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Un amateur parisien. Gazette des Beaux-Arts

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262 LES STYLES FRANQCAIS.

séductions de la grace. Au milieu des commotions d’une époque des plus tragiques, Paustérité ne fut point son fait; les larmes ne l’émurent jamais.

Un exemple en passant. II était d’usage, parmi les familles souveraines ou princiéres, qu’une partie de la dépouille mortelle de leurs chefs fat inhumée dans un établissement religieux autre que le lieu ordinaire de leur sépulture. Pour ne parler que du xvi siécle et de la race royale, la chapelle d’Orléans, aux Célestins de Paris, recut les entrailles de Louis XII, tandis que le coeur d’Anne de Bretagne fut déposé prés du duc son pére, a Nantes, dans le superbe mausolée de Michel Colombe. Une ceuvre exquise de Pierre Bontemps, le vase de marbre contenant le coeur de Francois I*, était placée a l’abbaye des, Hautes-Bruyéres, prés Rambouillet; elle se voit maintenant dans la basilique de Saint-Denis. A la mort de Henri II, et pour cette méme église du couvent des Célestins, Catherine chargea Germain Pilon de sculpter un monument devant réunir son coeur et celui de son époux. La composition en est des plus heureuses et enti¢rement nouvelle: sur un socle curviligne triangulaire, richement orné de génies, de guirlandes et de cartouches, se tiennent par la main, debout et adossées, trois sveltes figures de jeunes filles. Ce sont — une desinscriptions le dit — les Charites ou Graces chrétiennes; l’urne funéraire repose au sommet

de ce trépied féminin (fig. 79). Le moulage et de nombreuses réductions de toute grandeur ont popularisé un si charmant chef-d’ceuvre, mais trop complétement dépourvu, a notre avis, de ce sentiment tendre ou religieux qui éléve le langage muet des arts au niveau de la plus haute poésie et que semblait réclamer sa pieuse destination. La seule sup- Pression du vase a permis aux bronziers modernes dintroduire ce groupe dans toutlieu profane, et. rien ne s’opposerait, a la rigueur, a sa transformation industrielle en support d’un objet quelconque, vasque ou brale-parfum.

Cependant cet art, qui s’adresse trop souvent — nous le recon-

naissons — bien plus aux sens qu’a |’dme, constitue

. Fig. 79.— Monument funéraire de Henri II, par Germain Pilon.

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encore, en y comprenant le régne de Charles IX, malgré quelques commencements déja perceptibles d’altération du gout, une des gloires les moins discutables de notre patrie. Si, en continuant les bas-reliefs du Louvre, on ne parvint pas 4 remplacer J. Goujon, dont on perd toute trace en France depuis 1562, l’habiletéde G. Pilon, son puissant modelé enfantaient des merveilles dun autre ordre: dans la nécropole royale, le tombeau de Henri II et de Catherine, les superbes figures couchées du roi etde la reine, en costume d’apparat; dans léglise de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, a Paris, leffigie du chancelier de Birague, ce bronze si nerveux que l’on admire au Musée national. A cété du maniériste efféminé aux draperies soyeuses, cassées en mille plis, il y avait chez Pilon, lorsque loccasion s’en présentait, l’anatomiste plein de science et un énergique sculpteur. C’est le dernier en date des grands artistes de la Renaissance,

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Les quinze années qui nous séparent de lavé~ nement de Henri III n’aménent pas de changements trés appréciables 4 la physionomie générale de l’art francais; ce sont les mémes hommes qui le dirigent, quelques-uns fort au dela de 1574. Ce sont aussi les mémes habitudes d’élégance extérieure et les mémes passions, mais avec plus de rudesse fonciére et une cruauté toujours grandissante 4 mesure que l’on avance

dans la calamiteuse période des guerres de religion. Si Pon construit peu dans les intervalles de paix, les huguenots détruisent beaucoup, s’attaquant jusqu’aux sépultures royales et aux souvenirs les plus respectables du pays, ceux de la Pucelle. Nombre de mutilations des monuments mises la charge de la Révolution remontent plus haut et incombent en réalité a la Réforme. Un calviniste, Jacques Androuet du Cerceau, dédiant a Catherine le premier volume de son bel cuvrage, exprime, en termes d’une mélancolie non dissimulée, lespoir que les « pauures francois (és yeux et entendemens desquels ne se présente maintenant autre chose que desolations, ruines et saccagemens, que nous ont apportés les guerres passées) prendront, peult estre, en respirant, quelque plaisir et contentement, a contempler une partie des plus beaux et excellens edifices, dont la France est encores pour le iourd’huy enrichie ». Plusieurs étaient déja fort compromis, faute d’entretien, en ces temps troublés; d’autres commencés seulement, tels que le chateau de Charleval, en Normandie, qui, au dire de auteur, aurait été le plus considérable de tous, si la mort de Charles IX n’ett arrété brusquement les travaux.

