‹ Les styles françaisChapitre 14 sur 27 · FRANCOIS I · texte numérisé non relu

FRANCOIS I

jolis pilastres et de trés mauvaises statues @apdtres ont suffi pour donner au Florentin Jean Juste la paternité de l’ceuvre tout entiére, tandis que le sculpteur était rarement chargé de la disposition générale du monument. I] efit été trop simple d’admettre que le premier type des grandes tombes royales de Saint-Denis, étant sans analogue en Italie, devait étre de main francaise, En résumé, nous avons signalé tout au début de cette étude quelle part d’influence revient a D’Italie dans notre renouvellement; de 1a a diminuer la valeur et Poriginalité de tant d’artistes francais justement illustres, les réduire au role @imitateurs, tout en se lamentant sur Vart indigéne arrété dans son développement progressif, ily a fort loin. La vérité est que, mG d’un incessant désir de fétes et d’embellissements, Francois I* dut s’adresser 4 qui pouvait le satisfaire. Faute de rencontrer chez nos praticiens ce qu'il révait pour Fontainebleau, le brillant décor des scénes mythologiques, les sujets d’Homére ou de Plutarque, l’emploi simultané de la fresque et des stucs aux souples nudités surgissant parmi les cartouches et les guirlandes, il se livra au Rosso, au Primatice, a Niccolo dell? Abate, compo- siteurs trés libres, dessinateurs maniérés, mais qui, a coté d’exemples pernicieux trop fidélement suivis par les médiocres, affranchirent du moins Pécole de ses timides allures grace a leur stupéfiante habileté, A la longue, notre instinct du gout et de la mesure fit le reste, et, sur le vieux sol gallo-romain, Part éprouva les mémes ardeurs de retour vers )’éternelle jeunesse de l’antiquité que les sciences et les lettres.

II

Nous avons dit que l’architecture cherchait A se rapprocher des monuments gréco-romains encore impar- ‘faitement connus. Elle reproduit donc sur les moulures leurs détails ordinaires d’oves, de rais de cceur, de feuilles d’eau et de perles. Dans les frises et sur les montants elle dispose avec une égale prolixité des motifs familiers aux sculpteurs antiques, le candélabre, les rinceaux, les bucranes, les bandelettes et les pateres du sacrifice, les dauphins et les sirénes, toute la faune semi-humaine des satyres et des chiméres. Elle introduit pourtant dans l’ornementation deux éléments nouveaux et trés particuliers, le cartouche et les entrelacs. Si le premier est bien une création de la Renaissance, ‘italienne ou francaise, le second pourrait a la rigueur étre revendiqué par l’époque romane etl’art arabe; mais ila recu de telles modifications au xvi° siécle qu'il lui appartient réellement. A partir de ce moment, on les rencontre l’un et l’autre sur toute matiére et tout objet susceptibles de les recevoir : certaines parties du vétement civil et sacerdotal, les armes défensives et offensives, la joaillerie, l’émaillerie, dans Pillustration ‘des livres et sur la reliure qui les protége. Qu’elles rappelassent les cérémonies religieuses ou qu’elles fissent allusion aux forces de la nature, la plupart des figures énumérées ci-dessus avaient eu pour le paga-

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nisme une réelle signification ; imitées par nos artistes, elles ne présentaient plus que des réminiscences sans portée. Aussise chargérent-ils d’en racheter la banalité et

Chapiteau de Chambord.

les contresens par des emblémes mieux compris de tous, intercalant ¢a et la dans les arabesques d’une sépulture quelques attributs funéraires; au logis d’un noble, les piéces de son blason, sa devise inscrite dans une tablette; surla maisond’un artisan, les outilsde sa profession; un peu partout, des maximes pieuses ou philosophiques, des assurances d’hospitalité. Ce n’était donc pas délaisser de parti pris tout ce qui s’était fait anté-

rieurement, mais continuer sur un autre mode les pra-

tiques des imagiers d’autrefois, et réaliser en ornemen-

tation la méme fusion qui tendait a s’opérer entre notre e

Fig. 71.

