CHAPITRE III
merd'Aïot. — ArrÎYïeà Tagnniuk. — Souvenir ileiandre. — Un bal cliei [e général Kliersnnor. n philliellùne. — Course de rtievaux. — Di''|<arl.
Se â Marioupol nous rappela désagréanous n'étions plus dans les colonies ne chambre de po^te sale, le manque mpossibilité de trouver du pain, même s, des employés grossiers, tout enfin ste contraste avec le bien-être el les lels nous avait habitués notre course iches villages des mennonites.
MAHIOUI'OL 4i
.Ceci donna gros à penser à l'écrivain qui perdait tout son calme à mesure que nous reprenions le nôtre. A chaque instant, des troupes de chevaux rentraient des pâturage^, et sa situation commençait à devenir passablement embarrassante. Mais je renonce à peindre le regard de consternation avec lequel il accueillit le retour d'Antoine, qui ramenait triomphalement trois robustes chevaux, et un cocher par-dessus le marché. Quand le misérable juif ne put douter que cet attelage fût pour nous, il se jeta à nos pieds, frappa sa tête contre terre, fit tant de bassesses, en un mot, que nous finîmes, autant par dégoût que par fatigue, par lui promettre de ne porter aucune plainte contre lui.
Cinq heures après, nous arrivâmes à Taganrok, située sur le golfe du même nom, à Textrémité septentrionale de la mer d'Azof, ville fondée par Pierre le Grand, en 1706, après la prise d'Azof, et qui fut démolie en vertu du traité du Pruth. On la rebâtit en 1769, à la suite d'une nouvelle guerre, et, pour lui donner plus d'importance, Catherine II fit alors fortifier la place et creuser un port entouré d'un môle, dont les restes à fleur d'eau existent encore aujourd'hui.
Les eaux de la rade de Taganrok sont tellement basses, que les navires doivent se tenir au large à quelques verstes de la côte, ce qui rend le chargement des denrées commerciales assez original : des voitures, surmontées d'un plancher portant les céréales, font le premier trajet, s'avançant par files
ii LES STEPPES DE LA MER CASPIE souvent jusqu'àunedemi-lieue en mer; là bordementa lieu sur de grandes barque!
presque toujours besoin d'un troisième pour transporter définîtiveraent les produi des navires d'exportation.
En approchant deTaganrok, nous crùtn à Odessa. Sa position sur la mer d'Azof, guration du sol au milieu duquel elle s' églises, sa grande étendue, et jusqu'à la qui la domine, toutconspire à rendre l'illu pante.
Cette ville mérite à plus d'un titre de fix lion du voyageur. Deux empereurs, Pierrt et Alexandre, ont attaché à son nom une ce!
ne s'effacera jamais.
Ainsi que Pierre leGrand l'avait prévu, s'est accrue rapidement depuis un de étant devenue l'une des villes les plus com delaRussieméridionale. Son commerce a i considérablement diminué depuis la supp] lazaret et de la fermeture de la merd' Azof, d'une quarantaine de cinquante jours, Kertsch. La ville compte aujourd'hui prJ mille habitants.
Le passage de Pierre le Grand est cens; ganrok par un bois de chênes qu'il a p même. Ce souvenir d'un grand prince va nement mieux qu'un monument fastueux; durable et plus philanthropique, surtout contrée dégarnie de forêts. Le nom du rég
TAGANROK H
issie vivra éternellement dans ce pays, parce mêle à une impression de bien-être quecha- \ même de ressentir.
