qu'on ne puisse le respirer sans perdre aa dignité personnelie? Cet homme, né dans un payi où les distinctions sociales sont presque eflacées, se dégradait volontairemeut à nos jeux , en se jugeant indigne de s'asseoir à nos côtés, tout comme s'il fut né serf et qu'il eût été habitué dès son enISwce à la serritude.

I! nous raconta succinctement sa vie, triste tissu de déceptions et de misère , dont le récit nous affecta profondément. Son ardeur et sa mawraise tète d'en-r Iknt de Paris , ses dforts et ses espérances , toute la vitalité de ses vingt ans , sont venus se flétrir dans une atmosphère de dégoûta et d'humiliations , qui ont fini par détruire en lui tout sentiment de nationalités il est devenu esclave par ses rapports autant avec les maîtres qu'avec les serfs , et ce qui le prouve complé-

244 CHAPITRE xm.

temeot, c'esl la cmautë froide avec laquelle il châtie ses paysans. Tout le yiliage est coDStenié des puuitioos qu'il inflige chaque jour pour les feules les plus légères. Pendant qu'il causait avec nous, on vint Taverlir que selon ses ordres deux femmes et trois hommes étaient arrivés sur le lieu de l'eiécution. £h bien! malgré DOS supplications , malgré Van^iélé que nous éprouvions en nous senlant si près d'une pareille scène, il ordonna qu'où leur distribuât à chacun cinquante ooups .de bâton y et le double, s*ils faisaient les récalcitrants. Ce malheureux se' venge ainsi sur les mougiks de ce que raristocratie russe lui a fait souffrir, et c'est une tiiste revanche; dans son intérêt même, il ne devrait pas exaspérer les paysans, qui usent quelquefois de terribles représailles; plusieura fois déjà on a lenlé de rassassiner , et quoique les coupables aient payé cher leur témérité y il pourra bien un jour être victime d'une haine plus habile ou plus heureuse. La semaine précédente, à ce que nous raconta sa temme, une tentative plus audacieuse que les autres avait eu lieu de la part d'un payjsan qui dès le principe s'était déclaré son ennemi.

Après une longue tournée dans les champs ^ l'intendant s'était assis au fond d un ravin ombragé de quelques arbres* Vaincu par la fatigue et la chaleur, il finit par s*endormir, mais non sans avoir placé ses deux pistolets à c6té de lui. Une crainte instinctive dominait son sommeil, et lui permettait d entendre

Je moiodre bruit qui pouvait se faire aux aleulours. Le corps dormait, Tâme veîHail. Tout. à coup ua son suspect frappe ses oreilles oiuvre les yeux et voit un mougik se baisseï* lenlemerit pour ramasser un du ses pisloiels. Le regard du paysao trahissait taat.de férocité et ses mouvemeots avaient un calme si étrange, qu'on ne pouyait ' douter de son intention. L'intendant, avec un sang-froid adqiirable, se lève à demi sui' sou coude et lui demande avec un long bâillement, ce qu'il compte faire de ce pistolet : le.mougik, lâche comme un assassin, prend aussitôt un air de niaiserie et de fausselé particulier au serf russe, et répond qu'il était bien, aise de voir, cojumeul un pistolet était fait. Ce disant, il présente Tarme à son maître, sans paraître le moins du monde déconceité. Ce malheuienx faillit mourir sous le knout; el la Pelite-Russienne ajouta à ce propos, avec une .naïveté tout-à-lait russe, qu'il aurait bien mieux fait de mourir tout de suite.

Nous eûmes encore daus ce ce village l'occasion de .remarquer combien les paysans russes ont . peu de .compassion les uns pour les autres. Ils règlent battre un de leurs camarades sans manifester la moindre sympathie, et sans qu une punition aussi dégradante leur fasse faire nul. retour. sur .leur triste . condition: on dirait que l'humanité n'a plus aucun droit sur •leur cœur, tellement la servitude a détruit en eux toule puissance de seulir .et toute dignititc d'homnie.

