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li faudrait, pour remplir des places aussi grandes, des rues aussi larges^ dépeupler tout un gouvernement. Rien, jusqu'à ce jour, ne fait espérer que le temps comblera les vides d'un tel désert, car le nombre des habitants a peu augmenté depuis quarante ans : c'est une ville stationnaire qui ne réalisera sans doute jamais ce qu'avait rêvé l'impératrice en lui donnant son nom. Elle possède néanmoins tout ce qui constitue, en Russie, un siège de gouvernement : beaucoup d'églises, de grandes casernes, des bazars, et quelques hôtels particulrers.
Sans l'absurde manie qu'ont les Russes d'étendre à l'infini le cadre de leurs villes, ce serait au résumé un charmant séjour, riche de son beau tleuve, des collines fertiles qui l'entourent, et surtout de son jardin Potemkin portant le nom de l'un des plus brillants favoris de Catherine II.
En voyant les ruines du palais qui fut érige comme par un coup de bagueile, il y a soixante ans, l'on croirait vraiment que des siècles pèsent sur lui, tant il reste peu de chose de ce qui fut un jour le palais de Catherine.
Les Russes ont une telle indifférence pour tout monument dont le mérite est de rappeler une date historique, qu'ils s'empressent bien vite de débarrasser le sol d'une chose, selon eux, inutile. Malheureusement, le gouvernement, tout despotique qu'il soit, reste impuissant devant l'instinct destructeur de la population. 11 ne faut, pour s'en convaincre, que se trouver en face des anciens tombeaux de la
Crimée; tombeaux si riches en objets d'art, si précieux par leur antiquité, et qui, malgré la prétendue surveillance de la police, disparaîtront bientôt du sol, dévastés par les paysans, voire même par les employés chargés de protéger ces vénérables souvenirs d'une ancienne et brillante civilisation.
S'il faut en juger par les ruines qui sont encore debout, le palais Potemkin a dû être d'une magnificence remarquable. Plusieurs corps de bâtiments avec leurs nombreuses pièces toutes dégradées, ont résisté jusqu'à ce jour à la pioche des démolisseurs. Quant aux détails de l'architecture, tels que. chapiteaux, portiques, corniches, colonnades, ils sont du Style italien de l'époque.
Le terrain, tout alentour, est complètement recouvert de blocs de pierres, de fûts de colonnes, de débris de tous genres de l'aspect le plus mélancolique. Cela est destiné à devenir la proie du premier mougik qui aura besoin de pierres et de poutres pour reconstruire son isbas (maison).
Certes, devant ces ruines modernes, l'esprit ne rêve ni aux luttes acharnées du moyen âge, ni aux assauts soutenus contre quelque troupe de Cosaques ou de zaporogues, ni aux attaques d'audacieux croisés, ni aux sombres histoires que rappellent les vieux monuments. Mais à défaut de légendes lointaines, le souvenir d'une femme telle que Catherine II ne devrait-il pas suffire pour protéger ce palais contre le vandalisme et l'oubli? Elle ne se doutait guère, la fière impératrice, qu'un