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LOUIS RISE

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Quoique alourdies, les formes ornementales empruntées Ala Renaissance conservaient encore quelque chose de leur grace premiére sous le pinceau du décorateur. Ce genre de peinture oblige lartiste a faire valoir a distance les différents motifs desa composition plus par la couleur que par le modelé; il lui faut dés lors étudier avec soin leur silhouette, en proportionner les surfaces, qu’elles s’enlévent en clair ou en vigueur sur le fond appelé ales recevoir; dans l’un comme dans l’autre cas, un ornement trop massif serait des plus déplaisants. I] n’en est pas tout a fait de méme du sculpteur. Opérant sur une mati¢re monochrome, le bois, la pierre, le marbre, ne tirant ses effets que du relief et du jeu des ombres, accidentellement de Dintervention de Por. i est moins en garde contre cet abus, et, pour peu que lesprit du jour y soit porté, il dépasse plus aisément les limites tracées par le gout. L’ornementation sculptée du temps de Louis XIII est donc beaucoup plus épaisse que l’ornementation peinte. Le lecteur verra dans notre dessin (fig. 88) combien les cartouches placés entre les pilastres et sur les tympans de V’arc de cette travée de la chapelle de Fontainebleau different, par la mollesse de leurs contours et Pexagération de leurs volutes, de Vélégance nerveuse et sobre de ceux du xvi siécle; com-

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bien aussi les palmes arrondies dont ils sont flanqués séloignent de la nature dans leurs circonvolutions indéfiniment répétées. Ces palmes sont caractéristiques de cette moitié du xvm® siécle, ainsi que les tétes de chérubins de lentablement et de la boiserie; encore ces derniéres sont-elles motivées par l’emplacement, mais on les retrouve parfois sur des édifices civils, des portes et des meubles sans destination ecclésiastique. A Vextérieur, la sculpture ornementale devient encore plus pesante et, comme un excés en appelle un autre, on arrive souvent A border les cartouches de renflcments onduleux pareils a de grosses chenilles; l'on troue les feuillages des consoles, de sorte que leurs cavités simulent quelque ressemblance avec le masque humain, tandis que celui-ci se termine inférieurement en appendices bizarres. Tout comme le langage, Parchitecture a maintenant son style macaronique : aux vocables de mauvais latin correspondent les formes baroques. Cela serait vraiment insupportablesi quelques lignes deconstruction bien entendues, d’opulentes moulures et une trés grande cranerie d’exécution ne sauvaient ce burlesque ensemble.

De son cété, le mobilier repousse définitivement toute ingérence de la tradition et la sculpture n’y a qu’une faible part. I] peut se réduire a deux types. Lun, fabriqué de chéne ou denoyer, a moulurations arrondies, se sert de colonnes torses comme supports des tables et des couches; cest le plus répandu. L’autre, d’un gout plus raffiné, sinon plus léger, emploie le bois noirci pour des siéges a haut dossier presque entiérement recouverts, ainsi que les lits, d’étoffe oude tapisserie; il

réserve l’ébéne pour les gros meubles, qui sont en ce

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Fig. 88. — Travée de la chapelle de Fontainebleau.

cas décorés d’ornements et de figures d’un trés mince relief. L’ancien huchier cédela place a l’ébéniste.

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Pour en revenir a la décoration des édifices, les excentricités décrites ci-dessus n’eurent qu’un moment et furent surtout la débauche d’esprits médiocres, vaguant sur les chemins de l’étrangeté faute de trouver la route du beau. Au chateau de Blois, sous la coupole de Pescalier de Gaston, Francois Mansard (1598-1666) a bien usé de mascarons grotesques dans les encadrements de ses voussures; mais ils sont traités dans la maniére large des décorateurs italiens du xvi siecle, Polydore de Caravage par exemple, plutot que suivant la fantaisie déréglée qui tentait de s’établir, et si Pon peut justement reprocher 4 Lemercier Panomalie des trois frontons inscrits l'un dans l’autre au pavillon de l’Horloge, il ne s’en trouverait point d’aussi choquantes dans ses constructions de la Sorbonne et de YOratoire du Louvre. A part quelques erreurs, il faut reconnaitre le caractére vraiment digne et sérieux de Parchitecture de la premiére moitié du xvu® siécle, et le talent des maitres qui ont élevé l’église de la Sorbonne et celle du Val-de-Grace. De vaillants sculpteurs les secondaient : Sarrazin, Guillain, les deux Anguier. On doit au premier de ces artistes le plus important travail monumental de ce temps; nous voulons parler des grandes cariatides du pavillon de Lemercier, au Louvre, qui ont soulevé de nos jours des critiques assez vives.