346 CSHAPITRE 'xin.

i\ouâ quittâmes cette slation sur les six heures du Boîr, ajant encore une vingtaine de Tentes à faire pour arrÎTer au premier TÎllage des colonies allemandes de la Molochnia, où nous compliuns passeï la nuit. Grâces aux mauvais chevaux et au cocher stupide que noua avait donnés notre compatriote, nous avions à peine franchi un quart du trajet ^ que déjà nous étions conipléleuient envelo[i|j€s par l'obscurité.

Le cocher , tout meurtri par la brutalité de son maître, qui lui ayait distribué en notre présence une demi-doukainede soufflets, changeait à diaque instant de chemiu, selon sou caprice, sans s'inquiéter des nouvelles corrections du même genre qu'Antoine fai~ sait pleuvoir sur sa tète en manière d'admonestation. ■Il nous fit perdre ainsi un temps infini et dépensa en outre en pure perte toute la iorce de ses chevaux.

Rien n'est plus ennuyeux et plus monotone que les voyages dans les steppes; mais l'uniformité du pays devient véritablement décourageante pendant la nuit; Fon court alors à chaque iustant risque de tourner le dos au but de son voyage : cest l'immensité de la mer, et une boussole rendrait souvent de véritables services. Cependant l'instinct des paysans est tel, qu'ils savent parfaitement trouver leur chemm à travers les innombrables sentiers se croisant en tous sens. La nuit là plus obscure, le chasse-neige le plus violent, rien ne les empêche d'arriver droit à leur but, sans avoir • dévié un instant de leur route. • -

Notre cocher Élisait eiceplion à la régie commune;' mais il entrait plus de mauvais vouloir que de mala>

dresse dans l'embarras où il paraissait se trouver. Quoi qu'il eu soit, notre perplexité augmenta oonsidérablcment , quand nous vîmes que les chevaux ne voulaient plus avancer* La nuit ^tait fort sombre, aucune lumière, aucun bruit, aucun indice ne nous annonçait le voisinage d'un lieu habité; à chaque nouvelle question que nous adressions au cocher, nous ne pouvions obtenir que cette réponse laconique: nesnai (je ne sais pas) , et quand un Russe a répondu qu'il ne saU pas, aucune puissance humaine ne peut lui faire dire qu'il sait, pas même les coups de bâton. Nous en eûmes la preuve ce soir-là. Noire Cosaque, fatigué de questionner envain le nialeucoolreux cocher, commença à lui caresser les épaules d'un long fouet qu'il portait par précaution à sa ceinture; mais celle cGireclion n'eut aucun résultai. Il ne nous restait plus qu'un parti à prendre , si nous ne voulions passer la nuit à la belie étoile. Le Cosaque détela un des dievaux et s'en alla laire une reconnaissance aux alentours, dans l'espoir dedécuuviii (juclque indicateur qui nous aidât à continuer notre route. Après deux heures d'absence il reparut , en nous annonçant que noiis n'étions que peu éloignés d'un village allemand, et que deux heures de marche iious sufiiraient pour l'atteindre. Mais il fallait pour cela que nos chevaux se remissent en roule, et la force leur manquait.

248 CHAPITRE XllI,

€e fut encore le Gmuiue qui nous tin d'embarras , en s'aTÎsant d*atteler à la yoiture un pauTre petit poulain qui avait suivi sa mère, sans se douter qu*il commeucerait des ce soir -là sou rude apprentissage. Ce renfort » tout faible qu*îl était, nous permit d'avancer, quoique bien lentement; mais enfin, des aboiements vinrent rendre du courage à nos chevaux, qui se mirent à trotter pour la première fois.

