‹ Les styles françaisChapitre 12 sur 27 · Artisti francesi in Roma. Mantoue · texte numérisé non relu

Artisti francesi in Roma. Mantoue

les écoingons et sur les clefs des arcs. Plus loin, il se pique d’érudition en suspendant aux murs du prétoire de Pilate des boucliers avec la formule consacrée, S. P. Q. R., et, de peur qu’on en ignore, la développe tout au long, en lettres antiques, sur une architrave portée par des colonnes corinthiennes de marbres variés. Quoique qualifié de buono maestro, Fouquet ‘était fort jeune quand il peignit Eugéne IV. Si l’on admet qu'il ait un peu prolongé son séjour dans la péninsule aprés ‘la mort du pontife (1447), il a pu étudier A Padoue les premiéres ceuvres du précoce Mantegna; et l’on serait vraiment tenté de le croire devant ses hardiesses inusitées de raccourci dans |’Ascension et dans le Martyre de sainte Catherine. D’autres scénes, le Sacre d’un évéque, Saint Thomas d’Aquin expliquant les Ecritures a des religieux dominicains, ne sont pas sans éveiller quelque rapprochement avec les charmantes predelle de Fra Angelico, ce qui, d’aprés les dates, offrirait d’ailleurs une plus grande concordance. A part ces légers reflets du style italien auxquels ne pouvait échapper un tempérament d’artiste aussi délicat, Fouquet reste de son pays; non pas l’un des précurseurs de la Renaissance septentrionale, mais un primitif, maitre achevé de l’ére gothique sur le point de se ciore. La nature de notre climat, les moeurs encore rigides, le costume méme — un des plus étranges qu’on ait imaginés — formaient autant d’obstacles pour qu’il s’élevat jusqu’A la beauté; elle n’existe pasdans son ceuvre; mais ce que nous entendons dans la langue des arts par le caractére s’y trouve au plus haut degré. Qui ne l’a pas feuilleté n’a qu’une idée incompléte ou fausse de ce que fut

en France le milieu du xv° siécle 1. Lits de justice, cor= téges royaux, chevauchées d’hommes d’armessur les rives de la Loire ou du Cher, cérémonies ecclésiastiques, représentations de mystéres, exécutions, scénes de famille et travaux manuels se déroulent successivement 4 vos yeux, et alors que le sujet traité ne comporterait point directement les figures contemporaines, quelle que soit la naive bonhomie du moyen age 4 cet égard, le miniateur tourne avec adresse la difficulté et rejette hors cadre, vers le soubassement du tableau, de petits épisodes ou’ son sens naturaliste se donne libre carriére. C’est ainsi que dans le Christ devant Pilate, pour lequel ses souvenirs de Rome semblent lui imposer quelques scrupules d’exactitude, bien entendu fort relative, il placera des charpentiers tourangeaux qui, munis de haches et de tariéres, préparent l’instrument de la passion, tandis qu’un gedlier extrait de leur cachot les larrons du Golgotha, deux truands en chemise et diment ligottés. Méme intéressant anachronisme dans la marche au supplice. Ici, l’on fabrique les clous qu’un soldat, sa guisarme déposée, ramasse au fur et a mesure de Popération; Voutillage en est si nettement dessiné que la reconstitution matérielle d’un atelier de forgeron, au temps de Charles VII, devient chose facile. Homme dimpression plus que d’inspiration, Fouquet n’est pas heureux quand il aborde les cétés poétiques de son art; la réunion des élus, les célestes visions le laissent froid et ne lui suggérent que des

1. On peut voir, au Cabinet des estampes de la Bibliothéque Nationale, les photographies des miniatures du livre d’Etienne Chevalier.

groupes pondérés de personnages dont les lignes convergent au point perspectif. Maiss’agit-il d’une attitude

FAY CHER Gude

Fig. 57. — Exécution de deux martyrs, miniature.

déterminée ou de l’un de ces faits qui sont de toutes les époques, quel observateur incisif et quel metteur en ee scéne intelligent! Choisissons deux exemples.