Des quatre faces du plan barlong du palais des Tuileries une seule fut exécutée, celle qui regardait la campagne. Les personnes qui l’ont vue, avant sa destruction totale, ne pouvaient se faire une idée bien exacte de la disposition des batiments primitifs, tant ils avaient été surchargés et défigurés depuis le xvi® siécle. On en retrouve par bonheur une image intéressante dans les planches de Du Cerceau (fig. 80). Avec Anet,

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c’était certainement l’ceuvre de prédilection de P. Delorme, et il y avait déployé toute sa science, utilisé toutes les ressources d’un esprit inventif. Devant la difficulté de se procurer certains matériaux, entre autres des colonnes monolithes assez hautes et en quantité suffisante, etsans doute frappé du mauvais effet que produisent les joints dans celles formées de plusieurs assises, il imagina d’en déguiser les commissures par l’alternance de tambours saillants décorant le fit en maniére de bracelets richement sculptés. Sous Henri II, il avait appliqué pour la premiére fois ce systéme au portique d’une chapelle du chateau de Villers-Cotterets; mais c’est sur les colonnes et les pilastres des Tuileries qu’il Pavait conduit a toute sa perfection, principalement au rez-de-chaussée du déme central ot le marbre était employé conjointement avec la pierre. Nous gardons encore le souvenir d’ornements trés variés et d’un grand goitit. La était réellement le mérite personnel de Villustre architecte, car la colonne a bossages — pour l’appeler de son nom — était connue avant lui; en France méme, a Fontainebleau, il s’en trouvait des exemples attribués a Serlio et qui subsistent encore, Toutefois, si Delorme n’en est pas l’inventeur a proprement parler, il la traita d’une facon si magistrale qu’a partir de lui Vusage en devint fréquent, et, quoique dans des données beaucoup plus simples, assez souvent caractéristique des derniers temps de la Renaissance.

Le portique du Louvre situé de plain-pied avec le jardin de l’infante, au-dessous de la galerie d’Apollon, est un trés rare et trés franc spécimen de l’architecture

du temps de Charles IX. Nousy retrouvons les pilastres & bossages, ces derniers de pierre, tandis que les assises

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Fig. 80. — Travées du chateau des Tuileries.

(D’aprés Du Cerceau.)

simulant le fat sont de marbre noir uni, ainsi que les incrustations des triglyphes et des métopes; des tablettes de fort beaux marbres, la plupart antiques, ornent également la base du monument. La polychro-

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mie extérieure au moyen de matiéres dures eut alors un moment de faveur; les archives de l’art francais ne mentionnent-elles pas, si nous ne nous trompons, |’envoi a Paris, pour les batiments de la couronne, de marbre extraits des ruines romaines de la vallée du Rhone? Issu d’une famille de constructeurs francais déja réputés au xv° siécle, l’architecte Pierre Chambiges acongu une ordonnance d’élégante proportion et d’une sévérité d’aspect fortuitement en harmonie avec les scénes atroces dont elle devait étre le témoin. Nous parlions plus haut de quelques indices de décadence; ils commencent a étre visibles ici, non pas tant dans l’ornementation trop prodiguée peut-étre sur l’entablement, et exécutée comme a l’emporte-piéce, que dans la sculpture des tympans, ot de lourdes renommées et les génies des arts et des sciences, plus pesants encore, ne donneraient guére 4 penser que cing ans A peine se sont écoulés depuis les derniers travaux de J. Goujon. Barthélemy Prieur, qui a présidé, d’aprés Sauval, a cette décoration, est pourtant un artiste de mérite; mais combien grande est la distance séparant le génie du talent, le sentiment inné du beau, de Vhabileté professionnelle!

Quelques défaillances isolées ne sont pas pour affaiblir prématurément 4 nos yeux le mouvement de la Renaissance francaise; il reste plein de vigueur. Si, de

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- Parchitecture et de la sculpture, nous reportons notre examen sur les autres applications de l’art, au meétal, a la céramique,‘au mobilier, non seulement nous les voyons d’un style excellent, mais-encore marqués d’un cachet bien personnel. Le vitrail décroit, il est vrai; il se décolore surtout; ]’émaillerie de Limoges s’alourdit; mais, a la longue, quel filon nes’épuise! Par contre, la gravure au burin, cette tard venue, réalise de notables progrés principalement dans le portrait, et, grace a J. Cousinet a E. Delaulne, grace aussi a un petit groupe de dessinateurs et de graveurs sur bois lyonnais, l’ornementation typographique se maintient digne de ses ainées.

Pendant la seconde moitié du xvi’ siécle, le costume des femmes de la haute classe était couvert de nombreux bijoux, sur la poitrine, en haut des manches et a la ceinture. Ce n’est guére — on le comprendra — d’aprés les originaux qu'il est loisible d’étudier cette joaillerie. La scrupuleuse exactitude des portraits de Clouet et de son école, peintures et crayons, permet de combler cette lacune et montre 4 quel degré de perfection était parvenu, aidé souvent de l’émail, l’art de monter les perles et les pierres précieuses. Ces belles matiéres servaient de prétexte 4 des enlacements de courbes et des agrafements de cartouches plus variés les uns que les autres, et qui donnent a l’ornementation de ces joyaux un caractére sérieux et presque architectonique. Le gofit supérieur de Pouvrier s’affirme peut-étre mieux encore dans la bijouterie de mince valeur. Tel collier décorant le corsage d’une dame de rang secondaire se composera simplement dune alternance de petits cylindres et de prismes d’or

