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CHAPITRE SEPTJÈME

Dernière visite à Bois d'Haine, 12 eH3 octobre i87K

Il y avait deux ans et demi que je n'avais vu Louise ; les nouvelles avaient été rares, longtemps interrompues par la guerre. J'avais appris récemment, par une lettre de M. Dechamps, qu'elle en était arrivée à une abstinence à peu près complète. Avant de mettre la dernière main à mon étude sur la stigmatisée de Belgique, je tenais beaucoup à la revoir. Donc, le jeudi 42 -octobre, j'arrivais dans Taprès-midi à Manage. Je fus demander une seconde fois l'hospitalité au château de Scailmont; j'eus le bonheur d'y rencontrer M. Dechamps et M. le curé réunis. Après quelques moments de repos et de réfection, je prenais le chemin de Boisd'IIaine en compagnie de l'excellent abbé Niels.

Je trouvai Louise dans sa chambre, assise au pied de son lit; elle était probablement en prière. On lui avait annoncé mon arrivée depuis plusieurs jours ; elle me reçut avec timidité et une espèce d'embarras. Il me sembla que sa figure était un peu

vieillie, moins pleine. La conversation s'engagea bientôt entre elle et moi devant AJ. le curé. Je me hâtai de l'interroger sur son abstinence extraordinaire, voulant la faire expliquer elle-même sur ce sujet. Louise ne mange littéralement plus depuis le 31 mars 1871 ; partant, absence complète de circulation intestinale. Toutefois elle boit quelques gorgées d'eau par semaine, et les rend en une seule fois par les voies naturelles dans le même intervalle. J'ai tenu à faire préciser la quantité ; il s'agit de deux cuillerées à bouche. On me pardonnera tous ces détails ; mais en présence de ce fait extraordinaire, il faut être exact, même au risque de choquer quelques oreilles. On a voulu à plusieurs reprises faire prendre à Louise un peu de nourriture solide ; elle en a beaucoup souffert et l'a toujours vomie. A côté des quelques gorgées d'eau qu'elle avala de loin en loin, il est un autre aliment •qu'elle prend tous les jours, qu elle reçoit avec bonheur et qu'elle ne rejette jamais : c'est la sainte Eucharistie. L'hostie consacrée pèse dix centigrammes, la valeur de deux grains de blé. Un peu de ce froment qui nourrit les vierges et quelques cuillerées d'eau pure par semaine, voilà donc ce qui fait vivre Louise. Sans la nourriture céleste, il est probable qu'elle ne vivrait pas. On a même essayé un jour de la priver de la sainte communion ; ce jourlà, elle tomba dans une faiblesse excessive.

Louise ne mange pas et, en outre, elle ne dort pas. Elle passe ses nuits en contemplation et en prière, agenouillée au pied de son lit. Je lui demandai si elle s'appuyait sur les barreaux de sa

couchette ; je compris, à travers sa réponse embarrassée, qu'elle ne reposait pas même sa tête. L'insomnie parait être complète depuis plusieurs mois; deuic fois par semaine, elle se met, par obéissance, un quart d'heure sur son lit, mats sans pouvoir dormir; elle m'avoue cependant avoir joui une fois par hasard^l'un peu de sommeil pendant dix à quinze minutes (1). Malgré son abstinence et son insomnie, Louise, en réalité, n'a pas maigri ; elle a conservé à peu près le même embonpoint que je lui avais trouvé en 1868 et 1869. Elle ne se sont nullement affaiblie ; le matin même, elle avait bêché et cueilli des pommes de terre au jardin avec tout l'entrain d'une bonne ouvrière ; d'autre part, malgré les hémorrhagies stigmatiques de chaque vendredi, ses fonctions périodiques continuent dans^ l'ordre le plus parfait. Est- il besoin de dire que Louise est incapable de fraude dans cotte grave

(1) Outre rabstiuence dont je parlerai danâ un ohai»tre à part, l'iasomnie parait être un fait habituel aux extatiques. On l'a remarquée fréquemment chez les stigmatisées. Sainte Catherine de Ricci ne dormait pas plus de quatre heures dans la totalité du mois. Marie de Moerl ne mangeait et ne dormait jamais ; sa compatriote^ Domenica Lazzari de Capriana^ était dans les mômes conditions. Lord Shrewsbury, qui a fait une relation de son voyage en Tyrol en 1841, affirmait à cette époqlie que Doïnenica n'avait ni mangé, ni bu, ni dormi, depuis huit ans^ — ie dormirai sept à huit heures dans un mois, écrivait Louise Biagini ; je ne me souviens plus, disait-elle encore ailleurs, depuis combien de temps je n'ïu pas doïmi ; je suis certaine qu'il y a des mois.

