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Pusage exclusif des Fig. 54. -~ Chaire du xv® siécle,

seuls gentilshom-

mes. En voici la preuve. Vers cette époque, le premies

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tiers du xv® siécle, un voyageur lorrain, Guillebert de Metz, relate dans son intéressante description de Paris ce quia trait 4 la demeure d’un de ces bourgeois, « Maistre Jacques Duchié, bel homme, de honneste habit et moult notable. » La maison était située dans un quartier commergant, rue des Prouvaires,

. Par une porte « entaillée de art merveilleux » on entrait dans une cour égayée de paons et d’autres oiseaux d’agrément. La premiére salle contenait des « tableaux et escriptures d’enseignements » pendus aux Parois; une seconde salle, toutes sortes d’instruments de musique, « harpes, orgues, vielles, guiternes, psaltérions et autres, des quelz ledit maistre Jacques savoit jouer de tous ». Diverses piéces étaient consacrées a tous les jeux connus, une réunion de pierres précieuses, aux fourrures; une chapelle, qui semblait servir aussi de lieu d’étude, était garnie de pupitres mobiles « a mettre livres dessus, de merveilleux art, lesquelz on faisoit venir a divers siéges loings et prés, a destre et a sénestre ». Guillebert vante la richesse du mobilier et un cabinet d’armes contenant jusqu’a des « canons et autres engins ». Cette salle donnait sur la rue, et, sage précaution en ce temps d’embiiches et de guets-apens, une fenétre y était disposée « par laquele on mettoit hors une teste de plates de fer creuse, parmy laquele on regardoit et parloit a ceulx de dehors, se besoing estoit, sans doubter le trait »; Au sommet de l’hétel se dressait une sorte d’observatoire ouvert sur toutes ses faces, et qui pouvait servir a l’occasion de sallea manger au moyen d’une poulie hissant les mets et ce qui concernait le service de la table. Les toits étaient

surmontés de « belles ymages dorées », vraisemblable- ‘ment les €pis et les girouettes qui s’élancaient de tous les édifices et donnaient aux cités du moyen age, par-dessus leurs remparts flanqués de hautes tours, une physionomie si originale.

Non moins que pour les particuliers, obligation de se bien garder contre toute surprise s'imposait aux villes méme les plus populeuses. De 1a un systéme de défense s’éloignant peu, quant au tracé général, de l’enceinte gallo-romaine, mais présentant une différence assez notable par la disposition des créneaux : construits primitivement dans le plan de la muraille, on était arrivé a les poser en encorbellement sur des machicoulis qui permettaient de surveiller, 4 Vabri des coups darbaléte, le pied de la fortification et d’accabler Passaillant d’une gréle de projectiles. Ces consoles, soit qu’elles portassent au sommet des tours et le long des courtines une galerie de pierre percée d’embrasures et d’archéres, soit qu’elles servissent de base a la construction de hourds mobiles en charpente, ces consoles, disons-nous, modifiérent sensiblement la partie supérieure des rem parts et donnérent ala moindre chatellenie un air de place forte et une silhouette militaire que les demeures les plus. pacifiques conservérent longtemps encore, et plus,par routine que par nécessité. D’assez nombreuses applications de ce systéme subsistent pour -montrer ce que les lignes horizontales, ponctuées de -noirs réguliérement espacés et couvertes d’ardoises, apportaient d’éléments a l’aspect pittoresque, aspect que nulle époque n’a autant accentué que le xv° siécle, si inférieur du reste a d’autres points de vue.

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Tout y prétait. A issue de la guerre de Cent ans, le pays appauvri ne pouvait entreprendre sur-le-champ de nouvelles constructions religieuses dont il était abondamment pourvu; on se contenta donc presque partout de terminer celles interrompues par les événements, et, suivant l’usage, sans se préoccuper beaucoup de leur unité. Paris posséde un intéressant spécimen de ces reprises de monuments et du style de cette période dans le porche de Saint-Germain-l’Auxerrois bati, en 1435, par Jean Gaussel, devant !’ancien portail du xr siécle. Les efforts des populations, principalement dans le nord, se portérent vers les établissements d’intérét municipal : maisons communes, beffrois et tribunaux. La classe bourgeoise, plus riche et plus influente a mesure que se discréditait par de coupables agissements la grande féodalité, éleva a son tour de somptueux hotels. Nous venons d’entrevoir !’une de ces demeures lorsque pointait 4 peine l’aurore de la délivrance ; une autre, plus importante 4 tous égards et encore debout, nous arrétera bient6t et fournira quelque idée de Yarchitecture civile en des temps meilleurs. Les questions de voirie et d’alignement n’existaient point. Aucun réglement n’interdisait encore de batir 4 surplomb, de projeter au dehors les eaux pluviales par les gargouilles des chéneaux, méme de franchir a l’aide

