STYLE XVII (SIECLE
Un fait qui n’intéresse guére Desthétique, mais
digne cependant d’étre noté comme symptome des temps
ou nous arrivons, c’est la méthode et la suite dans les: travaux. On achéve ce que l’on entreprend. Jacques Debrosse construit pour Marie de Médicis, dans lespace de cinq années, de 1615 a 1620, le grand palais du Luxembourg!. En 1624, aprés une interruption dun demi-siécle, Lemercier continue la cour du Louvre, éléve le pavillon de ’Horloge, et, tout en augmentant démesurément les projets de Lescot, respecte du moins, pour la premiére fois sans doute dans V’histoire de l'art frangais, Parchitecture de son prédécesseur.
Le Luxembourg offre, a-t-on dit, une réminiscence de la cour du palais Pitti A Florence. Qu’elle ait été réeclamée par la reine mére ou suggérée par une flatterie de l’artiste, elle est trés vague et réduite a la pré-
1. Dans le principe, appelé palais Médicis, et plus tard, devenu la propriété de Gaston, frére de Louis XIII, palais d’Orléans.
& io
pers Peek ee
sence des bossages sur tout l’édifice; or nous avons signalé déja introduction de cet appareil sous Charles IX et méme antérieurement. Le plan général des batiments, leurs grands combles, les pavillons d’angle en saillie, la facade sur la rue avec son entrée surmontée d’un déme, et sa galerie, maintenant percée de fenétres, autrefois ouverte en portique seulement du cété de la cour, tout cela n’a rien de florentin et rappelle au contraire la disposition connue des résidences princiéres du xvi® siécle, elle-méme dérivée de nos anciens chateaux.
Ia construction de pierre, au lieu de la brique alors trés employée, n’apporte aucun poids 4 cette fausse opinion. Outre que Debrosse s’en est toujours servi pour ses autres travaux, a la grande salle du Palais de Justice incendiée en 1871, au portail de Saint- Gervais, Du Cerceau, dans son livre des excellents batiments de France, la déclare d’un caractére plus noble; c’est donc un choix de matériaux motivé par les assises franchement accusées, et surtout par la destination supérieure des monuments. Enfin, sur la souche des cheminées du Luxembourg, on distingue avec un peu d’attention les traces de sculptures, armes royales, chiffres et colliers d’ordres, effacées 4 la Révolution, et qui devaient affirmer le style tout frangais de l’ensemble. [eur rétablissement serait facile.
If
En vraie fille des Médicis, son palais sitdt achevé, Marie s’adressa au plus grand peintre du xvur siécle. Crest dans l’aile droite, maintenant occupée par l’escalier du Sénat, qu’étaient placées les vingt et une compositions de la vie de la reine dues au prestigieux génie de Rubens. La destinée de ces étonnants météores perdus a de telles hauteurs est-elle d’éblouir plus que de féconder? Ou bien, malgré la libéralité ordinaire de Marie de Médicis, l’accés de la galerie était-il interdit aux artistes? I] est certain que ces admirables tubleaux furent de nulle influence sur la peinture francaise. Dubois (1543-1615) et Fréminet (1567-1619), les derniers représentants de !’école de Fontainebleau, avaient achevé leur carriére. Aprés une jeunesse errante et besogneuse, Nicolas Poussin, employé a des taches souvent ingrates, et obscur encore, venait entin de s’établir 4 Rome (1624), sa seconde patrie, qu’il devait quitter une seule fois, 4 son grand regret et pour bien peu detemps. Les peintres se trouvaient donc sans guide et sans chef reconnu. De retour dans son pays au bout de quinze années de séjour en Italie, et précédé de la plus brillante réputation, Simon Vouet (1590-1649) prit la direction de l’école et fut le maitre de la plupart des artistes célébres de Pépoque, au premier rang Eustache Le Sueur. Nous ne connaissons plus guére le talent du
peintre favori de Louis XIII que par ses tableaux de chevalet, trop souvent d’un dessin abandonné et d’une couleur fausse. Le temps a détruit le meilleur de son ceuvre, ses grands travaux de Vhotel de Bullion, la galerie du chateau de Rueil pour le cardinal de Richelieu, celles du maréchal d’Effiat et du duc d’ Aumont, d’autres encore. Dans l’ancien hotel Tubeuf, devenu le point de départ du palais Mazarin, et maintenant affecté a l’un des services de la Bibliothéque Nationale, se trouve un charmant plafond de Vouet, a compartiments séparés par de belles boiseries dorées, et qui montre des qualités de franchise et d’éclat, une entente de la décoration acquises par l’étude des maitres vénitiens, et principalement de Véronése; Vartiste est la dans sa véritable voie, et l’on comprend alors la vogue qui ne le quitta jamais. A l’exemple des peintres du xvi® siécle, et quoique surchargé de commandes, il ne dédaignait pas d’entrer dans le détail d’une ornementation. Michel Dorigny a gravé d’aprés lui une suite de panneaux composés pour un vestibule du palais de Fontainebleau; la reproduction de Pun d’eux rendra sensible le changement opéré déja dans la maniére detraiter les mémes motifs et dont Vouet semble Vinventeur (fig. 86). Ala grace claire, aux types élancés de la Renaissance succédent des formes plus puissantes, une ordonnance plus opaque; les cartouches sont lourds et réduits parfois 4 de simples surfaces géométriques, les rinceaux moins nerveux; mais ce qui différencie principalement les deux styles, c’est Vapparition dun élément nouveau, la fleur naturelle prodiguée en guirlandes et en gerbes, ou massée par bouquets tombants. —
Jamais peut-étre le goat de la peinture décorative
iy pone
Fig. 86. — Panneau décoratif de Simon Vouet.
