LA RENAISSANCE
A partir des derniéres années du xv° siécle, l’Italie intervient d’une maniére décisive dans les destinées de Dart francais.
Une folle entreprise, la conquéte du royaume de Naples par Charles VIII, avait mis un moment les deux peuples en contact; le courant des relations s’établit entre eux, sympathique ou contraire suivant les occurrences de la politique. Quand surgirent les revendications armées de Louis XII, a propos du Milanais, peu enimportait la facheuseissue : initiation a de nouvelles théories ne commenca pas moins, poursuivie, avec l’ardeur que l’on sait, par Francois I*, par son successeur et une princesse de la maison de Médicis élevée jusqu’au trone de France. Tous ces faits, puissamment aidés de merveilleuses et récentes inventions, comme la gravure et la typographie, allaient operer dans notre pays cette transformation profonde que Von désigne sous le nom de Renaissance et dont nous allons étudier les phases successives.
SIYLE. DE «TRANSITION
Parmi cette foule de gentilshommes qui firent irruption dans les plaines de Lombardie, en 1494, a la suite de leur aventureux monarque, beaucoup sans doute, avant la convocation du ban, n’avaient jamais franchi les limites de leur province; ils restérent éblouis de la beauté des villes italiennes, de la richesse des matériaux — chez eux le marbre était rare — et du gout somptueux des intérieurs qui les touchait peut-étre plus encore, Philippe de Commines, envoyé a Venise pour obtenir la neutralité de la Sérénissime république pendant la marche de l’armée sur Naples, raconte comment il fut regu en grande pompe a Fusine, par vingt-cing nobles magnifiquement habillés, Le cortége, grossi des ambassadeurs de Milan et de Ferrare, prit place dans des barques couvertes de satin cramoisi et garnies de ces riches tapis d’Orient dont Venise était le principal entrepot. On remonta le Grand Canal; déja s’élevaient sur ses rives les palais Gustiniani, Contarini, Cavallo, Foscari, Pisani, Bembo, qu’on y contemple encore. « C’est la plus triomphante cité que j’aye jamais vue, »s’écrie Commines,. L’enthousiasme bien naturel du
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186 LES STYLES FRANGAIS,
diplomate, pourtant familiarisé dés sa jeunessé avec ie luxe de la cour de Bourgogne, donne la note de ce que devaient éprouver les autres Francais, plus naifs, devant les splendeurs de Florence, 4 la vue de la coupole de Brunelleschi, du Campanile de Giotto, des portes de Ghiberti, et de ces chefs-d’ceuvre de la peinture sortis des pieuses mains de Masaccio, des Lippi, d’Angelico de Fiesole, dans l’enceinte du Carmine ou du couvent de Saint-Marc. Et nous-mémes, trop préparés peut-é€tre, nous pourrions dire presque blasés d’avance par Ja vue de tant de fidéles images, quelle n’est pas cependant notre émotion aux premiéres approches de la ville de Dante!
Crest qu’en outre de sa beauté plastique elle représente, dans le passé, un des trois foyers sacrés de la poésie et de l’activité humaine. Pour les générations d’alors, Athénes n’était plus quw’un souvenir; Rome, la demeure du successeur des apétres, pas encore cette cité vaticane qui allait immortaliser quelques années aprés les noms de Bramante, de Michel-Ange et de Raphaél. Mais Florence, guelfe ow gibeline; Florence, la lettrée, lartiste, V'industrieuse ; Florence, la reine des communes du xv siécle, était faite, mieux que toute autre, pour laisser une durable impression a4 des esprits peu cultivés, fins et vibrants sous leurs dehors de rudes soldats. Aussi la marque initiale de notre Renaissance est bien plus florenlime que romaine, encore moins vénitienne ou lombarde, et lorsque maitres célébres et habiles artisans accourront de toutes les parties de la péninsule a Pappel des Valois, les favoris, les hommes de grande influence,
démesurée méme, setont presque toujours des Toscans d’origine ou d’adoption!,
Quelque entrainement que subisse une nation, elle n’abandonne pas tout d’un coup et sans retour ses voies anciennes, surtout quand elle est aussi fortement organisée que l’était la France au début du xvr° siécle, et alors qu’elle posséde un sentiment personnel, tant de souvenirs glorieux et de si beaux exemples légués par les ancétres. L’admiration pour l'art italien, soulevée chez plusieurs représentants des hautes classes, avait a pénétrer lentement les couches profondes de l'état social, et 14 ot quelque grand seigneur, un prélat comme Georges d’Amboise, se trouvait acquis d’avance aux séductions ultramontaines par sa propre culture, par ses relations de caste et son ambition méme, il en était tout autrement d’artistes aux convictions résultant d’une longue pratique, de gens de métier et de corporations retranchés derriére la tradition, depuis le maitre jusqu’au dernier des compagnons. L’examen des plus importants
1. On voit au musée de Cluny, sous le n° 4763, un précieux témoignage de l’intérét excité chez nos compatriotes du xv® siécie par Jes diverses manifestations de l'art florentin. C’est une Vierge avec l’Enfant Jésus, travail de mosaique exécuté en 1490 par Pavide Ghirlandajo, frére du fameux Domenico, pour le président Jean de Ganay, l’un des négociateurs de Charles VIII aupres du pape Alexandre VI, durant la campagne d’Italie.
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travaux d’architecture exécutés durant cette premiére période, de r498 a 1515, rend sensibles ces vérités ; n’est-ce pas toujours cet art souverain qu’il faut interroger, avant tous les autres, quand il s’agit d’apprécier les mceurs et le degré de civilisation? Bien que les premiers symptémes de la Renaissance se manifestent avant le régne de Louis XII, soit qu’on prenne comme point de départ l’expédition de Naples, ou qu’avec certains écrivains on veuille les découvrir plus haut encore, nous nous tiendrons entre les dates ci-dessus indiquées. D’ailleurs, la mort prématurée de Charles VIII ne lui permit de réaliser qu’en partie les projets d’une ame avide de grandes entreprises, unie — étrange contraste — au corps le plus chétif. Les tours colossales du chateau d’Amboise, la chapelle, de style ogival flamboyant, si hardiment dressée au sommet du rempart, sont toutes francaises; rien ne rappelle la présence de « plusieurs ouvriers excellens, en plusieurs ouvraiges, comme tailleurs et painctres » qu’il avait amenés de Naples, si ce n’est lornementation d’un linteau de porte, assez ordinaire, mais de facture italienne, en hatt de l’une des tours. Cependant il est avéré que l’on s’adressa aun d’eux, Guido Mazzoni dit Paganino, ou Modanino, du nom de sa patrie, Modéne, pour lérection de sontombeau. Un ambassadeur vénitien, Pietro Pasqualigo, qui vit 4 Saint-Denis, en 1515, la sépulture de Charles VIII, dit que le roi y était représenté de grandeur naturelle et « par ce méme maitre qui a fait les sculptures de Saint-Antoine a Venise! ». — Nous ne
1, Armand Baschet, la Diplomatie vénitienne, p. 376.
connaissons plus ce monument que par des reproductions fort imparfaites, it est difficile d’en apprécier la valeur; en tout cas, il ne s’éloignait guére de usage adopté : Charles était 4 genoux, vétu du manteau royal, entre quatre anges, également en priére, placés aux angles; le tout de bronze doré et sur un socle de marbre noir semé de K, lettre initiale de son nom. L’artiste, moins insouciant que nos nationaux, avait signé : Opus Paganint Mutinensis '.
