‹ Les styles françaisChapitre 21 sur 27 · Notice sur Le Sueur, par Guillet de Saint-Georges · texte numérisé non relu

Notice sur Le Sueur, par Guillet de Saint-Georges

‘ay Pe if

fa eee

LOUIS. X1Lia e 313

(n° 523 du catalogue du Louvre), la Messe de saint Martin (n° 524), parmi la suite du cloitre des Chartreux, le Saint Bruno en priére (n° 528), l’admirable Portement de

croix et la Descente de croix provenant de la chapelle

de la famille Le Camus, a l’église Saint-Gervais (n® 517 et 518). Aprés une interruption d’un siécle, il renoue la tradition chrétienne dans ce qu’elle a de plus élevé. C’est une Renaissance d’un autre ordre.

Dans ces derniéres années, a la suite d’expositions qui soulevaient plus d’un probléme pour notre industrie nationale, il s’est fait un trés fréquent usage, parfois méme abusif, de termes jusqu’alors moins employés, et auxquels on n’avait pas attaché jadis toute la valeur qu’on leur a donnée depuis : la décoration, l’art décoratif.

D’une maniére générale, la décoration s’entend surtout de ’embellissement des surfaces de quelque importance, réelles ou simulées, extérieures ou intérieures, par l’architecture, la sculpture, la peinture, appelées isolément ou associées dans un méme effort.

Liart décoratif comprend d’abord la décoration ainsi définie; ensuite toute transformation de la matiére, si commune et si limitée soit-elle, en objet dart, c’est-adire en une chose revétue par la main humaine de la beauté des formes, a laquelle s’ajoute, en certains cas, le charme de la couleur.

Malgré le nombre et l’importance économique des produits de cette seconde catégorie, les conditions requises pour la premiére, c’est-a-dire la science des divisions, la claire compréhension des masses, la ri-

chesse, Vampleur, ont seules incité les artistes 4 donner a tout ce qui s’en rapproche I’épithéte de décoratif. Cest bien en ce sens qu’elle est interprétée dans leur vocabulaire.

Maintenant que nous pensons avoir expliqué la portée de l’expression, il nous est loisible de Vappliquer de suite en disant que l’art du temps de Louis XIV est avant tout décoratif. C’est 4 la fois son mérite et son coté défectueux; non toujours, mais souvent. La colonnade du Louvre, le monument le plus imposant de ce régne, n’est pas autre chose qu’un somptueux décor, n’ayant aucune relation avec le palais qu'il devait compléter. Il est vrai que son auteur, le médecin Claude Perrault (1613-1688), entrainé par la préoccupation du grandiose qui hantait les meilleurs esprits, devint fortuitement architecte, un peu a l’instigation de Colbert, médiocrement satisfait des projets de Levau pour la continuation du Louvre. Ce méme Levau (1670), cette fois architecte de profession, n’hésitait point a entraver la circulation du quai de la rive gauche de la Seine et de tout un quartier de Paris pour établir le plan semi-circulaire de son collége des Quatre-Nations, actuellement palais de l’Institut, sans qu’une nécessité de service intérieur imposat, que nous sachions, cette courbe des deux ailes. L’ceuvre beaucoup plus remarquable de lun des artistes éminents de Pépoque par

Pétendue et la variété de ses connaissances, la porte Saint-Denis de Francois Blondel (1617-1686), n’échappe pas complétement a cette tendance un peu outrée vers Veffet décoratif. Ici, c’est par les proportions considérables et l’amoncellement des matériaux qu'il estobtenu. Si lon prend ce monument comme entrée de ville, comme porte d’une vaste capitale, on cherche la raison d’étre d’une votte si haute, et des deux passages latéraux sensiblement trop étroits pour la foule des pietons traversant une voie trés fréquentée, L*isole-t-on de toutes parts, ainsi qu’il lest en effet, et le considére t-on en tant qu’arc triomphal, alors on se demande pourquoi cette masse énorme; Vhommage devient grossier. Les Romains, dont certes le gout était enclin au colossal, se gardaient bien, dans ces sortes d’édifices, d’enfreindre une certaine modeération et d’écraser, en quelque maniére, le triomphateur sous le poids de arc dressé en son honneur. Ceux qui nous sont parvenus sont exempts de toute emphase, et pour élevé que fat en gloire et en dignité le César victorieux, il restait cependant a leurs yeux de taille humaine; ils construisaient a sa mesure, méme pour la postérité, et, plus spiritualistes que nos architectes du xvu® siécle, laissaient aux actes du héros, reproduits sur la muraille, a exprimer sa grandeur morale. Blondel, qui était un zélé admirateur de l’antiquité, ne la cependant pas imitée en cela, ou ne l’a pas comprise; et, tout en déclarant dans son cours d’architecture le soin qu'il a de choisir ses ornements « parmi ceux qui onteu et qui ont encore le plus de réputation dans les ouvrages des anciens », il insiste fortement, et avant tout, sur les