dune arcade toute la largeur de la chaussée; libre a Varchitecte de faire saillir sur la voie publique perrons et escaliers, et d’agrémenter sa facade de tourelles en encorbellement. Une telle indépendance était bien pour engendrer le dédain, disons mieux, l’aversion exagérée de la symétrie propre aux derniers temps du gothique; par contre, reconnaissons que |’imprévu de disposition des grands monuments comme des moindres logis rendait les rues de ces vieilles cités autrement attrayantes que nos longues percées modernes, plus conformes aux lois de l’hygiéne et de la circulation, mais si parfaitement ennuyeuses dans leurcorrecte monotonie. Lesaltérations mémes du style ogival contribuaient encore par surcroit a ce débordement de fantaisie. Nous avons signalé Vimportance excessive que prennent les détails au xv° siécle, sa flore luxuriante, les formes onduleuses et tourmentées de son architecture, ses découpures et ses ténuités d’exécution souvent trop admirées et compareées aux travaux de dentelle, sans réfléchir qu’un semblable éloge devient la plus fondée des critiques; Dart qui décline verse aisément dans le tour de force et la profusion. C’est le moment de la grande vogue de la sculpture en bois; une matiére 4 la fois si fine et si résistante se prétait aux délicatesses du ciseau, et quelques-uns des artistes qui l’ont employée pendant longtemps ont laissé dans le choeur de nos cathédrales plus d’un chef-d’ceuvre en ce genre. Qui ne connait, tout au moins par des reproductions, les magnifiques stalles d’Amiens'? Dans certaines provinces situces la

1. Cet immense travail, exécuté de 15084 1522, offre cependant, sans aucun mélange, tous les caractéres de l'art du xv° siécle,

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plupart en dega de la Loire, les constructeurs se servaient habilement du bois pour les maisons, et ne manquaient pas d’en livrer les surfaces apparentes aux imagiers et aux peintres ; des carreaux émaillés remplissaient parfois les vides du colombage; il en reste quelques exemples. Ailleurs, l’ardoise taillée de diverses fagons couvrait charpente et maconnerie; autrement agréable d aspect, la brique, tantét alternée avec des assises de pierre, tantot disposée par damiers noirs et rouges, procurait des ressources de couleur fort appréciées sous un ciel brumeux.

De cette SS aaee de Veffet pittoresque naissaient parfois des conceptions grandioses : ainsi la grand’salle de l’ancien palais des comtes de Poitiers recut au commencement du xv° siécle une décoration intérieure a laquelle nous ne voyons rien d’analogue en France. Cette salle, large de seize métres environ, est peut-étre antérieure au xii° siécle, car l’une de ses parois présente encore ‘des arcs plein cintre. Elle devait servir de tribunal ou de lieu d’assemblée aux Etats de la province; Varchitecte chargé de la compléter a voulu, tout en sacrifiant au gout déja exubérant de Pépoque, lui donner un aspect solennel en harmonie avec sa destination. Sur un emmarchement de huit ‘degrés sont placées trois cheminées jumelles ne formant, en réalité, qu’un méme ensemble, au moyen du large bandeau feuillagé commun aux trois manteaux et de la tribune ornée d’une balustrade qui les surmonte et régneé dans tout le fond du‘ batiment ; on y accéde par des escaliers contenus dans deux tourelles latérales. Au-dessus se dresse un énorme fenestrage a meneaux flamboyants; il garnit

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tout le pignon, et ses arcades principales correspondent exactement a l’ouverture des foyers; quant aux tuyaux, ils montent de fond et se trouvaient sans doute en grande

Rougeren Vigneroh. st

Fig. §§. — Cheminée de la grand’salle des comtes de Poitiers,

partie dissimulés derriére les verriéres peintes dont il était décoré a l’origine (fig. 55). Méme dans l'état actuel etmalgré les traces encore trop visibles de restaurations importantes, c’est une des choses les plus saisissantes que NOUS CONNBIBSIONG., Gow. is ci es, afer Le temps a mieux respecté une vaste maison du

xv® siécle qui égalait, si elle ne les surpassait, au dire des contemporains, les demeures de la noblesse et méme certaines résidences royales. De nos jours, l’hétel de Jacques Coeur, a Bourges, se place encore en téte des édifices privés laissés par le moyen age. Sa construction dura plusieurs années; commencé en 1443, il n’était pas completement terminé en 1450, bien qu’habité antérieurement 4 cette date; tout porte a croire qu'au moment de larrestation du célébre et malheureux argentier, en 1451, il avait regu les derniers enrichissements intérieurs. Le plan en est trés irrégulier, mais cette irrégularité n’a pas pour cause unique les tendances fantaisistes dont nous parlions plus haut; elle est justifiée cette fois par Pobligation d’utiliser un espace restreint en asseyant le principal corps de logis sur]’ancien rempart de la ville et les deux tours gallo-romaines quilebordent. Toute cette partie regarde la campagne et ne serait pas la moins intéressante a raison de sa mle tournure et de sa physionomie quasi féodale, mais par cela méme elle sort de notre sujet. N’est-ce pas la maison d’un bourgeois — le plus riche trafiquant du royaume, il est vrai — que nous voulons étudier? Transportons-nous devant la facade principale, celle de l’entrée, 14 ow la volonté du maitre et les efforts de l’architecte ont da imprimer 4 l’édifice sa vraie signification et tous les caracteres de l’époque (fig. 56). Un grand pavillon rectangulaire dominant les combles occupe le milieu des batiments; il contient la chapelle. A sa base s’ouvrent une porte charretiére et une poterne qui donnent accés dans l’intérieur de l’hétel. Entre ces portes et la fenétre de la chapelle, on voit un dais en saillie supporté par

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Fig. §6. — Hétel Jacques Cur, 4 Bourges.

