‹ Les styles françaisChapitre 16 sur 27 · Est-il nécessaire de faire remarquer que nous ne considé · texte numérisé non relu

Est-il nécessaire de faire remarquer que nous ne considé

rons pas les quatre cariatides de la tribune du Louvre comme des statues proprement dites ?

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parfois, comme 4 Notre-Dame de Paris, a Vextérieur des églises, et, le plus souvent, composé de figures de ronde bosse placées en applique ou presque détachées du fond. Le bas-relief au sens exact du mot, a la fagon des stéles grecques ou de la frise du Parthénon, c’est-adire méplat, rachetant sa faible saillie par des contours nettement accusés et la relation conventionnelle de ses plans, apparait seulement vers la moitié du xvi’ siécle, mais alors appliqué a tous les genres d’édifices. Goujon en est le maitre souverain, on peut dire le créateur dans notre pays; tout au moins le vulgarisateur, si l’on émet Vhypothése d’un séjour en Italie, nullement démontré a cause de la jeunesse de l’artiste. En quelque lieu que son talent fat requis, a Ecouen comme au Louvre, pour le jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois ainsi qu’a Carnavalet et 4 la fontaine des Innocents, ila tiré de l’emploi du bas-relief des effets charmants, principalement dans les sujets emblématiques et paiens; car, pour ceux de piété, ses formes trés élancées, sa recherche d’ajustements et l’absence totale de sentiment religieux aboutissent souvent a la sécheresse et a un styletrop affecté. Ce n’est plus son vrai domaine; en cela semblable a ses contemporains comme 4a ceux de ses collégues qui continuent aprés lui la Renaissance; mais aucun ne l’a égalé, deson temps et méme du nétre, dans ’art de disposer une figure entre des membres architectoniques, que ce soient les cétés d’un ceil-de-bceuf, le tympan dun arc ou Jlétroit espacement de deux pilastres (fig. 77). Sa maniére est restée synonyme de grace fiére et de supréme élégance. Connaissant a fond la structure féminine, sous les plis abondants et fluides dont il

recouvre ses nymphes et ses muses, il sait faire transparaitre les ondulations de leur corps virginal, et, en dépit de quelques cambrures exagérées, dues a la verve de son ciseau ou imposées par le gott du jour, partout on reconnait cependant ’-homme sincérement épris de la nature et lVinterrogeant sans cesse. Plusieurs de ses figures atteignent 4 des pure-

tés de camée antique; nul

mieux gue lui n’a rendu le sourire mutin de l’enfance, © dans ces ébats de petits génies montant des monstres marins que notre musée na-

tional a pu abriter en partie. Et, puisque le souvenir de lVceuvre commune de P. Lescot et de J. Goujon |

’ ‘ .: 3 se présente 4 nous, quil Al,

nous soit permis de dire

combien il est regrettable que

la cité parisienne laisse en-

core exposées a l’inclémence =S== yo ae } z Knee habe

de notre climat dessculptures ~ consacrées par trois siécles Fig. 77« d’admiration. Elles n’ontdéja. | N¥mphe, par Jean Goujon, subi que trop de vicissitudes et de déplacements.: La

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Fontaine des Nymphes — ainsi l’appelait-on au xvie siécle — s’élevait en guise de loge a deux travées au coin de larue aux Fers et de la rue Saint-Denis. L’architecte s’était prudemment gardé de mettre les bas-reliefs en contact avec une perpétuelle humidité, comme on Ia fait dans des transformations successives; l’eau sortait par des orifices de métal placés a la base, bien 4 la portée du public. Avec son gofit impeccable, Lescot avait réussi a faire d’un monument d’utilité générale, au centre d’un quartier plébéien, Pun des plus poétiques ornements de la grande ville. De cette alliance de deux illustres artistes, si éminemment francais, il ne subsiste guére que les figures mutilées du sculpteur; qu’en restera-t-il dans quelques années?

L’ornementation toujours un peu touffue du régne précédent devient plus sobre sous Henri II. Ses principaux éléments se modifient, non pas dans les moulures, ot lon ne reléve qu’une imitation plus savante des modéles classiques, mais sur les tables disposées pour la sculpture. Nous verrons bient6t que cette simplicité, conséquence naturelle du mouvement de plus en plus prononcé vers l’antique, n’eut — sort ordinaire des choses excellentes — qu’une assez courte durée.