Au milieu d’un pré, devant un cavalier en armure dorée et quelques magistrats sur leurs mules, tout enca-

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puchonnés dans de rouges manteaux fourrés d’hermine, un. saint et son acolyte vont subir la décollation. Le principal patient, 4 genoux, les yeux bandés, attend le coup mortel. Son bourreau a revétu un tablier blanc, et, pour vaquer plus aisément a sa sinistre besogne, a dénoué les aiguillettes de ses chausses qui lui retombent sur les cuisses. Les bras étendus de toute leur longueur, de la main gauche il fait le geste d’incliner le chef du martyr; de la droite, il saisit en arriére le large glaive quw’un jeune valet — quelque novice — tient encore par le pommeau, tout en se reculant, la téte enfoncée d’effroi entre les épaules (fig. 57). Ce dernier trait est a noter. L’artiste a senti et su rendre cet instant qui précéde l’acte méme, plus terrible que lui peut-étre, et durant lequel la vie est comme suspendue et le souffle arrété sur les lévres du spectateur.

Poursuivons. Les Sires des fleurs de lys sont réunis 4 Vendéme, pour le procés de Jean, duc d’Alencon, accusé du crime de haute trahison; Charles VII, assis sous un dais, 4 langle de la salle, préside l’assemblée. De grandes tapisseries 4 bandes verticales aux couleurs du monarque, rouge, blanc, vert, couvrent les murs}; brochant sur le tout, dans le milieu de chaque paroi, deux cerfs blancs et ailés forment les supports de Pécu royal. L’enceinte de menuiserie ow se tient la cour est disposée en losange et se termine de cété, prés de la muraille, par des entrées que surveillent les huissiers de la chambre du roi. Bourgeois et artisans composent l’assistance; quelques guisarmiers de la garde maintiennent Pordre. Cette miniature, la plus importante que l’on connaisse de la main de Fouquet, passe a bon droit

pour son chef-d’ceuvre, et nous regrettons d’autant plus que les dimensions de notre format ne nous aient point

permis dela graver tout enti€re; nous en donnons du moins le plus beau fragment (fig. 58).

Contraint de placer sa scene en hauteur, et de remplir les deux tiers du tableau avec des éléments aussi peu pittoresques que tous ces graves personnages uniformément vétus de longues robes et assis sur des gradins, le peintre a fort habilement reporté Vintérét, sans toutefois nuire a l’ensem-

Fig. 58. — Partie inférieure du jugement du duc d’Alengon.

ble, sur la foule du premier plan. Elle se fractionne au centre; 14, un huissier, armé de sa masse, rudoie quelque peu un jeune homme qui se dérobe humblement; a gauche, cette petite altercation provoque Vhila-

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rité de plusieurs assistants; un autre huissier, appuyé contre l’enceinte, s’est retourné d’un air digne et semble réclamer le silence. — Si, au moyen d’un procédé quelconque, on grandissait ce tableau de quarante centimetres jusqu’aux proportions d’une peinture murale, non seulement nous sommes convaincu qu'il garderait toute sa valeur, mais encore qu’il soutiendrait la comparaison, par sa tenue générale, par la vérité de la pantomime, par l’accent des physionomies, avec les meilleures pages des maitres italiens du xve siécle, un Benozzo Gozzoli, par exemple, avec lequel, rappelant nos souvenirs des fresques de San-Giminiano, nous lui trouvons plus d’une affinité.

Le lit de justice de Vendédme décore le premier feuillet d’un Boccace de la bibliothéque de Munich, exécuté, en 1458, pour ce méme Etienne Chevalier, déja possesseur du livre d’heures et l’un des hommes considérables de son époque. Si l’on éprouve quelque tristesse 4 voir figurer son nom parmi les commissaires extraordinaires chargés d’instruire et de juger le proces de Jacques Cceur, du moins il est certain que c'est celui d’un intelligent protecteur des arts. Le seul fait de s’étre particuliérement adressé A Fouquet pour les manuscrits de sa librairie donne la mesure de son gout, et peut-étre est-ce autant a son influence gu’au talent de l’artiste que celui-ci dut d’étre attaché a la maison des rois Charles VII et Louis XI. Dans quelle mesure pour le second? Nous lignorons. Quant a

narles, le Louvre en conserve le portrait, reconnu maintenant, ainsi que leffigie de Guillaume Juvénal des Ursins, qui lui fait pendant, pour étre de la main