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Fig. 81. —Chope de Frangois Briot,

reliés soit par un fleuron ou une marguerite d’émail, — nom fréquentau xvi’ siécle, — soit par un monogramme qui le met de suite au-dessus de la banalité mercantile. Cette recherche de l’embléme et des allusions, legs du moyen age, n’est pas un des moindres attraits, et, pour artiste, une des moindres ressources de cette curieuse époque. Pareille tendance au symbolisme, si propre a revétir d’une certaine poésie les objets usuels, se retrouve souvent; nous citerons a ce propos la figure de la Tempérance inscrite au centre du bassin de ]’admirable aiguiére ciselée par Francois Briot. La gracieuse chope d’étain qu’on lui attribue avec toute vraisemblance nous réserve un autre exemple. Ce vase a destination un peu vulgaire présentait quelque difficulté; Porfévre la tournée en exposant au spectateur, sous forme allégorique, les conditions mémes de son art. Chacun des trois cartouches elliptiques ornant le corps de la chope contient une figurine que dénomme, ainsi répartie, une courte inscription latine : patientid — solertid — non vi. En effet, c’est bien par la patience, par l’adresse, non par la force, qu’il a di procéder a Vexécution de son petit chef-d’ceuvre. On n’est pas plus intelligent (fig. 81).

Avec l’art de terre nous sommes obligé de revenir sur nos pas. En dehors des pavements et de quelques revétements de tombes qui réclamaient une certaine:

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connaissance du dessin, la France du moyen Age ne parait avoir fabriqué qu’une céramique commune appropriée aux usages domestiques et dont les débris ne sollicitent guére l’attention de l’artiste. Dans beaucoup déglises et de chateaux on avait remplacé les dalles de pierre, toujours assez cotiteuses, par ces carrelages d’argile, en cherchant néanmoins a racheter ia vulgarité de la matiére par i’aspect décoratif, et cela au moyen d’engobes diversement colorés, incrustés peu profondément dans la masse, et dessinant des figures héraldiques, des plantes, des animaux, voire méme de petits personnages, ainsi que, par la réunion de plusieurs carreaux, des frises.et des compartiments d’ornementation géométrique. De mats qu’ils étaient au début, ces pavages de terre cuite finirent par étre recouverts d’une glacure plombifére transparente qui leur donnait plus d’éclat et de consistance, mais fort au-dessous de la terre faiencée, c’est-a-dire entiérement peinte d’émaux opaques a base d’oxyde d’étain. Sans abandonner complétement l’ancien procédé, la Renaissance, toujours — avide de nouveautés, emplova bientét les émaux stanniféres; il est présumable que les premiéres applications en furent faites dans notre pays par des Italiens, familiarisés avant nous avec ce mode de décoration. Le beau carrelage du chateau de Polisy (Aube), si bien reproduit dans le livre de M. Amé}, serait-il un de leurs travaux? I] est daté 1545. Ne jugeant que par Pintensité des tons et la franchise de l’exécution, on

1. Les Carreiages émaillés du moyen dge et de la Renais- Sance, 1859. 3

serait tenté de répondre affirmativement; cependant il convient d’observer que le Systeme suivi par les céramistes d’[talie est tout autre que le systéme francais : au lieu d’attribuer, comme le font presque toujours les ateliers de Sienne, de Faenza, d’Urbino, un motif spécial 4 chaque piéce de carrelage, les pavages faiencés d’Ecouen, de fabrication exclusivement francaise, celui de la chapelle du chateau de la Bastie en Forez, pré- Sentent un grand décor d’ensemble brochant sur le tout, sans préoccupation des joints. Or les faiences de Palissy sont dans le méme cas, et peut-étre se trouve-t-on devant quelque conception dun de nos artistes, mais interprétée par des mains €trangéres; encore ce dernier point reste-t-il discutable si lon songe au lieu @origine et a la date antérieure des faiences d’Ecouen : Rouen, 1542.

Aucun doute n’a jamais plané sur une série d’ objets céramiques en relief, buires, coupes, aiguiéres, flambeaux, etc., connus sous le nom de faiences de Henri II dans le monde de la curiosité, et que désormais, suivant un de nos plus érudits €crivains, on doit appeler faiences de Saint-Porchaire!. Les soixante-cing piéces trouvées jusqu’a ce jour sont absolument {rangaises, au méme titre que les figulines de notre grand inventeur Palissy. Dissemblables de caractére et de moyens d’exécution, les produits des deux ateliers ont cela de commun de n’avoir emprunté a I’Italie que ce qu’elle-méme tenait de lantiquité et de l’art oriental, et pour arriver néan-