dimensions énormes de la porte Saint-Denis, « qui est peut-estre un des plus grands ouvrages qui soient de cette nature, au reste du monde, sa masse ayant plus de soixante-douze pieds de hauteur et autant de largeur, avec une ouverture de plus de vingt-quatre pieds dans le milieu ; je me suis principalement appliqué ala rendre plus considérable parla justesse des proportions qu’elle a du tout a ses parties et de ses parties entre elles, que par la quantité d’ornements dont elle auroit pu étre chargée ». Il a pleinement réussi sur ce dernier point. I] n’existe point de période d’art dont on ne puisse faire quelque critique. Ce droit est universel et nous en avons usé, méme pour les époques qui nous étaient le plus sympathiques. Nous venons de l’exercer encore. Mais, 4 tout prendre, il est peut-étre plus difficile et, a coup str, plus profitable de mettre en lumiére les progrés accomplis que de constater certains affaiblissements. D’ailleurs, a part les moments de décadence radicale ow: seffondre toute civilisation, l’art d’un pays regagne souvent d’un cété ce qu’il perd de l'autre dans ces variations du gout. Si le style du xvi siécle ne posséde plus les attraits de la Renaissance, le parfum printanier qui s’en exhale, l’élégance souple et juvénile et comme |’imprévu de ses mouvements, par contre, il offre en tout genre les riches moissons d’un été radieux, la force calme et la gravité de l’4ge mur. Que nous prenions, non plus des palais, non plus un monument destiné a perpétuer les victoires du grand roi, mais un établissement philanthropique, |’hétel des Invalides, ou de simples dépendances, les grandes et les petites écuries du chateau de Versailles, nous y trouverons, pour des besoins et sous

318 LES STYLES FRANGAIS.

des aspects trés différents, la méme largeur, le méme

ordre régulier, nous pourrions presque dire la méme majesté, si ce mot ne faisait sourire 4 propos d’écuries; tovtefois n’oublions pas que nous sommes au point culminant de la monarchie absolue, et que, selon les idées du temps, ce qui regardait le service du souverain acquérait une importance exceptionnelle et devait revétir un caractére auguste. L’hétel des Invalides serait Yunique survivant de tous les édifices construits sous Louis XIV qu'il suffirait a inspirer le respect de cette remarquable époque. La monotonie de la facade et de la ligne des toits de ces longs batiments hospitaliers est magistralement rompue par un grand arc encadrant la partie centrale, au sommet de laquelle se profile ’image équestre du royal fondateur. Dans la cour d@’honneur, avec les moyens les plus simples et sans autre luxe que quelques détails de sculpture largement traités 4 la hauteur des combles, Libéral Bruant (1635-1697) a su donner au cloitre militaire qui en fait le tour une grandeur résultant moins de son étendue que de l’harmonie de ses proportions. A la rencontre des portiques, un pavillon renferme chaque escalier et fait saillie aux angles de la cour. C’est une dérogation aux exemples anciens, mais aussi une heureuse incorrection : outre la variété qu’elle apporte par ses ressauts 4 ce vaste parallélogramme, elle présente des facilités de communication fort appréciables dans un asile de vieillards et de soldats mutilés. On voit que ces architectes, réputés maintenant trop classiques, ne manquaient pas, a Voccasion, d’une cerraine indépendance.

