‹ Les stigmatiséesChapitre 16 sur 30 · L. LATIAtJ · texte numérisé non relu

L. LATIAtJ

ftome et placée, ptf ordre du pape, sons la dkectiea de Miiit Philippe de Néri, à Teffeit d'éprouver son véritable esprit. La présence du Très-Saint- Sacrement donnait tant de joie à la servante de Dieu, que cette allégresse se manifestait an dehors : On eût dit qu^eile <xmtemplait face à faeé et sans voile le divin Sauveur. Un pré^e, à la persuasion de ipielcpies incrédules, se p^mit de lai présenter, dafïs une église de Rome, ime hostie odu consa^ crée, afin de faire l'épreuve de Tesprit cpn ranimait. Mais la &ainte> au lieu de donner le moindre signe de joie ou de Vénération, détourna les regards et demeura immobile. Interrogée pourqndi elle ne rendait pas au Très^aint-Sacrement lesliommages qui lui sont dus : «c Ce n'est pas là le Seigneur mon Ôieu , répondit-elle ; croyeï-vous que je doive adorer un simple morceau de pain ? i» Ce fait, rapporté à saint Philippe de Néri et au cardinal de Saint-Séverin, leur causa la plus grande admira^* tion, et ils publièrent hautement qu'Ursule était animée du véritable esprit de DieUi

Sœur Ângelini, qui fut stigâiatisélB, affirmait à son confesseur qu'au moment de communier^ elle voyait toujours l'hostie lumineuse. Oa lui doima un jour une hostie non consacrée ; elle le reoonmity la déposa sur son mouchoir, et la rendant au prêtre, ie supplia de la communia véritablement. «^On trouve indiqué un exemple semblable dans le Veriéicus chrisHanus , vieil ouvrage du père jésuite Bavid ; mais, n'ayant pas le livre à ma ^dispositioiit |« n^ai pu le vérifier.

Itour Ursule A««ir n» craignait pas de £ra àaon

confeisseu? que, si un prêtre se permettait rfelul donner à la communion une hostie non consacrée, elle le reconnaîtrait au manque de douceur ineffable que lui causait l'Eucharistie,

Ida, de Louvain, a été la première femme qui ait été stigmatisée ; la bienheureuse le fut probablement peu de temps après saint François. Elle était extatique. Quelque êloignée.qu'ellefàt d'une église, elle reconnaissait toujours le moment de la consécration. Elle fit un jour visite à une religieuse recluse qui cachait soigneusement chez elle une hostie consacrée. Ida le connut, lui fit avouer son secret et lui envoya une lampe et de l'huile pour honorer extérieurement la présence réelle.

La bienheureuse Sibilline de Pavie, du tiers-ordre de Saint-Dominique, morte en 1367 à l'âge de quatre-vingts ans, passa la plus grande partie de sa vie dans un ermitage adossé au couvent des Frères prêcheurs. A l'âge de 15 ans, elle se prit à demander à Dieu la grâce de recouvrer la vue, qu'elle avait perdue depuis quelques années; mais Dieu lui envoya une extase dans laquelle il lui fit contempler une lumière céleste si belle qu'elle perdit à jamais le désir de revoir la lumière d'ici-bas. Quoique aveugle , elle reconnaissait toujours la présence réelle dans Thostie consacrée, soit qu'où célébrât la piesse dans son ermitage, soit que le prêtre passât devant sa porte en portant le saint viatique aux malades. Un joTir, le curé de la paroisse passa devant sa demeure pour aller administrer un inoribond, L^hostie de la custode n'était pas consacrée. Sibilline s'en aperçât au défaut de la douceur iaèffiible qud

lui causait la présence réelle sous les espèces «ucharistiques. Soupçonnant la faute, elle fit appeler le prêtre qui lui confessa sa négligence et son péché.

Le bienheureux^ MercolinOt de Forli, mort en .1397, était souvent pris de Textase avec élévation, plus souvent encore du sommeil extatique. Alors il semblait dormir, ne sentait et ne voyait rien; mais, sitôt que la cloche sonnait pour annoncer le moment de Télévation pendant le saint sacrifice, le bienheu* reux sortait immédiatement de son extase et courait adorer Notre-Seigneur descendu sur l'autel. Deux cent cinquante ans après sa mort, son corps perse* vérait dans l'état d'incorruption.

Qui n'a entendu parler, même de notre temps, du célèbre capucin saint Joseph de Cupertino, le plus grand extatique connu? Sa vie se passa presque en extase. Dans sa -marche mystique, il s'élevait dans les airs, entraînant souvent avec lui ceux qui voulaient le retenir et volait comme un oiseau. Plusieurs fois^ dans ces états extatiques^ on le vit prendre son vol en pleine église vers le tabernacle, y jrester longtemps attaché et suspendu au milieu des flambeaux allumés sur Tautei qui respectaient jusqu'à ses vêtements.