A ce groupe d’étrangers de peu de notoriété vint s’adjoindre, sous Louis XII, une des plus éminentes personnalités du xve siécle, Fra Giovanni Giocondo, tout ala fois humaniste, théologien et architecte, le fait n’étant pas rare en Italie. Nous ignorons qui, du roi ou ducardinal d’Amboise, eut le premier Pidée d’utiliser les talents du savant moine véronais; Vasari ne le dit pas nettement et, sans fournir d’autres détails, se contente d’assurer que, pendant le séjour du maitre en France, il exécuta une infinité de travaux par tout le royaume. La premiére entreprise de Fra Giocondo semble avoir été la réfection du pont Notre-Dame, a Paris, en 1499, l’année méme de entrée de Louis XII a Milan. C’était tache d’ingénieur plutét que d’artiste, mais il élevait en méme temps — des documents irrécusables l’établissent — la belle fagade de la Chambre des comptes, qui formait, avant l’incendie de 1737, le coté occidental de la cour de la Sainte- Chapelle. On en connait trés exactement lordonnance:
1. D’aprés dom Millet, la robe du roi était « d’azur, semée de fleurs de lysd’or».
la partie vraiment originale se composait d’un escalier et d’un vestibule voiité, a deux travées, ouvert seulement sur la cour, mais sans cléture vitrée, réminiscence évidente des loges italiennes appropriée a notre climat. L’escalier, précédé dun porche vodté, montait le long du batiment; il n’était couvert que d’un lambris et offrait quatre grandes ouvertures a arcs surbaissés, jetés obliquement suivant Vinclinaison de la rampe pleine qui en occupait le bas. Le porche accusait la fin du gothique: pignon aigu épaulé par une galerie ogivale ajourée et deux piliers & pyramidions; dans le tympan, les armes de France supportées par deux cerfs ailés au tabard fleurdelisé et le cou enserré d’une couronne royale; au-dessous, le porc-épic, embléme des ducs d’Orléans, le tout sur un champ de fleurs de lis, de dauphins et d’L couronnées, les piliers et les tympans de l’escalier, le bandeau et la balustrade dé la loge en étantde méme ornés. De grands combles d’ardoise 4 hautes lucarnes couvraient le principal corps de logis, 4 Vinstar de ce qui s’était fait précédemment. En somme, a l'exception de la loge, le style frangais de l’époque régnait dans tout cet ensemble dressé par un Italien.
Les tendances de la premiére Renaissance étaient bien autrement visibles sur la belle demeure batie pour Georges d’Amboise, a Gaillon, dans son diocése de Rouen, La, malgré Virrégularité du plan et quelques détails qui appartiennent encore au xv° siécle, comme les piliers quadrangulaires posés en losange, les arcs en anse de panier ou a clefs pendantes, les cercies trilobés, partout se manifestent déja, en proportion notable, les emprunts faits sous tne inspiration éirangére a
Yarchitecture et ala flore de l’antiquité: oves, rais de coeur et denticules, pilastres a candélabres, ou rinceaux a feuillages conventionnels entremélés de figurines ou de chiméres, et il est extrémement curieux d’observer, dans les fragments parvenus jusqu’a nous, la naiveté cependant habile de nos ornemanistes et les marques de leur éducation premiere sur les chantiers du moyen Age. La méme main qui fouillait avec tant de dextérité les nervures et les ondulations de la feuille de chou a revétu, 4 son insu, l’acanthe romaine des mémes caractéres; car, on ne doit pas s’y tromper, et les comptes retrouvés de Gaillon en font foi, le personnel d’ouvriers italiens était presque nul en comparaison des travaux de sculpture ornementale qu’entrainait un si vaste et si riche édifice. Néanmoins, quoique le nom de Giocondo n’y ait pas été relevé, peut-étre en raison directe de son action prépondérante, nous nous rallierions volontiers a ceux qui lui attribuent la paternité de cette ceuvre remarquable, alors méme que des procédés d’un genre particulier, plus spécialement en usage dans la haute Italie, ne fortifieraient pas cette opinion. Nous voulons parler des stalles et des boiseries de la chapelle de Gaillon, maintenanta l’ancienne abbaye de Saint-Denis, et que décorent d’ingénieuses marqueteries ou intarsiature. Au début de la Renaissance, il est tres difficile d’établir la part exacte de l’inspirateur des travaux, — appelons-le ainsi, —la dénomination d’architecte n’ayant guére été employée que depuis Francois I*; méme, d’aprés Adolphe Berty, ce terme « désigna d’abord d’une -maniére plus spéciale l’artiste, distingué du constructeur; auquel on continuait 4 donner le nom de magon.
192 LES STYLES FRANGAITS.,
Vraisemblablement, plusieurs des architectes célébres, avant le régne de Louis XIII, ont seulement été des dessinateurs d’architecture, composant habilement les projets des édifices, et laissant aux hommes de métier le soin de les exécuter1. » Nous ne saurions concéder
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Fig. 6o. — Facade de Gaillon.
4 cette coutume une aussi longue durée, mais nous rappellerons qu’au milieu du xvi° si¢cle, Philibert Delorme s’élevait encore contre ces « donneurs de portraicts et faiseurs de desseins, dont la pluspart n’en scauroient bien trasser ou décrire aucun? ». Ceci ex pli-
1, Les Grands architectes de la Renaissance, P- 97, en note. 2. Architecture, f° 21. Edition de 1675
querait, sur les comptes de Gaillon publiés par M. De-
ville, la mention de Pierre Fain comme chargé du portique, de Guillaume Senault, de Pierre Delorme, maitre magonettailleur d’images, de Roulland Leroux, l’auteur du superbe tombeau du cardinal, tous Rouennais, et du Tourangeau Pierre Valence, souvent désigné. A moins de supposer que ces maitres eussent visité la péninsule, quwils y eussent déja étudié les monuments antiques, comment comprendre le caractére si franchement italien de beaucoup de parties du palais, et surtout des fon- taines, des terrasses, des grottes qui en embellissaient les abords? Sans doute, Georges d’Amboise, vivement impressionné par tout ce qu’il avait vu pendant ses différents séjours en Italie, en avait gardé le riant souvenir, et, a l'aide de son immense fortune, lui avait donné un corps en plein terroir normand; mais il fallait pour cela agent indispensable: un homme dont l’origine, la réputation, les connaissances multiples pussent diriger les efforts de nombreux collaborateurs, francais pour la plupart, vers un but sans précédent. Cette derniére hypothése admise, tel dut étre, a notre avis, le réle de Fra Giocondo (fig. 60).