1. Edmond Bonnaffé, les Faiences de Saint-Porchaire; Gazette des Beaux-Arts, 1888.

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moins A des résultats trés différents de la poterie italienne. Celle-ci procéde de la peinture, en recherche Véclat, en adopte les dispositions, sans se préoccuper des lois de la logique et desavoir si la surface a décorer est concave ou convexe; trés-sobre de modelés plastiques, pour elle rien n’est trop fulgurant dans les reflets métalliques de Xanto et de Georgio Andreoli. Aussi, malgré la palette assez restreinte du céramiste, une vitrine de faiences italiennes est-elle une féte des yeux. Tout autre est l’impression produite par les frangaises. Ne prenons pas comme terme de comparaison la paleur ivoirée, relevée de quelques bruns, du service dit de Henri II, mais l’ceuvre entier de Bernard Palissy et de ses continuateurs, avec sa belle glacgure, ses teintes profondes, ses jaspés et ses marbrures. L’ensemble serait grave, un peu triste méme, si l’argile ne ravivait les dessous de l’émail d’ornements saillants ou ajourés, et de ces fines empreintes de poissons, de crustacés et de reptiles agréablement confondus sur un lit de feuillages. Nous ne savons au juste quelle part se réservait Palissy dans l’exercice de son art ; maniait-il ’ébauchoir autant que le pinceau? La chose est probable, surtout chez un homme de la Renaissance. Quoi qu’il en soit, il l’a bien nommé: Vl’art de terre. La sculpture y est prépondérante, n’en aurait-on pour témoins que ces bas-reliefs, au gout de l’école de Fontainebleau, ces groupes de la Nourrice et du Ravisseur de petits chiens, ces vases d'un galbe si élégant, ces bras de lumiére ou la couleur n’est qw’un appoint strictement délimité par la forme. Quand ille faut, humble potier de Saintes, ce génie observateur toujours en éveil, sait se dégager des conventions dont

LES DERNIERS VALOIS, 295 ila forcément vécu durant ses divers métiers de pours traiture. 11 reprend alors a nouveau, en ses Rustiques figulines, la vieille méthode de nos péres : ses modéles, il les demande simplement a son jardin, aux ruisseaux et aux foréts du voisinage, et laisse 4 la postérité une

des expressions les plus réellement originales du sentiment francais,

Sauf un petit nombre d’objets usuels, notre céras mique du xvi’ siécle n’a qu’un but purement décoratif; elle répondait alors 4 une tendance générale que cons firment les meubles de ce temps parvenus jusqu’a nous. Sans qu’on repoussat d’une maniére absolue toute idée de confort, il est visible que la recherche de la grande tournure et le luxe des détails y primaient de beaucoup les convenances de commodité, méme dans les piéces indispensables, telles que lits, siéges et tables; a plus forte raison dans celles de montre, comme dressoirs et cabinets. Les différentes applications de l’émail expliquent et complétent le gros ameublement dont les cavités et les tablettes appellent — si elles n’ont été disposées 4 cette intention — les aiguiéres, les plats et les coupes de Pénicaud ou de Palissy. Il est constant que les grisailles 4 fond noir rehaussé d’or et les irisations des faiences font valoir merveilleusement les tons chauds du noyer, ce bois employé de préférence par les menuisiers et les sculpteurs ornemanistes de la Renais-

-sance a cause de la finesse de son grain. Le moyen age

— nous l’avons dit— aimait mieux le chéne, plus male et de plus stire résistance contre les attaques du temps et des insectes. Ce n’est pas le seul changement apporté a la fabrication; les assemblages compliqués et les onglets ont remplacé les coupes franches de la charpente en usage chez les anciens huchiers. Un meuble est traité comme un petit monument, ot toutes les formes architectoniques peuvent trouver place selon la fantaisie de Vartiste, et, avec elles, une extréme profusion de moulures et d’ornements. Nous nous servons d’une maniére intentionnelle de ces deux termes: monument et artiste. En effet, chacune des productions, méme inférieures, de cette époque a son caractére particulier; on y sent l’étude d’un arrangement spécial, plus ou moins réussi, mais qui ne donne jamais, comme dans notre ameublement moderne, lobsession d’une chose industrielle uniformément répétée tant que s’en opére le placement. Loin de 1a, la variéte de ces nombreuses épaves d’un autre Age est infinie; beaucoup nous ont passé sous les yeux sans nous offrir jamais une réplique d'un modéle connu. Dira-t-on que la mode etla spéculation, n’ayant épargné jadis, puis recueilli, que ce qui présentait un intérét véritable, nous jugeons la Renaissance sur une sélection trompeuse? Ce serait leur supposer une clairvoyance dont les preuves, qui restent

a établir, rencontreraient encore plus d’un incrédule

parmi les gens de goat.

Un examen comparatif, aidé de points de repére, arrive a classer assez facilement une bonne partie de ces meubles de la seconde moitié du xvi? siécle. Ceux

LES DERNIERS VALOIS. a77

de l’Ile-de-France et des provinces circonvoisines se peuvent reconnaitre a leurs saillies discrétes et a leurs

fines moulures, aux plaques de marbre et aux incruse tations de bois teinté dont ils sont souvent enrichis; les figurines, traitées en bas-relief fort méplat, gardent la grace allongée de J. Goujon, l’ornementation et l'agencement des cartouches plus de simplicité que partout