On lit dans les actes du procès de canonisation de saint François Borgia : — a Ce fut en lui un insi* gne et presque continuel miracle^ disait le pape Clément IX, qu'un instinct divin l'avertissait du lieu où se trouvait la sainte Eucharistie, en sorte qu'en entrant dans une église il sentait aussitôt en quel endroit était conservé le Très-Saint-Sacrement, lors même qu'il n'y avait point de lampe allumée

de vaut raufolpotur, indiquer la présence de Notre- Seigaeur, S'il entrait d*aventure dans quelque église où la lampe brillfiit devant Tautel, quoiqu'il n'y eût pas d*hosties consacrées dans le tabernacle, sa douleur se manifestait sur tout son visage et dans tout s<on maintien, et il ne manquait pas de faire remarquer aux prêtres et aux sacristains combien leur négligence était coupable. »

Jeanne-Marie de la Croix, stigmatisée de Roveredo, sentait dans les prêtres un parfum délicieux, effet de la sainte Eucharistie qu'ils avaient prise le malin et qui la jetait promptement en extase. Voici ce qu'elle raconte à ce sujet dans les mémoires qu elle a laissés : <c Une de mes amies avait un fils chez les Carmes déchaussés en Allé* magne. Etant venu voir ses parents, il demanda à me parler. Sa mère me fit appeler ; à peine fus-je en sa présence que je sentis en lui la sainte Eucharistie, et j'eus un ravissement qui dura près de trois jours sans interruption. Lorsque jerevenais un peu à moi, la mère de ce bon religieux me l'amenait aussitôt, et je retombais de nouveau en extase, sentant toujours le saint parfum qu'il exhalait. Une autre fois, étant en voyage le jour de Sainte-Marie-des-Neiges, je me trouvai assise à table près d'un prêtre, et l'odeur de la sainte Eucharistie me donna aussitôt un ravissement qui dura tout le jour et une grande partie du lendemain. La même chose m'est arrivée une infinité de fois encore, et lorsque je me mettais aux pieds du prêtre pour me confesser, il était souvent obligé d'attendre ou de se lever, jusqu'à ce que je fus^^reVeaùe à moi, v»

Dans son enfance, lorsqu'un prêtre venait à pas* ser avec ou sans le Tr^s-Sàint-Sacremeût, ji une dis* tance plus ou moins considérable de la maison de ses parents ou de l'endroit où elle gardait les vacbeSi Catherine Emmerich y courait aussitôt, afin de recevoir la bénédiction du divin Sauveur présent sous les espèces du pain, ou du moins celle dé son ministre. Plus tard, pendant sa vie de stigmatisée, c'est elle-même qui Ta raconté, un di* manche de la Sainte-Trinité, comme tout le monde courait çur le devant de sa maison pour voir passer la procession du Saint-Sacrement, étant demeurée seule, elle tomba tout à coup en extase. Elle vit toute la procession, les personnes qui en faisaient partie et le Saint-Sacrement, et quand elle revint h, elle-mêmei elle se trouva agenouillée à l'extrémité de son Ut, L'un de ses directeurs a déposé le fait suivant : -^ « Je disais mon bréviaire pendant que la malade était en prière extatique, les yeux fer* més> Il y avait bien une heure que cela durait lorsque je finis mon bréviaire. Alors les douter du professeur B. se présentèrent à mon esprit et une idée me vint, je ne sais comment. Je me souvins que l'abbé Lambert dans sa messe du matin avait consa^ cré deux hosties, afin d'en réserver une pour donner la communion à la malade le jour suivant.. — Ne serait-il pas permis, me dis-je en moi-même, de la mettre encore une fois à l'épreuve, ne faisant cela, ni par vaine curiosité, ni à mauvaise intention ? J'allai donc prendre l'hostie consacrée, je la mis dans un corporal autour duquel j'enveloppai une étole et je 1a portai chez la malade. Lorsque j'en-

tt$ii dans la chambre, elle était encore en prière, et dans la même position qu'avant : mais je n'ens p^splus tâl mis le pied sur le seuil qu'elle se releva à la hâte et avec un grand effort, tendit les bras et tomba à genoux en adoration. « Qu'avez-vous ? » lui demandai-je, mais elle s*écria : a Ah ! mon Seigneur «fésus vient à moi arec le tabernacle. )> Je la laissai adorer le Saint-Sacrement pendant quelque temps, puis je le remportai (1). »

