DES
Habitat, —— Comme Micrococcus fœtidus et Str. anaërobius, il se (trouve à l’état saprophytique dans les cavités naturelles, pouvant à l’occasion devenir leur parasite, et de Ià essaimer dans le sang et dans les viscères, causant des suppurations fétides, des gangrènes et des thrombophlébiles, ou infecter les plaies pour les gangréner.
A. MORPHOLOGIE
Streptocoque en courtes chaïnettes dans les produits pathologiques, en longues chaînes dans les milieux liquides neutres ; à éléments moyens ; donnant des colonies lenticulaires en gélose profonde. (PI. IV.)
Forme et dimensions : La morphologie ne présente aucune différence notable avec celle de Str. anaërobius.
Les éléments sont souvent légèrement aplatis, disposés deux par deux dans les chaînes ; on voit aussi des formes bacillaires dans les vieilles cultures. Nous ajouterons que dans les cultures jeunes, les cocci sont en général parfaitement ronds et disposés très régulièrement dans les chaînes. À
Mensuration : Les éléments ont un diamètre moyen de O0 y, 8 (soit la même taille que Str. anaërobius et que Str. pyogenes).
Coloration : Il se colore bien par les couleurs d’aniline et reste coloré par la méthode de Gram. Ni capsules, ni
spores, ni Cils.
B. — PHYSIOLOGIE
Mode : anaérobie strict, ne poussant pas à l'air, mais seulement dans les milieux complètement désaérés.
PI. IV. Streptococcus Putridus
Fig. 1. Souche Ble... Ou8 :
Fio : Dans le secteur, Ver... dans les sérosités
ig. 2. Souche Ver..., Op7-0p:8 ; :
,{ À. colonie atypique.
Fig. 3. Souche Vi... 0p.:8-01:9
Température optima : 37° ; il pousse encore, mais mal à 26%! très peu à 22°.
Thermorésistance : Il est tué par un chauffage de 10 minutes à 80°.
Longévité : Nos souches ont résisté pendant quatre semaines à l'étuve ; deux et même trois mois à l’obscurité et à la température du laboratoire.
pH optima : Il pousse très bien aux environs de 7 à 7,8. 1l pousse encore bien à 8 et 8,2. Au contraire, dans les milieux acides il pousse à peine, et en flocons extrème-
ment ténus. :
CARACTÈRES CULTURAUX
C'est surtout par les caractères culturaux qu'il se distingue de Str. anaërobius ; comme l’a dit Schottmüller, il ne donne pas de gaz dans les milieux habituels, mais au contraire dans les milieux au sang frais.
1° Milieux pept:ques
Bouillon Martin : en 6 à 8 heures apparait un trouhle homogène, pas très abondant, qui n’augmente plus après la 24° heure. Le dépôt se fait très lentement et incomplètement.
Pas de gaz. Odeur à peine perceptible.
Bouillon Martin glucosé : La culture est abondante, constituée par un trouble homogène, plus lente à se déposer, et se déposant parfois en zooglées visqueuses inconsistantes. (Souche Ver.) Pas de dégagement gazeux. Légère odeur putride. Nous avons. constaté dans le dépôt microbien la présence de pigment noir.
rx se
Eau peptonée : Il y pousse à peine, n'y donnant ni gaz, ni odeur.
Gélose profonde Veillon : En 24 h. apparaissent audessous d’une zone stérile variant de 3/4 de Cm (souche Ver) à 1 cm 1/2 (souche Ble) de petites colonies punctiformes, gris-blanchâtres, qui prenneñt rapidement la forme lenticulaire, et atteignent leur développement complet en 2 ou 3 jours : la laille étant alors de 1 "/" 1/2 à 2”/*. Ce sont de belles colonies régulières, du type lenülle épaisse, avec des processus apicaux et des formes composées, tricornes, cœur, lampe à arc, etc. Parfois on trouve ja déformation en citron (souche Vi) et des formes en parallélogrammes (pierre à aiguiser de Schottmüller). La souche Ver présente souvent dans le fond des tubes quelques colonies arrondies, irrégulières, mais où on retrouve facilement au microscope la forme lenticulaire initiale qui s’est modifiée ensuite.