Par suite de la disparition des tours et des grands

pavillons qui les avaient remplacées, les toitures n’apportaient plus l’appoint d’autrefois a la physionomie pittoresque des constructions et 4 l’aspect général des cités. Les nouvelles églises méme étaient privées pour la plu-

part de ce qui avait fait la gloire de leurs ainées et de |

ce qui semble inséparable du culte catholique: le clocher; ou, quand il existait, c’était dissimulé le plus possible, de forme batarde. Au sortir de la Renaissance, le manque d’intérét de la partie supérieure des monuments ne pouvait échapper aux architectes francais; aussi les voyons-nous, des le régne de Louis XIII, s’efforcer d’y remédier, tant6t par des édicules sans objet déterminé, comme au palais du Luxembourg, tantét dans les couvents, les hospices, a la facade principale des chateaux, par de petits campaniles a lanternons et a horloge, et dans les grandes églises par ces démes empruntés a Italie, et dont ceux de Florence et de Rome sont les sublimes prototypes pour les temps modernes. A Paris, la chapelle des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard, batie de 1613 1620, parait avoir recu la premiére coupole. Puis vinrent successivement la Sorbonne, Saint-Paul Saint-Louis, la Visitation, le Val-de-Grace, le college des Quatre-Nations, l’Assomption, enfin la plus élégante de toutes, celle de l’église des Invalides, le chef-d’ceuvre de Jules Hardouin-Mansard (1645-1708).

En inventant le comble brisé qui garde son nom, Francois Mansard rendait sans doute habitable une partie des batiments consacrée jusqu’alors a des galetas, mais il sacrifiait ces hautes souches de cheminées, accessoires obligés de l’ancienne toiture et superbes motifs de décoration architecturalé sous lé crayon des

maitres du xvi siécle, I] n’y avait la qu’une modification de formes compensée par quelques avantages interieurs. Perrault faussa des principes autrement importants lorsque, entrainé dans une vaine recherche d’effet théatral, il voulut masquer contre toute raison les toits du Louvre par des balustrades. Le succes aidant, son exemple mit les constructeurs sur une mauvaise voie, celle quiconduit a tenir peu de compte des nécessités du climat et de la vie de chaque jour, et a les éluder avec plus ou moins d’adresse, au lieu de les accuser franchementenen tirant le meilleur parti possible. Aussi Saint- Simon est-il dans le vrai quand il écrit, 4 propos du chateau de Versailles : « Ducété du jardin on jouit de la beauté du tout ensemble, mais on croit voir un palais qui a été bralé ow le dernier étage et les toits manquent encore. » Seulement, il atort d’ajouter ; « La chapelle, qui l’écrase, parce que Mansard voulut entrainer le roi a élever le tout d’un étage, a de partout la triste représentation d’un triste catafalque. » Comment, jusqu’a preuve du contraire, préter un si chétif mobile a Yillustre architecte et ne pas comprendre la pensée religieuse qui l’avait poussé, certainement avec lassentiment de Louis XIV, si ce n’est méme par son ordre formel, a ce que la chapelle dominat de toutes parts Ja -demeure royale?

Nos villes ont conservé un assez grand nomore d’hétels de la seconde moitié du xvut siécle. Quand le

terrain nes’y opposait pas, leur plan s’est peu écarté de celui de Carnavalet. Une grande porte cochére accéde de la rue a une vaste cour ou cour d’honneur; 4 droite et a gauche, leur extrémité s’élevant au-dessus du mur, de l’entrée, s’étendent des batiments, percés quelquefois d'une arcade qui conduit a des cours latérales entourées de communs; au fond, se voit le corps de logis central . avec perron, souvent décoré d’une ordonnance de pilastres ou de colonnes surmontées d’un fronton aux armes de la famille. Aucune de ces habitations qui n’ait été autrefois accompagnée d’un jardin sur lequel se trouvaient la facade principale et les appartements de réception. Les architectes du temps se sont plu a couvrir le portail de ces demeures de riches ornements sculptés sur la pierre et sur le bois. Du reste, on le comprend, pour les grands hotels, d’autant moins visibles du dehors que la cour avait plus de profondeur, c’était le seul point ou Vartiste pat a lPextérieur déployer son gout et indi-. quer par quelque signe, lettres entrelacées ou blason, le nom ou le titre du propriétaire. Ces portes étaient donc trés variées et parfois d’une fort belle tournure.: Malgré la rigueur extreme des réglements de voirie en matiére d’alignement, Paris en a gardé quelques beaux exemples, principalement dans le quartier du Marais et au faubourg Saint-Germain. A la fin du régne, et peut-étre comme conséquence de l’accroissement de la population et de la plus-value des terrains, la portion importante de ces édifices était reportée quelquefois sur la rue. Dans ce cas, la porte cochére se relie a Ja maitresse fenétre du premier étage par sa clef d’arc 4 mascaron dun grave et large caractére, et par de grandes consoles