Catherine Emmerich mourait en 1824: dix ans après, Marie de Moerl commençait à être stigmatisée. Cette extatique célèbre, morte seulement il y a cinq ans, avait la conscience de toutes les messes que Ton célébrait dans les églises de Kaltern, à quelque heure que ce fiït, et elle y assistait d'intention. Elle percevait aussi le moment de Télévation et celui de la communion ; elle était, pour ainsi dire, présente aux divins mystères. Si quelquefois il lui arrivait de se coucher avant Tun de ces moments, elle se relevait tout à coup, s'agenouillait, baissait la tête, fermait les yeux et inclinait tout son corps, comme si elle' était devant Tautel. Deux voyageurs à qui le fait avait été rapporté voulurent le vérifier : ayant donc accordé leurs montres et s'étant rendus, Tun dans la chambre de Marie, Tautre à l'église, ils constatèrent cette merveilleuse particularité. Même chose arrivait lorsqu'on donnait la bénédiction du Saint- Sacrement. Un jour, par exemple, qu'elle était debout sur son lit, on la vit au milieu de l'extase, se

(1) Vie de Cath. Emmerich, par Schrύjer, 1. 1, p. 430.

jeter à genoui^ et indiner ^roUmàéjfXBjkt la tète. Peu de minutes après, on entendit la docUe de Té* glise des Franciscains sonner la bénédiction, laquelle pourtant^ dans cette église, ne se donnait pas à des heures et à des jours déterminés. Le premier dimanche de chaque mois, le Samt-Sacrement, porté processionnellement dans les rues de Kaltern^ passait devant la maison de la famille Moerl. Marie, toujours en extase, témoignait par ses mouvements qu'elle suivait la marche de la procession à trayers la ville, comme TaiguiUe aimantée se tourne vers le pôle« Quand le Saint-Sacrement arrivait sous ses fenêtres, elle se soulevait un .peu au-dessus du lit qu'elle ne touchait plus qu'un peu de l'extrémité des pieds. Dès que le Saint- Sacrement avait passé, elle reprenait sa première position. Un jour, pendant qu elle était en extase sur son lit, le prince Lichnowsky fut surpris de la voir se tourner subitemeuj; vers la fenêtre. Ni lui ni les personnes présentes ne savaient ce que cela voulait dire, jusqu'à ce que, ayant regardé dans la rue, ils virent porter le saint viatique sans clochette et sans rien qui pût indiquer son passage.

Qaod non capis^ Quod non vide», Animosa firmat fides Prêter rerum ordinem.

GBAPITRI! DIXIÉUTË

Souffrances diverses. «^ Lumières* — Obsession diabolique. — Étude sur quelques points de Fextase. — L'enquête de l'àme. — Théologie mjstiqaé.

Après Vétude des phénomènes si extraordinaires, que présente Textatique de Bois-d*Baine, viènt.natureUement Tétude de r^me. Qae se passe*t-il dans Tintérieur de Louise ? Quelles sont les dispositions de son âme au milieu de cet état singulier d'extases et de stigmatisation ? Impuissante à produire par elle-même ce double phénomène, comn^ent s*y associe-t-elle? Par quel travail mystérieux la jeune fille est-elle arrivée peu & peu au degré présent de développement extatique ? Cette enquête psychologique a été faite par diverses personnes autorisées. J*ai pu, d'après les nombreux témoins qui l'ont interrogée et les notes qui m'ont été communiquées (1), étudier un peu cette partie complémen-

(1) C'est surtout dans les notes du Père Séraphin qtt&j'ai puisé les éléments de cette élude. J'ai lâché de reproduire loeaque textnellement les réponses de Louise & toutes les questicot; qui lui ont été posées.

taire et importante des faits merveilleux <pii se passent à Bois-d*Haine.

En abordant ce sujet délicat, je vais essayer de soulever discrètement le voile qui le cache et qui ne s'ouvre entièrement que pour ceux qui, par la confe^ion, peuvent descendre dans le for clos de la conscience ; cela me permettra en outre de revenir sur quelques points importants de Textase, et sur Tétat psychique de Louise durant ' ce moment soleapeL

Louise a toujours désiré defuîs son en&iice soufi» frir pour Tamour de Dieu. Elle avait l'habitude de prier pour la conversion des pécheurs ; mais elle priait surtout pour le repos des âmes du purgatoire : Ça été ma prière depuis mon en/dwcé,a-t-eHe dit plusieurs fois. Elle pensait souvent aussi à la passion de Notre-Seîgneur; c'était même là sa pensée familière, habituelle; elle s'y sentait portée, soit en faisant le chemiù de la croix, soit autrement, et cette méditation lui faisait comprendre déplus en plus la nécessité de soufiStdr. Cfes dispositions se sont singulièren^ent accrues après sa grande mala« die ; elles ont été le travail préparatoire au développement psychique survenu avec la stigmatîsa* tion et l'état extatique (J).