du peintre de Tours, Ces deux ceuvres permettent d’apprécier avec pleine connaissance de cause sa valeur en ce genre spécial; de plus, elles nous dédommagent de la rareté de ses autres travaux dans nos collections publiques‘, Filarete avait raison quand il vantait le mérite de Fouquet comme portraitiste, buono maestro, maxime al ritrarre del naturale, Outre Vintérét qui s'attache historiquement aux deux peintures de notre musée national, elles réclament, en tant qu’ceuvres dart, la plus sérieuse attention. Tout d’abord elles séduisent peu : aucun de ces artifices d’effet ou de composition que connaissent seules les écoles en possession dune longue expérience; nul charme résultant de la beauté des visages; l’un est laid, Pautre commun. Mais la téte humaine reproduite avec fidélité ne laisse indifférent que l’observateur superficiel. Le « trés victorieux roy

1. La Bibliothéque Nationale ne posséde que douze miniatures absolument authentiques de Jean Fouquet: une d’elles, acquise dans ces derniéres années, a fait partie des Heures d’ Etienne Chevalier; les onze autres sont comprises dans un manuscrit des Antiquités des Juifs, par Josephe, traduction frangaise, écrit pour le duc de Berri, en 14.16, et devenu la propriété de Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, qui en fit compléter Villustration; celles d’un Tite-Live lui sont seulement attribuées. Le Louvre en a deux. La premiere est entrée avec la collection Sauvageot ¢ des jeunes filles vétues de blanc, occupées a filer, sont assises

dans un paysage de Touraine; plus loin, quelques cavaliers en -armure s’avancent a travers champs. Nous ne connaissons pas sa provenance. — La seconde, de la suite de Chantilly, a appartenu a M. Feuillet de Conches; elle représente saint Martin partageant son manteau. A cette liste il conviendrait d’ajouter, suivant M. Paul Durrieu, la composition qui figure en téte des statuts de l’ordre de Saint-Michel, ala Bibliotheque Nationale. (Commus nication a Académie des inscriptions et belles-lettres. Séance ‘du 21 novembre r&go.)

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de France Charles septiesme de ce nom » — ainsi s’exprime la légende placée sur le panneau — est peint de trois quarts entre deux rideaux blancs symétriquement ouverts. A le voir placé de la sorte, vétu de velours rouge, bizarrement coiffé d’un chapeau, maniére de turban de velours bleu agrémenté de cannetilles en dents de scie, l’esprit se reporte vers ces monarques de Yextréme Orient qui apparaissaient a nos diplomates, un jour d’audience, dans leur morne immobilité. La face est empreinte de circonspection et d’une profonde mélancolie qu’accentue le ton sourd de la peinture, exécutée, 4 Loches ou a Mehun-sur-Yévre, sous la lumiére douteuse de quelque cabinet retiré. Cette premiére impression, plutét répulsive, subie, l’accommodation de la vue opérée, on estalors frappé de la science du dessin, du modelé irréprochable de cette triste physionomie. Sans le savoir, sous Pimpulsion de la sincérité, Fouquet a peint mieux qu’une image, il a exprimé un caractére, Ces yeux fins et froids, ce nez tombant, cette bouche a la fois sensuelle et méditative, n’est-ce pas bien le Charles VII des derniéres années, le politique sagace, Padministrateur habile, l’égoiste vieilli cherchant encore dans des plaisirs indignes de son Age et de son tang une consolation 4 des liaisons plus avouables détruites par la mort; qui sait? peut-étre l’oubli de ses propres remords au souvenir de laches abandons? — Sil donne moins a penser, vu Yinsignifiance du personnage, le portrait de Guillaume Juvénal des Ursins est supérieur comme arrangement et comme tonalité générale, Le chancelier est dans l’attitude de la pricre, les mains jointes, devant une table ow est posé un

