CHAPITRE HUITIEME
Le rappel, les objets bénits, les reliques, les chants et les prières.
Louise est abîmée dans l'extase qui a brisé tous ses moyens naturels de communication avec le monde extérieur ; toutefois elle possède des moyens surnaturels de correspondre avec lui, quelque infranchissable que soit la barrière qui momentanément l'en sépare. Vient-on à lui présenter des objets bénits ou des reliques, si c'est sur les lèvres ou à peu de distance de la figure, elle sourit avec un frémissement de bonheur; si c'est aux mains, elle les saisit énergiquement, et son bras, auparavant en pleine résolution, les tient fièrement élevés, pour signifier qu'elle les reconnaît et les distingue de tout objet vulgaire. Elle conserve, sous certaines conditions, dans l'extase le sens du toucher. Nonseulement elle sent, mais elle entend : elle entend la voix du rappel légal, la voix qui récite des prières en toute espèce de langues, la voix qui module des chants sacrés. Elle sent, elle entend et même elle voit ; si Tobjet saint ou bénit qui lui est offert
pouvait être flairé ou dégusté, elle le reconnaîtrait encore. Ses sens ont été pour ainsi dire spécialisés : elle sent, voit et entend à sa manière, par un procédé qui dépasse complètement notre intelligence. Elle a sa mimique et son langage à elle : c^est par des sourires célestes, des soupirs et des sons inarticulés, des attitudes expressives de joie,de bonheur et d'attendrissement qu'elle se fait comprendre. Elle prie, elle vénère, elle adore. L'extase n'est jamais rompue, mais, dès qu'elle a reconnu tout ce gui est divin, elle le témoigne, et le spectateur saisit parfaitement soû singulier langage. A mesure que le divin s'élève dans l'échelle, elle en accuse encore mieux la présence.
J'ai hâte d'exposer plus en détail tous ees faits merveilleux, quoiqu'on en ait déjà vu de nombreux exemples dans les chapitres qui précèdent. Commençons par le rappel.
Louise a été rappelée nombre de fois de ses
extases par ses supérieurs ecclésiastiques, curés,
directetirs, grands-vicaires, évéque et même par le
docteur Lefebvre. Il suffit aux détenteurs de ce
pouvoir singulier <Je lui dire : Louise ou toute autre
parole, dans l'intention de la rappeler, pour que
aussitôt elle sorte des profondeurs de son extase et
revienne instantanément à la vie ordinaire. Cette
interruption subite du ravissement extatique est
vraiment extrSfcordinaire : la scène du rappel est
surtout saisissante , lorsque Louise est étendue à
terre dans le prostemement ou le crucifiement.
Le rappel, Ù faut bien le noter, n'a jamais pu être pratiqué en dehors de la juridiction épiscopale.
Mgr rarchevèque de Malines, primat de Belgique, le premier supérieur de Louise après le Pape, a bien pu la rappeler, mais Mgr Gravez, évêque de Namur, n'a jamais pu le faire, et ce jour-là, un simple religieux passioniste, le Père Séraphin , directeur délégué par l'évêché de Tournai, se faisait obéir immédiatement par l'extatique, sous les yeux mêmes de l'évêque visiteur, qui était sans juridiction et partant sans puissance. Les nombreux ecclésiastiques qui ont afflué à Bois-d'Haine, n'ont pas été plus heureux que Tévéque de Namur ; la plupart même ne l'ont pas tenté, trop au courant des conditions spéciales au rappel. Le docteur Lefebvre a pu exercer pendant quelques semaines son pouvoir de délégation; mais le jour où ce pouvoir lui a été retiré, il est resté impuissant à faire sortir Louise de son extase, aussi bien que tous les médecins qui sont venus de toutes parts examiner l'extatique.
