OLGA
Port intrigués nous-mêmes s une telle localité, nous qulllâmes bien vite la table, et courûmes comme tout le monde au bord du fleuve pour voir passer un pyroscapbe, un vrai pyroscapbe avec sa large cheminée, ses bouffées de fumée noire et ses roues faisant bouillonner les eaux tranquilles du Volga, toutes surprises de cette perturbation insolite. Son "ont galamment pavoiiié était encombré de passaers, et nous envoyait les fanfares éclatantes qui .aient venues si magiquement frapper nos oreilles, passa devant nous, je ne dirai pas fièrement, lais trèÀ-Iouidement , car son allure disgracieuse ) ressemblait en rien à celle de nos élégants baaux à vapeur. Loin de raser l'eau avec la légèreté une hirondelle, il nous fit l'effet d'un gros et lourd inard se fiant pour la première fois aux vagues irfîdes.
A la vue de la nombreuse société qui couvrait le mt du bâtiment, nous eûmes comme un pressennent que celle apparition ne devait pas nous re totalement indifférente. Le pyi'oscaphe venant Astrakhan, il était à présumer qu'il emportait usieurs des personnes que nous devions voir dans Lie ville. Mais nos conjectures étaient encore bien in de la vérité; et notre consternation devii.t réelment indicible, lorsque l'écrivain de poste nous iprit que ce bateau à vagieur conduisait toute la ciété d'Astrakhan chez un prince kalmouk qui a labitude de donner de brillantes fêles à celte épo-
HOSPITALITÉ D'un PRINCR KALHOUK !»
trakhan, il HOHS blâma beaucoup de n'avoir pas eu immédiatement une idée si simple.
Tout espoir étant définitivement perdu de ce côté, nous nous résignâmes à continuer notre route, avec l'intention de revenir sur nos pas dès le lendemain, munis d'un nouveau podorochni. Calcul fait du temps qu'il noua fallait pour arriver à Astrakhan, pour en repartir et pour atteindre la résidence du prince Tumëne, nous avions la certitude d'assister pour le moins à la dernière fête, qui ne devait avoir lieu que le troisième jour. Mais, malgré celle perspective consolatrice, je ne pouvais m'empêcher de jet^r un regard de profond regret sur la colonne de fumée qui s'éloignait de plus en plus de nous, et à laquelle se rattachaient, par un singulier hasard, de si vives impressions. C'était bien là le cas de dire, alors ou jamais, que notre espoir s'en allait en fumée.
Sur les quatre heures du soir de ce même jour, nous nous trouvions en face d'Astrakhan I... de cette brillante cité, qui ne figure sur l'itinéraire d'aucun touriste européen. Cela me rappelle une scène de vaudeville, dans laquelle deux vieux troupiers qui s'étaient perdus de vue depuis nombre d'années, se rencontrent tout à coup; aussitôt de s'aitabler au cabaret voisin et de se questionner :
« D'oU viens-tu, dit l'un?
— D'Astrakhan !
— Allons donc, quelle blague ; est-ce qu'on vient d'Astrakhan ? *
e LES STEPPES DE LA UER CASPIENNE En effet, on va partout, excepté à Astrakhan dont toute grande ligne de parcours la visites que subissent d'aut--" '''1"= le l'Afrique ou de l'Asie ; e re attrait!...
ointe à bien d'autres, port ■■ ravissement, lorsque, en >aleau, après avoir quitté pûmes embrasser d'un s< panorama, ses églises, :
ruinés, devenant de plus :uxl Située dans une île tes aletilours ne sont pas.