Lraile du chateau de Blois élevée par Louis XII, sur le lieu de sa naissance, se classerait certainement parmi les édifices du plus pur style du xv siécle, si quelques sculptures dans le mode italien n’en faisaient
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un monument de transition. C’est toujours le plan rudimentaire que nous connaissons: une suite de salles prenant jour, d’un cété sur la place qui précéde le chateau, de l’autre longeant sur la cour, au rez-de-chaussée un portique ouvert; immédiatement au-dessus, une galerie fermée de méme dimension que le portique. La facade extérieure présente une masse assez imposante, solidement plantée, sans ressauts, divisée dans le sens de sa hauteur en deux quantités a peu prés égales, lamagonnerie et latoiture. Les principaux ornements de cette partie sont la grande porte surmontée d’une niche 4 dais ogival abritant la statue équestre de Louis XII, et les hautes et riches lucarnes aux chiffres et armoiries du roi et d’Anne de Bretagne, sa seconde femme; elles sont de pierre ainsi que le soubassement, les bandeaux, la balustrade et les chaines posées par assises irréguliéres qui encadrent, sans préoccupation de la symétrie, les nus d’une muraille de briques rouges a réseau de briques noires; avec les plombs des petites lucarnes et du faitage des combles, fidélement restitués par M. Duban, et toutcouverts d’emblémes royaux peints ou dorés, de fleurs de lis de France et d’hermines de Bretagne, on a sous les yeux, nous l’avons dit, l’un des types les plus complets et les plus colorés de notre architecture nationale, en dehors de toute immixtion d’éléments étrangers!. La facade opposée, sur la cour, n’offre pas a beaucoup prés une aussi grande variété d’ornements et produit pourtant plus d’effet; cela tient aux profondeurs
1. Tout au plus pourrait-on en trouver une légére trace dans ja base des montants de la niche:
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ombreuses du portique et a la saillie fort accusée des deux pavillons qui relient ce corps de logis aux batiments voisins, d’époque antérieure. A gauche, le plus important de ces pavillons s’appuie a la salle des Etats, massive construction du xm1° siécle, et contient le vaste
Fig. 61. — Chateau de Blois, aile de Louis XII, facade sur la cour,
et bel escalier qui y accéde; celui de droite renferme de méme un escalier, mais de largeur modérée, qui desservait la galerie de l’appartement royal et les chambres des combles. La structure de ce pavillon est charmante, grace a d’ingénieuses penetrations de moulures et a Pencorbellement du dernier étage motivé par le pan coupé de la base, disposition fréquente dans la derniére période du gothique (fig. 61). Le milieu de cette facade répose sur ce portique aux arcs en anse de panier d’un
si heureux aspect; Pune des ouvertures, plus grande que les autres, est unique entrée du chateau; — sous Pogive de ses votites, vierges de toute restauration, ce que la France possédait d’illustre a passé pendant plus d’un siécle! — Les dix piliers du portique sont alternativement cylindriques et rectangulaires; le fat arrondi des premiers est maillé de losanges ou s’inscrivent des fleurs de lis et des queues d’hermine; sur les quatre faces des seconds sont sculptés des montants d’arabesques! a Vitalienne. Avec quelque simulacre doves sous la corniche du grand pavillon, ce sont les seuls emprunts faits 4 art nouveau; encore la composition en est-elle fort indigente : deux motifs se répetent indéfiniment et presque sans variantes, lun a base de dauphins, l’autre de vase a trois griffes; quant a Vexécution, elle est assez lourde, avec des maladresses d’apprenti. Ou Varchitecte n’avait a sa disposition que des nomades, rebut des ateliers florentins; ou, ce qui est plus probable, n’est-ce que le tatonnement d’imagiers francais encore inhabiles ace genre de décor. Les chapiteaux sont meilleurs; quelques-uns méme ont des arrangements pleins de verve et doriginalité, mais plutét dans le sentiment du moyen age, qui régne, du reste, sans partage, sur toutes les autres parties sculp-
1,On ne devrait désigner ainsi que les combinaisons, soit géométriques, soit puisées dans une flore conventionnelle, a l'imitation des Orientaux; mais le terme, quoique impropre, a prévalu. Celui de grotesques, plus exact, puisqu’il indique comme origine les décorations, sculptées ou peintes, découvertes dans les excavations de monuments antiques, — grotte, d’ot grotieschi, — n’est guére appliqué, et alors avec la signification de baroque, qu’aux fantaisies de certains ornemanistes;
tées des deux facades, depuis les tympans des lucarnes et les ornements des bandeaux jusqu’aux culs-de-lampe des fenétres et des encorbellements: ajoutons a regret que, sur ces derniers détails, notammentsur celui de trés fort relief qui se voit a Pintérieur, au bout de la galerie du premier étage, on s’étonne de trouver des sujets bouffons poussés parfois jusqu’a l’extréme licence. Quelle que fat Vindulgence de nos péeres en pareille mati¢re, comment, dans sa résidence favorite, les yeux dune jeune reine n’en étaient-ils pas choqués? L’inattention ordinaire des gens de haut parage fait penser que ces grivoiseries passaient inapercues, si ce n’est d’un archer en gaieté, de quelque page narquois, placés au méme niveau intellectuel que leurs facétieux auteurs.
Si la sculpture monumentale de ce temps — nous ne disons pas la statuaire — est, en général, d’autant plus faible que la figure humaine y tient une place plus importante; si, d’autre part, sous le ciseau de nos praticiens, la fécondité d’imagination et la souplesse de main de leurs confréres d’Italie ne se montrent pas encore dans leurs premiers essais, l’architecture civile reste toujours pleine d’intérét par cela méme qu’elle refléte naivement la vie contemporaine. Jetons un dernier regard sur le palais de Louis XII: le planest simple comme les habitudes, dont le confort était restreint; au dehors, un luxe sobre, un peu bourgeois, non toutefois sans noblesse; quelque chose de carré et de lourd en harmonie avec le costume, mais, a sa ressemblance, de belle couleur et de solide matiére; qu’on se rappelle Yor et lazur des plombs, le pourpre velouté de la brique, Pas trace de lyrisme, tout 4 utile et au s€érieux; la gé-
n€reuse insanité de l’escalier etde la lanterne de Cham= bord n’aurait pas été comprise. Dans-les emblémes, persistance du sentiment religieux : des anges agenouillés soutiennent lacouronne et l’écu de France; au lieu de la fulgurante salamandre du roi-chevalier, le porc-épiccheminanta petits pas oula cordeliére d’Anne de Bretagne, devise a double sens ! et, suivant le temps, symbole de viduité ou de foi mystique. Malgré tout, en dépit de ses faiblesses et de ses hésitations, cette aube dela Renaissance n’en est pas moins l’un des moments les plus attrayants de l’art francais.
Du reste, nous ne sommes encore qu’a la premiére heure. Au pied de ce méme chateau, dans cette méme ville de Blois, Italie, représentée cette fois par de vaillants artistes, va prodiguer bientét toutes ses graces.