Une expérience très-curieuse fut faite le 19 novembre 1869. M. le chanoine Hallez, de Tournai, se trouvait alors à Bois-d'Haine. Vers une heure de l'après-midi, il se tint à côté de Louise pendant son extase. Les fenêtres et les portes de la chaumière étaient fermées. Pendant ce temps-là, M. le curé s'était posté dans le jardin. 11 appelle successivement d'une voix forte : il/. Hallez I,.. Rosine!... Adelinel... Louise ne fait pas le moindre mouvement. Puis, d'une voix beaucoup moins haute, M. le curé dit : redeas, c'est-à-dire reviens. A peine le son du mot latin avait-il frappé l'oreille de M. Hallez que déjà Louise était revenue à ellemême; quelques instants après, elle retombait dans
son ravissement. Au bout d'une demi-heure, M. le curé se place de nouveau dans le jardin et crie : Louise... (ici il fait une pause)... saigne-t-elle beaucoup?... Louise (seconde pause)... est-elle en extase?... Louise (troisième pause)... quand est*elle entrée en extase ce matin ? — A trois reprises différentes, le nom de Louise vient frapper distinctement Toreille de M. le chanoine Hallez, mais Louise reste immobile dans son extase, parce que M. le curé n'avait pas eu la volonté de la rappeler, quoiqu'il se serve toujours du simple mot de Louise^ quand il veut la faire revenir à elle-même.
La question du rappel est un fait bien connu dans l'histoire des extatiques. L'hagiographie catholique est à ce sujet pleine de faitç intéressants. La théologie en a formulé depuis longtemps les conditions et les règles. Le rappel ne peut être exercé que par les supérieurs ecclésiastiques ayant juridiction ; toutefois ce pouvoir est communicable, il peut être accordé et retiré à volonté ; il a même été délégué à des laïques. Il s'exerce d'habitude par la parole; cependant, dans quelques circonstances, il a pu être fait mentalement (1). Sans nier les faits où Dieu en
(1) Rien n'est plus instructif sous ce rapport que la Tie du B. Dominique de Jésus-Marie, carme déchaussé. Quelque profondes que fussent ses extases, un mot de ses supérieurs suffisait pour l'en tirer. Les frères l'ayant élu comme sous-prieur en 1594, il eut une extase le soir en s'entretenant de choses spirituelles. Au bout d'une heure, le prieur, voulant éprouver sa vertu, dit à quelques ecclésiastiques de le réveiller en son nom; mais en leur parlant ainsi il n'avait nullement l'intention de le rappeler à lui. Les ecclésiastiques allèrent et l'appelèrent plusieurs fois, mais sans succès. Le prieur, après quelques instants, dit à part à
a permis la réusôite, les théologiens condamaent le rappel mental pour les raisons suivantes : «c L'âme,
plusieurs personnes qui étaient préMntea^ qu'il avait maintenant la Tolonté de le réveiller. Or, à peine avait-il prononcé intérieurement son commandement, que le saint commença à sortir de son extase. Un jour qu'il se trouvait avec le général de son ordre, cfelni-ci, v<>uiant faire le même essai, loi commanda, sans avoir toutefois la volonté de le faire obéir, de revenir à lui ; mais le saint resta dans son état. Il lui commanda ensuite de réciter Compiles avec un autre pendant son extase. Il le fit aussitôt, au grand étonnement de tous les spectateurs. Dans une autre circonstance, on envoya prier le général de le rappeler à lui. Le général dit à celui qu'on lui avait envoyé de le réveiller en son nom. L'ecclésiastique le fit, mais Dominique n'obéit pas. Quelques-uns disaient déjà qu'il avait perdu l'obéissance. On renvoya donc recclésiastique avee deux autres dire au général ce qui était arrivé. Celuici se mit à sourire et dit qu'il avait rétracté intérieurement son commandement. Puis il ajouta : « Pour que l'on vote combien il est obéissant, commandes-lui maintenant de revenir à lui aus» sitôt et de se mettre au lit. » Le saint en effet revint à lui, prit coDgé des assistants et alla se coucher.
Philippe II, roi d'Espagne, fit un jour venir Dominique dans son palais pour l'entretenir de choses importantes. Le saint eut un ravissement dans la chambre d'attente. Un des chambellans alla le dire au roi qui accourut aussitôt avec la reine et la cour. Le roi envoya alors chez le général de l'ordre qui lui communiqua tous ses pouvoirs. Il fut très-heureux de cette circonstance et se servit du pouvoir qu'il avait reçu pour étudier la nature de l'extase. 11 commanda donc à Dominique de revenir à lui, mais sans avoir intérieurement la volonté d'être obéi. L'extatique resta dans le même état. 11 lui commanda de répondre à toute» ks questions de la reine, et il le fit. Quelquefois il eut intérieurement la volonté qu'il ne répondit pas, quoique extérieurement il lui ordonnât de le faire ; le saint gardait alors le silence. Le roi enfin lui commanda de revenir sérieusement à lui ; il se réveilla aussitôt.