Chapiteau de Chambord,

propre idiome et les langues classiques. De cet amalgame, au fond assez incohérent, se dégagea pourtant un style plein de grace et qui caractérise lune des plus florissantes €poques du godt francais. Mais, a ses premiers essais, l’artiste, sculpteur ou péintre, ne voit dans la donnée antique qu’un théme sur lequel va broder sa fantaisie. S’agit-il de modeler un chapiteau . de pilastre? Quelque vague connaissance de l’ordre

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ionique lui remet en mémoire la courbe surplombante de ses volutes, quitte a les déformer a plaisir, tantét les faisant sortir obliquement de la corbeille en maniére de cornes (fig. 70), tant6t jaillir d’un culot et se redresser au-dessous de l’abaque (fig. 71), plus loin les terminant en téte de chimére ou en une sorte de dauphin, Ses caprices sont inépuisables, et, parmi les huit cents chapiteaux de Chambord, on n’en trouverait peut-étre pas deux identiquement semblables. Tout cela est exécuté avec une adresse et une légéreté de main surprenantes; sur le bois ou la pierre, ce qu’il cherche, c’est la nerveuse souplesse des courbes, la ténuité des tiges opposée a la grasse saillie des lobes de feuillage, plus souvent refendus comme la feuille de primevére qu’a Pimitation de l’acanthe ou du laurier romain. A-t-il a traiter un masque de chérubin dans Vécoingon d’une porte, une figure drapée dans quelque camaieu? Sa verve et le souci de la tournure ne parviennent pas a dissimuler son inexpérience actuelle des formes; si la silhouette est spirituelle, la draperie d’un grand jet, les tétes sont bouffies, les cheveux en coup de vent, et sur des membres incorrects s’étirent des plis que la moindre maquette eit fait mieux disposer, Le manque d’étude est évident.

On ne peut adresser le méme reproche aux monuments de la statuaire antérieurs a 1540. Fidéles aux saines et correctes traditions de l’école de Tours, les admirables

figures de Louis de Poncher et de Roberte Legendre, sa femme, égalent les travaux de Michel Colombe; le respect de la nature y est poussé jusqu’aux extrémes

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Fig. 72. — Sculpture de Ligier Richier.

limites de exécution, sans cependant tomber dans le puéril et le mesquin (musée du Louvre). Avec lauteur inconnu des deux effigies mortuaires de Louis XII et d’Anne de Bretagne, sur le sarcophage de Saint-Denis, On'se retrouve en plein moyen age quant a la donnée

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macabre du sujet eta lacrudité inutile de certains détails, mais soutenues d’une recherche de la structure anatomique que les préjugés n’avaient pas encore tolérée jusqu’alors. L’art commence 4 recevoir les lecons de la science. Dans le méme ordre d’idées, le cadavre de Louis de Brézé, 4 demi enveloppé de son suaire, au tombeau de la cathédrale de Rouen, est un morceau de maitre d’une si fiére tenue qu’on prononce pour la premiére fois, quoique sans preuves, le nom de Jean Goujon. Un sculpteur de la Meuse, Ligier Richier, se rattache, peut-étre matériellement, en tout cas par les) mémes qualités de simplicité et de naturel, 4 ce groupe @artistes nationaux si intéressants et si ignorés. On le fait éléve de Michel-Ange; il n’y parait guére avoir son sépulcre de Saint-Mihiel, et surtout le beau groupe en bois de l’Evanouissement de la Vierge, dans la méme église, débris d’un calvaire déja ruiné au siécle dernier. Suivant un usage presque constant en France et qui persista, pour le bois comme pour les matiéres dures, jusque dans le premier tiers du xvii siécle, cette grande composition était peinte (fig. 72). Ligier nous semble étre le dernier des artistes de le Renaissance 4 sentiment religieux dépourvu de maniérisme. Parmi tant d’hommes éminents il ne s’en trouvera plus un seul que la’ foi chrétienne inspire réellement dans ses ceuvres, elle qui va pourtant exalter les consciences et servir de prétexte aux plus violentes passions !

