PREMIÈRE JOURNÉE DANS LE DÉSERT
lendemain, abandonnant conipiétement la ligne de poste que nous avions suivie jusqu'alors, pour nous enfoncer dans les steppes avec une faible escorte, très -insuffisante si quelques dangers ^sérieux venaient à nous menacer.
Mon mari^ qui avait déjà commencé ses travaux de nivellement sur le bord de la mer Caspienne, reprit ses opérations à partir de la station de Houïdouk. Ayant une opération à faire toutes les dix minutes, il allait à pied , ainsi que les Cosaques et les Ealmouks qui portaient les instruments et mesuraient les distances.
Tous les hommes étaient ainsi occupés, à l'exception des chameliers et de Tofficier qui s'amusait de temps en temps à lâcher son faucon sur quelque troupe de canards ou d*oies sauvages. Cette chasse, outre ses avantages gastronomiques, me rendait encore le service de varier la monotonie d'une marche traînante à travers le désert où, le plus souvent, je n'avais d* autre ressource que celle d'étudier l'allure grotesque des trois chameaux remorquant la brischka, et de suivre, dans leurs évolutions capricieuses, les escadrons d'oiseaux qui se réunissaient déjà pour commencer leur émigration d'automne.
Cependant, l'impression que me laissa cette première journée ne me fit pas envisager avec tropd'efFroi la perspective de passer plusieurs semaines à errer, en vraie Kalmouke,?i travers le steppe. La nouveauté des sensations, le plaisir réel d'échapper pour quelque temps au cercle d'habitudes réglées formant le
tr-
?BES DE LA MER CASF ivilisation, éloiguaient d it pu jeter quelque déîà^ ince. C'était un échantil [laluie, qui n'est plus p ii'gés de population ; et, mœurs nomades ne tuf rdes et aussi e
;^réiiité, empruntée "■> nous entouraient, c léfendant contre le) isser les derniers évé es id<ies de désordri ccorder avec la simi C'est au milieu di )assions qui s'y agii ! pervertit et devieii emblable. Mais dan; si bornés, si faciles d'une manière bie le caractère et les h )oser que l'instinct )ager cliez des indiv inutile.
alte eut lieu vers le is trop tôt pour nos X longues promena l'allumer un grand ressaient la tente et s toutes les règles.
JO:.RNÉE DANS LU DtSERT 16S ent qu'il n'avait encore été, comme aire après un violent orage. Le sol
sécheresse extraordinaire de l'air de feu qui tombait perpendiculaiêles, et semblait vouloir enflammer e, avait à la fois énervé notre esprit sine pouvions-nous donner quelque ;au pittoresque que présentait notre ésert, sur lequel nous paraissions s absolus : et pourtant la chose en
]ébarrassée de ses chameaux et de placée à quelques pas de la tente issé des portefeuilles, des coussins, rmant sur le tapis un capricieux peintre n'eût certes pas dédaigné.
s prenions le ihé, les hommes s'ocprêts du dîner; les uns plumant oie sauvagf! et une demi-douzaine la chasse provideulieile du faucon ; lant le feu autour duquel étaient
trois marmites pour le pilawel la mt les Cosaques sont irèsfiiands.
d'eau-de-vie à la main, distribuait verre obligé avec autant de gravité ms ses fonctions le plus grave des nnands. Quant à l'officier, couché
pour jouir d'un peu d'ombre, il m faucon qu'il avait débarrassé du l'avoir attaché k la voiture par une
■ STEPPKS UK LA UKU LASfIENME
e. Quoique les yeux élincelants de l'oint sans cesse en quête d'une proie, les e son maitre semblaient cependant lui r, à en juger par le battement continuel is. Les chameaux, heureux d'être libres,
l'herbe à quelque distance, contribuant irésence à donner un aspect oriental à it dans la vie sauvage, oti je figurais moiis mon chapeau à laides ai' ordinaire d'un ample panlaloi auloise retenue autour de ma ire de cuir. A force de nous i s étonnement finit par s'épuist les définitivement naturalisés K i nous avions interrompu noti -es kibitkas avaient déjà dispai lis plus de trois heures ; nous
seuls sur toute la surface de icun vestige de vie ne venait n es hommes avaient campé où n est comme la mer, U ne garde ji le traversent.
heures, M. de Hell donna le jssittlt la tente se plie, les chai it pour recevoir leurs charges en selle, son faucon sur le po louveau seule dans la voitur
la petite troupe qui recora
mière nuit sous la tente vint n
que dans ces nuits passées dans le désert, où mon âme était absorbée par une unique sensation.