On lit dans les Stigmatisées du Tyrol (1846, p. 9) à propos de Marie de Moerl : — « Dans ce merveilleux état d'extastf, Marie n'est dirigée que par l'obéissance, dont elle a, fait vœu pour se conformer à la volonté divine. Aussi, tout insensible qu'elle eat
dans Tétat d'6:xtase complète, agit, il est vrai, comme si elle était séparée du corps ; mais en réailité elle n'est ni séparée du corps, ni ségrégée de la congrégation des vivants, ni exemptée de la soumission et de l'obéissance à ses supérieurs. Par conséquent, pour qu'elle puisse exécuter les ordres de ceux qui la commandent légitimement, Dieu est
aux impressions extérieures, elle obéit avec une douceur et une promptitude admirables à tous les ordres de son confesseur ou du curé : quoique souvent ces ordres soient donnés de manière que les personnes les plus rapprochées ne puissent pas même a*en apercevoir^ l'extatique^ quelque éloignée qu'elle soit de ses directeurs, les entend aussitôt non au son de leur parole, comme elle l'a déclaré elle-même^ mais par l'organe d'une voix intérieure à laquelle elle obéit sur-le-cïiamp, se couchant ou se levante agissant ou parlant, selon qu'il lui a été commandé. Sans doute^ Dieu est son véritable guide... mais Dieu veut aussi qu'elle soit soumise à un de ses ministres et qu'elle observe l'ordre de la prudence naturelle, d'autant mieux que l'obéissance lui est très-agréable, très-salutaire pour l'âme, et encore plus méritoire que l'extase et à laquelle on l'applique comme critérium de la vérité, pour la discerner de l'illusion. L'obéissance est non-seulement la route par laquelle on marche sans risquer de s'égarer, mais elle a tou. jours été le meilleur signe auquel on reconnaît ceux qui suivent le chemin... Cette vertu d'obéissance est le principe générateur et la sanction des plus grands miracles. Elle a été souvent imposée à notre extatique par son confesseur, soit d'une manière toute mentale, soit d'une chambre voisine, soit d'un lieu éloigné, 6t c'a été la vraie pierre de touche appliquée à l'état extraordinaire de la Vierge de Kaltcm. Mais on ne doit employer cette épreuve que dans les cas très-rares où il s'agit de discerner la nature même de l'influence ipirftuelle, et de juger si elle vient du ciel ou de l'enfer ; autrement ce serait tenter Dieu. En effet, la règle générale de la divine Providence est que les hommes communiquent entre eux au moyen du langage extérieur et sensible et «on 4 la maaidre des anges. »
On trouvera encore des faits intéressants de rappel dans la Vie de la sœur Ëmmericb, par le P. Schmoeger, traduite par l'abbé de Cazalès. Paris, «68, t. i% p. 518 et S19.
oblige de suppléer pjir un moyen quelconque aux entraves qu'il a lui-même placées, en lui faisant connaître ces ordres et le moyen de les exécuter. Mais il est visible que tout cela n'a de valeur que lorsque le supérieur impose un ordre véritable, en exerçant sur Tâme l'autorité qu'il possède et non celle qu'il n'a pas. Or, qui pourrait soutenir que le rappel mental est tm ordre véritable, puisqu'il est dans l'essence de tout ordre d'être manifesté ? Qui a jamais dit que le su})érieur pouvait commander par un acte purement interne et que l'inférieur était tenu d'obéir à de pareils ordres? Par conséquent, lorsque le directeur impose à l'âme extatique un ordre purement mental, il n'y a pas de raison pour que Dieu y obéisse. S'il obéit quelquefois, il le fait pour d'autres fins, mais non parce qu'il est tenu à une telle obéissance. C'est ce qui fait que le rappel mental échoue le plus souvent, comme il est démontré par l'expérience {ScavaLmeUi^Direttorio mistico, t. 3, c. 20, Torino,18S7).