livre sur un coussin. Le tona sé compose d’une boiserie sculptée ct dorée, encastrant entre ses pilastres des plaques de marbre vert sombre. Par une disposition intelligente, tandis que la téte s’enléve sur une de ces plaques, le reste du corps, démesurément enflé aux €paules, suivant la mode du temps, par des mahoitres ou manches garnies de bourre, se silhouette franchement sur l’or du lambris. On retrouve dans ce panneau la méme force de modelé que nous avons signalée dans Pautre, le méme emploi de carnations sanguines mises plus en valeur par le fond lumineux. Ce fond est dune recherche curieuse : exécuté d’aprés le procédé que les décorateurs appellent or Sali, Cest-a-dire doré en plein, puis patiné a laide de glacis, il présente les vagues réminiscences de l’architecture antique chéres au peintre, et modernisées, a la facon. du xv°® siécle, par des rinceaux, spirituellement tracés ay Pinceau, ow se jouent de petits ours muselés; allusion aux Orsini de Rome, grande famille italienne a laquelle prétendaient se rattacher, avec sa connivence du Teste, ces bourgeois parisiens anoblis de fraiche date (fig. 59). Et maintenant, notre respect pour des ancétres longtemps méconnus nous €gare peut-étre; i] n’importe. Nous osons exprimer ici le voeu que le salon carré, cette vaste Tribune de notre Louvre, admette un jour Pceuvre de notre plus ancien peintre, non loin de PErasme dHolbein et de l’Antonello de Messine; rapprochement périlleux sans doute, mais fertile en enseignements. L’art du portrait constitue l’un des plus sérieux titres de gloire de l’école francaise; pourquoi n’en pas montrer hardi-

ment au public, en lieu honorable, les premiers essais?

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Ce serait tout au moins un acte de légitime réparation. histoire détaillée de la peinture frangaise traite- rait ici la question de savoir si Fouquet a eu des ' éléves nombreux, une école, ou simplement des imitateurs; notre tache, a la fois plus sommaire et plus étendue, nous interdit semblable recherche, et si, con ‘ trairement A nos habitudes, nous nous sommes arrété ‘sur une individualité, c’est qu’elle se présentait, au milieu de l’affaiblissement déja sensible de Vesprit du moyen Age et en raison de son énergie et de ses qualités originales, comme une sorte d’anomalie excessivement intéressante. En exaltant ainsi un maitre des derniers temps du gothique, a peine effleuré du soleil d’Italie, nous ne nous dissimulons pas ce qu’en apparence nous apportons d’arguments a la thése soutenue par d’éloquents critiques: suivant eux, Pintroduction des doctrines ultramontaines et le retour vers l’antiquité auraient empéché le complet développement du systéme ogival, rompu a notre détriment la chaine de traditions séculaires, jeté l’art francais hors des voies naturelles que lui tracaient son passé et son propre génie. Cette these n’est pas la notre, et nous auronsa y revenir; mais, avant de quitter le peintre de Tours, nous désirons signaler un monument qui reléve directement de sa maniére.

A Loches, dans la nef de léglise Saint-Antoine, se trouve un tableau encore garni de son ancienne bordure de bois noir mouluré. Sa forme et ses proportions sont celles d’un retable. Il se divise en trois compartiments d’inégale grandeur; celui du centre étant sensiblement plus large et plus haut que les deux autres consacrés & la marche au Calvaire et 4 la mise au tom-

beau. L’ensemble, y compris le cadre assez étroit,

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Fig. 59. — Juvénal des Ursins, par Jean Fouquet.

(Musée du Louvre.)

mesure prés de trois métres en largeur. C'est déjay

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comme taille, un morceau capital; il ne lest pas moins sous le rapport de l’art. Bien composé, d’une exécution trés fine et trés serrée, ce panneau rappelle tellement, par le caractére des tétes, par la fermeté des attitudes et la nature des ajustements, les meilleures pages du manuscrit de Francfort, que, n’était la date de 1485, en chiffres romains, placée sous les pieds du Christ dans le compartiment de gauche, on l’attribuerait de suite au maitre lui-méme. Pourtant, d’aprés les supputations les plus récentes, depuis huit ans Fouquet avait cessé de vivre. N’en aurait-il pas tracé le plan? Ses deux fils, peintres comme lui, ne firent-ils que terminer l’ceuvre paternelle, ceuvre de long labeur, vu le nombre dés personnages et la perfection des détails? Dans la scéne de l’ensevelissement, un chartreux a genoux offre certainement la figure du donateur; prés de sa téte se voient trois lettres fort-:distinctes, F. I. B. — frére Jean- Baptiste? — c’était un usage constant. Ce tableau proviendrait donc, selon toute probabilité, de la chartreuse de Saint-Jean du Liget, fondée, aux portes de Loches, par Henri II Plantagenet, aprés le meurtre de Thomas Becket, et qui subsista jusqu’a la Révolution. Les archives d’Indre-et-Loire fourniront peut-étre un jour quelques éclaircissements sur tous ces points.