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Les sculptures de Sarrazin (1588-1660) étaient, n’en doutons pas, dans la pensée de Lemercier, dont il reste a notre sens le judicieux et fidéle interpréte, moins des membres architectoniques semblant porter, mais ne portant guere en réalité lentablement, que des ornements du dome central, plus agréables dans leur variété et A la fois plus logiques que ce troisiéme ordre employé 4 Anet par Delorme, et, plus tard, ne répondantalors a aucune division intérieure, par Debrosse, au portail de Saint- Gervais. Ces statues sont purement décoratives et n’ont par conséquent d’autre but que de se raccorder — grace a une certaine vivacité de mouvement contenue toutes fois dans la stabilité nécessaire, grace aussi a leur groupement et au jet de leurs draperies — aux riches motifs de Pattique de l’ancien Louvre et aux belles figures féminines, en haut relief, du ciseau de M® Ponce qui remplissent les frontons des avant-corps.

Les sculpteurs de la Renaissance ont laissé peu de portraits proprement dits, ayant été presque exclusivement bornés en ce genre a des effigies funéraires On préférait la magie de l’art du peintre, pour la représentation de personnes vivantes. Nous possédons bien quelques bustes et de beaux médaillons du temps des Valois, mais ce n’est guére qu’a partir de Henri IV que cette partie de la glyptique comprenant le travail des métaux en creux ou en relief prit en France. une veritable importance avec Guillaume Dupré ( ? -1642) et Warin (1604-1692). Ces deux médailleurs et le sculpteur Simon Guillain (1581-1658) montrent dans leurs ouvrages une chaleur et un souci de la réalité que, le seul G. Pilon excepté, on avait peu connus antérieu-

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rement, De ce moment la sculpture, sous ses formes diverses, bustes, bas-reliefs ou statues, devient la rivale plus d'une fois heureuse de la peinture et de la gravure de portrait, pratiquées cependant jusqu’a nos jours, et sans interruption, avec une rare habileté.

Dans sa haute situation de peintre attitré de Louis XIII, employé par Richelieu et tout ce quwil y avait de plus considérable a la cour, Vouet avait mis au jour une foule de compositions agréables, exécutées d’un pinceau facile et savant, mais dépourvues de ‘caractére. Nicolas Poussin (1594-1665) et Eustache Le Sueur (1617-1655) ne jouirent jamais 4 un tel degré de la faveur royale et ne se présentent point a nous entourés, comme lartiste officiel, ?un nombreux cortege qéléves.Ils sont néanmoins, malgré l’exil volontaire du premier et la vie retirée du second, les véritables initiateurs de la peinture francaise, et prouvent ainsi combien la profondeur des pensces et le sentiment de la beauté morale ’emportent 4 la fin sur des qualités purement materielles. C’est bien de ces deux grands maitres que notre écoletire sa plus notable illustration; Cest a eux surtout qu’elle est redevable de prendre rang parmi les principales, ceiles qui se partagent le domaine de V’art moderne. L’époque ot nous parvenons est

particuliérement glorieuse pour notre pays, et, si nous ©

nosons pas dire avec V. Cousin que « la France,

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insouciante de sa gloire, n’a pas lair de se douter quelle compte dans ses annales le plus grand siécle peut-étre de Phumanité, celui qui comprend dans son sein le plus d’hommes extraordinaires en tout genre >, du moins, devant le spectacle qu’elle offre ace moment, et qu’elle a offert de nouveau pendant ce xix° siécle qui vient de finir, nous nous étonnons de la réputation de légereté que lon nous a faite par suite d’examens trop superficiels. Sans nous arréter 4 tant de philosophes, de moralistes, de poétes et de prosateurs, de Descartes a Bossuet, de Pascal a La Rochefoucauld, de Corneille et de La Fontainea Moliéreeta Racine, tousnés sans exception sous Henri IV ou sous Louis XIII, et auxquels, ce nous semble, quelle que soit la forme adoptée par eux, on ne saurait refuser un méme fonds de gravité et de pénétrante observation, sans sortir en un mot du terrain spécial ol nous sommes confiné, quelle race a fourni talent plus male et plus sévére que Poussin, plus chaste et plus tendrement religieux que Le Sueur, plus attentivement contemplatif et plus pénétré de la poésie de la nature que Claude Lorrain (1600-1682)? Ne seraient-ce donc 1a que des produits exceptionnels d’une nation 4 laquelle feraient défaut les cétés sérieux de esprit? Mais alors, puisque, par une étrange contradiction, on taxe le xvir* siécle tout entier d’un excés de solennité, il faudrait admettre cette proposition absurde que, pendant une si longue période, la France a menti a son propre génie, a faussé ses instincts en art, en littérature, en politique, dans l’éloquence de la chaire

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