On a essayé aussi quelquefois de pratiquer le rappel mental sur Louise ; mais il n'a jamais réussi, et cependant, par un contraste singulier, elle devient très-sensible, pendant son extase, à une certaine prière dont il sera bientôt question, lors même que cette prière est prononcée mentalement. Les extatiques, dit Gôrres, n'entendent pas les paroles par lesquelles on leur ordonne de revenir à eux; mais la puissance qui les domine les entend et se retire d'eux, afin qu'ils puissent obéir. ^ — C'est • ce qui faisait dire à Louise, quand je lui demandais ce qu'elle éprouvait au moment du rappel : « Je
n'entends pas, mais ça disparaît. » Le B. Dominique de Jésus-Marie en a donné lui-même Texplication. Son confesseur lui demanda un jour s'il avait entendu sa voix lorsqu'il l'avait rappelé à lui. Le saint lui répondit que non. Puis il ajouta : « De même qu'au commencement de l'extase, et pendant qu elle dure. Dieu attire l'âme à lui si fortement qu'elle devient étrangère aux sens, ainsi, lorsqu'on commande quelque chose au nom de l'obéissance, Dieu cesse d'attirer l'âme avec la même force, et la laisse retourner à soi pour qu'elle satisfasse à l'obéissance. »
Tout est extraordinaire dans ce pouvoir du rappel : pouvoir géographiquement limité par l'étendue de la juridiction ; pouvoir inhérent seulement aux supérieurs ecclésiastiques médiats ou immédiats ; pouvoir transmissible et révocable à volonté par les dépositaires ; pouvant se déléguer même à un laïque ; se transmettant par la parole ou la volonté, de près comme de loin. La parole humaine formule le rappel, mais le rappel n'a d'effet que par l'intention de celui qui parle; le mot qui rappelle est rendu impuissant si la volonté n'y consent pas. Ce mot, cette volonté non manifestée par la parole suffisent seuls pour arracher l'extatique au ravissement le plus profond.
Là, trois personnalités sont en présence : Dieu, l'extatique et l'homme. Le dépositaire du pouvoir de rappeler ordonne à l'extatique de revenir. C'est plus que la lutte contre l'ange de l'extase, c'est la lutte contre Dieu. Alors Dieu se retire et disparaît, ou plutôt il obéit à la voix de l'homme qui com-
— iA2 —
mande : voltmtcUem faciet timeniium se. Il faut s'étonner à bon droit de ce pouvoir singulier accordé par Dieu à sa créature. C'est que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper ; d'autre part, il n'aime rien tant que son église^ et c'est pourquoi il l'a dotée de la puissance de discerner par le rappel ces états extraordinaires qu on appelle extases , d'en préciser, à l'aide de ce critérium , l'origine divine, diabolique ou bumaine. Que si l'on veut bien y réfléchir, c'est là un pouvoir exorbitant et sans pareil, un des plus beaux privilèges de l'Église catholique, et une preuve de plus à apporter en faveur de son infaillibilité (1).
On a déjà vu, dans divers chapitres précédents, que Louise possède la faculté de discerner, pendant ses extases, toute espèce d'objets bénits, de reliques, et de comprendre en toute espèce de langues^
(1) Pour tempérer ce^qui pourrait parattre trop absolu dans ce que je viens de dire au sujet du rappel^ je m'empresse de direqu'au fond le rappel n'a qu'une valeur relative ; et pour faire comprendre la difficulté de cette question, soit en général, soit en l'appliquant à Louise Lateau^ je citerai le passa^ suivant de Benoit XIV : — Raphaôl de La Torre dooet suspectos esse ecsta^ ticos^ qui in ecstasi posik ad insusurratam auribus certain voceui vel quid simile, expergefiunt, ac si a somno excitarentur ; cum enim excitatio a causa superiori proficisci debeat^ hoc est vel a Deo^ vel a Dœmone ; et a Deo proficisci non possit, cum ad rem nuUam valeat, prœterquam ad vanam vulgi admirationem, infert eam Dœmoni adscribendam : quod autem attinet ad ecstaticos, qui, prœlato jobente, ab ecstasi revertuntur, subjicit, caute tsse procedtndum, nisi reliquœ concurrant circumsianticB oslendente^ tcstasim esse divinam, prœcipue cum aliquando praelati illam Yocem proférant ostentationis gratia et absque ulla necessitate. (Benedictus XIV^ De servorum Dei beatif. et Canonisationâ. L. 3^ c M. Rome^ 1748.)
les chants sacrés et les prières liturgiques. Je reviens sur cette question pour apporter d'autres faits.
Le il décembre 1868, trente-quatrième vendredi de la stigmatisation, M. i'abbé Hareourt, curé de l'hôpital à Nivelle, découvrait le premier que. Louise possédait le discernement des objets bénits. On ac*^ corda d*abord peu d'attention à cette faculté extra* ordinaire.