;s cités, couverts de villa( . seule, entourée de sable < e de sa souveraineté sur lom gracieux d'étoile du ie la poétique imaginai
re, mille embarras surgire ibarras qui glaceraient un i blanc. Impossible de t gré l'aide d'un officier qi I notre disposition . Ce brav dément humilié de rencon Rt de notre résolution di igier dans un caravansérai ilagement, la Providence, inante dame polonaise, v :ux gâchis, au moment où
HOSPITALITÉ D'UN PBINCE KALUOUK 07 savions plys où donner de la tète. Cette dame, dont nous Hmes par liasaid la rencontre, s'empressa de ineltre toute sa maison à notre disposition, avec tant de bonne giâce que nous ne dûmes pas même songer à faire des façons. D'ailleurs, nos voyages en Russie nous avaient déjà habitués à la sympaibie qu'inspire aux Polonais tout ce qui est français. Les derniers événements politiques n'ont pas encore eu le pouvoir d'affaiblir en eux ce sentimeul de bienveillance; ils nous regardent toujours comme des frères , et sont prêts à nous le prouver en toute occasion.
A part quelques bâtiments de la couronne, construits pour les employés russes, rien à Astrakhan ne rappelle une domination étrangère. La ville a * complètement conservé la physionomie asiatique qu'elle doit à son ciel, à son passé et à sa population variée. Bâtie en partie sur une colline, en partie dans la plaine, elle étend plusieurs de ses anciens quartiers dans des bas-fonds entrecoupés de marais, oit ils se trouvent exposés aux crues du fleuve, et pendant l'été à des miasmes très -malsains. Un canal bordé de quais la traverse dans toute sa longueur.
Le premier soin de mou mari, apiès une rapide installation, fut de se rendre chez le curateur général des Kalmouks, Al . Fadiew, pour tâcher d'obtenir le plus promplement possible uu podorochni. Il revint au bout d'une heure m'apprendre que nous partirions le soir même dans un bateau de l'ami-
98 LES STEPPES DE LA MER CASPI&NNE rauté , mis à notre disposition. Le gouvernei M. Fadîew, l'amiral àa port et toute la haute ; s , étaient allés rendre .visite u'on nous l'avait annoncé; m ', retenue chez elle par une indis[ de cette dame reparaîtra souvt nirs d'Astrakhan), s'était empn anir toute diSicullé. Nous allàn ivec elle avant de nous embarque , je pus apprécier ses rares qualités son esprit rehaussé par les connai»ariées.
s du soir nous prîmes place dans la ée pour notre voyage, possédant un se de six robustes rameurs kalmouks ,ar. Notre espoir était d'arriver dans endemain chez le prince; mais par [explicable, je me sentis saisie à l'imterreur qui, malgré mon vif désir lit de notre course, ne nous permit loin. La nuit était très-obscure ; les nprimaient à notre barque de for- ! fleuve me paraissait sans limites; était néanmoins insufiisant pour Ile frayeur qui me dominait si im- Plusieurs voyages en mer et de lades sur le Bosphore de Constances légers calques que '" "•":"'!-" it faire chavirer, auraiet oute émotion de ce gen
HOSPITALITÉ D'UN PRINCE KALUOUK <I9 frayeur est un sentiment instinctif, rebelle à 'tout raisoQnemeot, et qui nouspreud h l'improvUte sans être motivé par un danger réel. Cependant, par acquit de conscience, je dois ajouter que de fréquents éclairs et la pesanteur de l'atmosphère influaient sans doute sur l'étal nerveux ou je me trouvais.
Quoi qu'il en soit, je n'eus de repos que lorsque j'entendis mon mari donner l'ordre de regagner le port, et la suite prouva que c'était le meilleur parti à prendre. La nuit fut bouleversée par une de ces bourrasques si fréquentes et si dangereuses sur le Volga, qui éclata peu d'instants après notre débarquement, et qui fut la meilleure justification de mon effroi. Attribuant ce dernier à une faiblesse d'esprit, j'en étais d'abord profondément mortifiée ; mais en face de l'oragu de la nuit je le considérai comme un pressentiment providentiel.
