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Les Arts au moyen age, t. V

Sous ces princes, a exception de l’architecture trop affermie d’anciennes traditions pour suivre déja les errements étrangers, c’est des Flandres et non de I'Italie que l’art francais recoit ses principales lecons. La grande statuaire s’y soustrait en partie, notamment dans les figures tombales d’un style assez sobre et qui use rarement de cette profusion de plis anguleux familiére aux écoles du nord; mais la sculpture en bois, les menues ceuvres de pierre, la peinture proprement dite, celle des manuscrits, les vitraux et les tapisseries subissent si bien le gofit flamand, qu’il marquera longtemps encore nombre de productions indigenes. La faveur trés légi- time dont nous avons vu jouir les peintres néerlandais, a la cour de Bourgogne et auprés de la maison de France, atteignit son apogée lorsque, élargissant leur maniére, perfectionnant les moyens d’exécution, ils comptérent parmi eux des maitres tels que Rogier Van der Weyden, les fréres Van Eyck, Hugo Van der Goes et Memling. Dijon, Beaune, Paris possédaient et possédent encore des travaux de quelques-uns de ces artistes ; le. pays, déprimé par une longue suite de vicissitudes, s’inclina sans résistance devant leur supériorité. D’ailleurs, pris dans son ensemble, en y rattachant les vingt années aprés la mortde Charles V, le xve siécle est pour

la France une époque intellectuellement stérile: ses principaux historiens, Froissard, Monstrelet, Commines, parlent notre langue, mais ne sont pas Francais, ou ne le sont devenus que par adoption ou extension de territoire. Un grand effort etit été nécessaire; il parait assez douteux que nos rois l’aient poussé plus loin que le domaine politique. Des talents médiocrement encouragés t, quelques efforts individuels étaient donc impuissants 4 fonder une école nationale douée de vigueur et d’une certaine cohésion. Numériquement, elle exista, — la grande quantité de manuscrits enluminés du xv’° siécle le démontre; — mais combien routini¢re, combien privée de ce sentiment profond qui, ailleurs, a permis de classer parfois si haut des ceuvres d’une technique assez faible! Le contraire se produit dans la plupart des miniatures francaises de ce temps : l’habileté n’y fait certes pas défaut; azur, le pourpre, Vor mat ou bruni dont elles brillent, séduisent tout d’abord, mais Veeil découvre bientét sous le luxe de Pimage Vindigence des idées et de la composition. Le peintre n’a su emprunter aux maitres flamands, ses modeéles plus ou moins directs, aucune de leurs qualités foncieres, limpidité du coloris, conscience du rendu, finesse d’observation; trop souvent, sous sa main, lart se réduit en pratiques banales. C’est le naturalisme sans la nature.

1. M. P. Viollet a releve les appointements de Jacob de Litemont, peintre de Louis XI en 1465; il ne touchait que dix livres tournois par mois, comme le sellier et le palefrenier du roi, tandis que les valets de pied avaient 15 livres, un armurier jusqu’a 27 1.10 8, t. — Gazette des Beaux-Arts, aout 1867.

Dans ce milieu, un maitre surgit pourtant; nous avons nommeé Jean Fouquet. Vrai maitre, en effet, compositeur de premier ordre dont on ne peut cons fondre les travaux, malgré la similitude des procédés et des tendances, avec ceux de ses contemporains; introduisant comme eux dans la représentation des scénes de l’évangile ou des légendes des saints les hommes et les choses dé son temps, mais d’une originalité supérieure et d’une main trés exercée, servie par la plus fi+ déle mémoire. Hier encore inconnu, on le chercherait en vain dans les biographies dites générales ou universelles. La sienne tient peu de place: sur ’un des manuscrits auxquels il a collaboré, la note d’un scribe nous apprend qu’il étaitde Tours et peintrede Louis XI; deux lignes incidentes de Vasari, quand il écrit la vie d’Antonio Filarete, et de Filarete lui-méme-un passage inséré dans le Carteggio artistico de Gaye, relatent que Fouquet avait peint sur toile, a Rome, le portrait du pape Eugene IV et de deux de ses familiers,. tableau placé dans la sacristie de la Minerve. C’est tout ce qu’on sait de lui. Quant aux dates de naissance et de mort, elles ne sont qu’approximatives : 1415-1477. Nous n’avons eu déja que tropa déplorer le silence de l’histoire sur ces vaillants artistes, qui cependant sont pour bonne part dans notre patrimoine de gloire; le reproche ne s’adresse pas seulement au moyen age, mais aussi a l’époque qui Pa suivi, toute de lumiére et d’expansion, et ou l’on pouvait croire que lart généralisé susciterait en France des annalistes. Tant de grands maitres, tant de chefsd’ceuvre dans tous les genres, et pas un curieux! Ii nous faut quémander 4 l’étranger des lambeaux de

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renseignements sur nos verriers et nos peintres, et l’on estime une rare fortune lorsque dans le vocabulaire d’un jurisconsulte on découvre, honorablement cité, un grand sculpteur comme Michel Colombe.

Jean Fouquet avait vu I’Italie quand il exécuta pour Etienne Chevalier, trésorier de France et conseiller de Charles VII, le magnifique livre d’heures dont M. le duc d’Aumale a enrichi les collections de Chantilly. L’artiste était-il allé au dela des monts dans l’espéerance d’y utiliser plus fructueusement ses talents, a Yexemple de quelques Francais, ses contemporains? La chose était déja moins rare qu’on pourrait le supposer. M, Bertolotti, directeur des archives de Mantoue, a relevé dans la seule ville de Rome, prés des papes du xv° siécle, les noms et les professions de bon nombre d@entre eux : architectes attachés a la construction du palais apostolique sous Calixte III et Pau! II; peintre employé 4 l'occasion des fétes du couronnement de Sixte IV; sculpteur au service de Pie II; orfévres, brodeurs et maitres tapissiers eniretenus par la cour pontificale de 1419 4 14751. Quoi qu’il en soit, certaines particularités des miniatures de Fouquet confirment le dire de Filarete sur le séjour du peintre dans la Ville éternelle. Il introduit fréquemment les moulures et les ordres classiques dans ses intérieurs. Le Mariage de la Vierge a pour fond un arc de triomphe romain percé de trois portes cintrées et ornées de colonnes torses A chapiteaux composites, de bas-reliefs et de votites a caissons; des anges remplacent seulement les victoires latines dans

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