La suprématie définitive du ‘pouvoir royal ayant rétabli ordre avec la paix intérieure, l’assiette escarpée, les formidables murailles des demeures féodales n’avaient plus raison d’étre, surtout depuis les progrés de Dartillerie. Les guerres d’Italie achevérent de démoder
1. La légende:J’ai le corps délié, qui l’accompagne quelquefois,' en donne lune des significations par un de ces jeux de mots, d’un> gout plus qu’équivoque, fréquents aux xv° et xvie siécles; quant & Pautre, saint Francois étaitle patron du pére d’Anne de Bretagne, celui-la méme en mémoire de'qui fut exécuté le eee de: Michel Colombe,
cette architecture militaire du moyen age appliquée, quelquefois méme dans l’enceinte des villes, Ades logis particuliers. Non seulement les chateaux étaient descendus de la colline dans la plaine et n’avaient gardé de leurs défenses extérieures que celles, comme les douves et le pont-levis, strictement nécessaires contre une agression éventuelle, mais, sur l’ancien plan maintenu par tradition, on n’élevait plus, au commencement du xvi° siécle, que des tours percées de fenétres superposées répondant a chaque étage, et, ala place des courtines, des batiments d’habitation aussi largement ouverts qu’elles avaient été soigneusement closes, Si les méachicoulis étaient encore usités, c’était autant parce qu’ils donnaient un male et seigneurial couronnement 4a I’édifice que par la circulation facile établie entre ses différentes parties, a la hauteur des combles et des lucarnes, par le couloir quwils supportaient; souvent ils étaient remplacés par des consoles accompagnées de coquilles concaves, lun des arrangements caractéristiques de Pépoque. Quand le propriétaire ne pouvait faire les frais d’une reconstruction complete, beaucoup deces vieilles résidences étaient du moins remaniées au goutdu jour. Le besoin de porter la vue sur le voisinage immédiat de chateaux forts, transformés désormais en maisons de plaisance, fit agrémenter le plus possible leurs approches, et créer autour d’elles une zone intermédiaire entre Voeuvre d’art et la nature agreste. C’est alors que l’on traga ces jardins réguliers, ornés de compartiments de verdure a dessins divers, qui étaient bordés et divisés dans toute leur étendue par de longues galeries de bois, ajourées en maniére de treilles, et
appelées berceaux de charpenterie. Les exemples en abondent dans le livre d’Androuet du Cerceau; 4 eux remonte sans doute l’idée premiére de ces jardins, dits ala francaise, qui forment a l’architecture des xvui° et xvi’ siécles un cadre indispensable. Sous Louis XII, au nord du chateau de Blois, s’étendaient donc des jardins divisés en jardins hauts et jardins bas. On re marquait dans ces derniers le curieux petit édifice bati pour Anne de Bretagne, encore debout de nos jours et sur ladestination duquel on n’est pas bien fixé; puis un pavillon rentrant plus spécialement dans le genre de décoration dont nous venons de parler. André Félibien le vit vers 1680 et nous en a laissé une description trés claire que certains fragments sculptés confirment, quant a la beauté des matériaux et de l’exécution 1. Ce pavillon était de charpente, sur plan octogone, en bois admirablement travaillé, et clos seulement de treillis; parmi ses ornements figurait la cordeliére de la reine «tout autour en forme de cordon »; un déme avec lanternon vitré le couvrait, tous deux d’ardoise et de plomb doré; au sommet se dressait une statue de saint - Michel également dorée. L’ensemble avait environ dixhuit métres de haut. Dans l’intérieur se trouvait abritée une fontaine toute de « marbre esgalement blanc et doly », Au milieu de son bassin 4 huit faces, orné des armes, chiffres et emblémes du roi et de la reine, sur une base triangulaire, reposait une grande vasque ronde, surmontée elle-méme d’une seconde, beaucoup plus
1. Mémoires pour servir a Vhistoire des maisons royalles et bastimens de France, publiés par M. A. de Montaiglon, 1874.
petite, d’ou jaillissait eau dans la vasque inférieure pour tomber de la, par quatre masques de lion, dans le
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Fig. 62, — Base de fontaine des jardins bas Xe du chateau de Blois.
bassin octogone. Un jour, faute d’entretien, la charpente s’écroula et entraina la ruine du monument; des morceaux importants de la fontaine nous sont heureusement parvenus et en permettraient méme, quoique
‘Roo LES STYLES FRANQGAIS.
mutilés, la restitution presque totale. Ce sont : au musée de Blois, trois des cdtés du bassin et la grande vasque a mufles de lion; 4 Vendéme, dans Véglise de la Trinité et servant de support aux fonts baptismaux, le pied de cette vasque; nous en donnons un croquis (fig. 62). Toutes ces piéces sont des chefs-d’ceuvre. En ce qui regarde le caractére des ornements, le doute n’est pas possible, ils sont italiens de forme et d’exécution, réserve faite cependant des chiffres et des emblémes royaux dont le dessin appartient a l’age précédent (fig. 63), et, autant qu’on peut appuyer une appréciation de style sur des documents écrits, pour l’ensemble architectonique du pavillon, o& nous pensons voir une conception francaise.
Il y a une telle différence entre les beaux marbres de la fontaine et les arabesques du chateau que plusieurs années doivent les séparer, pendant lesquelles, le gott s’affinant, on s’adressa A qui avait étudié longuement ces bas-reliefs 4 ’antique et les avait introduits et vulgarisés.
Ace moment, une famille florentine, établie a Tours, exercait sur art francais une influence incontestable, principalement dans les choses de Pornementation. Antoine Juste et son frére Jean sont, sinon les premiers en date, du moins les patrons les plus éminents de toute cette école de sculpteurs francais qui couvrirent de si charmants caprices les monuments de la Normandie et des bords de la Loire, pendant la premiére moitié du xvi° siecle. Le tombeau des enfants de Charles VIII et a’Anne de Bretagne, qui est de 1506, leurest attribué avec beaucoup de vraisemblance; celui de Pévéque Thomas James fut exécuté en 1507 pour la cathédrale
Rougeron Viggorol.JSé
Fig. 63. — Chiffre d’Anne de Bretagne
FAU CHER: Gunin—
octobre 1509, la présence d’Antoine est établie d’une facon certaine dans les travaux de Gaillon; en 1510,
204 LES STYLES FRANGAIS.
sur ordre de Louis XII, il fait une biche de cire destinée 4 la galerie du jardin de Blois!. Pour un monument de marbre, placé au point central de la promenade quotidienne du couple royal, rien d‘improbable a ce qu’on ait appelé des Florentins trés habiles a sculpter cette matiére et déja au service de la cour.