Il n’y à jamais de bulles de gaz dans la gélose de Veil- Jon, même glucosée à 2 % et non nitratée.
Bouillon W.-G. : Dans ce milieu extrêmement riche où Sir. putridus pousse d’une façon exubérante, nous avons observé avec les souches Ver et Vi un faible dégagement gazeux. Ainsi nous pensons que Str. putridus fabrique son gaz non seulement à partir du sang ou du sérum comme le dit Schottmüller, mais encore à partir de l’ascile, comme l’a dit Ozaki, de même qu'à partir de l'extrait de placenta humain, comme l'ont vu Wehrsig et Marwedel, et enfin à partir des milieux riches en albumines dégradées comme nous avons pu nous en rendre compte avec deux de nos souches atypiques.
Ce gaz qui explose dans le tube à i’ouverture près de la flamme, et noircit le papier au plomb, contient des traces d’acide sulfhydrique. L’odeur est très désagréable : elle est à juste titre appelée putride, bien qu’elle n'ait pas l'intensité de celles que donnent B. sporogenes, B. bifermentans et B. botulinus.
Gélose profonde au bouillon W.-G. —— De même que dans le bouillon W. G. les souches Ver et Vi commencent à y donner du gaz, en quantité variable, mais inférieure à la quantité donnée dans la gélose au sang.
2° Milieux protéiques
Bouillon Martin additionné de blanc d'œuf coagulé, de foie, de viande : La croissance est la même qu'en bouillon simple, et les protéines chauffées ne sont pas attaquées.
Sérum. coagulé : culture très pauvre, en petites colonies blanches, rondes ; il n'y a pas d’attaque du milieu.
Lait : la culture est assez pauvre ; il n’y a ni acidification ni coagulation du milieu.
Gélatine : la culture Y est peu abondante, et il n’y a pas de liquéfaction du milieu.
Bouillon additionné de fibrine chauffée : nous n'avons constaté aucune modification macroscopique de la fibrine chauffée, fait en apparence contradictoire avec les observations de Schottmüller, qui assignait à Str. putridus un pouvoir fibrinolytique élevé. C’est pour vérifier ses conslatations que nous avons employé les milieux biopro-
téiques.
LE 94 Lei Milieux bioprotéiques
Bouillon avec fibrine fraiche : La culture est rapide, abondante, très fétile et gazeuse ; la désagrégation de la fibrine commence en 24 heures et elle est plus ou moins cemolète selon les souches, la souche Vi la digérant complètement, les souches Ver et Ble presque complètement. Dans les débris et le culot microbien, la présence de pigment noir est très marquée.
Organes frais de cobaye ou de lapin : culture très rapide, avec dégagement énorme de gaz putrides. Un morceau de papier au sous-acétate de plomb, approché du tube, noircit immédiatement, et se recouvre d'une abondante couche de sulfure de plomb. Les organes prennent rapidement l’aspect putréfié, verdissent, puis noircissemêtnt : les fragments de poumons et de foie sont désagrégés par la fonte du tissu élastique et cellulaire, comme l’avait observé Scholitmüller in vivo. *
Bouillon au sang ou au sérum : culture abondante : très félide, avec dégagement de gaz très marqué (H°S). C’est dans ce milieu que l'odeur sui-generis est la plus évidente, odeur d'infection génitale putride de la femme.
Gélose profonde au sang : Au contraire, dans la gélose profonde au sang frais, préparée extemporanément, et réalisant ainsi les conditions de l'hémoculture sur gélose profonde pratiquée pur Scholtmüller, un dégagement de gaz très abondant se produit dans les 24 heures, parfois même avant l'apparition macroscopique des colonies. Ce n'est plus les bulles de gaz de certaines souches d'Anaërobius, c'est une solution de continuité de la
Os
gélose, qui est rompue et disloquée aussi fortement que par les souches les plus. actives de B. perfringens. En même temps le sang est noirci. Schottmüller a reconnu au spectroscope la présence d'H?S dans ce gaz. Son odeur, le noircissement du papier à l’acétate de plomb nous ont permis de contrêler ce fait.
8° Milieux différentiels
Bouillon au rouge neutre : comme l’a vu Schotimüller le milieu est viré en 24 heures avec teinte fluorescente.