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ailleurs (fig. 82). Dans l’Est, en Bourgogne et en Franche- Comté, le style apparait pompeux, fantaisiste et exubérant; la sculpture est trés ronde bosse et d’un ciseau hardi. L’école lyonnaise, énergique a ses heures, est cependant plus grave et plus correcte, plus italienne aussi dans la disposition de ses architectures, elle emploie volontiers les ornements découpés et vermiculés affleurant la surface, ou certain systéme d’arabesques entaillées dans le bois et remplies d’un mastic blanchatre. Bien entendu, on doit faire, pour ces séries, une assez large part a linfluence d’une contrée sur l’autre, et a celle nécessairement exercée loin des principaux centres par des recueils comme ceux de Du Cerceau et du menuisier architecteur bourguignon Hugues Sambin‘. N’oublions pas cette foule de marques de libraires et dillustrations typographiques si remarquables, et dues parfois au crayon des premiers artistes de ce temps; elles ne pouvaient passer inapercues d’ouvriers provinciaux en quéte d’inspirations. Dater leurs travaux nous semble infiniment plus scabreux qu’en indiquer la provenance, et nous ne pouvons nous lasser d’admirer les experts si habiles 4 trancher ces questions de style et d’age, sans grand souci du degré de pureté des éléments qui les composent ou de la persistance d’une maniére. Combien d’objets réputés contemporains de Henri II ont peut-étre été exécutés trente ans aprés, 4 la fin du régne de Henri III!

Sous ce prince, l’élégante distinction de la Renais-

1. Geuvre de la diversité des termes dont on use en architecture, réduict en ordre par maistre Hugues Sambin, architecteur en la ville de Dijon. Lyon, Jean Durant. 1572.

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sance franco-italienne se perpétue en sculpture avec le vieux Germain Pilon et son école, Outre le meuble, on signalerait méme dans les nombreux produits de l’art industriel, dans la reliure, les tissus, Parmurerie, une certaine exagération de délicatesse voisine de la maigreur. Moins heureux pour l’architecture, nous ne possédons, comme indices des changements survenus peua peu dans le got national, que des portions d’édifices ajoutées a de plus anciens. Une telle indigence de documents doit avoir pour causes le naturel indolent et futile du dernier des Valois; la pénurie du Trésor sans cesse tari par ses ridicules prodigalités; ajoutons aussi — léquité le commande — un état presque permanent de discorde et de guerre civile ou la religion servait de prétexte aux ambitions privées. Avant de fuir les fureurs de la Ligue, Henri III résida plus souvent 4 Paris que ses prédécesseurs; nous n’y relevons actuellement de son initiative que l’entreprise du Pont-Neuf en 1578, terminége seulement en 1604; le commencement de la galerie du Louvre, entre le batimentde Charles IX et le pavillon de Lesdiguiéres; puis la porte méridionale de Saint-Nicolas-des-Champs, décoration trop peu connue, médiocre comme ceuvre d’architecture, mais intéressante par ses deux charmantes représentations d’anges sur un tympan au millésime de 1581, et par les riches ornements de ses vantaux de menuiserie. A défaut des constructions royales, le palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés (1586) nous montre cet emploi de briques et de pierres généralisé dans la premiére moitié du siécle suivant. Des appropriations locatives et la suppression des meneaux, visibles encore sur la face latérale,

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ont beaucoup altéré le caractére du monument. Malgré tout, Peffet en serait presque grandiose s'il était flanqué d’un second pavillon d’angle semblable a celui que couronne un fronton curviligne. La Renaissance y a mis sa marque: une figure trés mutilée tient encore les. armes du fondateur, le vieux cardinal de Bourbon, Charles X, ce pseudo-roi de France de parla grace de Mayenne, mort a Fontenay-le-Comte en 1590 prisonnier de Henri IV.

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De tous les emblémes adoptés, suivant l’usage du temps, par nos rois du xvi? siécle, celui de Henri IV est a la fois le plus simple, le plus compréhensible et historiquement le plus vrai. Le porc-épic de Louis XII ne lui appartenait pas en propre, l’ayant recude ses peéres les ducs d’Orléans. La fabuleuse salamandre de Francois I n’est que décorative et d’un sens encore plus obscur que le croissant de Henri II. On sait ce quwil faut penser des deux colonnes de Piété et de Justice imaginées pour Charles IX par le chancelier de l’H6pital, mort de chagrin au lendemain de la Saint-Barthélemy, et des trois couronnes du débauché Henri IIT avec leur devise mystique : Manet ultima celo, — la derniére l’attend au ciel! Quant au vaillant chef de la maison de Bourbon, ce sont les instruments mémes de la royauté active et militante, le sceptre et la main de justice soutenus du glaive posé en pal; comme légende: Duo protegit unus, un seul défend les deux autres, parole qui ne fut jamais vaine devant l’étranger ou les factieux.

S’il était en la puissance d’un gouvernement ferme de rétablir Pordre matériel et de pacifier les esprits, il

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ne pouvait complétement neutraliser les effets d’une longue anarchie, ni raviver lenthousiasme, alors refroidi, des beaux jours de la Renaissance. Par une loi qui souffre peu d’exceptions, a cet élan irrésistible, a cette surprenante fécondité devait forcément succéder une période stagnante, non toutefois celle qui précéde les grandes évolutions de la pensée humaine, comme au déclin de l’art ogival, — les temps modernes ne nous en procureront plus le spectacle, — mais lintervalle de repos nécessaire encore a de moins considérables changements, Les modifications porteront principalement sur des détails secondaires accentuant le style de chaque époque, quoique invariablement disposés sur un méme fond classique. En réalité, depuis ce moment, nous sommes toujours restés en France, par quelque cété de nos ceuvres, les adeptes de la Renaissance, si bien qu’il est assez arbitraire de vouloir préciser linstant ot elle s’arréte. Est-ce en 1610 avec Henri IV, ouvers le milieu du régne de Louis XIII?