Une forêt de beaux arbres et des lumières .éloignées nous annoncèrent décidément le village. Ce n'étaient plus ces kâtes sortant du sol aride comme de viais champignons , sans un seul arbrisseau pour les abriter. Nous entrions dans les colonies allemandes, et les émanations das arbres fruitiers en fleurs » ainsi que la Mie des gracieuses maisonnettes rouges, que nous distinguions à travers le feuillage, nous transportèrent bientôt loin des steppes russes.

La joie que cause au voyageur ^aré au milieu des déserts de l'Asie, l'apparition d'un riant oasis, ne peut pas être plus vive que celle que nous éprouvâmes en entrant dans ce joli village, dont le nom {Bosm^ ihaly vallée des Roses) témoigne de Fimagination poétique des Allemands. D'immenses jardins nous forcèrent à faire un Long détour. Aucune. voix ne se faisait entendre : tout nous annonçait qu'il était tard. Au milieu de toutes ces habitations nous ne savions comment reconnaître celle du Sckulz (maire), et, quoique Antoine eût été aux informations, nous pas-

aàmes plus d*uiie demi-heure en recherches inutiles. Eufio on nous indiqua une maison situëe au fond d'une cour, doul la porte était ouverte; nous entrons, arec la douoe espérance qu'un hon souper et un bon lit Tont nous dédommager de tous nos ennuis. Mais hélas ! nous n'étions pas au bout de nos aventures nocturnes. Uommaire dciiccud , ouvi^. la porte, appelle, frappe; personne ne répond. Unemmen plus attentif Famène à penser que la maison est abandonnée. Les fenêtres soul ouvertes et brisées ; les portes sans serrure, la cour pleine d'herbe : décidé- .ment il £iut aller souper ailleurs. Pendant ce temps, le Cosaque réveillait tout le voisinage , en frappant à coups redoublés sur une autre porte. Bientôt nous en ylmes sortir un brave colon, en toilette de nuit, qui, pour arriver jusqu'à nous, dut traverser une partie de son jardin. Ce fantôme blanc, glissant à travers le feuillage, et celle étrange demeure délaissée, avaient réellenient quelque chose de fantastique, et j'eus toutes les peines du monde à ne voir dans l'ombre qui s'avançait vers nous, qu'un gros Allemand en caleçon et en bonnet de colon. Il nous conduisit à la vériuble maison du Schulz , où une réception empressée nous fit bien vite oublier les événements de cette mémorable nuit.

Le lendemain matin ou fit porter pour nous, sous une charmille, un déjeuner composé d'excellent moka, de gâteaux tels que les ménagères allemandes savent

2&0 CHAPITRE XIU.

seules en fidre, et d'une crème ^îsse et parfumée,

qui me rappela les montagoes de la Suisse. Quelques articles touchant les colouies allemandes, insérés par mon mari dans le Journal d'Odeaaa, nous valurent l'aocueil le plus cordial de la part de tous ces braves gens, déjà si portés par leur caractère à recevoir l'étranger, avec cette hospitalité pleine de bonhonaie qu'on ne retrouve plus qu'en AllemagiBe*

La oontrëe occupée par ces colonies ne ressemble plus aux steppes , quoique la coiifigui atiuu du sol y soit la même. Les villages, très- rapprochés les uns des antres , sont tous construits sur le même plan et abrités pour la plupart dans des ravins. Les maisons, bâties en bois ou en briques rouges cl bleues , le toit •fortement en saillie , n'ont qu'un rez-de-chaussée étevé, entourées de jardins, elles font an milieu de la verdure des arbres un effet délicieux avec leurs murailles peiutes de différentes couleurs, avec leurs cheminées en bois sculpté et leurs belles toitures en paille, que, pour Faspect, on ne saurait comparer qu'aux plus fines nattes d'Egypte* L'identité des constructions se remarque partout et dans les plus minces détails; 'quelques maisons seules se distinguent par un peu plus de peinture ou de sculpture et une balustrade plus él^nte devant le jardin.

L'aspect des champs de labour annonce d'excellents cultivateurs» sachant apprécier tout ce qu'un terrain vierge offre de ressouroes à celui qui veut l'exploiter.