Un mois après, plusieurs médecins se trouvaient réunis, le vendredi, à Bois-d'Haine autour de M. Lefebvre; on cite parmi eux le docteur RoUin, de Roux , les docteurs Ferange et Delcroix^ de Braine^le-Gomte, et le docteuir Alfred Boulain^Peurr dant une longue séance d'examen, ces messieurs présentèrent à Louise, à différentes reprises, des objets bénits et non bénits, tels que médailles, croix et chapelets. L'extatique souriait à tout ce. <ïui était bénit et restait insensible i ce qui ne l'était pas. Que éi, au lieu de présenter ee» loémes objets devant sa bouche, on ks lui mettait dans la main, elle serrait l'objet bénit aussi longtemps qu'on voulait, tenant même le bras élevé ; lobjet retiré, te bras retombait immédiatement. Quant aux objets indifférents, la main restait immobile et refusait de les saisir. Ces premières expéiriences, fai];es par nos bonoirableâ confrères^ les rempUr^^nt d'étonnemenl; l'un d'eux^ le doeteur Dekrai^, en fiit si frappé qu'il cessa d'être libre-penseur. J'ai déjà raconté sa conversion.
Peu de temps après, un médecin^ W docteur Claquet, qui refusait de croire à ces faits merveilleux,
— Ui —
voulut s'en assurer par lui-même.Il apporta avec lui, un vendredi, deux chapelets, dont un seul bénit, les présenta à l'extatique qui les discerna parfaitement. Le confrère fut bien obligé de se rendre à l'évidence. Il est curieux que ce soient des médecins, fort divisés d'ailleurs sur la question du surnaturel, qui aient pris l'initiative de toutes ces expériences. Elles ont été faites avec la plus grande rigueur scientifique ; épreuves et contre-épreuves, rien n'y a manqué ; il est donc impossible d'avoir le moindre doute sur leur validité. Depuis cette époque, elles ont été multipliées sous toutes les formes ; on est allé même jusqu'à l'abus, comme si Louise était une véritable machine à expérimentation. Il est certainenient permis d'en fixer le nombre à plus d'un millier et d'affirmer qu'elles ont toujours réussi. Toutefois, pour rester dans le vrai, il faut avouer que dans deux circonstances qui m'ont été rapportées elles ont complètement échoué. En nous plaçant au point de vue de l'action divine, il est facile d'expliquer cette erreur qui s'est produite dans les proportions d'un ou de deux millièmes. Ces deux expériences négatives ont-elles été faites d abord avec toute la piété, la droiture requises et dans un bon esprit ? Pourquoi vouloir en outre que Dieu réponde toujours à nos caprices et à notre curiosité ? Quand il a accumulé autour de son œuvre une foule de preuves plus que suffisantes pour la science et la bonne foi, est-on en droit d'exiger de lui un compte et une précision mathématique? et n'est-il pas écrit : Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu?
Dans le courant de juin 1869, Mgr EUoy, évèqae de Tiposa en Océanie, vint à Bois -d'Haine. Il assista à la stigmatisation du vendredi et, pendant l'extase de Louise, il récita en latin plusieurs textes de l'Ecriture-Sainte : Pater ^ si nort potest hic calix transir e,.. etc. Il fut frappé de voir qu'à chaque texte l'extatique tressaillait de joie.
Deux mois après environ, un autre évêque étranger^ Mgr d'Herbomez, de la Colombie anglaise, venait aussi assister aux merveilles de Bois-d^Haine. C'est devant lui que s'est passé un fait miraculeux dont nous parlerons bientôt. Monseig:neur se mit à réciter devant Louise en extase VAve Maria dans la langue des sauvages, et aussitôt l'extatique s'associa à la prière de l'évêque par ses sourires et ses tressaillem^s de joie. M. l'abbé Mortier, supérieur du collège de Bavay, qui accompagnait Mgr d'Herbomez» a dressé le procès-verbal de cette séance extraordinaire. "
Le 8. octobre, toute une famille anglaise fut admise dans la chaumière. Le chef protestant récita en anglais le Pater et VAvCy et Louise répéta les mêmes" démonstrations. Je n'ai pas besoin d'apprendre à mes lecteurs que Louise Lateau, en fait de langues, ne connaît absolument que le français^ qu'elle ne possède l'intelligence de toute espèce de langues que pendant l'extase et seulement dans le cercle restreint de la prière récitée ou chantée. Ce sont les prières en effet qui ont amené à découvrir que Louise était également sensible dans son extase aux chants liturgiques.-^ Depuis cette époque, une foule d'expériences ont été faites les ven*