Mieux vaut dire qu’elle disparait 4 la maniére de ces riviéres d’Afrique, absorbées a la fin par le sol, et dont pourtant on reconnait la présence souterraine a la nature de certains végétaux.

Les nombreux batiments ajoutés par Henri IV au palais de Fontainebleau et ceux de la place Royale, a Paris, ont, malgré la différence des matériaux, un méme

aspect sé€rieux et massif; tout au plus, dans les premiers, quelque chiffre, la sculpture d'un chapiteau de grés viennent-ils en rompre la monotonie. Ailleurs, pour égayer ses facades, l’architecte recourt A la seule ressource des pilastres et des chaines de pierre tranchant sur les murailles de brique que portent des arcades trapues; les fenétres rectangulaires et 4 meneaux sont couronnées de frontons alternativement courbes et aigus; des ceils-de-boeuf et de grandes lucarnes perforent des combles immenses décorés d’épis de plomb et flanqués de hautes cheminées. Cette description s’ap= pliquerait presque également — nous venons de le faire pressentir — a tous les édifices du temps de Louis XIII, et méme, dans l’ensemble, 4 une notable partie de ceux de la seconde moitié du xvi® siécle. Les toits pourront se briser ou s’aplatir, les meneaux disparaitre, les ailes diminuer de saillie, les arcades s’aveugler en abritantdes baies, quelques variantes s’introduire, les principes de notre grande architecture civile étaient posés pour longtemps. De nos jours, quand on souhaite posséder un logis de noble allure, on y revient encore. Les constructions de cette époque transitoire ne se peuvent comparer comme élégance a celles de Francois I* et de Henri II; elles dénotent cependant la pensée digne d’un grand prince de concourir par leur ampleur et leur régularité a la délectation publique. Examinons, par contre, les monuments des Valois. Sans vouloir restreindre la valeur de leurs conceptions et la gloire qui en rejaillit sur leurs fondateurs, on peut dire que ce sont ceuvres de satisfaction personnelle et quelque peu égoiste; leurs beautés étaient

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closes et, on le croirait, réservées jalousement pour de royaux amateurs et leur suite de familiers. Ainsi Blois, ou le principal effort des artistes s’est concentré sur l’escalier et la corniche de la cour; ainsi Chambord et Fontainebleau, posés au ras du sol, derriére un rideau de foréts; de méme le Louvre, dont le revétement tres simple n’eit pas permis de soupgonner la richesse interieure. Tout autrement compris était le chateau neuf de Saint-Germain, élevé par Henri IV, terminé par ses successeurs, détruit a la Révolution. S’étalant en pleine lumiére sur la hauteur et dominant le caurs de la Seine, ses rampes, ses galeries superposées, ses terrasses semblaient faites bien plus pour l’embellissement du paysage et le plaisir desriverains que pour la commodité de ses hotes.

Dans les villes, des plans d’ensemble commengaient a s’élaborer; l’édilité parisienne, préchant d’exemple, bien que n’apportant pas a leur exécution la célérité moderne, y déployait au moins une louable persévérance. Il fallut prés de sept ans, de 1605 4 1612, pour achever la suite d’hétels qui bordent la place Royale, au centre d’un quartier alors aristocratique. Plusieurs ont leur célébrité : Marie de Rabutin-Chantal, la future marquise de Sévigné, serait née en 1627 dans celui placé a droite du pavillon central reproduit par notre gravure (fig. 83); la demeurait Marion Delorme, beaucoup plus tard le minutieux Dangeau. Les habitants de Paris purent donc circuler acouvert sous les portiques de ce vaste quadrilatére. Peut-étre entrait-il dans cette : innovation tentée par le bon roi un ressouvenir de sa jeunesse, des petites villes de Béarn et de Gascogne et de

la Rochelle, sa valeureuse alliée; elle n’eut pas de suites,

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Fig. 83. — Pavillon de la place Royale, a Paris.

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et ne pouvait guére en avoir dans les rues commercantes, en raison de l’obscurité qu’entraine ce mode de construc- ‘tion sous un ciel fréguemment obscurci. Avec des

formes plus modestes, mais avec l’intention tout aussi évidente de compléter l’un des beaux sites de la capitale, on éleva vers 1608, 4 la pointe occidentale de la Cité, cette fois pour des boutiquiers et de simples artisans, les maisons de brique et de pierre de la place

Dauphine. Les estampes contemporaines attestent le -succés populaire de cette entreprise. Mémeactuellement, Dartiste et ’archéologue observent sous les replatrages postérieurs, et non sans intérét, les vestiges de cette décoration municipale.