p. Séraphin, qui a paru dana le journal La bonne lecture :

« Dieu a toujours en sur la terre des âmes d'élite qui^ jf^ la sainteté de leur yie^ par leurs prières et leur amour pouip les souffrances, expient, au moins en partie, les crimes de^ grfinSii pécheurs, les crimes des nations, et qui apaisent la colère divine. On l'a TU dans sainte Angèle de FoUgno, dans la bienheureuse

dbyGoogk

Louise souffre coQtinuellement, mais à des degrés divers. Ses souffrances sôni à la fois corporelles et

de Maaioa^) dans la bienheureuse Alix ou Àlize de âckàerbeeck et ésas d'autres saintes âmes qui, eu mille rencontres, ont exercé Toffioe de réparatrices et de victimes expiatoires «oprès de 0leu^ et qm, par leurs prières et leurs souffrances^ ottt retardé au moins le» châtiments du Ciel que de grands couçilldes avaiort méiûtés par leui» péchés, »

u Voiià ^Épédaénieiit ce ^ue j'ai vu à Bois-d'Haine dans la persoiiBe de Lduiae Lateau» surtout le vendredi saint 1871. J'ai vu xsëtte pauvre et vertueuse ^Ue sous le pressoir de la souffrance; ^ety en la voyluit ainsi aouffinr, je n'ai pu m'empécher de me dire ea inoi*'môme i Voici la ^ctime d'expiation pour les crimes qui §é ciWiBieUeat en ce' sMimeiitt surtout à Rome et â Paris; et quand, quelques jovon ploa tard, oes tristes nouvelles des deux ^ffekaÛ69 eapitales de rEuroiie eont venues à ma connaissance avec leurs affireux détaik^ je n'y ai vu que la confirmation de moti prëssetiliiBeiat. »

« Les Mufll^ansos de tiOuise» disparues tout à coup le 8 décembre 187(^ neparareat de ao'UVeau et s'accrurent à l'approche du ^arèàie de iSU et augfftentèient d'intensité à mesure que le oaréme avançait. Le jour des Rameaux (2 avril), Louise eut le lidèsentiment qu'elle souffrirait, cette semaine, beaucoup plus fiiè pair le passé et surtout le vendredi saint. Ce pressentiment rêVeîUa eo. elle de désir de souffrir davantage, et ce désir allait leajfoors en tngsaeiaiaiBi, A mesure aussi que la semaine sainte touchait àaèn teiMaey le martyre de Louise devint plus rigoureux. La suit du jeudi au v<eadredi saint» les stigmates s'ouvrirent à t*ordinatirè, qti<»que avec un surcroît de douleur qui n'avait pas en Mett dans les vendredis précédents* Mais c'est dans la matinée ût ce venckecU à jamais mémorable que je vis chez Louise ce «[de je n'avais januâs vu jusqu'alors et ce que je n'ai plus vu dans ik teite. fille ^ait réduite & un véritable état d'agonie qui duf a éeè Itoures èntltoes« On l'aurait dite presque mourante ou en dan* ger évident de mort; elle-même dit qu'elle allait peut-être moutir èe jour-^ Son eonfesseur la visita vers 9 heures et demie, et il^.lM^eflqiie ef&ayé. M la trouva affaissée et accablée sous fépcfkàs de la.80uffi?apce» Elle était incapable de prononcer une fttote qui i^t étt« fâeil^ai^kt oamprise* Sa langue était embari el aembiait «'être épaitsie» k peine Louise pouvait-elle

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spirituelles. Ce n'est pas tant le corps qui soùflFre en elle ; c'est , dit-elle, sa personne » c'est tout

balbutier quelques mots qui, le plus sonvent, restaieni inconi^iiB. Son regard, contre son habitude, était dans un 'mou^emoat continuel; on eût dit le regard d'une âme em proie à des peines atroces dont elle ne saurait donner l'explication. Si je ne Tayais pas connue auparavant, je l'aurais prisé pour une idiote. Par mobxents, elle exprimait au naturel ce que nous appelons VEcce Homo. Par son regard et par ses mains, elle se]iâ>Uii continuellement à la recherche d'un objet qu'elle ne pouvait jamais saisir. Elle froissait et épluchait du bout des doigts, à la manière des mourants, tantôt son tablier, tantôt son mouchoir, tantôt un autre linge qu'elle avait auprès d'elle.^antdt elle le laissait tomber, tantôt elle le ramassait; elle le laissait tomber encore, pour le ramasser ensuite. C'était la carphologie qui se voit souvent chez les mourants. Parfois elle se baissait pour ramasser un objet que personne ne voyait; un peu plus tard, elle se levait et marchait malgré toutes les douleurs qu'elle ressentait dans les pieds, chose qu'elle n'a jamais su faire les autres vendredis ; un moment après, elle s'asseyait de nouveau, sans trouver de repos. »