L’arabesque florentine est remplacée par les cannelures le long des pilastres; quant aux chapiteaux, délaissant les fantaisies d’autrefois, on les emprunte aux

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ordres réguliers, avec adjonction de quelques variantes : une branche de feuillage suit les courbes de la volute ionique; l’embléme du prince, un croissant presque fermé, en occupe le milieu; quelquefois le fameux chiffre & double entente dans lequel il est loisible de voir les initiales du roi et de la reine, ou celles de Henri et de Diane'. Ce nom de Diane était vraiment prédestiné et fait pour les artistes. Aussi fut-il, pendant tout le régne d’un amant si soumis, le théme inépuisable des brodeurs, relieurs, joailliers, tapissiers et peintres. Le révérend abbé de Clagny lui-méme n’avait pu ou voulu s’y soustraire; il lui fallut introduire au Louvre les moindres attributs de la divine chasseresse,

patronne de la favorite. Ses chiens méme n’ont pas été’

omis; ils étaient quatre au-dessus du portail d’Anet, cest une meute tout entiére dans le royal logis, sur le linteau des fenétres et A la votite de ce bel escalier a pentes droites, innovation importée d’Italie. Les panneaux des porteset lambris de ce temps offrent toujours un motif géométrique, écusson, cartouche ou entrelacs, comme soutien de l’ornementation. La flore est réduite a un petit nombre de feuillages, les uns conventionnels a tiges souples et fleurons découpés, les autres fidélement empruntés a la nature, Volivier, le myrte, trés

1. I] est curieux d’examiner sur la charmante frise du premier étage, au Louvre, et comme autant de dates de la marche des travaux, les différents monogrammes qui s’y trouvent inscrits. L’un d’eux tranche absolument des autres et semble vouloir bannir toute équivoque; composé de deux lettres enlacées, un D et un B, nous ne découvrons pas 4 quelle autre personnalité qu’a celle de Diane de Brézé il se pourrait appliquer.

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souventle chéne et le laurier; le tout, d’un relief modéré qu’enrichissent des figurines, des masques, des palmettes et des chutes de fruits 4 antique. Les panneaux de menuiserie du chateau d’Anet, du dessin de Philibert Delorme, sont réputés parmi les plus beaux. Les nielies dor sur bois naturel étaient également usités. Signalons encore l’intervention de plaques de marbre précieux, tanten architecture que dans la décoration des meubles. Sur ces derniers, dans lesquels les formes architecturales deviennent prédominantes, on incrustait aussi des morceaux de bois des iles, de racines d’essences dures, des marqueteries burinées ou teintées au fer chaud.

Les conditions du travail restent sous la Renaissance ce qu’elles étaient antérieurement. En premier lieu, les corporations et la maitrise, c’est-a-dire maintien du contréle efficace et respect traditionnel dela profession; puis, au regard de ’homme placé hors pair par son meérite, habitude contractée au moyen age de recourir encore 4 lui pour d’insignifiantes besognes. Cette confusion entre le labeur de l’artiste et la tache de l’artisan froisse nos sentiments modernes sur la hiérarchie des capacités, et nous ne sommes pas loin de croire qwil fallait un esprit de trempe peu commune pour se redresser apres de tels abaissements. Au xvi" siécle, l’on pensait autrement; le fait n’avait rien d’irrégulier. L’art cherchant a embellir toutes choses, le meuble et l’ustensile, ’épée du gentilhomme comme le compas du géométre ou le mortier du droguiste, son action se trouvait infiniment plus étendue qu’en nos temps d’industrialisme banal. Clouet, peintre en titre de la cour, pouvait donc sans déroger couvrir de croissants et d’em-

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d’Etienne Delaulne,

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Fig. 78. — Miro

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blémes « de fin or et argent » l’intérieur d’un coffre du roi Henri II, et Cousin collaborer au livre de dentelles d’un imprimeur lyonnais. Ce n’était qu’une interruption momentanée des études ordinaires, une sorte de délassement, non sans charme peut-étre pour celui auquel il s'imposait, 4 coup sur de grand profit pour le gott général de la nation. Certains artistes trés heureusement doués consacrérent méme volontairement leur existence entiére a cette diffusion de l’élégance dans Vordre des objets intimes; il serait facile d’en multiplier les exemples. La gravure au burin, celle a ’eauforte d’invention relativement récente, furent les agents précieux d’un Jacques Androuet du Cerceau ou dun Etienne Delaulne; par leur moyen ils purent alimenter tous les ateliers de France d’une foule de projets d’autant plus variés et savoureux que de trop grandes préoccupations techniques n’en refroidissaient pas Vélan. Cétait affaire aux exécutants, sculpteurs sur bois, ferronniers, peintres, orfévres, tapissiers et émailleurs, de tempérer le concept primitif et dele ramener aux lois d’une sage exécution : tous s’entendaient 4 imprimer le méme cachet de noblesse aux moindres ceuvres sorties de leurs mains (fig. 78).

