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pTofundis. Aussitôt la figure de Louise devienit triste, s'assombrit et semble pleine de commisération . Le Père Rouard , après deux versets du psaume:, revient au Magnificat ; Louise reprend son expression de joie. Le Père alterne encore, mêmes résultats ; l'expérience était complète. La récitation finie ^ r extatique retombe comme un bloc dans le prosternemeiit.
On m'avait beaucoup parlé de l'efifet produit sur Louise par la prière O bon et très-doux Jésus^ appliquée aux âmes du purgatoire. L'expérience est répétée devant moi. Nous nous mettons tous à genoux^ et l'un de nous récite cette prière à haute voix. La jeune fille se relève aussitôt, s'agenouille, ouvre les yeux et prend l'attitude d'une suppliante. Le spectacle était saisissant. C'était à la. fois l'attendrissement, la pitié, la douleur et la prière dans leur plus haute expression. Je ne m^étonne pas, après l'avoir vue, qu'on ait distingué cette expérience entre toutes les autres. La prière finie, Louise retombe brusquement à terre.
Qodques moments après, M. le curé commence à récitera haute voix le chapelet en latin. L'extatique se relève incontinent^ se met à genoux et s'as* socie à la prière avec sa mimique accoutumée. La preinière dizaine achevée, M. Riko récite la seconde en hollandais. La jeune fille persiste à prier aVee nous dans cette langue étrangère. Puis le silence se fait et elle retombe prosternée.
Osa avait déjà fait, au commencement de l'extase^ qnelqpies expériences avec les objets bénits. Louise avait souri à mon crucifix, au chapelet du duc de
Lorge, et à un morceau de bois du Jardin des Olives présenté par M. Riko. Pendant qu'elle est prosternée, on lui met dans la main un objet indifférent ; la main reste immobile. On le remplace par le crucifix de Louise, bénit par le Saint-Père ; elle le saisit avec énergie et le tient élevé. Après cela, j'introduis deux de mes doigts dans l'une de ses mains : l'extatique ne bouge pas. Puis, le Père Rouard en fait autant et immédiatement la jeune fille lui serre la inain parce que celle du prêtre est bénite.
Pendant toute la séance, la mère Lateau n^a pas quitté un seul instant Louise,, se tenant auprès d'elle en gardienne jalouse : elle a toujours peur qu'on ne fasse des expériences douloureuses sur sa fille. Une dame a voulu tievant moi essuyer avec un mouchoir une main de Textatique pour recueillir quelques gouttes de son sang, la bonne femme lui a repoussé le bras brusquement, d'un air fort bourru. Dans la matinée, j'étais rentré un instant dans la chaumière ; je voulais essuyer le sang qui coulait à l'intérieur des mains, pour examiner à mon aise i'hémorrhagie produite sans stigmates. Je demandai un peu d'eau à la mère de Louise. Malgré mes explications, je ne pus rien en obtenir, et ma demande fut repoussée xlans toutes les formes. Ceux qui seraient tentés de croire que la famille Lateau i^pécule sur la situation n'ont qu'à aller à Boisd'Haine pour se convaincre du contraire. Un barnum américain envierait pareille fortune pour gagner son million. Louise prie tous les jours Dieu •d'être délivrée de ses stigmates ; sa famille s'associe
à cette prière et ne demande autre chose que de recouvrer son obscurité, sa liberté et sa paix.
Cependant Textase touchait à sa fin. Le Père Rouard et moi, nous étions pressés de partir. Louise était encore étendue à terre dans l'attitude du crucifiement. M. le curé prie le Père provincial de vouloir bien donner sa bénédiction à la jeune fille, avant de la quitter. Le Père Rouard, du seuil de la porte, lève la main pour la bénir, mais l'extatique reste immobile. Il lui donne une seconde bénédiction, mais cette fois-ci en prononçant les paroles liturgiques : et beriedictiopatris... A mesure que le fils de saint Dominique récite la formule, Louise soulève la tête et les épaules sous cette bénédiction qui l'influence, et à Vameîi de la fin retombe dans son immobilité.
Deux faits nouveaux m'ont frappé dans ce dernier voyage à Bois- d'Haine : l'abstinence presque complète de Louise et son extase pendant la communion.