Une des sérieuses critiques adressées 4 notre Renaissance est de n’avoir pas appliqué ses théories a la glorification de Vidée religieuse, ni doté le christianisme de ces temples que l’on admire sur le sol italien. Le fait nest que trop réel. Parmi le petit nombre d’églises élevées au xvi® siécle se trouvent ca et 14 quelques riches facades, des agencements ingénieux, des détails d’une agréable délicatesse, aucune ne posséde ce grand caractére dont sont revétus tant de monuments des ages antérieurs. Ce sont rarement d’ailleurs des églises entiéres, mais plutét des placages sur un batiment ancien, ou tout au moins de structure ogivale. La plus importante de toutes, Saint-Eustache de Paris, commencée sous Francois I et achevée sous Louis XIII, produit sans doute al’intérieur une impression saisissante; elle est due & l’énormité d’une nef encore gothique comme

donnée, non a la beauté des parties qui la composent. Enfin, on s’est demandé pourquoi une époque si ardente dans ses passions religieuses, d’autre part si fertile en hommes de mérite, était restée sur ce point au-dessous d’elle-méme. Nous avons déja effleuré cette question a propos des monuments funéraires; ne pas la traiter plus A fond laisserait par trop infirmer la valeur d’un mouvement auquel se rattachent les plus grands noms de l’art francais, et cela au moment de les quitter.

I] convient d’abord de rappelertout ce que le moyen age avait légué d’édifices de ce genre A notre pays, métropoles provinciales, innombrables églises conventuelles et autres, romanes ou ogivales. Dans les voies du renouvellement de l’architecture et de la sculpture, aprés la sombre période des temps barbares, nous pensons que la France devance I’Italie, et, proposition qui paraitra peut-étre excessive, que sa véritable renaissance des arts, en dehors des variations de style et de quelques arréts momentanés, remonte a cet égard jusqu’aux x1° et xm® siécles. La plupart de nos grandes basiliques étaient déja construites, et Notre-Dame de Paris voyait s’achever ses derniéres chapelles, qu’a peine creusait-on les fondations de Santa-Maria del Fiore 4 Florence (1298), et Saint-Pierre, cette ceuvre immense, non pas exclusivement de la piété romaine, mais des subsides de toute la chrétienté, ne commencait a surgir a la voix de Nicolas V que cent cinquante ans apres. Durant les x1v° et xv° siécles, la péninsule dirigea son activité principalement dans le sens religieux, tout €n reprenant les enseignements de l’art antique, et,

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malgré les luttes incessantes de deux factions ennemies, sans étre du moins entravée par des subtilités de dogme; les mémes sanctuaires, aux assises noires et blanches, réunissaient guelfes et gibelins dans les mémes actes de fci. La Renaissance francaise, cellede 1500, se développaau milieu de circonstancestrés différentes. Envahie par l’esprit de libre examen, abondamment pourvue d’établissements religieux, mais tenus en mépris par une partie de la nation, exposée des deux cétés 4 toutes les fureurs de l’intolérance, la France n’eut ni le besoin ni le loisir, surtout dans la seconde moitié du siécle, de multiplier les lieux de priére et de leur imprimer le méme cachet de beauté et d’originalité qui distingue les monuments civils. Nous n’avons nullement Vintention de discuter ici les mérites particuliers de l’architecture religieuse italienne et de notre architecture nationale, encore moins d’établir la supériorité de une ou de

VPautre; elles nous semblent toutes deux également

répondre a la nature, au climat, au sentiment des contrées qui les ont vues naitre; un semblable parallele serait du reste difficile autant que déplacé. I] nous le parait moins ence qui regarde les autres arts, lélégance des mceurs, la richesse intérieure des habitations. Sous ce rapport, a la fin du xv® siécle, notre infériorité était notoire; Commines, dans la relation citée plus haut, montre combien il en fut frappé; avec lui, tous ses contemporains. Ce fut donc, en France, l’unique dessein des promoteurs de ce mouvement de rechercher, avant toutes choses, la somptuosité ultramontaine, et de substituer aux lignes austéres de laconstruction féodale le luxe et l’agrément des palais d’Italie, et, si nous

n’etimes pas de} suite, quant au développement rapide des sciences et des lettres, Péquivalent de cette académie platonicienne instituée par Come de Médicis dans sa maison de plaisance de Careggi, l’intelligente et généreuse protection de Francois I** accordée aux hommes éminents de tous pays, des fondations comme celle du Collége de France finirent peu -a peu par supprimer ia distance qui nous séparait de I’Italie docte et lettrée. Mais, sous la double influence des études antiques et de la Réforme, les croyances catholiques recurent de graves atteintes. Beaucoup d’esprits distingués se troublerent et finirent par verser dans une affectation de paganisme dont la poésie et les monuments portent les traces, et, pour rester uniquement sur le terrain de Lart, il nous suffira de remémorera quelle banalité et a quelle — convention, opposées au sentiment chrétien, étaient parvenues les ceuvres soi-disant religieuses de nos plus illustres artistes. Les architectes y échappérent en partie, tantot par un respect traditionnel qui faisait encore employer Parcaigu,comme inséparable du culte, dansles chapelles de Chenonceaux, de Nantouillet et d’Ecouen; tantét par les lois mémes de leur art, peu propices a de trop brusques nouveautés, et qui modeéraient leurs tendances, au nom de la logique, dans une assez forte proportion, C’est ainsi qu’a Sainte-Clotilde des Andelys, a Saint-Etienne-du-Mont, a Paris, la présence des ordres et des frontons n’a pas entrainé la suppression de la'‘grande rose du portail, nécessaire a Vaiclairage de la nef.