La bulle de canonisation de saint Pierre d'Alcantar« mêntiomie que le saint ne dormit qu'une demi-heure par jour pendant quarante ans de sa vie. Pierre d'Alcantara est un de nos plus célèbres extatiques.

question de rabstinence ; qu'entourée et surveillée comme elle Test, elle doit être à labri de tout soupçon ? "il, le curé de Bois-d'Haine et M. Dechamps m'ont confirmé tous les dires de la jeune fille par leurs propres témoignages. Il n'y a pas possibilité d'erreur dans l'espèce. Du reste, elle est extatique, et il est bien prouvé aujourd'hui que cet état extraordinaire s'accompagne souvent d'abstinence plus ou moins complète. C'est la loi et Louise la subit. ,

La question d'abstinence vidée, j'examinai les stigmates. Ceux du dos de la main étaient seuls accusés; encore étaient-ils sans ampoules. Arrondis, situés au même lieu d'élection, un peu moins grands qu'une pièce de vingt sols, ils étaient figurés par une simple rougeur qui tranchait sur le reste de la peau. On voyait au milieu comme une petite croûte de cicatrice. Cela ressemblait assez à la trace d'un furoncle complètement guéri. Il n'y avait aucun vestige de stigmates dans les deux paumes; rien de particulier à la couronne de la tête. Les pieds , aux dires de Louise, étaient comme les mains; elle m'assura que, depuis un certain temps, souvent il ne se formait pas d'ampoules la veille du vendredi et que le sang coulait tout de même. Sauf ces variétés d'évolution locale^ la stigmatisation a eu lieu jusqu'à ce jour invariablement tous les vendredis, et rhémorrhagie continue à se produire aux cinq plaies et à la couronne.

La nouvelle chambre de Louise, où a lieu si régulièrement ce miracle hebdomadaire, est située au rez-de-chaussée, sur le derrière de la maison; elle

est éclairée par une petite fenêtre donnant sur le jardin. Son lit est à droite en entrant, le long du mur qui regarde la fenêtre. Entre le pied du lit et le mur qui fait face à la porte, se trouve un espace libre de plus d'un mètre de longueur. C'est là que Louise passe ses nuits en prière, en regard d'un crucifix qui vient de Rome et qui a été bénit par le Saint-Père. Ce crucifix est fixé audessus de la tète du lit, surmonté d'une tablette qui supporte deux statues de saint Louis de Gonzague et de la sainte Vierge. Je n'ai pas aperçu sur les murs blanchis à la chaux cette grande quantité d'images que j'avais vues autrefois : les visions du ciel paraissent avoir détaché la jeune fille des images de la terre. Devant la fenêtre se trouve la couseuse américaine dont on lui a fait présent; c'est là qu'elle passe une grande partie de la journée, occupée à faire delà couture. Louise est restée sans feu toutl'hiverde 1871 de rigoureuse mémoire, dan^ ce rez-de^^haussée froid et humide ; sa santé n'en a pas été le moins du monde altérée. Cependant l'habitation est malsaine : au mois d'octobre, je sentais le froid humide de cette chambre tomber sur mes épaules. Louise m'a affirmé n'avoir nullement senti le froid. Evidemment, c'est grâce à l'état extatique, qui se prononce de plus en plus, qu'elle jouit de cette insensibilité relative (1). Elle ne

(1) D'autres stigmatisées-extatiques ont présenté le même phénomène. La fenêtre de Domenica Lazzari était toujours ouverte ; elle ne pouvait, supporter qu'elle fût fermée ni le jour ni la nuit, même pendant les temps les plus froids de l'hiver. H est notoire que sa fenêtre resta ouverte pendant l'hiver de 1856,

mange pas, et pourtant elle n'a pas froid, chose physiologiquement contradictoire. C'est qu elle vit de l'autre monde et ne laisse plus de prise aux agents d'ici-l)as. Sous ce rapport, on a remarqué chez elle depuis plusieurs mois un progrès manifeste. £lle n'apporte même plus qu'une attention machinale à ses travaux de couture. Son esprit parait de plus en plus dominé par la force mystique; c'est ainsi que je me suis rendu compte de l'accueil froid que j'en ai reçu. Occupée des choses divines, pourquoi se préoccuperait- elle d'une simple visite de curiosité?

Mon examen fait, je quitte la chaumière à la nuit tombante. M. le curé me donne rendez-vous le lendemain à six heures du matin pour assister à la communion de vendredi de Louise. Ce jour-là seulement, on lui apporte chez elle la saiûte Eucharistie^ à raison de son état de souffrance ; les autres jours, la jeune fille communie à l'église. L'abbé IViels tenait beaucoup à ce que je fusse présent, à l'effet de constater quelques phénomènes extatiques qui surviennent chez Louise depuis plusieurs mois au moment de la communion.

