‹ Les stigmatiséesChapitre 8 sur 30 · L. Lateau · texte numérisé non relu

L. Lateau

sons donc d'autres travailleurs défricher le^ sol de' la science à côté de nous ; il ne manquera pas sous nos pas ; et ce n'est pas trop de nos efforts communs et de nos communes sueurs pour y faire germer et fructifier la vérité. )>

A côté du professeur Lefebvre, auquel nous . devons cette belle étude sur Louise Lateau, il faut cher un autre médecin, qui a rendu à sa manière un beau témoignage à* la vérité des faits. 11 s'agit d'un libre-penseur qui, ayant été à Bôis-d'Haîne, a fini par croire au surnaturel et a fait lui-même un miracle, de par la grâce de Dieu, celui de sa propre conversion.

C'était pendant l'enquête, un vendredi, le 8 janvier 1869. Il y avait foule autour de la chaumière. Douze médecins avaient été autorisés à examiner Louise. Le docteur Delcroix, de Braine-le-Comte^ petite ville du voisinage, avait été chargé par ses amis libres-penseurs et francs-maçons de la localité de venir à Bois-d'Haine, à l'effet de surveiller et de démasquer la comédie cléricale qui s'y jouait. Le ctecteur était lui-même libre-penseur, et vivait publiquement en concubinage. Comme il était dépourvu d'autorisation, Tentrée de la chaumière lui fut refusée. Irrité de ce refus, il déclamait et gesticulait au milieu de la foule, quand M. Dechamps passa. Le ministre d'Etat s'arrêta pour se rendre compte du bruit qui se faisait, — Monsieur, lui dit vivement le docteur incrédule, on admet chez Louise Lateau des médecins catholiques dont le témoignage est acquis d'avance, et moi, dont les opinions rationalistes sont connues, on me ferme la porte! — M. De-

-champs lui répondit : a Si vous êtes médecin^ on ' TOUS laissera entrer, Connaissez-voas Ton des médecins qui se trouvent dans la chaumière? — Oui, dit M. Delcroix, je connais le docteur Alfred Boulain.» M. Dechamps appela M. Boulain, qui reconnut le -docteur et celui-ci fut immédiatement introduit dans la chambre de Louise, il y resta pendant plusieurs heures et examina avec attention les faits -extraordinaires qu'il avait sous les yeux. Ce jourlà, les médecins présentèrent à différentes reprises 4es ohjets bénits et non bénits à Louise ; lextatique souriait aux objets bénits^ et restait insensible •aux autres. Elle serrait les premiers dans sa main •et tenait alors son bras élevé ; qoant aux objets indiflérenfs, elle ne les saisissait pas et son bras, préalablement élevé pour l'expérience, retombait ^omme une masse inerte.

Le soir, les frères et amis de la libre pensée attardaient tous à la gare le retour du docteur Del- <;roix, s'appU'êtant à faire gorge chaude de la comé- -die de Bois- d'Haine. Grande &Lt leur stupéfaction quand le docteur les aborda d un air sérieux et recueilli, en leur disant : -^Mes amis, je ne crois pas aux miracles, mais j'ai été témoin d'un fait tellement extraordinaire qu'il est défendu d'en rire ; pour moi, il me fait profondément réfléchir. — » Ily réfléchit si bien que, quelque temps après, il renvoyait sa concubine, et se convertissait à un jubilé <lonné à Braine-lè^Comte. Le docteur Delcroix est mort dans les premiers mois de Tannée 1871. Le 12 janvier, M. le curé de Bois-d'Haine recevait la lettre suivante du R. P. Raphaël, capucin :

Monsieur le curé^

Un médecin de Braine-le-Comte^ M. Delcroix^ actuellement bien malade et presque sans espoir humain^ me prie de vous écrire pour le recommander aux prières de Louise Lateau. Ce qu'il a vu, lorsqu'il a été témoin des choses extraordinaires de Bois-d'Haine, a ranimé fortement sa foi et ému profondément son âme. Mardi dernier, je l'ai confessé pour lui porter le lendemain le bon Dieu par dévotion ; ce qui a eu lieu. Il recevait les sacrements pom* commencer une neuvaine en riionneur du saint sang de miracle. Jeudi prochain il commence encore une neuvaine à l'homieur de Notre-t)ame de Lourdes, il désirerait vivement que Louise s'associât à sa . neuvaine pour demander au bon Dieu sa guérison.

Quelle est donc cette puissance mystérieuse assez forte pour arracher un homme à ses amis, à ses préjugés, à ses passions ? Quoi ! il a suffi, pour convertir un libre-penseur, d'un peu de sang qui coule de cinq plaies et de quelques objets bénits et non bénits! Et ce médecin franc-maçon meurt entre les bras d'un capucin, faisant des neuvaines au Saint Sang, et se recommandant aux prières d'une pauvre fille qu'il n'était allé voirque pour s'en moquçr ! Mais cette conversion est un véritable miracle dans Tordre intellectuel : les grandes conversions, dit saint Augustin, sont de plus grands miracles que la résurrection des morts.

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