à Taganrok que mourut, loin de sa cour et indeurs de Saint-Pétersbourg, l'empereur Ire.
sitant la modeste maison qui lui servit de : demeure, tous les événements de la grande dont il fut un des plus brillants acteurs nous mt en foule à la mémoire, de dates, que de personnages, que de choses bliées ce nom évoquait dans notre esprit, une fantasmagorie où des ombres passaient le rôle avec des simulacres d'existence ! Omlles, illustres, charmantes s'il en fut : NapopaixdeTilsitt, leducdeVicence, madame de er, la belle N***, 1845, jetaient sur cette un reflet de gloire, de poésie, de passion et stres, qui la rendaient à nos yeux mille fois posante qu'un palais de marbre et d'or. La
gracieuse figure d'Alexandre dominait tous renirs.
son cabinet de travail, moins orné que celui imme d'alfaires; dans son salon, dan» sa e à coucher, dont on a Fait une chapelle arlans ses portraits, et surtout dans les soulu vieil officier qui nous servait de cicérone,
retrouvions sans cesse, tantôt brillant et sous son bel uniforme des gardes, tantôt et charmant dans l'intimité de famille, puis
41 LES STEPPES U voilé d'un drap morti le respect el l'amour d
Par un soin religieu la maison. Une dizain unes dans les autres, e plus simple, voilà où f trois mois Leurs Majes breuse. L'impératrice elle et ses filles d'honiii ces assez petites et mal
Alexandre avait une ganrok, et l'on va jusc d'abdiquer et de chois Le sort s'est chargé en en arrêtant là le coui rempli l'Europe de soi couronne, mais la vit l'amour. Ainsi se perd grands fleuves dont on voyant leurs eaus se et d'abondance au mi tilisent. Séduit par leu:
triomphale, on s'attacl d'admiration que de se entier s'évanouit dans I trace de sa présence c ques gouttes d'eau, q disparaître.
Il y avait foire à Ta:
chaleur suffocante, d'i
TAGANROK 45
sière, un encombrement dans tous les hôtels nous avaient d'abord prévenus contre cette ville; mais le spectacle des curiosités de la foire nous consola promptement du désagrément d*être mal logés. En Russie, ces fêtes mercantiles ont encore conservé une importance qu'elles n'ont plus dans nos pays mieux civilisés; chaque ville a la sienne, plus ou moins fréquentée; celle de Nijni-Novogorod, réputée depuis longtemps pour la plus grande du continent européen, voit tous les peuples de l'Asie et de l'Europe lui envoyer des représentants. Après elle, la foire de Kharkof est en grande réputation parmi les négociants pour ses riches fourrures. Ces foires durent souvent plus d'un mois, et sont attendues avec impatience par toute la noblesse campagnarde qui va sans façon y respirer un parfum de grande ville. Des bals, des spectacles, des emplettes, de la musique, des courses de chevaux, que de plaisirs en peu de jours ! aussi chacun se met-il à en jouir avec une fougue presque fiévreuse. Tout est interrompu, affaires, études, procès, voyages; aujourd'hui la foire, demain les autres intérêts de la vie. A Taganrok, d'immenses bazars, construits à quelque distance de la ville, sont remplis de toutes les marchandises de rOrient, étalées dans des allées couvertes où le beau monde se réunit le soir. C'est vraiment un singulier coup d'œil que celui de ce labyrinthe d'étoffes, de babouches, de fourrures, de chapeaux et de bonnets de Paris, de châles de Ga-
chemir, et de mille autres objets dont le détail serait
46 LES STEPPES DE LA MER C trop long. Tout est très-bien dispa vue par un mélange de couleurs et pittoresque que bizarre.
L'Europe et l'Asie sont en préser coquetterie pour séduire les achetei gance des modes françaises, il faui petits cbapeaux et nos mantilles et triste figure à ci'ité des mousseUm d'argent, des riches termalamas qui garnissent les boutiques du ] tous les regards, tous les désirs, K se tournent du coté des produits fn rubans fanés, quelques chapeaux ( rent plus de jolies acheteuses que t a de plus magnifique.
Pendant notre séjour à Tagani invités k un bal chez le général K tils du céR'hre hettman Platof. Ce un fort bel hôtel, et vit en véritable de la société mêlée d'une cité coi les appartements de sa résidence, sont décorés avec autant de goût cence : des glaces de plus de trois n forment les croisées; les meubles plafonds, les tableaux, annonce bon ton bien fait pour étonner de saque.