Le lendemain, je sortais du château aux premières lueurs du crépuscule et j'allais au devant de M. le curé. Je Taperçus bientôt au milieu du chemin des prés qui conduit à Bois-d'Haine, revêtu d'un

surplis et portant la custode. Le sacristain le sui-

quand le thermomètre de Réaumur était descendu à plus de treize degrés au-dessous de zéro (docteur dei Cloche. Annali uni' versait di medicina, Milano, 1837, — et les Stigmatisées du Tyroi, Paris, 1837, p. 91).

vait, tintant par moments la clochette* Je m'agenouille an passage du Saint-Sacrement, puis je me mets à suivre Notre-Seigfieur, heureux de lui faire escorte en cette circonstance. Nous etitrons dans la chaumière. Une petite table couverte de linges blancs avait été préparée dans la chambre avec deux cierges allumés ; M. le curé y dépose les saintes espèces. Louise était à genoux au pied de son lit, les yeux fermés, immobile comme une statue. Avant de lui donner la communion, Tabbé Niels me prie d'examiner son pouls. Je vais chercher les mains de Textatique sous la nappe blanche qui les recouvrait ; elle s*y prête faciletnent, comme si elle en avait conscience. Le pouls était fréquent; la veille, il était à 90; ce matin, il atteignait au moins 100. Ses mains étaient ensanglantées; le bout du nez très-froid, comme glacé.

Après la communion, nous laissons Louise tranquille faire son action de grâces. Au bout de dix minutes, M. le curé me prie de rentrer dans la chambre pour Texaminer. Je la ^retrouve dans la même position, immobile et les yeux fermés. Je la touche et la pince en plusieurs endroits; puis je prends une épingle et traverse de part en part le pli de la peau qui se trouve entre le pouce et Tindex; il ne sort pas de sang; Louise ne donne pas le moindre signe de sensibilité. J'étais donc en présence d une extase développée par la sainte communion. Interrogée plus tard dans la matinée par M. le curé, la jeune fille a déclaré qu'elle n'avait eu nullement conscience de ma présence dans sa chambre^ qu'elle ne s'était pas aperçue que je l'avais touchée

avani comme après radministration du Saint-Sacreméat. Ce genre d'extase, je l'avais lu souvent dans la Vie des saints : j'étais heureux de le voir de mes propres yeux à Bois-d'Haine. Je suis porté à croire que cette extase a commencé avant la communion. N'est-ce pas là une préparation merveilleuse et une action de grâce des plus solennelles ? En retour, je ne pouvais m'empêcher de me rappeler ce passage de l'Imitation de Jésus-Christ :

«c Quando recordor devotorum aliquorum, ad sacramentum tuum, Domine, cum maxima devotione et affectu accedentium » tune saBpius in me ipso confundor et eruhesco, quod ad altare tuum, et sacrae communionis mensam, tam tepide et frigide accedo. » (L. iv, c. 14.)

A. midi, je dinai au presbytère. Là, je rencontrai le fi. P. Rouard de Card, provincial des Dominicains de Belgique, et M. Riko, jeune poète hoU landais, plein de foi et de piété. Ils étaient venus à fiois-d'Haine pour assister à la stigmatisation hebdomadaire de Louise. Une heure après, nous nous acheminions tous vers la chaumière. Depuis longtemps, l'extase du vendredi ne commence qu'à une heure et demie pour se terminer entre cpiatre et cinq; elle a diminué de longueur sans changer de forme. J'entrai dans la chambre de la jeune fille un quart d'heure avant l'extase. Elle était assise sur sa chaise et tricotait avec aisance un bas de laine. Je la saluai en lui demandant de ses nouvelles. J'échangeai seulement quelques mots avec «lie, lui disant que j '-avais l'intention d'aller prochainement à Rome et que j'étais bien aise de prendre ses

commissions pour le Saint- Père. A ce nom béni, toute sa figure s'anima d'un doux sourire, et elle me pria de lui demander sa bénédiction pour elle. Cependant je guettais le début de Textase. Comme les autres fois, il fut instantané. Le bas de laine resta entre les mains de Louise, devenue tout à coup immobile, les yeux tournés vers le ciel, sans qu'on put saisir le moindre changement de position dans son corps.

Le sang coulait abondamment des mains, du dos aussi bien que de la paume, quoique à Tintérieur il n'y eût pas traces visibles de stigmates. Pendant la nuit il y avait eu bémorrhagie à la couronne. En examinant le front, je ne retrouve pas ces petites impressions rouges triangulaires que j'avais vues autrefois. On voyait des plaques de sang coagulé dans les cheveux sur le devant de la tête. La figure est animée, le pouls à 80, les extrémités froides. Louise reste assise sur sa chaise, les mains jointes. Je n'ai pas pu constater la moindre trace de catalepsie, ou de rigidité musculaire (1).