Un magnifique bétail couvre leurs prairies; des bergeries et des puits placés de distance en distance , animait le paysage et rompent la fiit^^te monotonie de la plaine : tout y accuse les avantages d'une \ie laborieuse et la prospérité des colons. Mais 11 taul entrer dans leurs maisons pour apprécier les habitudes d'ordre et de traml qui servent de bue aux jouiasanees de la vie de famille. Non-seulement leur intérieur est amplement pourvu de tout ce qui est nécessaire à la TÎe, mais il renferme encore presque toujours un confortable qu'on tnmw rarement cheK les nob^ russes. On pourrait même accuser les propi it taires d*un peu de sensualité à la vue de leurs lits chargés de coussins et d'édredons, qui s'élèvent jusqu'au plafond. Un beau poâe en fiiïence , une armoire Titrée contenant des plats, des tasses, ét souwnt de rargenterie, des meubles frottés avec soin, des rideaux aux croisées et partout des fleurs , voilà ce qu'on est sûr de trouTer dans toutes les habitations.

Partout ces braves gens nous accablèrent de marques de considération. A peine arrivions - nous , que la plus belle maison du lieu était mise à notre dis^ position; on nous go^eait de gâteaux, de cM^ de crème, de friandises de tout genre, et quand nous voulions partir, les chevaux les plus beaux nous conduisaient rapidement à un autre village, où nous attendait la même hospitalité.

A Orlof nous passâmes deux jours chez le colon

252 CHAPITRE xm.

le plus riche et le plus philanthrope de ton» les villages allemands. Airivé il y a une quarantaine d'anoées dans ie pays, M. Comies sy est établi sans argent, n'ajanty comme les autres , qu'un coin de terre aride et quelques instruments aratoires. Au bout de quelques années chacun enviait déjà sa lortune, mais tous rendaient justice à sa sollicitude pour ceux qui avaieut été moins heureux que lui^ Doué d'une.actiyité pleine d'intelligence, dëyouë à la cause des progrès, il s'est ensuite constitué le chef de la civilisai Ion de Tatars Nog^, et, comme nous le yerrons plus tard, il poursuit aujourd'hui avec le plus grand, succès roeuvre si habilement commencée par un de nos compatriotes, le comte Maison. M. Cornies est acluellemenl membre correspondant de l'Académie de Saint-Pëtersbouig, et l'on cite de lui plusieurs mémoires remplis de redierdies savantes et remarquables par la portée de leurs idées; aussi jouit-il d'une grande réputation uoaseulement parmi ses compatriotes, mais encore dans toute la Russie méridionale. Ses troupeaux, ses pépinières, ses laines, intéressent tous les industriels; et ceux-ci ont la plupart adopté les procédés dont il se sert pour le perfectionnement de la culture et l'élève des troupeaux.

Quoique M. Comies possède plus d'un million , sa manière de vivre n'eu est pas moins couiorme au rigorisme et à la simplicité des Mennonites, dont il foit partie. Les mœurs de ces sectaires sont d'une ri-

gidité qui eidut de la vie 'de famitte tout , ce qu'elle

a ordinairement de charme et d'abandon. La femme et les liiies d'im Meuuoaile, quelle que soit sa fortune, sont les seules serrantes de la maison, et nous ylmes M.'"* Gornies et sa fille nous senrir humbleoieiit

à table, touL comaic si elles n avaieuL aucun droit d'y prendre place avec le chef de la famille. Malgré cette in^alité apparente entre les deux seies, les Mennonites font d'excellents ménages. Du reste, pour bien juger tout ce qui touche aux peuples étrangers, il £iiut voir les choses avec les jeux que donnent à chacun l'éducation qu'il reçoit, et les mœurs au milieu desquelles il yît.

