SŒUR SAINT BERNARD DE LA CROIX
.Cette intéressante notice est complément inéàite. Rédigée par la supérieure de U comwuiAuté où &QSur saint Bernard a vécu, elle .m*a été communiquée par le directeur de cette stigmatisée, avec autorisation de la publier. J'ai eu entre les mains le manuscrit même de madame la supérieure générale, aujourd'hui décédée.
Notre chère sœur naquit à le 31 août 1820^
et reçut à son baptême le nom d'ADgélique. Dès son enfance, Jésus l'invita à boire au calice d'amertumes dont \e divin Sauveur fait or^inairem/tjnt part à ses élus. Les vertueux parei^ts d'Angélique subirent de rudes épreuves qu'elle adoucit par ses soins et sa tendresse.
Jeune encore, elle perdit son père, vit plusieurs fois sa mère aux portes du tombeau, et fut obligée de prendre soin de ses frères et sœurs, plus jeuQes qu'elle. Cette enfant de bénédiction se mitgaiement aux travaux pénibles que nécessitait une position à laquelle elle n'était point accoutumée, et sa piété filiale lui en facilita l'exécution. Dès lors Dieu se communiquait à cet.te âme fervente et la favorisait
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aimer de ses sœurs par son caractère franc et gai, et surtout par son impartiale charité. '
Rien d'extraordinaire ne la fit remarquer pendant les premiers mois qu'elle passa en religion. Sa vie était simple et régulière ; mais le foyer d'amour que Dieu avait soin d'entretenir dans le cœur de sa future épouse donnait à toutes ses actions un prix inappréciable. Elle fut revêtue de Thabit de notre ordre le 16 janvier 1843, et reçut le nom de sœur saint Bernard. Le même jour, sa sœur aînée prononça ses vœux. M. B , vicaire général, célébra
la cérémonie.
Le 2S mai, les stigmates de sœur saint Bernard lui occasionnèrent d'affreuses douleurs et l'obligèrent à se mettre au lit. N'ayant pas encore des preuves certaines des vues de Dieu sur notre nouvelle novice, 'nous fime^ appeler le médecin; il jugea la maladie grave et annonça qu'il craignait une paralysie; c'était un vendredi, jour où les souffrances surnaturelles se font sentir ordinairement avec plus de force. Il promit de revenir bientôt, jugeant que de prompts secours étaient nécessaires. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque le lendemain il vit sa malade debout et en parfaite santé ! Il avoua qu'il ne connaissait rien à ce mal, qu'il n'était pas naturel.
Cependant la novice croissait en ferveur et s'élevait de jour en jour dans la pratique de l'oraison : elle nous^ assuré plusieurs fois, en nous rendant compte de sa conduite, que, pendant tout le temps de sa méditation, il ne lui venait jamais à l'esprit une seule pensée inutile. Nous admirions les des-
seins de Dieu frureetteiàme ardente; «lais, crai^aut poiir elle lesilluaioos û subtiles de HaflKmrHptfepre, . nous nous appliquieiMS aurloot à la-tofiif dans Vèsimilité, éprouvant ou toutes peikeoBAres «a firerUi; et il nous est doux de Im rœdre le témoignage que toujours nous U trouvâmes docile h nos a>4a.
Ne sackant toatefois jusqu'à quel f^oib^nous devions ajouier foi aux ^âces eximorâinaises que sœur saint ^rnord prétendait reoeyok du célesje époux, nous Im recammanâftmes de çcier Dieu qu'il daignât nous on donner une pi»uve,^a jwdant visibles les plaies sacrées dont elle fess^ait depuis plus de trois ans la dottieur,6ans cfu^ancu&e marque extérieure fie fiât manifestée.
IN ous partîmes de ... le 6 décembre dM3, et pendant noitre absence^ i Vbéifldante novioe fit ee que nous lui avions recommandé.
Le 2d avril d844, .Die» Mauça les ipdères de sa servante, et les plaies de .ses mains parurent. Nous étions de retour de notre voyage depuis âe i février; iayant vérifié le fait par nous-mêmes, inous en restâmes >c€akvainous.