Un des premiers actes de Catherine de Médicis, arrivant au pouvoir sous le nom de son fils Francois II, fut de substituer le Primatice a Philibert Delorme dans la charge d’inspecteur des batiments royaux. La partialité de la reine mére pour ses compatriotes motivaitelle seule cette décision, Prise deux jours aprés la mort du roi, et au milieu de circonstances politiques graves? N’y entrait-il aucun ressentiment d’épouse outragée ; ne visait-elle pas, dans le fonctionnaire royal, le principal agent des scandaleuses magnificences d’Anet? Avec le caractére fluctuant et vindicatif de Catherine, il est difficile de se prononcer, S’i] y eut, pour une cause ou pour une autre, quelque velléité de réaction, elle ne put avoir de conséquences durables, tant le godt national était désormais fixé et bien affranchi, surtout dans les choses de l’architecture, de ce que l’influence italienne avait d’excessif et de théatral. La situation devenait délicate pour les étrangers. Déja, un artiste

mieux qualifié en ces matiéres que le peintre bolonais, larchitecte Sébastien Serlio, n’avait Suivi, semble-t-il,

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que d’une fagon beaucoup plus théorique qu’active les constructions de la couronne; il se serait méme loyalement incliné, de son propre mouvement, devant la supériorité des projets de Lescot pour le nouveau Louvre. Que Vhabile et fécond Primatice, secondé d’exécutants tels que Niccold dell’ Abate, conservat la haute direction des embellissements intérieurs, le fait pouvait étre dommageable et le fut réellement a Poriginalité de la peinture francaise durant toute la Renaissance; sous le rapport du talent, ce n’était que justice, aucun de nos nationaux n’étant de taille a se mesurer avec ce somptueux décorateur; mais quant a régenter un architecte de la science de Delorme, né en quelque sorte sur le chantier et nourri dés son jeune age des plus substantielles études, par surcroit fort mal endurant desa nature, iln’y fallait guére songer. Aussi le trouvons-nous, peu d’années aprés, alatéte des travaux des Tuileries, cette création personnelle de Catherine, et, sion len croit, guidé souvent par la reine elle-méme, plume ou compas en main. D’un autre cété, ce que l’on connait de cette princesse, son extraction florentine, le nom de sa famille étroitement attaché a la restauration des lettres et des arts, son penchant pour les constructions etles fétes, en dehors de cette livrée de veuve qu’elle affecta de porter jusqu’a la fin de sa vie, le luxe de sa cour, sa recherche pour les moindres objets 4 son usage, tout la désignait comme le génie tutélaire des artistes dans cette maison royale, d’aspect si florissant encore et pourtant si prés de s’€éteindre. Certes, les responsabilités de la reine mére sont bien terribles devant Phistoire ; du moins elle ne nous parait pas avoir

été inférieure a cette partie de son role, en tant que Sagacité et bonne grace. Nous venons d’établir que la defaveur de Philibert Delorme fut de courte durée, Lorsque Catherine crut devoir s’adjoindre un second architecte pour les pavillons dangle des Tuileries et Photel désigné plus tard sous le nom Mhotel de Soissons, ce fut encore a un homme de haute valeur, a Jean Bullant, qu’elle sut s’adresser. A la sollicitation d’Anne de Montmorency, Palissy lui dut sans doute la vie, et trouva un asile contre les persécutions religieuses a ’ombre de son nouveau palais. De l’aveu de Du Cerceau, c’est par son ordre et soutenu deses libéralités qwil put mettre au jour son Recueil des plus excellents batiments de France, document incomparable pour Pétude de V’architecture au xvi siécle. Enfin nous avons relaté ailleurs ses visites a Nicolas Houel, un simple apothicaire de Paris, mais curieux de peinture, et, chose plus rare alors, bon Francais et véritable philanthrope, Cependant, et quoique représentée, depuis son veuvage, sur les fragiles monuments des entrées royales ou sur les tapisseries, tantét en Junon, tantét en Artémise, Catherine de Médicis n’a pas laissé de traces aussi Profondes dans l’art contemporain que son ancienne rivale. I] faut croire que les attributs de laltiére déesse ou la douleur de la reine de Carie n’offraient pas aux sculpteurs et aux peintres des thémes décoratifs équivalents aux multiples emblémes de Diane et de sa légende; et puis — nous l’avons indiqué plus haut — la Renaissance recherchait avant tout la lumiére et les

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