Cet état insolite d'abstinence n'a*commencé à se développer chez elle que depuis la stigmatisation. Il lui a été toujours impossible de prendre de la nourriture le vendredi, jour solennel pour elle, et toutes les fois qu'on a voulu la forcer à en recevoir, elle a souffert considérablement et a fini par la rejeter. Elle pouvait cependant garder l'eau de la Salette ou de Lourdes, comme l'expérience Ta démontré plusieurs fois. Ce n'est pas le besoin qui pousse Louise à boire quelques gorgées d'eau dans la semaine : elle boit sans aucune soif, avec peine et seulement par obéissance, et elle retient toujours
le liqaide, sans le vomir, à moins qu'il n*ait été mêlé accidentellement à des aliments, comme il a été fait dans plusieurs expériences. Aujourd'hui, Louise ne peut conserver, en dehors de Teau pure, aucun aliment sous forme liquide ou solide; elle l'avale même avec une grande difficulté, puis le rejette infailliblement. — Le 12 du mois d'août, M. le curé lui fit prendre une grande hostie non consacrée ; elle mit im quart d'heure à l'avaler, souffrit beaucoup à la suite et la rendit avec des gorgées de liquide. Trois jours après, l'expérience ~f ut répétée avec* deux hosties; Louise ne put les avaler qu'à l'aide d'un peu d'eau. Aussitôt son visage exprima une grande souffrance^ et elle fut obligée de vomir au bout de peu de temps. — Le 2 septembre, Mgr Ponceau, délégué par l'évêque de Tournai, se rendit à *Bois*d'Haine, pour y examiner le fait d'abstinence de Louise. A sept heures et demie du matin^ c'était au presbytère, en présence de M. le curé et du Père Séraphin, il pria la jeune fille de prendre un peu de café au lait avec un quart d'once de pain, et de faire tous ses efforts pour le garder dans l'estomac. Louise se soumit avec empressement à l'expérience; mais à peine eut-elle avalé que sa figure devint rouge ; son estomac commença à se soulever ; les assistants purent entendre les borborygmesquis*yproduisaientavecles efforts devomir. Malgré sa bonne volonté, elle fut obligée de rendre en partie ce qu'elle avait ingurgité. Pour calmer ses nausées, on lui fit prendre deux gorgées d'eau et respirer l'air frais au jardin ; maiS|là, les vomissements se reproduisirent. Lotdse, congédiée, re-
toiana alors chez sa mère, et vomit encore en route dans la maison du sacristain où elle s'était arrêtée poiir faire une commission.
Au milieu de cette abstinence presque complète, l'extatique de Bois-d'Haine jouit d'une santé florissante ; elle a conservé tout son embonpoint de Flamande ; elle va, marche, vaque à ses affaires, se livre même à des travaux pénibles. Toutes ses fonctions physiologiques, à part celles de la digestion qui font silence, sont dans leur parfaite intégrité.
Le docteur Stévenart, de Bruxelles, a voulu examiner par lui-même cet état d'abstinence extraordinaire de Louise. Voici comment ce médecin distingué rend compte de sa visite faite à Bois- d'Haine le 1" septembre 1871, dans ime lettre adressée ku Père Séraphin :
Là première impression que j'éprouvai en revoyant Louise a;pirès quelques mois fut celie que me causa Taspect de ses yeta, âe son regard et Tabsenoe d'amaigrissement. Je devais natttrellemetit m'attendre à la trouver amaigrie, vu, me disait^n, qu'elle ne mangeait plus depuis assez longtemps. L'ioeîl de Louise, contrairement à ce qu'il était il y a huit mois, «st de^renu d'un brillant remarquable ; la conjonctive oculaire, ou blanc de Tosil, a perdu son asfpect un peu trouble, Mteuï, qui lui donnait tine teinte de prime abord hystérique. Lei*egard a pris un éclat mirûtant qoi frappe; on ^Btsdt qu'il y a pins de ne «het elle, ou bien qu'elle se trouve daûos im état ^'excitation anormatew
Le coirps n'offre pas d'amaigrissement; la nutrition est da&s un état stationnaire ; les régions temporales, les fossettes des Joues et régions sus etsous-claviculaires ne sont pas plus déprimées; le globe oculaire n'est pas plus enfoncé; les membres cons^vent le même volume ; les saillieunlusculaires des bras et des avant-bras, même degré*