' La mise des femmes est simple et modeste, comme leur existence. Ëlie consiste en une robe de cotonnade bleue, dont le corsage ne descend qu'au bas du sein; un tablier de la même étoffe et une collerette blancbe à ourlet plat, complètent ce costume, que toutes portent invariablement : leur coiffure rappelle celle des Alsaciennes ; c'est un petit bonnet noir sans garniture, posé sur des cheveux relevés à la cbinoise et s'attachant sous le menton. Autant il ya bien aux jeunes et frais visages, autant il enlaidit encore la laideur des rieiiles femmes. .Quant aux hommes, leur babillement est le même que celui des paysans de TAllemagne, à quelques Itères modifications près.

Un plat de viande et deux plats de i^umes composent tout k dîner d'un Meunonite; chaque con-

2S4 CHAPITRE uni.

vive a devant hû vu grand verre de lail^ qui remplace le vin; Tusage de cette dermàie boiaeoii étant oom*

plëtement iuterdit dans leur secte.

Les colonies de oeB aectaires u'ont point de prêtres attitrée; les membres les plus âgés et les plus oonsi* dërës de la communauté sont chargés de remplir les fonctioQs de ministre, qui soot décernées par élection. Ce sont eux qui tous les dimanches lisent la Bible, font le sermon et entonnent les cantiques qu'ils chantent en dbceur avee leurs coreligionnairee.

Les Menoonites sont géaéraiement instruits; mais l'instruction , comme la richesse , ne porte aucune atteinte à la simplicité patriarcale de leurs moeurs. Nous edmes Toecasion de voir un jeune homme d'une des plus riches iatuiUe^, à son retour d'un long voyage: il avait visité la France» la Suisse et l'Allemi^ne» et cependant ce fut avec le plus vif empressement qu'il revint partager les travaux d'agriculture de son père et de ses fi'èies.

Tons ces établissements allemands se rattedhent à deux colonies distinctes : Tune, établie sur la rive droite de la Molochnia Vodi», se compose uniquement de Badois et de Souabes, et comprend vingt- trois villages, contenant 6^49 habitants; l'autre, sur la rive

1. La Molodinia Vodi (rivière de lait) est une petite riTiêra qui se jette, entre Berdiandt et Guenitschky, dans un liman du lac qui i^a plus de coraninnicalion avec ia mer d*Aaof.

gauche de la mér Noire et le long du petit niifiseau

Jouchendti, renferme quarante-trois village» de Men* nonites. Cette dernière étant sans contredit la plus importante et la plu» florissante de la NouTelle-Rtissier nous nous en occuperons presque exduaiyenient.

Les MennonileSj ainsi appelés du noni du fondateur de leur secte , professent à peu près les mêmes principes religieux que les Anabaptistes de France^ Originaires de la Hollande, dont ils parlent encore la langue, ils étaient, vers la fin du dernier siècle, fixés dans le nord de la Prusse, aux alentours de Dantzig. Contrairement à leurs opinions » on voulut^ à cette époque, les astreindre au senrice militaire: il se fit alors une première émigration, d'où sortit, grâce au génie de Catherine 11^ la colonie de Cortitz, au bas des cataractes du Dnieper. Nous en aTops fait mention plus haut. En 1804, celle de la Molochnia Vodi se fonda à la snile d'une nouvelle émigration. Plus tard, vers 1820, elle prit une plus grande exten* sion> et à la iBu de 1637, sur 100,000 hectares de terre, elle comptait quarante-trois TÎllages aTCC 9561 habitants, dont U84 familles de proprii (aires.

La population non agricole se compose d'ouvriers en tous genres y et il j en a de fort industrieui* Àlpstadt> dbef-lieu de la colonie, possède unefiibrique de draps où sept métiers sont en activité. La main-d'œuvre est du reste fort chère; car presque tous les ouvriers , dès qu'ils ont fiiit q[ucAques économies» s'empressent

3S6 CHAPITRE mu

dPababdonner leur profession pour s'adonner à Tagriculture et à rëducalion des bestiaux.