Le lendemain, au lever du soleil, nous partîmes en poste, côtoyant jusqu'au soir le fleuve où je venais d'éprouver de si vives émotions. Par la fralcbe et calme matinée dont nous étions alors gratiflés, il présentait un aspect peu d'accord avec mes terreurs précédentes. La journée avait l'éclat qui suit toujours une nuit d'orage dans les pays du midi. Grâce à notre disposition d'esprit, ce petit voyage fut des plus agréables. Le maître de poste, qui la veille nous avait si cruellement contrariés, ne put se défendre d'une vive surprise en nous voyant reparaître. Il examina avec un soin minu-
EPPES DE LA UEH luveau podorockni, tait parfaitement e:
nous d'une profond* laquelle nous avion eux une preuve m . son respect, r, nous quittâmes 1 nbarquer, ayant h de verstes avant ous les fantômes de pés à l'éclat du sol la chaloupe, nesor promenade sur le:
re contrariété, une Lïmes complètement noment où nous crc icles. Or eût dit q léjouer nos prévisi faire renoncer à cet is tant de prix, jlement comprendr I célérit(5 déployée d ut que d'arriver che eau à vapeur, but ( atre heures en hal r atteint par la rs ï8, force avait été d'( nos dispositions, el spos de ce côté-là. S,
SPITALITË D'UN PRINCE KALMOUK lOi ternation dont nous fiimes frappés en avan— r le Volga, lorsque soudain notre rameur a'é- 1 vapeur I la vapeur t tandis que de sa rame î! lontrait une légère fumée sortant du milieu >res. Oh t pour le coup, c'était une véritable , et quant à mrti, quoique peu superstitieuse, lUS nt'empêchftr d'en être vivement frappée, nier contre-temps venait nous enlever de la a plus irritante tout le plaisir que nous proce malencontreux voyage; et cela, au moment oit nous nous félicitions d'avoir vaincu le . Le bateau passa fier et triomphant à peu :ance de nous, avec sa joyeuse musique qui it insulter à noire déception. La pauvre peque où nous faisions si triste mine, ballottée I une coquille de noiï, par les vagues que lient autour d'elle les roues de cette machine >is maudite, n'eut pas même l'honneur d'être î au premier abord. Cependant quelqu'un se une lunette fut braquée de notre côté, el ïprîmes plus tard que notre apparition avail lieu à une foule de conjectures, dont la soludevait avoir lieu qu'à Astrakhan.
3 nous restait plus qu'à prendre philosoment notre parti; ce que nous fîmes, i que le sort nous avait été jusque-là trop pour qu'il ne s'opérât pas un revirement nque en notre faveur. Sans plus daigne on regard au bateau à vapeur, à sa musique brillante société, nous donnâmes toute notre
102 LES STEPPES DE LA MEU CASPIENNE attention au spectacle qui s'offrait à nous, et qui, certes, valait beaucoup mieux que la vue du proscaphe.
apparlient au prince Tumène, se trouve nt isolé au milieu du fleuve : à le voii une par les vagues, on dirait un nid n'attendant qu'un souftle pour s'abancours rapide du Volga. A mesure qut , la plage se déroule, les arbres sf s palais'du prince laisse apercevoir unt blanche façade et les galeries à jour de . Tous les objets prennent des formes 3, plus pittoresques ; tout paraît en rela coupole de la mystérieuse pagode s'élever à travers les arbres, jusqu'à ibitka. resplendissant sous les teintes 1 couchant. Ce paysage, tel qu'il s'offrail jnt à nos yeux, encadré par la nappe I fleuve, présentait un caractère calme, rofondément mélancolique. Cela n'avait ogie avec nos autres souvenirs; c'était suveauque la fantaisie pouvait peupler ne de ces îles mystérieuses qu'oji rêve nenls d'hallucination, une chose, enlin, 'en retrouve pas deux fois sur ses pas de lais il fallut bientôt redescendre dans e la vie, et laisser pour un moment les iRtômes évoqués par notre imagination, e touchait tenel Le rameur l'ai iffe d'ajoncs; et tandis que n
HOSPITALITÉ D tfN PRINCE KALMOUK 103
rendait au palais avec sou interprète, je restai tapie dans le caïque, partagée entre le plaisir de contempler de loin la résidence kalmouke, et l'appréhension involontaire qu'avaient soulevée en moi tous les incidents qui se rattachaient à notre visite.