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A mesure que l’on avance vers le terme approximatif de cette période, se produit le méme phénoméne qu’a la fin de Pére ogivale, une recherche excessive des complications et des tours de force; ce ne sont partout que longues clefs pendantes, médaillons de votites curieusement ciselés. L’église Saint-Etienne-du-Mont, citée en dernier lieu, et tenue dans son ensemble comme une des conceptions extrémes de la Renaissance (1517-1618), posséde sous ce rapport un jubé bien remarquable : commencé en 1600, son arc surbaissé, ses escaliers latéraux, dont les rampes ajourées enlacent gracieusement lesdeux premiers piliers du choeur, résument tout ce que Yon peut attendre de l’art du constructeur en légereté et en surprenante hardiesse (fig. 84). La sculpture en est aussi fort intéressante; elle appartient a cette école intermédiaire entre Jean Goujon, Germain Pilon dune part, Simon Guillain, Jacques Sarrazin de lDautre, et que représentent Barthélemy Prieur, les freres Lheureux, aprés eux I’éléve italianisé de Jean de Bologne, Pierre Franqueville. Les figures posées sur le fronton des portes rappellent assez le faire et les attitudes mani€rées de ce derniert. Plus gracieux, les deux anges en bas-

1. Ces deux figures sont de Pierre Biard, le pére, né en 1559, mort en 1609,

relief destympans de l’arc se rapprochent de Prieur, et,

Fig. 84. — Jubé de Saint-Etienne-du-Mont.

dans leur allure un peu alourdie de renommeées antiques, offrent pourtant le balancement harmonieux de lignes cher aux maitres du xvi‘ siécle, Et puisque, ace moment

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de notre art national, architecture et sculpture sont encore deux sceurs inséparables, disons de suite que cest Ala galerie du Louvre longeant la Seine qu’il faut aller voir les travaux de Pierre et Francois Lheureux. Ils ont prodigué énormement d’esprit et de caprice sur la frise du rez-de-chaussée. Ces amours tenant le chiffre royal, ces combats de génies et de monstres étranges sont traités d’un ciseau gras et souple, avec un parti pris de reliefs et de rondeurs qu’explique Pabondante ornementation vermiculée qui les accompagne. L’élément fantastique développé ici apparait déja sous Charles IX. A dater de son régne, les mascarons sculptés ne descendent plus directement du faune antique comme ceux de lhétel Carnavalet; ce sont, aux consoles du Pont-Neuf par exemple, des especes de diables aux yeux saillants, 4 face convulsée par le rire ou la menace, gardant 4 peine quelques traits de la téte humaine, et bien compris du reste pour la place qu’ils occupent loin du regard. La typographie lyonnaise, notamment dans les frontispices et entourages de ses livres heures et de ses recueils d’emblémes, affecte les mémes bizarreries dont la frise du Louvre est la meilleure et peut-étre la derniére expression sur une vaste échelle, cette facade ayant été entreprise par Henri III et achevée sous Henri IV, ainsi que Pindiquent les attributs de ce prince et les initiales de Gabrielle d’Estrées (lig. 85).

La marque distinctive de Vornementation est une certaine lourdeur, car, 4 n’examiner que les motifs dont elle se compose, elle est peu differente de la précédente. Si tes cartouches et les entrelacs sont moins employés, ce sont les mémes rinceaux, les mémes

fleurons, les mémes palmettes, en un mot la méme flore Presque toujours conventionnelle, grossie et appesantie, qu’elle soit sculptée ou peinte, autant que l’architecture elle-méme; nous pouvons ajouter que le véte-

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Fig. 85. — Entablement de la galerie du Louvre,

ment et le mobilier contemporains. Pour le premier, lorsqu’on se rappelle les ridicules exagérations de la cour de Henri III, surtout dans le costume des hommes, et, d’aprés deux tableaux curieux du musée national, — Un bal au Louvre et les Noces de Joyeuse, — ces pourpoints a bosse descendant jusqu’au bas du ventre, ces trousses rudimentaires, ces fraises énormes encaquant un visage efféminé, des perles aux oreilles, le

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chapeau, plus laid s’il est possible que le nétre, rejeté en arriére, on apprécie davantage Il’habit engoncé que nous montrent les toiles de Porbus et les crayons des Dumonstier. Quoique porté bien au dela de 1610, il rappelle le xvi° siécle par la coupe et certains affiquets; tout en n’offrant pas l’élégance cavaliére des belles époques, il est d’un ensemble digne et correct en rapport avec lordre social. De méme pour l’ameublement. Une petite révolution se prépare : l’art du tapissier est sur le point de naitre; art fatal, osons le dire, a la beauté des formes. Le velours commence a couvrir depuis quelque temps des siéges rectilignes bordés de clous a facettes dorées; les gros meubles conservent cependant la finesse des moulures, leurs simulacres architectoniques de colonnettes, modillons et frontons, mais le goat de leurs sculptures est batard; de redondantes renommées, des Curtius 4 panaches, imités de Josse Amman ou de Goltzius, y remplacent les Parnasses de l’école de Fontainebleau et les nymphes de Goujon. Sans doute, c’est la décadence, mais encore saine et robuste, comme une souche sur laquelle vont pousser 4 nouveau, grace a de bénignes influences, de verts et puissants rejetons.

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