Poursuivant ensuite mon observation, je vis que le faciès de Louise ne présentait aucun indice morbide; les lèvres ne sont pas décolorées, elles sont au contraire rosées; la bouche est saine, la langue humide. Elle n'avoue aucim appétit, et si on lui fait prendre quelque peu d'aliment**, son estomac le rejette à Tinstant. Louise reste 20 à 30 jours, sans devoir satisfaire au besoin de la défécation et alors elle n'émet encore ' qu'un petit bouchon de matière excrémentitielle. (LeD' Stévenart n'a pas compris Louise sur ce point ou Louise s'est mal expliquée. Depuis le 30 mars jusqu'au l«r septembre, elle n'est allée qu'une fois à la selle, quinze jours après avoir mangé pour la dernière fois.) Elle n'éprouve nullement la soif, même dans les plus fortes chaleurs; tout au plus avale-t-elle 5 à 6 gorgées d'eau dans l'espace de huit jours <ici il y a encore erreur. Je tiens de M. le curé et du Père Séraphin que cela se réduit à deux ou trois gorgées). Sa peau ne transpire jamais, le mucus nasal semble tari; le besoin d'uriner (demi-verre) ne se fait sentir qu'une fois dans la huitaine. Louise n'a aucune sécrétion leucorrhéique- Son sommeil est pour ainsi dire nul ; tout au plus se couchet-elle quelques instants tous les huit jours. Le pouls est plus large et plus fort qu'à ma visite précédente; il 'donne 84 pulsations par minute; il y a huit mois, il en donnait 90, mais beaucoup plus petites et plus faibles. La respiration est facile, sans aucune gêne; elle est tout à fait calme, les battements du cœur sont clairs, purs, bien perceptibles; les claquements valvulaires sont nettement caractérisés; on ne découvre absolument aucun bruit pathologique de soufÛe ou autre dans cet organe, pas plus que dans les gros vaisseaux qui en partent. Ces faits sont diamétralement contraires à ceux qu'on serait en droit d'attendre du cœur d'une personne qui perd depuis quatre ans une assez grande quantité de sang cinq fois par mois, d'une personne qui ne mange plus de|)uis plusieurs mois et qui n'a presque pas de sommeil.
Tous les vendredis les membres inférieurs sont douloureusement engour&is. Aussi la marche est-elle très-difficile ces jours. Les autres jours de la semaine, Louise vaque à ses travaux et occupations ordinaires.
Louise déclare se bien porter. En effets ses menstnies reviennent régulièrement sans douleurs^ tous les mois^ et durent quatre à cinq jours, en donnant une quantité de sang aussi forte qu'il y a un an.
Le sang qui coule depuis une heure de la nuit aux faces palmaires et dorsales des mains et au fix)nt jusque vers onze heures, moment de ma visite, s'était en petite partie coagulé en caillots et en lamelles sur les bords des stigmates et sur la peau environnante ; ce sang n'a nullement l'aspect défibriné; il a une couleur foncée, là où les caillots sont les plus épais, et rutilante, là où il est en lamelles ou traînées. Vu» à la loupe, les stigmates ne laissent voir que les papilles dermiques dénudées avec leurs sillons interpapillaires.
De l'interrogatoire que j*ai fait subir à Louise le !•' septembre avant son extase, il résulte pour moi que :
i ^ L'état sanitaire de cette jeime fille est actuellement ce , qu'il était à ma précédente visite ;
2^ Le corps n'est pas amaigri;
3o Le sang conserve sa qualité physiologique de fil)rine et de globules;
4^ Les fonctions, comme celles de l'estomac, des intestins^ des veines de la peau, bien que suspendues ou très-ralenties, n'entravent nullement la continuation de l'état physiologique;
5® Le pouls est actuellement plus large et moins fréquent avant et pendant l'extase qu'il y a huit mois, d'où l'on serait tenté de dire que les forces physiques ont augmenté.
D' Stévenart, rue du Commerce, 91 .
Bruxelles, 8 septembre 1871.
Encore quelques mots sur Tabstinence de Louise pour compléter la question. Ce n'est pas qu'elle ait horreur des aliments, quoiqu'elle ait de la difficulté pour les avaler; elle y est indifférente ; elle n'en éprouve pas le besoin. Toutefois, à ce rejet des aliments, à cette absence complète de faim et
de soif, il faut opposer une exception remarquable; Si Louise rejette l'hostie non consacrée, elle ne rejette jamais le pain eucharistique qu'elle reçoit tous les jours ; si elle reste indifférente à toute espèce de nourriture, il n'en est pas de même à l'égard du pain céleste ; elle en a faim et soif; bien plus, i! est pour elle une nécessité. — Le 18 juillet, on voulut savoir ce que produirait chez Louise la privatioa de la communion* Ce jour*là> M. le curé ne lui permit pas de s'approcher de la sainte Table. Elle s'y soumit sans murmurer, mais non sans souffrir. Cette nourriture lui manquant, elle n'en eut faim que davantage. Le soir, au moment de la visite de l'abbé Niels^ elle était si pâle et si faible qu'elle n'avait pu faire marcher sa couseuse de toute la journée et se livrer à ses travaux ordinaires. Le lendemain^ elle arriva à l'église toute chancelante, et ce ne fiit qu'après la communion qu*elle reprit ses forces et son teint habituels.