Chaque village est administré par un maire (appelé Schulz) et par deux adjoints. Ils sont élus toua le» trois ans; mais Tun d'eux ne quitte ses fonctions qu'un au après les deux autres, afin qu'il puisse mettre leurs sucœsseurs au courant des affaires. Dans le chef- lieu réside un OberscAak (maire supérieur), également assisté de deux adjoints* Ces magistrats jugent, sans appel , tous les prt its différends qui peuvent s'élever entre les colons. Les contestations importantes sont portées devant le comité central. Quant aux délits criminels, jusqu*à présent sans exemple, ils sont du ressoi l des tribunaux russes. La paresse esl punie par des amendes pécuniaires et du travail forcé pour la commune.

L'inspecteur représentant legouvemement, reste dans la colonie souabe de la rive droite de la Molochnia. Odessa est le siège du conseil administratif, qui se compose d'un président et de trois jug^, tous Russes, nommés par l'empereur. Ce comité a la sunreillanoe générale de toutes les colonies, et c'est lui qui agrée les schulz et les adjoints. Son dernier président a été le général d'infonterie Inzof , homme remarquable par son caractère et le haut intérêt qu'il portait aux établissements étrangers.

Chaque propriétaire a soixante- cinq hectares de terrain, pour lesquels il est soumis envers la couronne

CHAPiTKE xm. 257

à une redevanoe aDouelle de quinze kopeoks par. hectare; il paie eu outre eayiroD quatre roubles par an,

pour subvenir aux liais généraux de la colonie, aux traitements du comité, de Tinspecteur et des ioslitu* tems, etc. — Chaque village a un magasin de réserre pour les cas de disette; il doit toujours raifermer deux tschetwertes de blé par âme màle.

Les bestiaux sont sous la direction d'un seul chef berger, k son appel ils sortent des ëcuries le matin, et le soir ils retournent au TÎUage.

Tous les cinq à six ans , il s'établit un ou plusieurs nouveaux villages. Une famille d'origine récente ne reçoit pas de suite ses soixante<dnq hectares de terre: si elle ne veut pas habiter avec ses parents, elle se construit ordinairement une pelile maison hors du village. Mais lorsque le nombre des jeunes familles est devenu assez considérable pour que la réunion des soixanle-cinq hectares de chacune forme un emplacement dont l'éteudue permette qu'on y fasse paître en commun les troupeaux, et qu'on y exécute les. travaux d'agriculture ordonnés par les règlements , alors seulement les nouveaux colons obtiennent la permission de s'installer sur les terres non cultivées. £n ce. mo* ment -ci, la colonie des Mennonites possède encore près de trente mille hectares de terres à défricher. Ces Âllemauds, relégués au iuiiJ de la Russie méridionale, ont ainsi réalisé avec succès quelques-unes des idées du célèbre économiste Fourrier. 1. IT

. 2i>8 CHAPITRE Xlli.

: Oq comprend aisément qu'ayec oette oiganisation, et surtout avec leurs mœurs simples, leur sobriété

et leur activité, ces Mennonites ont dû piospcrcr pluâ que les autres colons. Les Souabes et les Badois, qumque r^gis de la même manière, n'arriveroat probablement jamais au même d^^ de richesse. Ces derniers aiment en général la bonne obère et s^adonnent à la boisson. Mais ils ont peut-être le mérite de mieux comprendre la YÏe, et de jouir autant qu'il est en leur pouvoir des dons que la Proyidenoe leur a départis.

La colonie des'Mennonites possédait à la iin de 1 837 ;

Bétes à oornes. 7,719

Chevaux 6,029

Moulons mérinos 412,274

Arbres fruiliers dans les jardins 31C,0ll

Arbm fomlien. 009,096.

Ces derniers ont depuis péri en grande partie. En 1 838 la \enle du blé s'est élevée au cbiffire de 600,000 roubles.