L'hôtel est précédé d'un beau ja illuminé à giorno pour la fête. Toi palais resplendissait de lumières,
«ËRAL KHERSANOF 17
rtout par cette belle nuit d'ëtë ce pouvait le disputer à celle des des du Midi.
le premier salon, nous trouvai s'empressa de nous présenter k Uais, dira-1-oii, la bigamie est*
par les mœurs cosaques? Non, s si les lois et l'opinion sont cou- B haut placé peut facilement se ità l'opinion, et le général Klierlusieurs années en état de biganyslère, et sans que ses salons uentés pour si peu. En Russie, la t de son voile brillant ; elle perintricilés, même celles qui sont le avec les mœurs, pourvu qu'elle l de fêtes. L'opinion, telle qu'elle
complètement inconnue ici : on
de conscience aux esprits timor même reconnaître le mérite, ive de sa parole et une femme de sauraient être compris dans un règne en souverain absolu. Une je faisais quelques observations à ait naïvement que les petites gens : atteintes par le scandale, vu que t venir que d'en haut. Elle avait i,car dans la sphère où se trouve , qui oserait se permettre de la ndatQner ses travers? pour que
48 LES STKPP l'opinion existe, il puisse exprimer st di-e la vengeance sa barre; il faut chacun puissent é il faut, enfin, que ()e probité, de dé au lieu d'être le ji rompue, se faisa qui ne sert pas à s Les dames Khc la société qui rem dans leurs mamt simplicité (jui coni tourage. Un air er costume maussade lien, ni dans la ci contraste avec leui robe en soie de ce manches plates , t prendre pour un s vrait ses épaules el net, dont la form que de nos cuisii L'ensemble en éta caractère; excepta lant à sa ceinture çait le luxe asiatiq ce pays ont encore On prétend que
BAL CHEZ LE GlUNÉRAL KKERSANOP 4»
laits la meilleure intelligence du inonde. Le il parait fort à l'aise vis-à-vis d'elles, et va de ï l'autre avec le même empressement et la
affection. Sa première femme est vieille, et lit être prise pour la mère de l'autre. On nous
que, désolée de n'avoir point d'enfants, elle lia elle-même à son mari de faire un nouveau
« abnégation a quelque chose de naïf et de mt qu'on ne trouverait certes pas chez les ïs civilisées. Fort de l'approbation de sa vieille \ , le général arrêta donc ses vues sur une paysanne fort jolie qui habitait sa propriété. lOmbler en quelque sorte l'immense distance séparait de lui, il la maria à l'un de ses offîqui, à la sortie de l'église, reçut l'ordre de sur-le-champ pour une mission lointaine dont t jamais revenu. Quelque temps après, la femme fut installée dans le brillant hôtel du il, et présentée à toute la société sous le nom jame Khersanof.
s charmantes fllles sont le fruit de cette union thodoxe. Revêtues du sérafïne de soie bleue, lansèrent la russe et la cosaque avec infinité charme, et nous séduisirent complètement it toute la durée du bal. La danse russe, ra- « de simplicité et de poésie, diffère entièrede toutes les autres danses nationales : elle e moins dans les pas que dans une pantorêveuse, ingénue, oii le calme et la gravité du
.A MER CASPIENN poses d'une grâce ue la danse espagii ne douce langueur
fortune de rencoi i, par sa destinée 8 bon nombre de p la nature l'a taill d'un héros de roma
lui a donné en out ain immodéré de c lus fantasques de la îsmes. Aussi, dès 1 housiasme pour la lors l'Europe entièn ile dans cette roma ; de tous les hasard te entre les Hellène
yt en guérillero, tai late, il Vit de loin M'illautes, vrais m re de l'indépendai r, un hasard provi vie d'une jeune t Lurellement la conq r au premier mom
n des voyages emp i les cours d'Europ
LE PHILHELLËME SI
I à son beau costume smyrniote et à sa délie lîgure, la jeune Grecque était accueillie avec }usiasme. A Moscou, elle plut tellement à l'imrice qui s'y trouvait alors, qu'on parla sérieu- . de l'attacher à la cour comme dame d'Iion-
de Sa Majesté.