Le5fiinai,sio«is v4:mes4es oiLTectures denses pieds: il en sortit d'abord de Teftu, p^iiis d« sang. I^ ^' une plaie jsanguinolenlie fiacat ,à tsosi côté gauche. Elle était absorbée dans la douleur et la toistesse, quand Notre -Sei^eur, lui apparaissant daftsuB nuage noir, lui dit q«ie ce qiu^eÛe endurait «était rien oomfMiirativen^ent à «es pcopres souffrasioes et à celles cpi'iU lui réservait dans Tavenir.
Ses douleurs se renouvelèrenft .preisquetouBJ^s vendredis avec une telle violence, qu'il lui était
kapossible de reteuir les cris c[a' elles lui arrachaient. Elle était obligée de s'étendre sur ua lit où, après avoir coatemplé l'agneau sans tache immolé par ses bourreaux, et avoir compati à ses sou£Pranees, elle coounençait à subir le même traitement. Alors les plaies de ses pieds et de ses înaius s'ouvraient, et il en découlait du sang. Assez ordinairement ses bras s'étendaient en forme de croix, et ses tourments n'eussent plus été supportables sans une grâce toute spéciale qui la soutenait.
M. de..., vicaire général et directeur de notre maison, de concert avec nous, vu les grâces ex« traordinaires dont Dieu comblait sa servante, voulut hâter le moment qui devait l'unir plus étroitement encore au Seigneur par les vœux de religion; et la fête du Sacré Cœur de Jésus, 14 juin 1844, fut choisie pour Timmolation. Tout était prêt, et sœur saint Bernard, heureuse de se consacrer à son Dieu par un don irrévocable, appelait de ses désirs le moment du sacrifice ; mais le divin Maître voulait conduire son épouse bien- aimée par le chemin royal ' de la sainte Croix qu'il avait choisi pour lui-même. Soit par un oubli volontaire de son directeur, soit par une permission de la Providence, le jour si ardemment désiré se passa dans l'attente, et la cérémonie n'eut lieu que le lendemain, IS juin ; elle fut présidée par M. de ... .
C'est ainsi que toutes les joies do cette fidèle épouse étaient mêlées do quelque amertume, afin que son cœur, détaché de plus en plus des douceurs SQUsibles^ ne put mettre sou contentement (|u^danB la volonté d^ Dieu.
Le 16 septembre, elle entra dans un ravissement et resta deux jours entiers comme hors d'ellemême, les yeux constamment élevés vers le ciel. Elle nous assura depuis que, le 18, elle avait reçu la sainte communion d'une manière surnaturelle, et qu'à ce moment elle avait goûté une joie ineffable.
Quelque temps après, sa charité la porta à demander à Dieu de délivrer une jeune personne attaquée de violentes tentations contre l'aimable vertu, s'offrant à les éprouver elle-même. Sa prière fut exaucée ; et pendant trois mois, le démon lui livra de si terribles assauts qu'elle craignait à chaque instant d'y succomber.
Au commencement de l'année 1845, sœur saint Bernard sollicita auprès de nous et obtint la permission de demander à Notre-Seigneur que les marques extérieures de ses grâces disparussent. Dieu lui accorda cette faveur sans rien diminuer néanmoins de ses souffrances. Sou bon Maître, dans les entretiens familiers dont il la gratifiait quelque- • fois, l'engageait à les supporter avec patience et amour, pour lui conquérir des âmes. Il lui en fit voir plusieurs qui, pour la première fois, se prosternaient à ses pieds, et lui dit que ces conversions étaient le fruit des douleurs qu'elle avait endurées. Cette vue ranimait son courage et lui donnait de nouvelles forces pour marcher dans la voie hérissée d'épines où la divine Providence la conduisait.
Cette chère sœur avait aussi reçu de Dieu le don de découvrir ce qui se passait dans les lieux où elle n'était pas. Un jour, elle vit en esprit trois novices qui parlaient au dortoir; peinée de cette infraction
à la règle, elle nous en prévint et les coupables furent prises sur le fait.
D'autres fois, Jésus lui demandait qu^elle souffrit pour des religieuses peu ferventes, voulant que son épouse chérie fut comme lui une victime de propitiation, toujours prête à s'immoler sur l'autel du sacrifice.