Nous marchâmes plusieurs jours sans rencontrer un seul être vivant, ce à quoi nous nous attendions, sachant que cette partie dés steppes n'est habitée que pendant l'hiver, par suite de son manque absolu d'eau douce dans la belle saison. Néanmoins, à la fin du quatrième jour, nous distinguâmes un point noir qui se mouvait à l'horizon. Aussitôt l'officier de partir ventre à terre pour faire une reconnaissance , agitant en même temps son bonnet en l'air, en signe de commandement, signe qui fut promptemeht aperçu, car nous vîmes aussitôt se diriger vers nous un Kalmouk monté sur son chameau. En cette occasion, nous eûmes la preuve combien il faut peu de chose aux hommes primitifs pour les amuser. Un incident d'aussi peu d'importance prit sur-le-champ des proportions extraordinaires , car on ne peut se figurer combien les peuples nomades sont avides de nouvelles, et avec quelle rapidité le moindre événement se propage d'une tribu à l'autre. Le nouveau venu, salué avec de vrais cris de joie, nous apprit qu'on était déjà informé partout de notre passage dans les steppes, et que nous rencontrerions bientôt un campement de Kalmouks venus exprès de ce côté pour nous voir.
La présence de cet homme mit toute l'escorte en gaieté. Jaloux de fêter dignement son arrivée, nos Kalmouks nous députèrent Antoine, pour obtenir double ration d'eau-devie. Ils passèrent toute la
CAxMPKMENT KALMOUK i69
soirée autour du feu de kirbitch^ à fumer leur tchibouk et à se raconter des histoires; aussi graves et aussi captivés par leur conversation que des pasteurs arabes.
Le lendemain, avant le lever du soleil, la petite caravane était déjà en mouvement; le Kalmouk ér prit seul la route de Kisliar où il se rendait pour la foire, et nous nous acheminâmes du côté opposé, suivant la ligne invisible que la science nous traçait à travers le désert, et qui devait nous conduire ainsi jusqu'aux sources du Manitch.
Durant cette matinée, j'eus la sotte fantaisie de faire une première promenade à dos de chameau, malgré la malheureuse tentative du drogman, et je jurai bien comme lui que Ton ne m'y reprendrait plus. Décidément le chameau est la monture la plus détestable du monde. Depuis le moment ou l'on se place sur ses épaules jusqu'à celui où Ton descend de ce perchoir homicide, on essuie sans intermittence une suite de secousses si rudes et si imprévues, que le corps en est entièrement disloqué. Quoique mon épreuve se fût bornée à un trajet de deux verstes tout au plus, j'étais entièrement bjisée quand on me descendit à terre.
Un peu plus tard, je fus à même d'observer un curieux effet du caractère vindicatif de ces rudes trotteurs. On sait que le chameau possède la faculté de ruminer les aliments déjà engloutis dans un de ses estomacs, et qu'il s'octroie assez volontiers ce plaisir lorsqu'il n'a rien à manger; mais ce qu'on
471) LES STEl ignore peut-être faire, dans l'oc de vengeance a Je m'élaisapi meliers paraissa avec sa bête. Eu par la douleur, Iraversaitla nai se jetait à cliaqi lion. Le Kaimo Iialte générale d'importance 1< vant son grand œil si malicieux que, sans nul roulaitdans sai que leKalmoul vraiitsa grandi fusée d"lierbe 1 sortes de saleté; pauvre cliainel tisfaile avec leq mena sa tête tit des applaudisse sible. Ce qui ii fut de voir la pareil outrage.
froid, remonta mal apprise, ce la plus tlatteu
ni LES STEPPES DK LA MEH i
com{)osé d'une vingtaine de tentes. ' vinrent . à notre rencontre et détel< sans vouloir perineltre à l'escorte puis, après avoir planté notre teni tance des leurs, au pied d'un tumu à danser avec leurs femmesensignf L'une de ces dernières pria à gea<:
lui donner un peu de tabac, et d nant, un objet d'envie pour ses co:
lesquelles elle s'empressa de l'étalé
Lorsque la nuit fut tombée, le c; mina de plusieurs feux qui donné d'originalité à l'aspect de toutes ces desquelles Kalmouks et Cosaques s avec une fougue et une gaiel4 doni nait en partie à une distribution e vivres et d'eau-de-vie. Les femme tour prendre part à la fête, et plusie se rangeant en cercle, dansèrent i niëre que les dames d'Iionneur de mène. Mais toutes me parurent fort y en eût parmi elles de très-jeunes
Deux jours plus tard, nous arrivai étang oii nous nous arrangeâmes nuit. La vue de cette eau et des r qui la couvraient, nous causa un Il fallait si peu de cliose, dans un pour faire événement et occupe Toute cette soirée fut employée à et au faucon, à prendre des bains e