Gélose glucosée au rouge neutre : elle est également virée et devient fluorescente.
Milieux au plomb : Ils sont noircis proportionnellement à la richesse du milieu.
Glucides : Ozaki a vu la production de traces d'acide dans les milieux glucosés, maltosés et lévulosés, mais jamais dans les milieux lactosés, mannités, dextrinés, glycérinés, eic. Mde
Nous avons étudié systématiquement l’action de nos “trois souches sur les glucides.
La souche Ble pousse bien en eau peptonée additionnée des divers glucides, mais n’acidifie que le glucose et le lévulose.
La souche Ver pousse très bien dans tous les glucides, mais n’acidifie que le glucose et'iégèrement le maltose. |
La souche Vi pousse très bien sur tous les glucides mais n’acidifie que le glucose, la mannite et légèrement le saccharose.
Ainsi, en tenant compte de la souche d’Ozaki, le glucose est toujours acidifié (4 fois) ; le maltose est souvent acidifié (3 fois) ; le lévulose est parfois acidifié (2 fois) ; la mañnite est rarement acidifiée (1 fois) ; le saccharose est rarement acidifié (1 fois).
On voil que sur 4 souches étudiées, on ne peut pas faire un tableau de fréquence, et qu'il est imprudent de s’appesantir sur la valeur diagnostique de ce caractère cultural qui varie d’une souche à l’autre.
POUVOIR PATHOGÈNE
Schottmüller n’a obtenu aucune lésion expérimentale avec ses souches. Il infère cependant que Str. putridus est un agent sévèrement pathogène chez l'homme, parce qu’on le trouve constamment dans un grand nombre d'infections putrides, et souvent en cultures pures. Dans les cas où il est associé, on pourrait le regarder comme un agent d'infection secondaire ; mais quand il est pur, on est obligé de le regarder comme la cause de l’infection. Primaire ou secondaire, l’auteur insiste sur son caractère envahissant, et sur le fait que dans tous les cas où on le trouve il imprime à la maladie sa signalure spéciale, qui est la putridité de l’infection.
Plus tard Marwedel et Wehrsig, avec la souche provenant du cas de gangrène gazeuse mortelle où elle est trouvée en culture pure, reproduisent une gangrène gazeuse foudroyante chez l’animal, qui meurt en 12 heures : 1 ce de culture de 24 heures provoque chez le cobaye de 400 gr. un œdème gélatineux hémorragique avec phlyctène,
F9 ne
œdème des parois thoraco-abdominales, reins hyperhémiés. On retrouve le streptocoque pur dans le sang du cœur etila sérosité de l’æœdème.
Célte toxicité et cette virulence disparaissent après quelques repiquages sur les milieux artificiels. L'auteur conclut que Str. putridus peut donner à lui seul el dans le secours d’association microbienne un véritable phlegmon gazeux au même titre que le bacille de Frankel, avec coloration rouge érysipélateuse de la peau.
Voici les protocoles de nos essais pathogéniques :
Souche Ble : De la culture totale du pus original, contenant £ LE à z .
souche Rle + colibacille + éntérocoque, on inocule 2 cobayes:
Cohaye C98::2 cc. intramusculaire = meurt en 24,heures d’une gangrène gazeuse très fétide avec œdème de la paroi abdominale et sérosité rouge. Dans les frottis on retrouve Str. putridus et le colibacille. ;
Cobaye C99 : 1 cc. intramusculaire = meurt en 48 heures avec un phlegmon gazeux fermé dont la sérosité rouge renferme les 3 espèces initiales.
A l'étal pur : (c'est-à-dire 5 jours après le prélèvement du pus).
9 sept. Cob. BI : 5 cc. intramusculaire = ne donne rien.
Cob. B100 : 5 cc. sous-cutané en 24 heures : légère tuméfaction indurée évoluant vers la guérison.
Ainsi 5 jours après son isolement, la souche Ble avait perdu tout son pouvoir pathogène. ù
Après passage sur les milieux bioprotéiques elle récu-
père son pouvoir pathogène.
Cob. B88 : 5 ce. sous-cutané = gros placard d'œdème tho-