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A la suite du Flamand Jean Clouet et de son fils Francois s’ouvre la série de ces fins portraitistes qui nous ont transmis par leurs crayons et un trop petit nombre de panneaux les traits des principaux personnages dela cour des Valois ; en dehors d’eux, la peinture francaise n’est pas encore sortie de la médiocrité. Longtemps aprés Fouquet, ce sera l’honneur du xvi? si¢cle de voir éclore enfin ses vrais maitres compositeurs. Les historiens spéciaux, se copiant les uns les autres, indiquent bien pour le xvie un nom fameux, celui de Jean Cousin, trop souvent compromis par leurs éloges excessifs ou de ridicules paralléles; on ne Pappelle pas moins que le fondateur de l’école nationale, le Michel-Ange francais! Est-ce donc un vrai peintre? Evidemment non; n’aurait-il contre lui que d’avoir négligé la nature, ce guide indispensable des hauts sommets de l’art. Ses tableaux authentiques, l’Eva Pandora, de Sens, et le Jugement dernier, du Louvre, ne suffisent pas a lui faire reconnaitre cette qualité. Ces réserves faites, une si grande réputation repose toujours sur quelque base sérieuse. Cousin est unillustrateur de livres, un arrangeur de cartouches aussi élégant que fécond. Géométre et perspecteur habile, anatomiste seulement de théorie par la facon incorrecte dont il dessine les planches de son Livre de pourtraicture, il

Nera ags ves

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réunit les défauts et les qualités de l’époque: la maniére, mais une maniére qui vise au grand; la passion de savoir et de tout embrasser. Comme sculpteur, il ne parait guére possible de lui refuser l’ordonnance générale du monument funéraire de Chabot; si la statue de lPamiral est de sa main, il aurait été ace moment artiste de haut vol, quoique les deux génies qui accompagnaient ce chef-d’ceuvre, et restent Al’acquis du maitre, soient assez médiocres et de style bien contourné. En somme, lart du verrier doit avoir absorbé la majeure partie de sa longue et laborieuse existence, a considérer tous les travaux de ce genre qu’on lui attribue et la tradition de quelques-uns de ses procédés d’exécution demeurée vivace dans les ateliers, malgré Pabandon ot était tombé ce bel art. Par lui, plus sirement que par ses autres ouvrages, Cousin garde son grand renom. La plupart des peintres, ses contemporains, sont dans le méme cas, et c’est encore aux verriéres de nos églises qu’il faut saisir les réelles tendances de l’école francaise.

Quoique d’une technique encore habile, les vitraux du xv° siécle n’égalaient pas les productions antérieures, Aisément reconnaissables a leurs carnations éteintes, et surtout a l’abus des fonds d’architecture en grisaille relevée de jaune, ils sont, en général, d’une tonalité que

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ne compensent pas suffisamment beaucoup de détails tres fins; quant au caractére du dessin et des draperies, il est franchement gothique, ou plutét famand. Tout autres se montrent les vitres peintes du xvi® siécle. A mesure que l’esprit de la Renaissance pénétrait dans les centres de fabrication, on voit que les artistes écartaient le systéme des figures uniques encastrées dans les meneaux et surmontées de dais énormes de style flamboyant, ou, du moins, lorsque la hauteur des lancettes imposait ces remplissages, ils savaient en rompre la monotonie par des zones d’angelots, de génies aux blondes chevelures, des guirlandes de feuillages et de fruits s’enlevant gaiement sur l’azur des ciels et la blancheur ambrée d’ornementations inspirées de l’antique. Ce n’est plus l’ancienne mosaique de verre de la belle période ogivale, si judicieusement subordonnée a Pensemble du monument, mais une sorte de tableau translucide, apercu comme 4 travers le fenestrage, et dans lequel le compositeur développe son sujet en pleine liberté. Si les effigies des donateurs sont encore tracées dans le goiit gothique, et avec toute la finesse et lanaiveté des vieux peintres, presque toujours les autres personnagés sont traités suivant le style nouveau, francoitalien, Le coloris en est léger, intense cependant a certaines places admirablement réparties, et sans jamais offrir les lourdeurs et les opacités de ceux de nos vitraux modernes qui prétendent a tort aux effets de la peinture a Vhuile. Il en est un cependant que les maitres verriers d’alors ont fréquemment employé, effet perspectif, plutét par la direction des lignes de leurs architectures que par la dégradation des teintes.