« Son confesseur lui demande : Maiê «'«oez-toiif pai, louise^ demandé à Dieu de soufflrir moinf gué celât ËUe répond comme une personne qui a perdu la parole, et^ en coupant et en répétant les syllabes, elle dit enfin d'une manière à peine inteUigible : î^w,., au contraire,.^ La volonté du bon Dt«K... Un peu plus tard, M. le Curé lui dit : « Louise, n'avez*vous pas demandé de souffrir pour les autres? » Elle répond : /e demande toujours de sauffi-ir pour les autres : f offre toutes mes souffrances pour le Souverain Pontife, Elle ajoute avec beaucoup de peine que les douleurs de l'esprit sont inexplicables, et que, quant au corps, il n'y en a pas une seule partie qui ne soit dans la souffirance. « Vous ne mourrez pas sans avoir reçu l'Extrème-Onction, lui dit encore son confesseur. .— J'espère que non, répond-ellé. — Etes-vous inquiète? lui dit enfin son directeur. — Oh! non, » répond-elle d'un air toujours souffrant et toujours résigné.»

« M. le Curé ne crut pas prudent de la laisser séule^ et, de retour chez lui, il m'engagea à le remplacer auprès d'elle. Je la trouvai dans le même état de souffrance que je viens de décrire* Au montent oii je l'abordais, elle me reconnut; un peu plus tard, ehc me prtt pour un ministre j^rotestant^ ce qui me caaaa une

rhomme qui souffre en moi, — Les souffrances sont plus fortes aux approches du vendredi, quand elle ressent les prodromes de Textase'et de la stigmatisa-

certaine hilarité qui fit sourire Louise elle-même, toute souffrante qu'elle était. Elle balbutiait presque continuellement des paroles que je ne compris guère, malgré toute l'attention que j'y mettais. Ce jour-là, les souffrances reculèrent Textase d'une heure et demie. Je croyais que l'extase n'aurait point lieu, quand, à deux heures et trois quarts, je vis tout à coup Louise absorbée en Dieu. C'était l'extase qui commençait à l'ordinaire, et qui changea, en un clin d'oeil, les traits de son visage. Toute trace de souffrance disparut en ce moment. Cependant, après l'extase, on vit de nouveau chez Louise un reste des souffrances précédentes; et, d'après le rapport de M. le Curé, elle en conserva les traces pendant deux ou trois jours.

« Quelle différence entre Rome, Paris et Bois-d'Haine dans celte semaine sainte ! ajoute le P. Séraphin. À Rome et j^i Paris, on ne fait qu'insulter Dieu; à Bois-d'Haine, on expie ces crimes. A Eome et à Paris, Dieu fait semblant de ne point voir les abominations qui s'y commettent; à Bois-d'Haine, Dieif exerce avec miséricorde une partie de sa justice sur une vertueuse fille, et il accepte ses prières et ses souffrances en réparation du mal qui se fait dans les deux principales villes du monde civilis-^. A Rome et à Paris, c'est le démon qui aveugle les hommes pour les rendre malheureux; à Bois-d'Haine, c'est la justice divine, tempérée par la miséricorde, qui frappe l'innocent pour épargner les pécheurs et pour leur donner le temps de se reconnaître et de faire pénitence.

t( Louise souffre donc pour expier les péchés des hommes et pour le bien de l'Eglise. Ce jour-là surtout, le jour du vendredi saint et la semaine sainte tout entière. Dieu ne la faisait souffrir que comme victime d'expiation et comme personne spécialement choisie pour cela. J'en suis d'autant plus convaincu, que je sais pertinemment que, pendant le même carême, pendant la même semaine sainte, pendant le même vendredi saint, deux autres stigmatisées, que je connais de réputation par le canal de leurs directeurs, et qui sont plus élevées en sainteté que Louise, ont souffert plus qu'elle, et ont expié, sous le pressoir de la souffrance la plus aiguë et la plus extraordinaire, les nombreuses abominations qui avaient lieu en Italie et eu France. »

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