L'instruction ^jpubliquq.eAt dans un état des plus satisfaisants. La colonie compte quarante écoles, fré-

queutécs par 2390 élèves des deux sexes, et l'enseignement consiste dans la langue allemande, l'arithmétique, Thistoire et la géographie. Dans deux écoles on apprend en outre la langue russe.

Les Mennonites, comme les autres colons allemands de la Kussie méridionale, ont joui pendant longtemps

GHAPITAE XIII. 259

d'uœ proteclioa toute particulière de la part du gouTeraement ruwe; et à difiëreates reprises le soti- Teraio actuel, ainsi que rempereur Alexandre, leur a témoigué son intérêt de la manière la plus éclatante. Malheureusement leur comité a été supprimé il y a dix-buit mois, et cette mesure leur sera fatale. Ils craignaient depuis longtemps un changemeiil d'administration , et de nombreuses députalioys ont fait le voyage de Saint-Pétershoui^g pour solliciter le maintien de roiganisation primitiTe : leurs efforts ont été inutiles; l'œuvre de la centralisatiou et de^Kunité les a atteints à leur tour , et aujourd'hui ils se trouvent sous la dépendance immédiate du nouveau ministre des domaines de la couronne. Sans doute, le gouvernement est pailaitemcnt dans son droit, et après avoir laissé les colons jouir de leurs privil^[es pendant une si longue suite d'années, il peut, sans soulever ni blâme ni reproche, les soumettre au régime aduiinislratif de l'empire. Mais il n'en est pas moins vrai qu'avec l'état de corruption et de vénalité des employés russes, ce changement de système deviendra pour les colons une cause de ruine et de destruction, et qu'en dépit de tous les efforts et des bonnes iatentions du gouvernement, les Allemands, à peu près soumis aux mêmes lois que les serfs de la couronne, ne pourront soustraire leur fortune à la rapacité de leuis nouveaux diiecteurs. A peine y a-lil quelques mois que les colonies sont dirigées par le

260 cRAPiTRB xm;

ministère des domaines, et déjà plusieurs centaines de fomiUes ont quitté leurs demeures et leurs terres pour retourner en Allemagne. En 1842 j*en ai tu un grand nombre arriver en Moldavie. Elles y yenaieat dans rintention de former quelques établissements, mais elles u*ont pas réussi.

Outre les colonies allemandes dont nous venons de parler, il en existe encore d'autres dans les environs de Nicolaïef et d'Odessa, en Bessarabie, en Crimée et yers les côtes de la mer d'Azof. En général, ces colons él rangers comptent dans la ÎVouvolli llnssie audelà de cent soixante villages, renfermant plus de 46,000 âmes. La carte jointe à l'ouyrage lait connaître les diverses contrées qu'ils occupent dans les gouyerntiiieoLs du midi. Au milieu des colonies allemandes, on remaïque plusieurs villages dont les habitants. Russes d'origine, ont à peu près les mêmes crojanoes que les Mennonites et les Anabaptistes. Ce sont les Douckoboicn et les Molokaner, dont nous avons dcjà dit quelques mots. Ces sectaires, qui n'ont abandonné la religion de leurs aïeux que depuis eniriron soixante ans, étaient autrefois disséminés dans plusieurs provinces du centre; mais le gouvernement, alarmé de la propagation de leurs doctrines, les fit enlever de force et les établit dans la Nouvelle-Russie sous une surveillance militaire. Ces colons profitèrent admirablement de Texempleque leurdonnaient les Allemands, et à force de patience et de travail , ils ne tardèrent

|»aâ à atteindre uu haut degré de prospérité, ëq i839 ib comptaient une population de 661 7 âmes et occupaient treize villages. La plupart de leurs maisons étaient construites à 1 uliemande; et tout déuolait chez eux une riche aisance. Deux ans après ce premier TO^rage, je rencontrai, sur la route de Taganrok à Rostof, deux détachements considérables de proscrits, escortés par deux balaillous d'infanlerie. C'étaient les malheureux dissidents de la Molochnia que Ton déportait sur la ligne armée du Caucase , après les avoir expulsés de leurs villages. L'ordre le plus admirable et la résigoatiou la plus touchante régnaient dans leui' convoi: les femmes seules paraissaient irritées; quant aux hommes, ils chantaient en chœur des hymnes. Je demandai à plusieurs d'entre eux où ils allaient? Dieu seul sait où l'on nous envoie, me lépoudireut-ils.