Dans la ville, 4 peu de distance du chateau, se voit Phoétel d’Alluye, du nom d’un fief de son fondateur Florimond Robertet, secrétaire des finances; construit d@aprés le méme systéme que l’aile de Louis XII, en brique et pierre, il a été remanié et agrandi sous Francois Ie, La encore nous retrouvons aux culs-de-lampe de la facade les derniers imagiers du moyen age; sur le linteau des portes et aux chapiteaux de l’entrée et du double portique de l'intérieur, la nouvelle école. Dans Pordre des maisons privées, c’est bien un édifice de transition et, sur une structure gothique, la Renaissance est venue semer ses premieres fleurs, On ne peut voir de ‘plus gracieux et plus délicats ornements que ces basreliefs, 4 peine d’un ou deux centimétres de saillie, ciselés dans cette pierre tendre de Bourré, si blanche et d’un grain si propre aux finesses de l’outil. Il semble qu’a défaut du marbre, la nature ait voulu préparer d’avance, pour les contrées du centre, le champ de ces beaux enroulements a la maniére antique, N’entreprenons pas la tache impossible d’y faire la part des artistes indigénes et des étrangers; s°il est vraisemblable que ceux-la, avec la faculté d’assimilation particuliére
1. Voir, sur cette famille des Juste, les excellents articles de M. A. de Montaiglon dans la Gazette des Beaux-Arts, années 1875 et 1876.
a la race, suivent de prés leurs devanciers, ceux-ci ont
laissé des preuves irrécusables de leur collaboration a ’ceuvre commune, ne serait-ce que quelquesuns de ces écus coupés a la florentine qui portent les armes du baron d’Alluye (fig. 64), ou encorela cheminége de la salle du conseil, toute resplendissante d’or et des plus vives couleurs, et qui, dans les lignes classiques de son architecture, entoure les insignes de la monarchie francaise de sentences grecques et italiennes (fig. 65). Est-ce Vhelleniste Fra Giocondo qui les a composées a la requéte de Vopulent ministre de Louis XII? Le double porlique qui régne sur lacour, ainsi que celui que formaient jadis les dix colonnes de marbre blanc, maintenant au chateau des
Fig. 64. — Bas-relief de l’hétel d’Alluye.
Montils (Loir-et-Cher), peuvent-ils étre compris parmi les infinite opere dont parle Vasari? Girolamo della Robbia a-t-il modelé les beaux médaillons des Césars
206 LES STYLES FRANGAIS.
et celui d’Aristote qui garnissent le soubassement du premier étage (fig. 66)? Nous ne pouvons rien affirmer; mais, pour Giocondo, les dates sont concordantes;
Fig. Gs.
Cheminée de l’hétel d’Alluye.
et quant aux terres cuites avec leur entourage de gros fruits, elles sont absolument, moins Pémail, dans le gout de celles sorties de l’atelier céramique fondé par Villustre Luca, grand-oncle de Girolamo; de plus, nous Savons que ce dernier avait beaucoup travaillé datis
POrléanais; le comté de Blois en faisait partie. Or, Ba
Reugeron Megnerof, Sb
Fig. 66. — Portique de V’hétel d’Alluye,
comme V’hétel d’Alluye a été visiblement modifié dans
les premiéres années de Frangois I*, alors que ce: prince avait maintenu Robertet au poste qu’il occupait sous son prédécesseur, rien ne s’oppose matériellement a cette attribution. En tout cas, que ces bas-reliefs soient de la main méme de Giroiamo — et ils en sont .dignes — ou de lun de ses imitateurs, leur caractére tout italien n’est pas contestable. La fusion des deux styles est accomplie dans Varchitecture comme dans Vornementation.
L’art statuaire, encore limité aux sujets religieux, ne pouvait se transformer que beaucoup plus tard. En effet, les quelques figures échappées aux iconoclastes de la Réforme et de la Révolution témoignent de la persistance des anciennes traditions nationales, et quand une velléité d’innovation se produit dans les tombeaux, c’est en des parties secondaires et qui relevent toujours de la décoration architectonique. Sur le monument des enfants de Charles VIII, a coup sir d’inspiration italienne et affectant déja le caractére semi-paien de la Renaissance, les deux petits gisants, ainsi que les angelots qui les assistent, ne different pas des tombes de Saint-Denis. Pareille remarque s’applique al’ensemble du superbe mausolée de Francois II, duc de Bretagne, et de Marguerite de Foix, exécute par Michel Colombe, de 1502 a 1507, d’aprés les plans du peintre Jean Perréal. Une lettre de ce dernier nous apprend bien
que le praad sculpteur y employa pendant cing ans « deux tailleurs de massonnerie entique italiens ». A eux incombait donc la tache délicate de composer et Pexécuter les arabesques des pilastres, elles sont ravissantes; mais, pour tout le reste, la gloire en revient absolument 4 la France et au chef de l’école de Tours qui occupe une place a part et, comme Jean Fouquet, isolée dans sa supériorité..Ce n’est pas le seul trait commun qu’il ait avec lui : il résidait 4 Tours s’il n’en était pas originaire, — on ne sait au juste s'il était Breton ou Tourangeau; —la méme obscurité plane sur les circonstances de sa vie, bien que célébre de son temps, Puisqu’une princesse étrangére, Marguerite d’Autriche, s’adressait 4 lui, octogénaire, pour la sépulture de Philibert de Savoie, son époux!. Des ceuvres multiples que suppose une aussi longue carriére, bien peu nous “sont parvenues, et seulement de sa vieillesse; que devaient étre celles de sa maturité ? N’attendons pas de Vindifférence des contemporains quelque lumiére sur une personnalité pourtant si remarquable; établir une démarcation entre J’artiste et l’artisan était un fait si rare a cette €poque que les chances d’information sont bien minimes. Le point important pour nous, celui de la nationalité, est indiscutable : Colombe est Frangais, et quojaue ayant vu, 4a Amboise, avec la petite colonie amenée par Charles VIII, a Gaillon et 4 Tours, sous le
1. Aprés des études et modéles pour l’église de Brou, dressés par J. Perréal et M. Colombe, Vexécution passa a des artistes flamands, non sans garder des traces du concept primitif, ainsi que I’a trés savamment exposé M. Charvet dans sa biographie de Jean Perréal. Lyon, 1874.
ciseau des Juste, les premiers essais de la Renaissance, en connaissant méme peut-étre le berceau, il est resté cependant jusqu’a la fin, a exemple de Fouquet, Vhomme du moyen Age par la conscience et la graviteé da sentiment. Seulement, son influence semble avoir été plus étendue et plus durable que celle du peintre, a cause de son mérite transcendant et des nombreux collaborateurs que nécessitaient ses longs travaux. Est-ce 4 Pun de ses disciples ou au maitre lui-méme qu'il faut donner la Vierge de marbre acquise par le musée du Louvre en 1875? Sa noble et simple attitude, quelque rapport de type avec l’une des Vertus du tombeau de Nantes, son lieu de provenance, — le chateau @ Olivet, prés d’ Orléans, = s’ils ne tranchent pas abso-= lament la question en faveur de Colombe, établissent tout au moins que ce précieux morceau est sien, comme sorti de son école ‘et pénétré de sa doctrine (fig. 67). Aux qualités d’expression et d’ampleur, d’énergie téaliste et de hardiesse de main qui distinguaient les sculpteurs flamands-bourguignons, Claux Sluter et son entourage, l’école de Tours oppose des qualités toutes contraires : la placidité, la grace des ajustements, une exécution trés fine au service d’un naturalisme qui n’offense jamais le gott. Le progrés accompli est si considérable, la tendance vers le beau tellement accentuée, qu’en certaines parties de oeuvre de Michel Colombe ils ne nous semblent pas pouvoir étre dépassés; 4 elles seules, les figures couchées de Francois II et de Marguerite de Foix placent le maitre au premier rang et dominent celles de la Chartreuse de Dijon de toute la hauteur qui sépare le style du caractére. Espérons
qwun jour, par la comparaison immédiate entre les monuments rassemblés au Trocadéro, la sagacité de quelque critique suppléera au silence de Vhistoire et restituera au grand scuipteur du xv® siécle plus d’une ceuvre anonyme ou d’attribution erronée. Sans nous arréter avec trop d’insistance aux. représentations peu importantes des enfants de Charles VIII, il y a déja lieu de remarquer combien, pour le modelé des visages et des mains, elles sont d’un art autrement souple et savant que les figurines de la base; la disposition des pennes aux ailes des quatre petits anges soutenant les coussins et les armoiries est la méme qu’aux anges du tombeau du duc de Bretagne. Ces détails, en apparence insignifiants, ont quelquefois la valeur dune marque
Rougertn Vigne
Fig. 67. — Vierge de l’école de Tours.