Dans un de ses entretiens familiers avec Jésus, il lui fat dit de souffrir pour le bien de notre ordre qui devait être fortement ébranlé; mais qui jouirait ensuite d'un grand calme et qui deviendrait trèsflorissant. Bien que Texpérience ait appris à notre chère sœur que la main de Dieu frappe quelquefois de ruies coups sur les victimes de son amour, elle accepta avec résignation et même avec joie le calice qui lui était offert, se trouvant trop heureuse de contribuer ainsi au salut des âmes et à la gloire de son divin Maître.
Vers le milieu du carême de cette aanée 184S, les plaies^e ses stigmates se rouvrirent et, tous les vendredis, les douleurs intolérables au'elle avait endurées précédemment se renouvelèrent.
Après Pâques, nous fûmes obligée de quitter notre communauté de... pour visiter celle de... ; sœur saint Bernard nous accompagna. -
A notre arrivée, les religieuses de cette maison manifestèrent beaucoup de plaisir de posséder, au moins pour quelque temps, une sœur qu'elles savaient être prévenue des bénédictions célestes. Sœur saint Augustin, qui travaillait depuis deux ans avec zèle à la sanctification des âmes dans notre refuge de...^ était alors dangereusement malade; ce fut L. Lateau 15
pour elle une grande consolation de revoir sa so^ur si tendrement chérie; mais sa joie dura peu : elle mourut bientôt après dans les bras de sœur saint Bernard, qui accueillit cette nouvelle croix comme uuQ précieuse partie de Théritage que lui avaitconfié le Sauveur.
Notre chère sœur resta à N... jusqu'au mois d'octobre; dans cet intervalle, rien à l'extérieur ne manifesta les dons surnaturels dont elle était favorisée. Une seule fois, le jour de l'Assomption, elle eut une extase d'une heure et demie, pendant laquelle Jgsus lui adressa de vifb reproches sur ses infidélités. Il lui montra l'âme d'une des religieuses de l'ordre, lui disant qu^elle était beaucoup plus agréable à Dieu que la sienne, parceiju'elle ne désirait et ne refusait jamais rien, se résignant en tout au bon plaisir du divin Maître. Sœur saint Bernard vit en même temps cette religieuse fervente étendue sur la croix et recevant ^l'empreinte des sacrés stigmates, sans toutefois que les marques en parussent extérieurement : elle seule put les voir. Cette vue et les reproches qui lui avaient été adressés couvrirent de confusion notre chère sœur ; elle redoubla d'amour envers Jésus et d'attention à correspondre à la grâce.
Le temps de l'Avent se passa en grandes consolations pour sœur saint Bernard; la nuit de Noël, l'Enfant Jésus lui apparut sur l'autel dans un nuage blanc. Deux religieuses ont affirmé l'avoir vue en extase pendant la sainte messe. Elle eut plusieurs fois la même vision pendaut l'octave de la fête; mais elle voyait le divin Enfant tout ensanglanté
et entouré d'un nuage hoîf. Ces apparâlion» o^Wtet lui amvaient orâinairement au moBteal de la opmi munien.
Le 27 janvier 1946, la couronne d'épines don^ sœur saint Bernard ressentait depuis longtemps l'empreinte, parut peur la promise fois. Le sangdécoula de sa tdie avec abondance» et Teffutton s'en renouvela tous les vendredis jusqu'à Pâques, atasi que ceHe des pieds et des mains.
Dès le jeudi soir, l'appréhension des soi^anœs du lendemain occasionnait une espèce d'agoaie à l^ victime ; plus d'une fois on fut obligé de l'emporte» du chœur, où etie était tombée en défaillance. A eelte pénible attente se joignaient d'horribles ten^ tations d'impureté et de désespoir. Qitelquefiois même le démon la frappait rudement, et l'on »f parvenait à la délivrer de ses étreii^tes evuelles que par dei^ aspersions d'eau bénite, par la vénéeation des reliques des^ saints, eiji larécitelâeii dea aeles de foi, dTespéi^ance et de charité.