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Cela leur est sévérement reproché. Des artistes de valeur soutiennent que « la perspective devrait étre bannie de toute ceuvre d’art ayant pour objet la décoration d’un plan, puisqu’elle ne peut exister qu’a l’aide de fictions qui détruisent la surface, sans aucun profit pour les yeux ni pour la raison », Une régle si absolue n’infirmerait rien moins que les plus belles conceptions de génies supérieurs, la Sixtine et les Stanze. Michel-Ange dans les encadrements des prophétes et des sibylles, Raphaél dans l’Ecole d’Athénes et la Dispute du saint sacrement, en placant leur horizon fort au-dessus du spectateur, auraient commis, avec tant d’autres, une hérésie décorative. Qui ne voit que ce serait réduire la peinture murale et la tapisserie a la platitude des ages primitifs ou aux étroites exigences d’une frise! Non seulement le gofit, mais la raison réclament davantage; ala condition de ne pas chercher Villusion du relief et la profondeur aérienne, ils veulent que l’artiste nous donne ‘toutes les satisfactions esthétiques ou morales en son pouvoir. D’ailleurs, il n’y a pas d’art sans quelque convention, et il n’est pas plus absurde au peintre de choisir arbitrairement son point de vue qu’il n’est interdit au sculpteur de préter les apparences de la vie et du mouvement 4 l’immobilité du marbre, au musicien de faire ourdir une conspiration a pleines voix et agrand orchestre. Le tableau de chevalet, auquel, 4 moins de supprimer la peinture tout entiére, vous ne pouvez dénier la nécessité de la perspective, se trouve-t-il toujours sous langle voulu, quelque inclinaison que vous lui donniez? L’ceil en est-il blessé? Ne critiquons pas avec trop de rigueur de simples images. Les verriers de la Renais-

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sance nous montrent des votites, des portiques, des échappées de paysage; mais ces fictions n’altérent en rien les édifices qui les ont recues, tant elles sont en dehors de la réalité. Certainement un des plus grands architectes d’'Italie, Pillustre Bramante, en jugeait ainsi quand il conviait deux de nos nationaux, maitre Claude et Guillaume Marcillat, 8 ’embellissement des temples de Rome et du palais méme du souverain pontifet,

Une autre industrie, exclusivement francaise, et pour laquelle le feu est également l’agent indispensable, contribua davantage par la nature et la diversité de ses produits a répandre a Vétranger la réputation de nos artistes.

Depuis la fin du x1v° siécle, Limoges avait vu diminuer rapidement la principale source de sa prospérité artistique; la fabrication des émaux en taille d’épargne sur Cuivre s’était généralisée. Du reste, cette fabrication, qui, grace a son bas prix, a sa solidité, a l’ampleur de ses dimensions, répondait autrefois aux exigences décoratives des établissements religieux, n’avait guére

1. Quelques-uns de leurs travaux se voient encore a Rome, dans l’église de Sainte-Marie du Peuple. Claude mourut de bonne heure. Guillaume vécut jusqu’en 1537; Vasari, dont il fut le premier maitre, aécritsa biographie dans les termes les plus respectueux ; il cite avec admiration ses verriéres de Cortone et principalement d’Arezzo; plusieurs sont restées en place.