Cette dernière sensation dura peu heureusement» quelques minutes s'étaient à peine écoulées depuis le départ de mes compagnons, que je les vis revenir accompagnes d'un jeune homme qui me fut présenté comme l'un des princes Tumène. Revêtu de l'uniforme cosaque, et plein de désinvolture dans la taille et dans la tenue, il n'avait rien d'excentrique malgré ses yeux bridés ; je fus tout étonnée de la grâce et du savoir-vivre avec lesquels il m'introduisit dans le palais, où je marchai de surprise en surprise. Quelques frais d'imagination que j'eusse faits à l'endroit de ce palais, rien ne m'avait préparée à ce qui frappait mes regards, en traversant plusieurs pièces qui unissaient à la richesse asiatique tout ce que le goût européen peut offrir de plus élégant; et en voyant s'avancer vers moi une jeune dame qui me souhaita la bienvenue en excellent français. Alors j'éprouvai un tel saisissement de joie, que, pour toute réponse, je l'embrassai avec effusion I De cette façon une connaissance est bientôt faite. .,
Pour surcroît d'étonnement, la pièce où l'on nous servit le thé se remplit bientôt d'officiers russes et cosaques, tout comme si la société européenne était encore chez le prince ; si bien que je récusais près-
s yeu guer 'avai ropfe
!S. A àt qu n Ka
que] ifficul s me idu t ur ca ;rakai on es !cret uks.
inani ait le voir ielal
liteRSf
ibre ' lalerit jbles
luxe cher
)SPITAL1TË D'UN PRINCE IfALUOUK KM
B rappelât les Kalmouks ; rien autour de moi
i la couleur locale, tout semblait plutôt an-
• la demeure d'un riche nabab d'Asie : avec
i de bonne volonté, il eût élé facile de se
transporté dans le monde merveilleux des
la vue de ce magnifique palais entouré d'eau,
rodé au dehors de balcons et d'ornements bi-
tout rempli intérieurement de velours, de
ne s'il n'avait fallu qu'un
faire sortir toutes ces mer-
I La pensée que l'auteur de
nce kalraouk,unchefdeces
|ui errent dans les plaines
Caspienne, un adorateur
ïctateur du dogme de la
de m'étourdir compléte-
m'eut bientôt mise au cousirais savoir sur les princes t. Son mari, longtemps entait mort depuis quelques obité qu'il avait apportée Les employés, furieux de lise, s'entendirent pour le it, et le poursuivirent de iqu'à son dernier moment, ui possède le caractère réupe activement à réhabijent, voyages, elle emploie ance admirable. Une an-
lOe LES STEPPES DE LA tSEU CASPIENNE cienne amitié la lie au prince Tumëne, chez qui elle passe une partie de l'été avec sa fille et une dame de compagnie.
Ce [irince TumÈne est le plus riche el le plus infitientdetous les chefs kalmouks. En 1815, il leva à ses frais un régiment qu'il conduisit lui-même jusqu'à Paris. Plusieurs- décorations le récompensèrent d'un acte de dévouement aussi méritoire. Aujourd'hui, il a le rang de colonel, et se tFouve le premier; parmi ces peuples nomades, qui ait échangé sa kibitka contre une demeure stable. Maitre absolu dans sa famille (les frères aînés chez ce peuple sont respectés à l'égal du père), il n'use de son autorité que pour le bonheur de ceux qui l'entourent. 11 possède environ un million de décialines de terres et plusieurs centaines de familles, dont il retire un revenu considérable. Sa race, qui appartient à la tribu des Koscbottes, est une des plus anciennes et des plus respectées des kalmouks. Eprouvé à plusieurs reprises par de cruels chagrins, l'esprit de ce prince s'est tourné complètement du côté de la religion : les pratiques austères auxquelles il se livre, lui donnent une grande réputation de sainteté parmi ses compatriotes. Un pavillon isolé, construit à quelque distance du palais, lui sert de demeure habituelle. C'est là qu'il passe sa vie en prières et en conférences religieuses avec les prêtres les plus célèbres du pays. A part ces derniers, personne ne peut être admis dansson sanctuaire mystérieux; ses frères, eux-mêmes, n'y ont jamais pénétré.
