RETOUR A ODESSA
mand^ en raison d'un métel qui avait éclaté dans la nuit, je n'oublierai jamais les prévenances dont nous fûmes l'objet pendant ces quarante-huit heures. Le hasard nous avait fait tomber chez deux, bons vieillards, originaires de la Prusse. La femme, paralysée à moitié ^ ne pouvait quitter son fauteuil ; mais son mari la remplaçait dans tous les soins du ménage avec une adresse et une activité que nous ne pouvions assez admirer. Dans toutes les maisons ailemandes, la principale pièce est ornée d'un beau poêle en faïence et d'un large lit à baldaquin, que nos hôtes voulurent à toute force nous céder. Dès le point du jour, le mari, secondé par une grosse servante, mettait à contribution toutes ses connaissances culinaires, espérant ainsi nous faire oublier le mauvais temps. L^ table, dressée du matin au soir, était chargée, jusqu'à l'heure du diner, de café, de pâtisserie, de bouteilles de vin, de jambon, formant le salmigondis le plus appétissant du monde. Rien, à mon avis, n'est plus délicieux que d'assister aux apprêts d'une cuisine- tant soit peu rustique. Alors toutes les merveilles de Carême pâlissent devant les deux ou trois plats préparés sous vos yeux par une bonne ménagère. L'ouïe est chatouillée agréablement par le bruit du rôti qui rissole dans la poêle; l'odorat aspire avec un plaisir sensuel la vapeur sortant du pot-au-feu; les allées et venues, la table se chargeant peu à peu de tout ce qui peut exciter l'appétit; tous ces détails de ménage, ces éléments de bien-étrë ont quelque chose