(4) Le bon abbé Niels, à qui je faisais'part de mes remarques sur l'absence de rigidité musculaire, me disait à ce sujet : — t( Voyez-vous, monsieur le docteur, c'est que Louise a fini par s'y faire et qu'à force d'extases, ses membres se sont assouplis. » — Je ne sais si l'explication du curé de Bois-d'Haine est la Jjonne ; mais je saisJbien qu'elle vaut toute autre qu'on pourrait donner.

La rigidité musculaire a été souvent mentionnée dans les vies «Ils saints qui ont eu des extases. On lit, dans les actes de Christine de Stumbele qui nous ont été conservés par Pierre de Dacie (BoUandistes, 22 juin), que frère Albrandin, de Rome, vint un jour la voir avec maître Pierre pour être témoin de ses extases. Ils la trouvèrent voilée dans son lit, après la communion, immo-

Je savais que depuis quelque temps on avait trouvé un nouveau moyen de communiquer avec Louise pendant l'extase, en lui disant, par exemple, de prier pour le Saint-Père, pour la Belgique, et qu'alors pour toute réponse elle se mettait à sourire. On lavait même invitée à prier pour la France, et sa figure était restée immobile à l'endroit de notre malheureuse patrie. Je voulus tout d'abord vérifier et compléter ces expériments, et m' approchant de l'extatique :

a Louise, lui dis-je à haute voix, voulez-vous

bile et sans souffle. Albrandin lui toucha les épaules pour eoo^ tater si elle était réellement raide, comme on le disait, et n'apercevant point ce signe, il dit à Pierre avec vivacité : « Ce qu'on m'a dit de cette jeune fille est un mensonge^ car tous ses membres sont souples. » Pierre de Dacie, un peu blessé^ lui dit de prendre patience, ajoutant que l'état de raideur ne commençait que quelque temps après la communion. En effet, lorsqu'ils revinrent, ils la trouvèrent immobile et raide comme une morte. — Dans ses extases, sainte Madeleine de Pazzls était raide comme unâ statue de pierre, « quod si aliquando tentabant monachœ attollere ejus brachium, manum reducere, deficiebant in conatu ffîque ac si fuisset lapidea statua (BolL, 25 mai). i> Cfr. en outre les vies de sainte Catherine de Sienne, de sœur Bagnesi (Marchese, 18 mai). Une raideur générale, dit Gôrres dans sa description de l'extase, comprime tout le système musculaire par suite des tremblements convulsifs qui l'ont agité pendant quelques instants. — Zacchias compare l'extase à l'apoplexie et surtout à la catalepsie ; or dans les deux maladies, il existe des contractures musculaires, même dans la catalepsie. Les médecins avaient pris les extases de saint Philippe de Néri pour des apoplexies.

Si le fait de rigidité musculaire est fréquent dans l'extase, je ne crois pas qu'il soit constant, et qu'il soit permis d'en faire une règle. J'ai trouvé chez Louise Lateau dans la môme extase l'état de raideur, l'état de catalepsie et l'état de résolution, et d'après ce que j ai vu, l'état de rigidité et de catalepsie n'a été qu'accidentel et passager. Je ne l'ai pas constaté chez Palma.

prier pour U repos de rame de moa fils Joseph que je vous ai déjà recommandé hier ? --* Uextati-' que reste dans son immobilité et ne sourit pas.

«Veuillez prier, s'il vous plaît, pour la Belgique ?» — Un léger sourire vient effleurer ses lèvres.

4L Et pour notre Saint-Père le pape ?» — Alors sa figure s^épanouit un bon moment» comme avec bonheur.

a Louise, lui dis-je encore, veuillez prier pour Monseigneur le Comte de Chambord, » — et elle se met à sourire comme pour la Belgique.

Priez aussi pour la France. — La jeune fille reste immobile.

L'assistance était nombreuse. Outre le Père Rouard et M. Riko, il y avait^là M. Dechamps, M. le duc de Lorge, la princesse de Croî sa fille, un prêtre bénédictin anglais, une famille anglaise et quelques autres persoimes.

Bientôt Louise se prosterne à terre suivant soih habitude avant de se mettre en croix. Nous saisissons ce moment pour répéter l'expérience des prières. Ainsi qu'il était convenu d'avance, le père Rouard de Gard se met à lire à haute voix dans son bréviaire V imprimatur ; la jeune fille ne bouge pas. Puis, sans changer de ton, il récite en latin le MagnifUxU: à peine a*t*il prononcé ks premiers mots, qu'elle se lève sur place, se met à genoux, étend les bras, ouvre les yeux et s'associe par des expressions visibles de joie à c^t hymme de la reconnaissance et du triomphe. Après avoir récité les premiers versets, le Révérend Père passe au De

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