HOSPITALITÉ D'UN PRINCE KALMOUK i07
Il faut convenir que c'e&tlà une singulière existence, surtout quand on la compare à celle qu'il pourrait se faire au milieu du luxe dont il a embelli son palais, et qui annonce un ordre d'idées bien supérieur à ce que Ton doit attendre d'un Kalmouk. Ce sacrifice complet des voluptés de la terre, cet ascétisme causé par des souffrances morales, rappelle singulièrement le christianisme et l'origine de nos ordres religieux. De même que les plus fecyents catholiques, ce sectateur de Lama demande à la solitude, à la prière, à l'austérité et à l'espoir d'une autre vie, des consolations que toute sa fortune est impuissante à lui donner! N'est-ce pas là l'histoire de plus d'un trappiste ou d'un chartreux?
La position du palais est parfaitement choisie, et révèle un sentiment du beau aussi développé que chez les peuples les plus civilisés. Construit dans le style chinois, il est placé sur la pente douce d'une colline, à une centaine de pas du Volga. On peut apercevoir de ses nombreuses galeries, toutes les parties de l'île et la surface imposante du fleuve dont les flots viennent mourir sur la plage sablonneuse. De l'un de ses angles, la vue plonge sur un massif d'arbres où brillent la coupole et la pomme d'or de la pagode. En face, quelques centaines de tentes jetées irrégulièrement, s'étendent jusqu'au bord de l'eau; de magnifiques prairies, entrecoupées de bouquets d'arbres, des champs bien cultivés, déploient leur tapis de verdure à gauche du palais^ et forment différents plans que le regard
[K D'LjN prince KaLUOUK 109 ssail de beaucoup nos prévisions, levé la portière de la kJbitkai nous 'laiij une pièce circulaire assez jour d'en haut, tendue d'un damas flet colorait tous les objets d'une sol était couvert d'un riche tapis lé de parfums. Dans celte atmos-
au milieu de celle lueur empourâmes la princesse, assise sur une :le la tente, revélue d'étotfes brilissi immobile qu'une idole. Une tntes,eu grande parure, accroupies furinaiejit autour d'elle un cercle varié! Celait une véritable scène e sur les bords du Vol^îa. Lorsque
eut laissé le temps de l'admirer, itemeiit les degrés de l'estrade, vînt lité, me prit par la main, m'em- >meiit et me conduisit à la place quitter. Elle en fit de même à ne Zakaiévitsch et de sa fille ; puis, :nient les personnes qui nuus ucle leur désigna un large divan en
Uiiemaiti-csse de maison à Paris igi. Quand ciiacun lut [ilacé, elle jlé de moi, et me fit iraii^iuetlre, 1 parlant Ltès— bien le russe et le compliments qui me donnèrent une <n de son esprit. Eiinousservantdu ouspi^mes nous adresser mutuelle-
no LES STEPPKS DE LA MER C ment beaucoup de questions, et cours aux services d'un ion fut loin de languir, d'at t fort avide de renseigne toué d'une humeur enjoi le sa propre autorité gran et débuta dans sesfonctio esse de donner ordre qu'»
sur un signe de cette di 'honneur se leva et fit q lentement sur elle-mént,e ; roupie, tira d'une balalaïk sons mélancoliques, très-| tance. A la vérité, les post ! sa compagne ne s'ao jc les idées que nous attacl [te pantomime pleine cl itesse, exprimant, par sa , l'état d'une âme qui s Plusieurs fois la jeune ( et se mit à genoux, conr être invisible. Celle repr ;temps, pour me permeltn nt la princesse, et je ne jlt dans son pays d'une gi . Sa taille est imposante et le je pus en juger à trave .. Une bouche en cœur, ■ B physionomie pleine de do rune, mais d'une finesse r