En quittant les colonies allemandes, nous traversâmes plusieurs villages de Tatars Kogaïs. Ce peuple habite une étendue considéi ahle de |)a \ s sur le^. bui ds de la mer d'Azof et le long de la JVloloehuia Yodi* A un Français revient en grande partie l'honneur du progrès que ces hordes nomades ont fait depuis quarante ans dans la voie de la civiliî>aLioii , et nous sommes heureux de pouvoir rendre ici justice à un compatriote qui, quoique peu connu, n'en a pas moins mérité dignement de Thumanité.

262 CHAliTiiE XIV.

Opinions <fps écrivains anciens « t nuxli tues sur l'origine des Talars el des Monguls. — Ces deux peuples appai lieoueat à la luènie race. — Ëinpire

du Xaptidwk. Origliie des peuples mimlnmtt la Bmiia néridioiule. — Biatoire de la borde de* Nogats. — IVaditioiH natioiialeb — Administration du comte Maison. — Les NogaTs s'établissent dans des tflbges el s'occupent d'agriculture. — Situation actuelle de ce peuple. — État du clergé. — Croyances religieuses , caractère , mœurs , usages et induatrie dea Hbeiia. ^Vaoilé ariatoeratiqiie»--€oiidiUeiidtt ftnniias.-^ Obatadea au procréa de la citiUnUMi.

Aucun peuple n*a peut-être donné lieu à plus de diseussîons que les Tatars et les Mongols, et de nos

jours encore, malgré les recherches les plus savantes, le problème de leur origîae n'est pas entièrement résolu* Les uns admettent que les Tatars et les Mongols ne forment qu^une seule nation; d'autres prétendent que ce sont deux races essentiellement différentes. D'après Lesvèque d'Uerbelot et Lesur \ les Tatars ne seraient que des Turcs. Klaproth*, tout en a'vançant que les Tatars et les Mongols sortent de la même souche, regarde uéauuioins cumuic des Turcs les Tatars blancs soumis par Tschinkiz-KJiân. £nfin, d'Ohson, dans sa remarquable histoire des Mongols,

1. Histoire de la Russie, par Lesvèque. -^Bibliothèque orientale, par d'HeiMot — Histoire des Cosaques, par Lesur. 3. Voyage au Caucase par Klapiotb, en 1807 et 1806.

▼oit ^iement deux races, distiacles dans les.Taters et les Mongols, mais sans admettre l'origine turque. La même locerlitude qui s*attachc aux hordes mougoles et tatares du quatorzième siècle, r^e à F^rd des peuples qui, sous le nom de Tatars,* habitent actuellement la partie méridionale de l'empire russe; et on les a considérés tautôt comme les desceudants des tribus turques qui oocupûent ces contrées antérieurement au douzième siècle, tantôt comme les débris des eoïK^uiîiaiils tatars - mongols. Essayons de débrouiller ce chaos d'opmious, el voj^ons quelle peut être Torigine la moins problématique de ces diverses nations.

Les écrivains chiuoi*. ioul jjuui la première fois mention du peuple tatar dans le huitième siècle de notre ère, sous le nom de Tata, et ils le considèrent comme une branche des Mongols. Le général et historien Meng-Koung\ mort en i 246 , qui commandait uu corps chinois envoyé au secours des Mongols contre les Km, nous apprend, dans ses mémoires, qu'une partie de la horde tatare, autrefois dispersée ou soumise par les Khitans quitta les montagnes In-cban^,

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