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raison d’étre, alors que la plupart étaient amplement garnis de chasses et de reliquaires, et que le luxe toujours croissant réclamait, aussi bien pour le mobi-

Fig. 73. — Email de Limoges.

lier ecclésiastique que pour usage des particuliers, les travaux plus délicats de Vorfévrerie émaillée et niellée, tout le brillant des émaux dits de basse taille, cest-a-dire d’émail transparent appliqué sur un

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métal précieux ciselé en relief. Sauf la différence de Vexcipient, art du verrier et celui de lémailleur sont connexes. Aussi le relévement, disons mieux, la trans- | formation nécessaire de l’industrie limousine s’opéra sans doute par les maitres verriers, trés nombreux dans la localité. Quoi qu'il en soit, la série anonyme des travaux d’émail peint commence dans la seconde moitié du xv° siécle. Dés les premieres années du xvi°, la famille des Pénicaud est A la téte de cette école, gothique encore au début, mais qui ne tarde guére a se dégager de limitation des gravures allemandes et flamandes, pour suivre le mouvement de la Renaissance. Francois I* y contribua beaucoup en nommant Léonard Limosin son peintre émailleur, et en l’attachant a la cour en qualité de valet de chambre; c’était, en effet, ouvrir les ateliers de Limoges 4 linfluence italienne, et les rallier a l’école de Fontainebleau. Vers 1535, ils surent se créer de nouveaux débouchés par l’application de ’émail A la vaisselle de table et aux usages domestiques, et, pendant un demi-siécle, ’Europe devint ‘leur tributaire pour tous ces.objets, coupes, aiguiéres, flambeaux, coffrets, plats et services de parade, qu’on trouve encore en si grande quantité dans les riches collections. De formes trés simples, presque sans moulures, ne pouvant prétendre a l’éclat de l’orfévrerie, avec leurs tons sobres et leurs grisailles sur un fond noir que rehaussent de fines arabesques d’or, ils rachétent cette sévérité d’aspect par l’élégance de leurs peintures ou. se combinent toutes les ressources de Vart, depuis les scenes empruntées 4 ’immortel auteur de la Farnésine, les fantaisies des petits maitres comme

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Etienne Delaulne, jusqu’aux camées antiques, aux mMascarons grotesques reliés par ces guirlandes et ces banderoles flottantes si prisées des ornemanistes (fig. 73).

Cependant, vivre sur le fonds @autrui, y glaner ca et 1a les éléments d’un décor industriel n’est point, a notre avis, faire sufisamment ceuvre d’artiste, quelque habileté que l’on déploie; et l’émaillerie de Limoges Occuperait un rang moins que secondaire dans V’histoire de lart, si plusieurs de ceux qui ont pratiqué ce genre de peinture ne l’avaient pas grandi par leur invention personnelle ou par la nouveauté de leurs entreprises. Heureusement pour la gloire de leur pays, de vaillants hommes ont surgi de la foule des artisans. A ne citer que les principaux, les compositions de Jean Pénicaud, le troisiéme de ce prénom, sont d’un maitre qui resterait tel alors qu’on ne tiendrait aucun compte des difficultés matérielles du procédé; au musée du Louvre, les deux tableaux votifs de la Sainte-Chapelle, de la main de Léonard Limosin, constituent, avec les portraits du méme artiste, un des plus précieux trésors de la galerie d’Apollon. Enfin le talent rude et tougueux d’un Pierre Courtois s’imposa un jour pour but de lutter, malgré le travail minutieux de Pémail, contre la céramique décorative; on peut voir, au musée de Cluny, ces neuf images de dieux et de vertus, presque de grandeur naturelle, qui ornaient l’extérieur du chateau de Madrid élevé par Francois Iau milieu du bois de Boulogne, et terminé sous Henri IT; les figures de Courtois appartiennent a la derniére période des tra-

vaux.

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