HOSPITALITÉ D'UN PRINCE KALUOUK IH raient d'elle une fort jolie femme même en France, si la coupe du visage et la disposition des irails étaient tant soit peu moins kalmoukes. Néanmoins, malgré l'obliquité des yeux et les pommettes saillantes des joues, elle trouverait encore plus d'un admirateur partout ailleui-s qu'en Kalmoukie. Son regard, surloul, respire une ineffable bonté; ainsi que toutes les femmes de sa race, elle a un air de caressante humilité, qui ne la rend que plus touchante. Passons à son costume. Sa robe d'étoffe persane, fort riche, toute galonnée d'argent, était recouverte d'une tunique en soie légère, ne descendant que jusqu'aux genoux et s' évasant sur le devant ; le corsage montant, tout à fait plat, étincelait de broderies d'argent et de perles tines qui recouvraient toutes les coutures. Elle avait autour du cou un tichu en batiste blanche, semblable par sa coupe au col d'une chemise d'homme, et retenu par un bouton de diamant. Ses cheveux, très-noirs et trèsabondants, tombaient sur sa poitrine eu deux magiiiâques tresses d'une longueur remarquable. Sur l'extrémité de sa tête était coquettement posé un bonnet d'étoffe jaune, bordé d'une riche fourrure, et ressemblaut à s'y méprendre au bonnet carré d'un juge. Un détail de sa toilette me surprit iniiuiment, consistant eu un mouchoir en batiste brodé et une paire de mitaines noires. Ainsi les produits de notre industrie se glissent jusque dans la toilette d'une grande dame kalmouke. Au nombre des ornements de la princesse, je ne dois pas ou-
ilî LKS STEPPES DE LA MER CASPIES blier une grande chaîne d'or qui, après avo lacé ses belles tresses, venait se rattacher, sant sur sa poitrine, à des anneaux du mér suspendus à ses oreilles. Tout cela formail semble beaucoup moins barbare que je ne i attendue. Les dames d'Iionneur, quoiqu moins richement, avaient la même coupe et le même bonnet; seulement elles ne s'ét émancipées jusqu'à mettre des mitaines.
Au bout d'une demi-heure, la danseuse cher l'épaule d'une de ses compagnes, qi place et recommença le même exercice celle-ci eut achevé son rôle, l'Arménien in près de la princesse pour que sa fdie, qui s'était tenue cachée derrière un rideau, doi aussi, un échantillon de son savoir-faire existait une difficulté. Aucune damed'hon vait le droit de la toucher, et, suivant les i pays, cette formalité était indispensable. A ménien, prenant bravement son parti, s'^ milieu du cercle et se mit à danser d'une si originale, que chacun l'applaudit à l'eni ainsi satisfait à l'étiquette kalmouke, il s du côté du rideau et posa légèrement le < l'épaule de la jeune fille qui ne put se refu invitation faite dans toutes les formes. Sa di parut moins monotone que celle des dami neur, grâce à sa jolie figure et à ses poseï et langoureuses. A son tour elle fut toi frère, beau jeune homme de quinze ans,
HOSPITALITll; D'UN PRINCE KALUOUK 113 osaque , qui parut au désespoir d'être obligé de ilacer sur sa tête le bonnet kalmouk, pour se conormer à l'usage national. Deux fois il jeta à terre a coiffure avec un dépit des plus comiques; mais a mère exigea sévèrement qu'il la reprit.
Autant la danse des femmes est humble et malOtone, autant celle des hommes est impérieuse et mimée; la domination se montre dans tous leurs gestes, dans l'sxpression hardie de leurs r^ards, linsi que dans la manière noble avec laquelle ils se )résentent. Je ne pourrais décrire toutes les ëvoluions qu'effectua le jeune prince avec autant de ^âce qne de rapidité. L'élasticité de ses membres kait aussi remarquable que la mesure parfaite qui églait ses pas les plus compliqués.
Après le bal vint le concert. Les femmes se pasèrent successivement la balalaïka et chantèrent en- ;uite en cliœur. Mais leur musique est aussi peu variée que leur danse. Enfin, pour clore la cérémolie, on nous présenta, sur de larges plateaux d'argent, différentes espèces de koumis et de conliures.