La passion de notre chère sœur eoBamençait tour» jours le vendredi de 1 1^ heures un qiuurt à k* heunee et demie. Jusqu'à midi, eUeressentaât toutes tes doiiteurs du crucifiement. Ce supplice lui faissait pous^ ser des cris si déchirants qu-iî était impossible de n^en être pas ému. A midi, elle perdait l'usage de ses sens jusqu'à trois heure». Tout ce temps«là^ sa figure portait l'expression de la morii
Le vendredi saint, la plaie de sa main gauehe perea de part en part, ce qui n'était paa^ encore a»rivéi Pendant tout le carême, celles des pied» aMÎMit
été si profondes qu'elle ne pourait se tenir debout jusqu'au dimanche. Plusieurs anciennes religieuses furent témoins de ce sanglant spectacle. Quant à la plaie du côté, elle n'a été vue que de notre assistante et de nous : elle était très -large ; il en sortait d'abord de l'eau, le sang venait ensuite.
M. de *** la vit plusieurs fois dans cet état de crucifiement, ainsi que M. M***, aumônier de notre maison. — M. A..., que notre communauté a toujours vénéré et affectionné comme so^ véritable père, la vit pour la première fois le 6 mars 1846, . et dans son saisissement, il se jeta à genoux pour adorer le divin auteur de cette merveille.
Le vendredi 13 mars, M. **\ économe du grand séminaire, ayant obtenu de notre père Â..., sur la promesse d'un secret inviolable, l'autorisation d'être admis à contempler cette scène de douleur, se rendit sur les onze heures à notre communauté. Nous avions en ce moment auprès de nous sœur saint Bernard qui ne se doutait nullement du motif de cette visite; nous l'envoyâmes chercher ce monsieur au parloir, pour l'introduire dans notre chambre. Après avoir rempli sa mission, elle se retira et se rendit à la lecture spirituelle prescrite par la règle. Avant la demie, le sang commence à sortir du front de la victime, les plaies s'ouvrent et elle est obligée d'aller s'étendre sur sa croix. Nous lui avions assigné pour ces occasions un lit placé dans une chambre contiguë à la nôtre. M. B... l'entend venir, il est prévenu de ce qui va se passer; bientôt les cris douloureux se font entendre, le sang coule en abondance de la couronne d'épines; à midi, elle
perd l'usage de ses sens. Alors nous introduisons auprès d'elle le respectable ecclésiastique. Il reconnaît la religieuse qui l'avait accompagné, fait laver par deux fois le sang qui découle des plaies, les examine avec attention et s'en alla ému et pénétré d'un saint saisissement.
Une heure après, M. A... vient voir la malade, s'agenouille à côté de son lit, rend grâces à Jésus des faveurs qu'il daigne accorder à une maison qui lui est chère, et s'éloigne convaincu que le doigt de Dieu est là.
Le vendredi saint. M.***, sous-secrétaire de l'archevêché, entra avec M. A... dans te sanctuaire des douleurs ; il eût été impossible de voir sans émotion ce spectacle. On pria un moment et l'on se retira pénétré.
Messieurs les docteurs B. . . et R. . . virent plusieurs fois notre chère sœur pendant ses agonies, et reconnurent, après de consciencieux examens, que son état était surnaturel.
Les plaies de sœur saint Bernard s'ouvrirent (Quelquefois au moment de la communion et d'autres jours que le vendredi, mais rarement et jamais toutes à la fois.
Après Pâques, le. Seigneur accorda un peu de repos à son épouse" qu'il destinait à un nouveau genre d'épreuves. Depuis les premiers jours de mai ■jusqu'au milieu de septembre, elle fut constamment entre la vie et la mort. Les stigmates ne s'ouvrirent plus ; mais des vomissements continuels mirent sa vie en danger.
Dans le courant de septembre, les plaies des pieds
{)ercèreiit d'outre en outre pour la première f^. Le Y0adredi 2 ootobre, la plaie du côté saigua, Pendaot le mois de novembrei sœur saint Bernard fut continuellement alitée »
La nuit de Noël, vu son état de souffrances^ nous la fîmes placer à côté de nous m chœur et nous vl^ mes le sang découler de ses mains pendant la messe. Le jour suivant, elle eut une extase d-'une heure pendant laquelle TËnfant Jésus s'entretint avec elle.