(Musée du Louvre.)
ait
datelier et peuvent éclairer l’observateur attentif; il
est d’ailleurs malaisé de concevoir que, pour les images de ces fils de roi, on ait négligé de s’adresser a un artiste hors ligne, alors que l’insuffisance des Juste, en tant que statuaires, est démontrée par ce que l’on connait d’eux en ce genre; leur véritable domaine est Yornement et ils y excellaient comme tous les Florentins. — Un autre tombeau, dans la cathédrale du Mans, celui de Charles III], comte du Maine et frére du roi René, se rapproche beaucoup de la maniére de Colombe; la forme ainsi que la décoration trés simple du sarcophage sont imitées de certaines urnes antiques; un Italien en a donc donné les profils, mais nous avons vu que la conception générale du monument échappait au sculpteur, Le prince étant mort en 1473, on aurait la un ouvrage de la pleine vigueur de Vartiste; malheureusement, la téte et les mains ont été fort mutilées. Nous livrons 4 examen d’hommes plus compétents cette conjecture toute personnelle.
La peinture est d’une infériorité notoire, et le peu d’ouvrages et de noms de maitres arrivés jusqu’a nous ne dénote pas que l’école fit bien vivace et le gotit de cet art trés répandu. Nous avons eu l’occasion, a propos de Michel Colombe, de citer l’excellente étude faite sur Pun des principaux. peintres de ce temps, Jean Perréal, dit Jean de Paris. M. Charvet l’a suivi avec certitude de 1485 a 1528, année probable de sa mort: il
Eee vam NCS
nous le montre installé a Lyon, dirigeant les préparatifs de toutes les entrées de souverains dans cette ville;
accompagnant Charles VIII 4 Naples, Louis XII en Lombardie, en qualité de valet de chambre, charge vénale fort recherchée qu’il occupe encore en! 1523 auprés de Francois I*; artiste aussi souple qu’habile, il dresse les plans du tombeau de Nantes, puis devient, au service de Marguerite d’Autriche, contréleur des travaux de l’église de Brou; enfin il est souvent préposé aux fortifications de Lyon, méme & des opérations de voirie. De peinture proprement dite, il n’en est guére
question, et si l’on accepte, comme de Perréal, le tableau donné par M. Bancel a notre galerie care ‘oeuvre ne justifie la réputation de l’artiste que par la médiocrité des autres peintres francais. Certains emblémes héraldiques semblent indiquer que les deux personnages agenouillés aux cétés de la Vierge sont bien réellement Charles VIII et Anne de Bretagne, trés jeunes, vers l’gpoque de leur mariage, en 1491; mais alors le pinceau officiel a singuliérement amolli, pour ne pas dire défiguré, les types si accentués des deux €poux. La question de ressemblance écartée, ce panneau, con¢u dans le godt flamand, est d’une exécution trés précieuse et d’un coloris assez puissant; pourquoi faut-il que le dessin en soit si faible et dépourvu de tout caractére? Jusqu’a découverte plus concluante, c’est encore parmi les enlumineurs qu’on doit chercher les vrais représentants de la peinture francaise. A qui, de Jean Poyet, habitant de Tours, ou de Jean Bourdichon, peintre et valet de chambre du roi, décerner Phonneur d’avoir décoré le livre d’heures d’Anne de
retagne? A tous deux, peut-étre. Si un se peut prévaloir d’un compte détaillé de payement, d’aoft 1497, en exacte concordance avec le nombre et la nature des illustrations de la premiére série, les Heures proprement dites, Pautre recoit, en 1508, une somme six fois plus considérable pour avoir peint, 4 Pusage de la reine, « une grans Heures », terme qui s applique a merveille au plus somptueux manuscrit de cette €poque. Quelque temps aprés les secondes noces d’Anne, le fait d’avoir ajouté diverses priéres, et de la main de Bourdichon, généreusement salari¢é comme attaché a la personne royale, la majeure partie des grandes minia~tures — 28 sur 51 — concilie les documents. L’originalité des deux suites prises en elles-mémes ne suffirait pas a les distinguer; le style, l’exécution sont identiques; on retrouve partout l’ancien procédé de lumiéres d’or posées sur des tons intenses, un dessin suffisamment correct, mais sans ce nerf que donne l’étude directe de la nature, et surtout, pour la composition, sans cette variété et cet imprévu qui placent Fouquet au rang des maitres. Le tout forme un missel digne d’une souveraine, non un chef-d’ceuvre personnel comme celui exécuté pour Etienne Chevalier. Les Heures d’Anne de Bretagne ont cependant un grand mérite a nos yeux, celui de se dégager sensiblement, par beaucoup de cétés, de influence flamande, et de chercher, quelquefois avec succés, plus d’idéal dans les types, plus de simplicité dans les ajustements. La peinture des Confesseurs offre une trés belle figure de pape; plus loin, on remarque celle de saint Liphart, évéque, la riche couleur d’un saint Hubert, dans le groupe des
Vierges quelques tétes vraiment suaves. L’art fran- Gais commence done ici a s’épurer des vulgarités du xv° siécle, et il ne le doit en ce moment qu’a lui-méme, car, si Von en juge par l’affreux portique a frise de tétes de boeuf reli¢es par des guirlandes, dans la scéne de la résurrection de Lazare, le peintre ne connaissait que de nom l’architecture antique et l’Italie. Tourangeau ou Blésois, ila consulté, par exemple, avec intelligence, les prés, les vergers, les foréts du sol natal, les bestioles qui les animent, pour y puiser les motifs de la bande marginale a fond d’or des feuillets du texte, Pun des attraits de ce superbe manuscrit. -
La vogue de ’enluminure allait cependant diminuer
de plus en plus, méme chez cette classe de lecteurs un
peu futiles qui prisent avant tout le commentaire des figures. En 1488, date assez rapprochée de l’introduction de l’imprimerie en France, Philippe Pigouchetimprima a Paris, pour son propre compte et pour quelques libraires, des ouvrages de piété, — principalement des Heures — ornés de nombreuses gravures taillées sur bois, ou quelquefois, estime-t-on, en relief sur métal; planches et texte, tirés sur vélin d’une grande finesse, passaient par les mains d’enlumineurs quileur donnaient rapidement et 4 moindres frais l’aspect d’un véritable manuscrit. Qu’il y ett dans le fait des vendeurs supercherie volontaire ou simple imitation, le livre restait eneore d’un haut prix. Devant le succés de ces publications, plusieurs libraires — au premier rang Simon Vostre, Antoine Vérard et Thielman Kerver — finirent par porter dorénavant leurs efforts surl’exécution des sujets et des encadrements gravés, et par vendre ces Heures