Pour l'extatique de Bois-d'Haine, TEucharifitie est donc le seul aliment qu'elle puisse supporter^ le seul dont elle éprouve le besoin, le seul qui lui soit nécessaire pour vivre. Qe pain va jusqu'à la remplir d'ivresse et la jeter en pleine extase. Cet ensemble défaits est merveilleux. Tout cela resterait inexplicable, si l'histoire des saints ne nous offrait une foule d'exemples analogues. Je traiterai oette question à fond, en faisant plus tard Thistoire de Palma. Pour le moment, je clos ce chapitre en citant quelques exemples du développement de Textase par la communion.
Pour ce qui concerne les extatiques proprement
dits, on n'dqn'à consulter à ce sujet les Vies de saint Philippe de Néri, de saint Pierre d'Alcantara, de saint Thomas de Villeneuve et du B. Joseph de Cupertino. L'extatique Ursule Benincasa, toutes les fois qu'elle conununiait, avait une extase qui du* rait jusqu'au soir. Il en était de même de sainte Colète; elle était plongée en Dieu au moins six heures, et le plus souvent douze, et quand elle revenait à elle, son visage était beau comme celui d'un ange. Marie d'Agreda s élevait souvent au-dessus de terre dans la communion, ou même en lisant simplement quelque chose de la grandeur et de la bonté de Dieu. Même fait est arrivé à saint François^Xavier en disant la messe ou en donnant la communion au peuple.
On en rencontre souvent des exemples dans l'histoire de la stigmatisation. J'en citerai plu-* sieurs^ à commencer par saint François d'As* sise. Saint Bonaventure raconte qu'il entrait en extase toutes les fois qu'il communiait. La bienheureuse Margmerite de Hongrie recevait Notre-Seigneur avec une telle dévotion qu'elle demeurait quelquefois hors d'elle et était miraculeusement élevée de terre. Un jour, sainte Catherine de Sienne, après la sainte communion^ s'éleva dans les airs et y resta longtemps suspendue : « Elevatum est cor^ pus €fus in aéra, stabatque suspensum i^que cor^ poreo fukimexUo^ » La bienheureuse Osanne res* tait plusieurs heures en extase après avoir reçu l'Eucharistie; c'est ce que dit Léon X dans le bref de béatification de la Sainte (1). Madame Acarie passa
(i) Quoties enim sacram sumebat Eucharistiam, illico in exter*
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les trente dernières années de sa vie dans un état habituel d'extase, ce qui lui arrivait ordinairement dans Toraison, pendant l'office ou à la communion. Jeanne-Marie de la Croix, de Roveredo, se tenait à genoux à terre comme une statue de marbre, plongée dans la jouissance de son Dieu. Quelquefois une force interne l'enlevait à un pied au-dessus de terré, et la tenait ainsi suspendue un bon quart d'heure au milieu de la. foule étonnée et attentive. Sainte Véronique de Julianis entrait même en extase rien qu'en accompagnant le Saint-Sacrement. Luisa fiiagini faisait ses communions dans l'extase, et, à l'adoration des Quarante-Heures, se trouvait dans un état continuel de ravissement. Chez Catherine Emmericb, l'extase survenait rien que par le désir de recevoir l'Eucharistie. Je n'enfijiirais pas à citer des exemples : l'état extatique développé par la sainte communion est, au fond , un fait général dans l'histoire des extases et de la àtigmatisation ; cela est si vrai que Benoît XIV le donne comme un des signes de l'extase divine : « Ecstaticus ut plurimum, dum orationi vacat, vel inter audiendum sacrum, yol post sumptam Eiicharistiam... ecstasi corripitur. » C'est là une loi fatale de la mystique divine. En peut-il être autrement, puisque, suivant la magnifique parole de saint Denis TAréopagite, c'est l'amour de Dieu qui fait l'extase : Est ecstasim faciens divinus amor. Et, d'un autre côté, quel beau
8im rapta, per très vel quatuor.horas, aliquando etiam per diem integrum^ omni ezteriori sensu destituta et immobilis effecta quasi ab bac luce migrasse putabatur.
témoignage de plus à apporter au dogme de la présence réelle! «0 vera ardens fides eorum, probabile existens argumentum sacrae praesenti» tuae ! » [ImiL Christij liv. iv, c. 14, v. 2.)