LITTORAL DE LA MKK CASPIENNE
la laideur. Vainement croit-on avoir sous les yeux le dernier degré qu^elle nous semble pouvoir atteindre ; on tourne la tête, et l'esprit reste confondu devant de nouvelles découvertes qui révèlent les intarissables combinaisons de la nature. Ces réflexions me venaient à l'esprit à mesure que nous approchions de Koumskaïa. L'aridité des steppes qui entourent Odessa, les plaines désertes du Volga ; le sol si triste et si brûlé des environs d'Astrakhan, en un mot tout ce que j'avais vu jusqu'alors de moins séduisant, était admirable et enchanteur en comparaison de ce qui nous attendait au bord de la mer Caspienne.
Un ciel gris d'une teinte blafarde, traversé de temps à autre par des nuages noirs et pesants, donnait an sable, à la plage déserte, aux côtes basses et découpées qui allaient s'unir à la mer, quelque chose de terne, de lourd, de sinistre, dont aucune expression ne saurait rendre l'influence. Le même linceul funéraire semblait envelopper les maisons de bois bâties dans le sable ; les troupes de Turcomans et de Kalmouks qui chargeaient du sel sur leurs voitures, et les chameaux qui erraient le long du rivage, mêlant leurs cris lamentables au bruit sourd des vagues : en vérité, je ne reconnaissais plus notre planète, en face de ces mornes silhouettes, et j'en étais à me demander si quelque nécroman ne m'avait pas jetée dans un de ces mondes relégués si loin, si loin du soleil, que ses rayons n'y transmettent qu'une ombre de vie?
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