216 LES STYLES FRANGAIS.
imprimées, sauf de rares exemplaires de luxe, telles qu’elles sortaient de la presse, c’est-a-dire en noir avec quelques rubriques. Le coup fut cruellement décisif pour les pauvres miniateurs, déja ravalés, en majeure partie, au réle de simples coloristes; il n’est guére de progrés qui ne déplace des intéréts et ne fasse quelque. victime. Désormais, les gens de petite fortune purent gouter un plaisir jusqu’alors exclusivement réservé aux riches : celui d’interroger le calendrier, de suivre les offices et de lire leurs oraisons dans un recueil splendidement illustré, et, si la typographie parisienne n’ett pas a se glorifier des chefs-d’ceuvre d’un Diirer ou d’un Burgkmaier, elle répandit du moins le goit de Pimage et elle vulgarisa certaines compositions qui étaient loin d’€tre sans valeur pour le temps et qui gardent encore dans V’histoire de la gravure une place tres honorable. Le style en est franchement gothique, beaucoup plus flamand que les miniatures contemporaines, parfois méme assez voisin de I’école de Nuremberg; c’est a peine si l’on découvre ¢a et 1a un motif, trés alourdi du reste, emprunté a l’ornementation italienne. En outre des grandes planches consacrées au Nouveau Testament, les encadrements du texte montrent des légendes bibliques, de petites figures isolées, souvent des scenes familiéres, chasses, travaux des champs, etc. Enfin les entourages de plusieurs éditions reproduisent aussi la Danse des morts, cette sombre fantaisie du xv° siécle que l’instinct égalitaire de la race gauloise avait plus directement engendrée peut-étre que la pensée de notre néant. La vogue de ces beaux livres se prolongea longtemps: en 1571, cinquanteans aprés la mort
de Kerver, un des descendants du libraire parisien publiait les Heures de Notre-Dame a l’usage de Chartres, en caractéres gothiques et avec gravures sur bois. Le - sentiment chrétien dontest pénétré tout l’art du moyen Age lui assurait en effet sur les choses du culte, et lui assure encore dans nos sociétés modernes, une influence -posthume a laquelle il serait difficile d’assigner un terme; mais il n’est pas moins curieux de voir que Pimprimerie, agent énergique entre tous du mouvement contraire de la Renaissance, nous a cependant transmis les productions des derniers jours de la période
ogivale. .
Dans son Livre du courtisan, Balthasar Castiglione reproche a notre pays, non sans fondement, de ne reconnaitre que la seule noblesse des armes, et, sur ce propos, il met dans la bouche de Julien le Magnifique une appréciation remarquable du caractére de Francois de Valois, encore comte d’Angouléme et héritier présomptif du tréne quand l’auteur composait ce traité. «Si la fortune veut que Ms" d’Angouléme succéde, comme
on doit espérer, au roi de France, je suis fermement “convaincu que, de méme que la gloire des armes fleurit et brille en France, de méme celle des lettres devra également resplendir du plus vif éclat. C’est grande merveille — ajoute-t-il plus loin — que, dés sa jeunesse, ce prince formé par son seul instinct, contre usage de sa nation, se soit dirigé de lui-méme dans une si bonne voie. Etcomme les inférieurs suivent toujours l’exemple des supérieurs, il peut arriver que les Francais finissent par estimer les lettres ainsi qu’elles le méritent; ce qu’il ne sera pas difficile de leur persuader, s’ils veulent seulement préter Voreille 4 ses conseilst. » Nul n’ignore avec
1, Il libro del Cortegiano del Conte Baldesar Castiglione. Venise, 1528, “
FRANGOIS Ie. arg
quelle précision s’est réalisé le pronostic de Castiglione, Pami et le conseiller de Raphaél, et pour qui, en vrai familier de la cour d’Urbin, le gout des arts était implicitement compris dans laculture littéraire. Aussi, de tous les princes dont il est regu maintenant d’accoler le nom a chaque modification de style survenue depuis trois siécles, Francois I* posséde les titres les plus incontestables a ce patronage. Sans doute, l’un de ses prédécesseurs avait déja manifesté, durant sa courte vie, quelques élans analogues, un égal penchant pour les entreprises grandioses; mais que de dissemblances physiques et intellectuelles entre le malingre Charles VIII, presque difforme, « petit hommede corps et peu entendu », etce beau jeune homme de vingt et un ans, a la taille athlétique, d’esprit naturellement facile et généreux quand il pouvait se soustraire 4 certaines influences funestes, si capable de comprendre la grandeur et l’utilité des sciences tout en y restant étranger, et sensible quand méme, dans ses plus mauvais jours, aux charmes de la poésie et de l’art! On a peint @un mot Francois I”: crest le roi de la Renaissance. Son avénement, le r janvier 1515, ouvre donc définitivement l’ere nouvelle dont nous avons indiqué les phases préparatoires.
L’arc rond a remplacé Parc aigu dans les monuments civils; les colonnes qui le supportent sont cylindriques et galbées, couvertes de chapiteaux irréguliers, avec ou
220 LES STYLES FRANGAIS.
sans entablement. Quoique le plan et les dispositions des constructions précédentes soient maintenus, ainsi que leurs grands combles a hautes lucarnes, souvent aussi leurs fenétres rectangulaires divisées par des meneaux, la préoccupation de l’antique est visibleen maint endroit. Pilastres, frontons, corniches et moulures en sont inspirés, mais avec un laisser-aller trés éloigné de la pureté de gott et de l’étude savante des profils qui distingueront les architectes de la fin du régne. En revanche, leurs devanciers, les humbles maitres és ceuvre de massonnerie, la plupart-inconnus, ont des audaces et des coups d’ailes qui compensent bien des incorrections. Citons seulement la facade septentrionale de Blois, surtout le magnifique escalier dela cour (fig. 68); celui de Chambord et sa fameuse lanterne qui se dresse a prés de cent pieds au-dessus de la terrasse du chateau. - Cette sorte de campanile reste encore sans rivale pour la hardiesse et l’élégance deson ensemble: huit arcades, dont les pieds-droits sont plaqués de pilastres et accompagnés de colonnes, soutiennent autant de contreforts décorés du chiffre royal et de salamandres couronnées; de 1a s’élancent la lanterne et son amortissement a fleur de lis colossale (fig. 69). Cette premiére architecture de la Renaissance, a ce point de son expansion, a recu et gardé un caractére tout festoyant et printanier, comme ‘un persistant reflet de ces horizons nouveaux entrevus alors parun monde.de poéteset d’artistes. Elle se sépare franchement de Varchitecture ogivale, toujours assez sévére, méme dans sa période fleurie et ses applications mondaines, peut-étre en raison de son origine claustrale, ou, tout simplement, par suite de la forte saillie de ses
FRANCOIS Ie, 228
membres et de sa sculpture ornementale trés fouillée et
Fig. 68. — Escalier du chateau de Blois.
ombreuse. L’age n’agit pas de méme sur lune et sur ‘Yautre. Alors que le gothique neuf semble. quelque peu
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222 LES STYLES FRANGAIS.
sec et métallique, et, comme le bronze trop aigrement
Fig. 69. — Lanterne de Chambord.
ciselé, réclame la patine du temps, le style Renaissance, plus méplat dans ses détails, s’accommode mieux de la finesse et de la blancheur des ‘matériaux. I] est, par
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essence, lumineux et jeune, d’humeur si riante qu’il en dévient déplacé dans les sujets sérieux, une église ou un tombeau; tant d’arabesques, de trophées, d’emblémes et de caprices profanes n’y sont pas de mise. Tout cela
séduit sans émouvoir jamais; cest sans contredit l’art.
dela vie et de la grace, rarement celui des hautes et graves pensées. Reconnaissons-le, au moins d’une mani¢ére générale.