En sortant de la kibitka, le beau-frère de la princesse nous conduisit près d'un haras de chevaux sauvages, où nous attendait une scène des plus extraordinaires. Dès qu'on nous aperçut, cinq ou ûx hommes à cheval, munis de longs lacets, s'élan-ièrent au milieu du taboiin (haras), les yeux constamment fixés sur le jeune prince qui devait régler eurs faits et gestes. Au signal donné, ils se préci-
EPPES DE LA MER CASP ; l'enceinte et enlacèrent e ival à longue crinière, don X fumants annonçaient un aussitôt un Kalmouk, haï ;s suivait à pied, s'élance icets qui garrottent l'ani ommence avec lui Une lut l'agilité. Je ne crois pas qu igir plus vivement sur le:
t le cavalier et sa monti
l'herbe, tantôt ils fendait un trait, pour s'arrêter b
mur se fût drei^sé subitei lin, le cheval furieux ran
cabrait à nous arracher i iprenant sa course désord *s le taboun, et par tous îfchait à se débarrasser d'i rlui.
ce, quelque violent et qi lous parût, semblait n'êti ouk, dont le corps suivait mouvements de l'animal, i IX animés du même souf •.atne et tremblait de tous s valier , son sang-froid eC biles écuyera. Dans les t , il trouvait encore la lib gne de triomphe, et malg de sa monture, il la do
HOSPITALITÉ D'UN PRINCE KALMOUK IIS pour la maintenir presque toujours dans ie cercle que nos regards pouvaient parcourir. Au bout de quelques minutes, sur un nouveau signe du prince, deux cavaliers, qui avaient suivi le plus près possible ce hardi centaure, le saisirent avec une prèstesse merveilleuse et l'emportèrent au galop, avant . que nous eussions eu le temps de nous rendre compte de cç nouvel incident. Le cheval, un moment stu- ' péfait, partit bientôt ventre à terre pour aller se perdre au milieu du taboun. Ces prouesses se renouvelèrent plusieurs fois, sans qu'un seul cavalier se laissât démonter.
Mais noire étonnement se changea en stupéfac' tion lorsque nous vîmes un enfant de dix ans s'a- ■ vancer pour tenter la même épreuve. On lui choisit un jeune étalon blanc, d'une grande taille, qui faisait des bonds fougueux et des efforts dései^pérés pour rompre ses lacets, révélant ainsi un caractère des plus farouches.
Je ne peindrai pas les vives émotions qui nous assaillirent devant une lutte aussi émouvante. Ce faible enfant, n'ayant, comme les autres ëcuyers, que la crinière du cheval pour point d'appui, donnait l'exemple de ce que peut le rai^nnement sur l'instinct et la force brutale. Pendant quelques minutes il soutint avec une intrépidité héroïque la difficulté de sa position. Enfin, à notre grande satisfaction, un cavalier se mit à sa poursuite, l'atteignit, et l'enlevant à bras tendu, le jeta en croupe derrière lui.
Comme on le voit, lesKatmouks (!cuyer3, s'habituant dès leur enfan chfivaux les plus sauvages, LVxerci venions d'assister est un de leurs plu:
ments: les femmes n'y sont pas étr • vent nou^ en avons rencontré qui r elles de vitesse et de témérité.
L'heure avancée nous rappela ai avait préparé à notre intention un i Deux grandes tables, dressées dans t tiguës, furent présidées par les pi Nous prîmes place à -celle du frên les honneurs de la manière la plus
La cuisine, mi-russe, nii-frança rien à souhaiter pour l'apprêt et le Tout était servi en vaisselle plai France et d'Espagne, et surtout le ( renl prodigués avec un véritable seigneur. On porta beaucoup de to quels ceux de l'empereur de Itussie Français jouèrent le premier rôle.
Je remarquai avec beaucoup c pendant tout le diner, la princessi mal à l'aise en présence de son bee se mit à table qu'après en avoir reçu tout dans ses manières annonçait un pour le chef de la famille. Son mar:
du prince, était absent depuis deux se prolongea longtemps et fut très-ai l'ordonnance, l'éclat et le savoir-'