On voudrait pouvoir rattacher avec la méme certitude au groupe des artistes de Tours lillustrateur du fameux traité des tournois de René d’Anjou, roi de Sicile. Composé entre les années 1460 et 1470, et dédié a Charles, comte du Maine, cet ouvrage est du temps ot. Fougquet devait jouir de sa plus grande vogue; cependant, aucun document n’est venu établir jusqu’ici

lexistence de relations entre ce peintre et le royal amateur, si proches voisins, lorsque René, quittant son comté de Provence, habitait les chateaux d’Angers et de la Menitré. D’autre part, examen des peintures qui ornent celui des cing manuscrits de la grande bibliothéque de Paris regardé comme Voriginal ne permet guére de les lui attribuer. Plusieurs de ces compositions se développent au verso d’un feuillet et sur le recto du feuillet suivant; elles sont dessinées a la plume sur papier et simplement coloriées a l’aquarelle, Ce n’est pas la le faire lent et minutieux d’un enlumineur de profession disposant, de préférence sur le vélin, Por et les tons opaques de la gouache, mais bien le procédé expéditif d’un peintre de tableaux qui jette avec aisance, en regard du texte, une série de croquis au pinceau comprenant depuis les différentes piéces du harnachement des destriers, la forme des armes courtoises et le pavoisement des logis des juges-diseurs, jusqu’aux mélées qu’entrainaient ces derniers et persistants usages de l’ancienne chevalerie. Quel que soit le mérite ce Fouquet comme compositeur, il ne se dégage jamais enti¢rement de la raideur et des archaismes gothiques; le dessinateur des tournois est moins chatié et assez terne en tant que coloriste, — répétons que ce ne sont que des croquis, — mais il est plus souple, plus élégant, tout en restant aussi Frangais par le style et le sens pittoresque. Sous ce rapport, la page ou les bannicres et les timbres des chevaliers appelants et défendants sont rangés sur le bahut dun cloitre ogival, et reconnus par les juges en présence des dames, est Pesquisse d’un ravissant tableau. La derniére scéne,

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bien que plus restreinte, se place au méme rang: la dame du tournoi, accompagnée de deux damoiselles qu’elle a choisies et des inévitables juges - diseurs, apporte en grande pompe sur un voile, a la lueur des torches, le prix destiné au. vainqueur. Tout cela est empreint d’une grace délicate et galante, mieux prisée du Midi et de la contrée des troubadours que des pays de langue d’oil; les gots personnels de René n’étaient pas pour en affaiblir expression sous la main des aftistes qu’il occupait. Pendant sa captivité en Bourgogne, le pauvre prince avait eu tout loisir d’apprendre les éléments d’un art qu'il aimait auprés des maitres flamands alors en renom. Plus tard, retiré en Provence aprés la ruine définitive de ses prétentions a la couronne de Naples, le culte des lettres et la pratique du pinceau lui servirent de réconfort contre les déboires de la politique et-contre les deuils et chagrins de famille qui affligérent si souvent sa vie.

Ce coin de terre était d’ailleurs toujours privilégié : le court séjour de Giotto 4 Avignon, en 1305, auprés du pape Clément V, les travaux de Simone Memmi dans cette méme ville, ou il mourut en 1344, avaient laissé des enseignements dont profitérent les peintres de la vallée du Rhone. Nous attribuerions volontiers a Pun d’eux un tableau, certainement francais, de la fin du xiv® siécle, donné par M. Reiset au musée du Louvre, inscrit sous le n° 875, et représentant le martyre de saint Denis, saint Rustique et saint Eleuthére; VYemploi de Vor et le choix des tons y montrent clairement Vinfluence des fresques italiennes. Soit par ces traditions locales, soit parla présence d’artistes flamands

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avec lesquels, onen a la preuve, le roi dépossédé s’était maintenu en rapports, M. Renouvier a constaté l’existence d’une école provengale « florissante vers la fin du - comté de Provence et dont René fut le promoteur ». Crest la, dans ce milieu ot se fusionnaient la précision

du Nord et le sentiment méridional, qu’il faudrait peut-

€tre chercher le maitre du livre des Tournois, de préfé- rence aux archaiques ateliers de Tours,

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