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aes piles dune extréme légéreté; il abritait autrefois la statue équestre de Charles VII. De chaque cété, une fenétre simulée livre passage 4 une figure sculptée de plein relief : 4 gauche, quelque valet de la suite de Jacques Coeur; a droite, une chambriére; l’un et l'autre, accoudés sur ]’allége, regardent dans la rue et semblent interroger les abords du logis. En franchissant la petite porte, on trouve, sous la votte, l’entrée d’un escalier qui conduit a la chapelle et dont le sommet s’accuse au dehors, bien au-dessus des chéneaux, par une élégante tourelle polygonalea faite trés décoré de pinacles, d’arcatures et de crochets. Siles portes sont encore ogivales, ainsi que la vaste baie du centre, toutes les autres ouvertures sont rectangulaires et coupées par des meneaux cruciformes. De riches balustrades de pierre ajourée se détachent sur lardoise des toits; dans leurs cercles quadrilobés alternent des cceurs et des coquilles rappelant a la fois le nom et les armes du fondateur que compléte, sur le balcon de la tourelle, sa fiére devise : A ceurs vaillans riens impossible. L’ornementation reproduit constamment ces mémes emblémes, jusque dans le fenestrage de la grande ogive ow la fleur de lis de France remplit la partie supérieure et se rattache avec tant de grace aux coeurs des arcs secondaires. Beaucoup de parties sont dignes d’éloge : la simplicité du rez-de-chaussée qui fait bien valoir le luxe de détails des deux portes; la proportion heureusement observée entre les, baies, les surfaces ornées et les nus de la construction; la silhouette du toit du pavillon central si agréablement flanqué du clocher de pierre surmontant la tourelle. Tout au plus pourrait-on critiquer

quelque maigreur dans la niche et le bandeau posé sous les fenétres, un peu d’indigence dans les montants qui les séparent; le porte a faux des ouvertures feintes aurait da étre évité. Cesimperfections sont compensées par le grand aspect de l'ensemble; et puis, quand on se reporte aux sentiments qui animaient le pays aprés les épreuves dont il sortait 4 peine, n’était-ce pas une noble pensée de réunir sur le frontispice @une maison frangaise Vidée religieuse et ’image du monarque, réorganisateur des forces nationales? — Oublions que c’est de l’'ingrat Charles VII qwil s’agit. — Dictée par lillustre négociant ou sortie du cerveau de Partiste, elle a empreint les dehors du vieux monument @une telle gravité que la justice a pu, sans déroger, y établir sa demeure. Il y aurait encore plaisir et profit aen dépasser le seuil, 4 montrer les cétés intimes, les peintures de la votite de la chapelle encore assez bien conservées et nullement dépourvues de mérite, les sculptures des portes dans le tympan desquelles se placent des scénes ou des allusions afférentes aux différents services, celles des cheminées non moins curieuses sous le rapport des meeurs et du costume; tout cela d’un art affaibli, parfois grossier, mais plein d’une franche saveur de terroir, Laissons aux monographies spéciales le soin de le dé crire; cependant, comment ne pas s’étonner en passant que, devant une architecture si francaise, si sincérement appropriée aux coutumes locales, au climat, aux matériaux employés, quelques archéologues aient conclu a intervention d’artistes étrangers, « car ceux de France étoient encore dans le gotit gothique, et on l’avoit déja secoué en Italie »? Ainsi s’exprime, a propos de l’hétel

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de Bourges, un mémoire couronné en 1746 par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et di a la plume du savant piémontais Octavien de Guasco. Au xvi siécle, on le tenait en si piétre estime, ce gout gothique! Une autre Académie, celle des arts, n’applaudissait-elle pas l'année d’avant au projet du sieur Bacarit, architecte, se portant fort d’accommoder a la grecque le cheeur de Saint-Germain-!’Auxerrois! Qui fut dit fut fait, et chacun peut apprécier, de visu, le joli résultat de cette opération. Rien n’est durable comme une idée fausse; tout prés de nous, lun des hommes auxquels Vart du moyen age est pourtant redevable d’étre remis en honneur, M. du Sommerard, a bien écrit que « la maison de Jacques Cceur avait peut-étre donne le premier échantillon a la France dece gothique italianisé! », Gothique italianisé aussi, sans doute, les hétels de Sens, de Cluny, de la Trémoille, le palais de justice de Rouen! Bizarre manie de voir partout et toujours des influences que personne ne conteste a Vheure exacte de leur apparition, et que nous ne tarderons guére a signaler au profit de qui de droit. Pour le moment, achevons d’examiner la période du xv° siécle qui précéde la Renaissance et comprend les régnes de Charles VII et de ‘Louis XI.

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