‹ Les steppes de la mer Caspienne: voyage dans la Russie méridionaleChapitre 13 sur 63 · COLONIES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

COLONIES ALLEMANDES

Une forêt de beaux arbres et des lumières éloignées iious annoncèrent décidément le village. Ce n'étaient plus ces hâtes sortant du sol aride comme de vrais champignons, sans un seul arbrisseau pour les égayer. Nous entrions dans les colonies allemandes, fraîches oasis de ce grand désert qui s'étend jusqu'à la mer d'Azof. Les émanations des arbres fruitiers en fleurs, jointes à la vue des gracieuses maisonnettes rouges que nous distinguions à travers le feuillage, nous transportèrent bientôt loin

La joie que cause à tout voyageur perdu au milieu des sables africains, l'apparition d'un bois de palmiers, ne peut être plus vive que la nôtre lorsque jious entrâmes dans ce joli village, portant le nom de Hosenthal (vallée des roses), qui témoigne de l'imagination poétique des Allemands.

De grands jardins nous forcèrent à faire un long détour pendant lequel les lumières que nous avions vu briller, s'éteignaient l'une après l'autre, à notre grande mortitîcation. Gomment découvrir, au milieu do ces habitations enfouies sous les arbres, celle du sckulz (maire), auquel nous devions demander l'hospitalité? La chose était difficile, et nous passâmes une bonne demi-heure en vaines recherches. Quelque loustic du pays finit par nous indiquer une maison située au fond d'un jardin dont la porte était ouverte. Bien vile nous plantons là notre piètre équipage, et courons à cette heureuse demeure, avec l'espoir d'y trouver un bon souper et

Si ' LES STEPPES DE LA MER CASPIENNE

un bon lit, comme dit la chanson ; mais arrivés en; face de la maison, nous n'eûmes qu'à lui jeter uni coup d'œil, pour comprendre qu'elle était abandonnée; les fenêtres ouvertes, les portes sans serrure, les volets brisés ne pouvant nous laisser aucun doute. Décidément, il fallait aller souper ailleurs.

Pendant ce temps, le Cosaque réveillait tout le voisinage en frappant sur une porte voisine, si bien qu'un brave colon mit le nez à la croisée, demanda des explications et nous offrit de nous conduire à la véritable maison du schulz.

Un moment après, nous le vîmes traverser son jardin, glissant comme un fantôme à travers le feuillage, et cette apparition, jointe à l'étrange demeure délaissée que nous avions en face de nous, acheva de donner à ce qui nous entourait un aspect tout à fait fantastique; aussi eus-je grand'peine à ne voir dans l'ombre blanche qui glissait mystérieusement sur la pelouse, qu'un bon gros Allemand en caleçon et en bonnet de coton.

Le lendemain matin, la femme du maire fit porter sous une charmille un déjeuner composé d'excellent moka, de gâteaux tels quelles ménagères allemandes en ont seules le secret, et d'une crème épaisse et parfumée qui me rappela les montagnes de la Suisse.

Quelques articles touchant les colonies allemandes, insérés par mon mari dans le journal d'Odessa, furent en grande partie la cause de l'accueil cordial de

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