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Lair de féte extérieur des grandes habitations se retrouvait sur le galant costume de la noblesse francaise et de quiconque était attaché a la personne du prince, Tous les documents contemporains, miniatures et tapisseries — entre autres la suite importante du chateau d@’Uriage — s’accordent a nous montrer habit des deux sexes enrichi a profusion de passements et de taillades, et presque toujours de tons clairs et gais. Cependant Vintérieur des chateaux contemporains est loin de répondre a leurs dehors, et nous ne pensons pas que la yétusté et les révolutions de la mode en soient seules responsables. Passe encore pour Blois, enté sur d’anciens édifices, délaissé de bonne heure par Francois I* lors de la création de Chambord, et tellement ruiné depuis le xvu’ siécle par des destinations déplorables qu’il ne peut servir d’argument. Il ne saurait étre ici question des peintures de M. Duban, prodiguées sur les solives et les murailles, fantaisies d’architecte dont le style est
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224 LES STYLES FRANGAIS.
aussi discutable que le point de départ en est arbitraire, quoi que disent les guides de leur prétendue authenticité, Mais Chambord n’a pas subi d’aussi cruelles vicissitudes et les mémes restaurations intérieures que Blois; aucun vestige ne vient témoigner d’un luxe autre que temporaire et réduit au mobilier volant du moyen age. Les tapisseries suivant la cour accrochées a chaque installation, quelques chaires et des coffres pour siéges, beaucoup de coussins, formaient sans doute, avec les gros meubles indispensables, tout le confort de ces résidences royales, résidences de quelques jours d’ailleurs, car jamais souverain ne fut moins stable que Francois; les archives étrangéres ont divulgué les doléances de leurs diplomates a ce sujet. Les exercices du corps, les joutes et la chasse absorbant, a peu d’exceptions prés, l’existence de la noblesse, l'emploi du temps était réglé de méme 4 la cour de France, et la foule des courtisans, encore insoucieuse de ses aises, ne songeait qu’a imiter et suivre le maitre dans les divertissements violents qui lui avaient fait choisir pour cet immense édifice un pays sans beauté, presque sauvage. Rien de plus tudimentaire que les chambres et les appartements de Chambord; toute l’ingéniosité de l’architecte s’est concentrée sur les dégagements. Si Madrid, puis Fontainebleau, enfin le Louvre, sous Henri II, purent aller de pair comme richesse de décor avec les palais italiens, la cause en est, soit a la nécessité d’une représentation officielle plus en rapport avec la puissance du pays, soit a Pintervention de tant d’artistes accourus a V’appel si sincérement chaleureux du royal amateur. Michelet, tres dur d’ordinaire pour Francois I*, lui rend au
FRANCOIS IeF. 225
moins justice sur ce point quand il le compare aux
autres monarques de son temps : « Tous honoraient les
artistes, mais Francois I* les aima. » Pourtant cette grande passion, le meilleur de sa gloire aprés tout, avec la protection accordée aux lettres, rencontre moins d’indulgence chez une certaine catégorie d’archéologues.
A les en croire, il est responsable de la fin prématurée de Tart ogival, Vart national par excellence, étouffé,
plein de séve encore et avant d’avoir donné tous ses ruits, par des étrangers de second ordre, déja entachés d’une précoce décadence.
C’est exagérer singuliérement les faits. D’abord, nous lavons exposé, la recherche d’une esthétique nouvelle s’était produite bien avant 1515; le jeune roi ne fit que ’encourager avec la fougue de son tempérament. Les Frangais de Fornoue et de Brescia n’y étaient pas si indifférents que le donne a entendre Balthasar Castiglione. N’était-elle pas justifigée par le paralléle des arts dans notre pays, principalement de la peinture, au commencement du xvi’ siécle, et l’éblouissant spectacle qwils présentaient en Italie? L’attraction devint universelle; l’Espagne, les Flandres, la gothique Allemagne l’éprouvérent. Pour ce qui nous concerne, il ne tint pas seulement a Francois I* que nos artistes eussent comme premiers directeurs d’un mouvement aussi irrésistible deux des plus grands maitres contemporains: Léonard de Vinci, malheureusement affaibli par l’age; André del Sarte, trop épris de Florence et de sa Lucrezia. Si courte qu’etit été leur présence, si rares que fussent leurs oeuvres ‘en deca des monts, V’un avait révélé Pineffable sourire de la femme et les graces de
STYLES PTANGAIS, 1§
lenfance inconnues du moyen 4ge, l’autre le pur et large style de lagrande peinture. A défaut de l’enseignement direct d’artistes que leur génie méme faisait jalousement retenir dans leur patrie, n’avait-on pas quelquesunes de leurs suaves productions? Elles n’eurent qu’une influence tardive sur l’art francais, et la parole des brillants déclamateurs de Fontainebleau fut tout d’abord plus écoutée; n’oublions pas néanmoins que nous devons peut-étre Le Sueur ala Belle Jardiniére et ala grande Sainte Famille du Sanzio. Enfin, ot sontles preuves d’un engouement assez irraisonné pour accueillir de préférence les étrangers au détriment des hommes de valeur qu’aurait possédés la France? La manie des foules de tout rattacher 4 un nom sonore a beaucoup amplifié, croyons-nous, le réle des Italiens. Selon la légende, nul autre que le Primatice ne pouvait avoir conc¢u Chambord; cependant larrivée du peintre bolonais est postérieure de plusieurs années au commencement des travaux, dirigés — la chose est notoire a présent — par Pierre Neveu, dit Trinqueau, un architecte de Blois ou d’Amboise. Et le tombeau de Louis XII: ses
1. Grace 4 L. de la Saussaye, V’historien du Blésois, d’aprés une communication de son ami M. E. Cartier, d’Amboise. Malgré Verreur générale, il était resté cependant quelque lueur de la vérité, méme au siécle dernier. Ainsi dans le Dictionnaire des artistes, de abbé de Fontenai (Paris, 1782), a Varticle Vignole, on lit : « Quelques personnes prétendent que.le chateau de Chambord a été construit sur les dessins de cet artiste; mais elles se trompent trés grossiérement : cette maison royale fut batie par un architecte de Blois, plusieurs années avant l’arrivée de Vignole en France : C’est un mélange informe de gothique et darchitecture grecque.» L’auteur de cette singuli¢re appréciation n’a omis dans son ouvrage rien moins que la biographie de Titien.