ne fut plus répandu chez les particuliers que sous le régne de Louis XIII et durant la jeunesse de Louis XIV. Nous venons d’indiquer quelques-uns des travaux de
ce genre ala nomenclature desquels s’ajouteraient, pour Paris, ceux des hétels Bretonvilliers, Lambert de Thorigny et la maison de M. de Fieubet. Le cloitre des Chartreux avec la Vie de saint Bruno par Le Sueur, les belles fresques de Bertholet Flemael dans l’ancienne église des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard, — pour ne parler que de ce qui subsiste encore, — les nombreux vestiges trouvés sous le badigeon, dans ces derniéres années, a la votite et sur les parois des chapelles de Saint-Eustache et de Saint-Nicolas-des-Champs, montrent que les établissements religieux subissaient le méme entrainement. Dans la mesure des ressources qu’offrait la province, certaines demeures de la noblesse ne restaient pasen arriére; l’une d’elles nous fournit un spécimen trés complet de ce luxe intelligent. Au premier étage du chateau de Cheverny, a douze kilométres de Blois, se trouve un appartement, jadis réservé pour le roi, et qui se compose d’une salle des gardes, d’une chambre acoucher etde plusieurs cabinets. La salle des gardes est encore disposée, comme celles du xvi® siécle, sur un plan oblong. Ses maitresses poutreset ses solives sont couvertes de chiffres et d’arabesques, et les murs tendus de tapisseries avec portes et stylobates moulurés. A l’une des extrémités s’éléve une cheminée montant jusqu’au plafond (fig. 87). Quatre cariatides, deux statues et des figures d’enfants, le tout de bois doré, en ornent la face et les cétés. Sur le manteau, dans un cadre rectangulaire enrichi de nielles, et dans ceux a angles rentrants des parties latérales, sont peintes diverses scénes de la fable d’Adonis. Au sommet du coffre s’étale un grand cartouche au monogramme
Bits =
er sei mau IU |
Fig. 87. — Cheminée du chateau de Cheverny.
des Hurault de Cheverny, fondateurs du chateau actuel
302 , LES STYLES FRANGAIS.
en 1634; de ses lourds retroussis, suivant le style du temps, s’é€chappent des draperies et des chutes de fruits et de feuillages. Le lambris inférieur régnant autour dela salle ainsi que les panneaux des fenétres présentent une suite ininterrompue de fleurs et d’emblémes avec devises écrites sur des phylactéres. Si nous passons a lachambre du roi, le décorateur a retracé au plafond, sur la cheminée et les dessus de porte, l’histoire de Persée; sur les boiseries, en trente petits tableaux, celle de Théagéne et Chariclée. Toutes ces peintures, d’un coloris clair sans étre fade, d’une exécution plus facile que correcte, sont d’un artiste du terroir, Jean Mosnier (1600-1656). Grace a la générosité de Marie de Médicis, alors retirée a Blois, il put étudier son art a Florence et 4 Rome. Au retour, la reine mére l’employa au Luxembourg; mais des treize peintures mentionnées par l’inventaire de Bailly, en 1709-1710, une seule nous est parvenue, inscrite au Louvre sous le numéro 373, dans la salle des Le Sueur; c’est une belle figure de la Magnificence royale, plus grande que nature, dont le godt d’ajustement et leton argentin rappellent Guido Reni. Certes sans mépriser, loin de 1a, les scénes mythologiques et les ornements o' Mosnier a déployé tant de fertilité @imagination et une réelle habileté, il était permis d@augurer mieux encore d’un semblable début, Ce serait & Vhostilité de Claude Maugis, abbé de Saint- Ambroise, intendant des batiments de Marie de Médicis, qu'il devrait d’avoir été écarté des travaux du Luxembourg et, de peintre de la reine, d’étre devenu, sans doute sous le coup de la nécessité, artiste provincial un peu trop expéditif que l’on voit au chateau de Cheverny,