un autre côté, il n'était question, dans tous les is, que du beau Français dont toutes lesdames ovites avaient la tôte tournée. Il en résulta
lui une de ces aventures qui éclatent dans la X)mme une bombe, ne laissant, comme ces ières, que des ruines après elle. Comment s'en i-t-il sain et sauf? C'est ce qu'il ne peut exler lui-même, tant le danger fut terrible.
lus deux vinrent se réfugier à Caris, où le mari 1 de se créer une position stable, bien néces-
après tant de temps gaspillé à courir le monde.
sa bonne étoile lui fît défaut, et un beau jour islima fort heureux d'accepter les fonctions de ^sseurde français à Taganrok, que le gouver- ;nt de cette ville lui fit offrir par l'intermédiaire
lie ses amis.
l'on habille le corsaire Manfred en procureur, I travestissement ne paraîtra pas plus étrange celui du brillant cosmopolite en pédagogue!
1 destinée a de bizarres caprices, en confinant
au bord de la mer d'Azoff deux êtres qui réat par leur beauté les types les plus charmants i poésie et du drame, adamede Y.,avec5esgrandsyeuxd'uiibleusom-
UN SALON A TAGANKÔK 53
maines, des princes aveugles et mendiant leur pain, des derviches tourneurs ou hurleurs, une modiste parisienne faisant des éducations persanes^ un luxe effréné à côté de la plus affreuse misère, tout ce qui émeut, séduit, passionne ou épouvante dans cet Orient plein de contrastes.
Mais l'aimable voyageur devrait s'en tenir à la simple prose et ne pas remplir son portefeuille de bouquets à Chloris et d'épitres aux amis^ comme un bon bourgeois delà rue Saint-Denis.
Le premier salon de Taganrok est sans conteste celui de M. Yearas, frère du consul général d'Odessa. Nous retrouvâmes en lui toutes les aimables qualités et le tact parfait de son frère. Lorsque les Anglais peuvent se débarrasser de la roideur qu'on leur reproche à juste titre, et surtout de leur orgueil immodéré, ce sont peut-être les gens les plus agréables qu'on puisse voir dans l'intimité. Toutes leurs bonnes qualités, cachées sbus le voile de la froideur, apparaissent soudain, et Ton découvre en eux un grand esprit d'observation et d'analyse, une profonde instruction, une dignité réelle dans la manière d'agir, et surtout une bonhomie d'autant plus séduisante, qu'ils la dissimulent avec un grand soin.
En passant en revue la bibliothèque anglaise, française et allemande de M. Yeams, ainsi que les journaux de tous les pays qui couvrent les tables, il serait difficile de se croire aux confins de l'Eu- ^ope : le Journal des Débats, le Tintes^ la Gazette
fRSE DE CHEVAUX rs
r d'éprouver quelque apprélienitùt j'irais leur demander l'hos'
Taganrok, composée en grande ritattens, rappelle, à s'y mé- Levant. Au milieu du brouhaha it partout, nous avions de la ) en Russie, où d'ordmaire le de bruit possible, pour que l'ée pas jusqu'à Pétersbourg. Les nis au régime impérial, sont it ont conservé sous le ciel froid et le caractère inquiet qui dis- Nous admirâmes ce jour-là une nés grecques, aux yeux noirs, qui attiraient tous les regards.
;es entourait une partie de l'en- :ourse, permettant de passer eu aganrok et les environs possètocratiques. Noos vîmes de vériil, des manches courtes et des L ornées de fleurs.
., joint à des tourbillons de poust fabuleux dans tout autre pays, i toutes ces fraîches parures et jes spectateurs; nous ne fûmes lier chercher un refuge dans les I bazar voisin, où des sorbets à iuses pastèques nous furent seriïiénien pour la valeur de quel-
: nous éloi; tent prévoi réservée, intermînal avait déjà en un dése soulevait d MIS, que le eus; la n lonnait da rible doul die ne cai que celle hevaux eu:
et semblaii it-
'approche enté; quel au milieu ' ords du fl res, joints rent combi'