Depuis le 12 janvier jusqu*au premier mai, notre chère sœur ne quitta pas le lit ; d'un jour à l'autre on la voyait dépérir. Elle maailésta de nouveau à Dieu le désir de n'être plus favorisée d'aucun don extérieur, et il voulut bien y avoir égard. Pendant le carême elle éprouva tous les jours^ de midi à trois heiiras, les souffrances' qu'elle avait endurées les vendredis des années précédentes, et ce jour-là elles étaient beaucoup plus vives que le reste de la semaine; ses stigmates ne saignèrent qu'une seule fois*
Pendant la semaine sainte, nous craignions à chaque instant de la perdre, nous n'osions la quitter une seule minute ; il lui était impossible de faire le pli|s léger mouvement sans éprouver des douleurs qui souvent la faisaient tomber en défaillance. Le jeudi ^aint, étant uous-mème malade, et voulant assister à ses derniers moments, nous la fîmes pré^ venir qu'on la descendrait dans une chambre voisine de la nôtre, où l'Extrême -Onction lui «eroit administrée. Elle assura qu'elle ne mourrait point ^neora et que le jour de Pâques elle serait beaueoup
mieux. Nous crûmes à sa prédiction, et elle fut vérifiée. Un mieux marqué se fit sentir dès le vendredi soir et se soutint foule la semaine de Pâques. Les jours suivants, sœur saint Bernard fut atteinte d'une fièvre pernicieuse.
Aux soufi'rances physiques qui étaient excès-, sîves, se joignirent de fortes appréhensions de la mort. Les médecins, désespérant de la sauver, notre sœur assistante en notre absence lui conseilla de faire une neuvaine pour son rétablissement, afin qu'elle pût encore travailler à la gloire de Dieu, si telle était sa sainte volonté. Elle la commença avec confiance; déjà un mieux extraordinaire en annon- ' çait le résultat, lorsque son directeur vint la voir : « Résignez-vous à la mort, lui dit-il, et ne priez plus pour votre guérison. » €es paroles furent pour elle un coup de foudre, et à dater de ce jour le mal alla toujours croissant. M. B... avait été émerveillé du bon effet dès prières de la malade, et, convaincu qu'elle devait être guérie à la fin de la neuvaine, il revint la voir. La trouvant plus mal que jamais, il s'écria avec l'accent de la conviction : a Vous avez manqué de foi ; le miracle devait s'opérer ! »
Ce n'était pas la foi qui lui avait fait défaut; mais la victime du saint amour, ayant reconnu la voix de Diern dans celle de son ministre, sacrifiait à l'obéissance une vie qui avait été tme constante immolation, ^ dont cependatït elle voyait avec terreur approcher lé terme.
On lui administra l'Extrême-Onction dans le courant &a mois de juin, en présence de notre communauté, qui trouva dans cette touchante cérémosie
un nouveau sujet d'édification. Pendant sa dernière maladie, elle eut souvent le bonheur de communier; elle puisait dans Tauguste Sacrement les forces dont elle avait besoin pour se soutenir sur le chemin du Calvaire, où elle accompagnait pas à pas son divin époux.
Quelquefois elle nous disait svec tristesse : a Ah! ma bonne mère, bien sûr je mourrai sans avoir une de mes supérieures auprès de moi ! » Son langage nous étonnait, car nous ne la quittions presque pas. Voyant combien cette pensée la contristait, nous cherchions à la rassurer; mais, Dieu, dont les desseins sont impénétrables , trompa notre attente, et, comme elle Tavait prédit, cette consolation lui fut refusée.
Après avoir enduré des souffrances inouïes, sœur saint Bernard rendit doucement son âme à Dieu, le 24 juillet 1847, à sept heures et demie du soir. Une de nos sœurs converses, qui avait été laissée seule pour un instant dans la chambre de la malade, reçut son dernier soupir.
Comme sœur saint Bernard Tavait demandé au Seigneur, rien d'extraordinaire ne se manifesta en elle dans les derniers mois de sa vie ni à sa mort; à peine distinguait-on les cicatrices de ses stigmates.
La perte de notre chère sœur fut vivement sentie de toute la commimauté ; il semblait que Dieu, en rappelant à lui, nous enlevât la source de ses bénédictions. Son souvenir reste profondément gravé dans nos cœurs, et nous ne doutons pas qu^elle n'ait reçu dans le ciel une brillante couronne d'immortalité.
25 noTembre 1850.