STYLES FRANGAIS. at

sculptées qui l’encadrent en supportant un balcon de fer forgé. A cemoment, l’art de travailler le fer recoit une énorme extension, En.dehors des entourages de chceur, des clétures de chapelles, des grilles de chateaux et de somptueuses rampes d’escalier ot ils excellaient, nos forgerons des xvu1° et xvi® siécles ont laissé aux fenétres des plus modestes maisons des témoignages de leur habileté et d’une inépuisable fantaisie. L’étude de leurs nerveux enroulements et de ces combinaisons de courbes et de feuillages repoussés au marteau formerait un intéressant chapitre d’un traité sur ’ornementation.

II

Le calme et la symétrie sont les caractéres fondamentaux de cette époque, joints a une solidité d’aspect heureusement dégagée delalourdeur dutemps de Louis XIII. S’il n’y faut plus chercher le pittoresque laisser-aller de la Renaissance, ces incidents architectoniques de saillies d’escaliers, d’encorbellements de tourelles, et méme de porte 4 faux de baies, qui donnent aux constructions du xvi° siécle, de méme qu’a celles du moyen age, on ne sait quoi de vif et d’imprévu, il y régne du moins une majestueuse unité. En principe, qu’il s’agisse des monuments du culte ou des maisons des grands et de simples particuliers, partout domine lordre, partout ont passé la régle et le cordeau. La nature méme leur est soumise. Aux alentours des chateaux, a Vaux-le- Vicomte, a Versailles, — et le palais du roi peut-étre a

LOUIS xIv. 323

Vimitation de la fastueuse demeure du surintendant, — on dispose en éventail d’immenses avenues aboutissant 4 une esplanade demi-circulaire. C’était dailleurs une nécessité pour le développement de ces longs cortéges de carrosses a six chevaux escortés d’une foule de piqueurs, de gardes et de laquais. Dans les pares et les jardins, cette maniére dasservir et de faconner les choses Par elles-mémes les plus irréguliéres, l’arbre et la plante, s’éléve a la dignité d’un art nouveau, grace & l’intelligenced’André Le Nétre (1613-1700). Quand nous disons art nouveau, nous nous trompons, car la Renaissance, elle aussi, avait eu ses Le Nétre au petit pied, inventeurs

anonymes des berceaux de charpenterie et des arabesques

de verdure. Sans doute, ces boulingrins, ces broderies de buis, ces alldes de tilleuls ou @ormeaux horizontalement taillées, sentent un peu l’apprét et le guindé, Pris isolément, le gout les réprouve. Néanmoins, considérés dans leur ensemble, on ne peut nier qu’ils forment un cadre trés favorable aux grandes lignes de construction et n’en soient méme, admis le style du temps, le complément indispensable. Nous exceptons, toutefois, ces horribles ifs dirigés en Pyramides et en rondelles superposées. A part ces erreurs, dont Le Notre n’est pas coupable, mais bien quelque rustique du siécle dernier, il a montré un rare talent dans larrangement des terrasses et des bosquets de Versailles, de méme qu’une réelle ingéniosité a tirer parti d’un sol ingrat et des accidents naturels qu'il pouvait présenter. L’honneur de la disposition des grands escaliers et de la célébre orangerie revient a Hardouin-Mansard ; Le Notre revendique celui d’avoir utilisé les eaux d'un marais dont

Si) eo abs

A ees eee ee

324 LES STYLES FRANGAIS.

le roi réclamait le desséchement, et d’en avoir formé le grand canal d’une si agréable perspective dans l’axe du palais. Probablement a lun et a Pautre, au commun accord de l’architecte et du jardinier, nous devons cette repartition si juste et si pleine de sens des différentes matiéres livrées aux sculpteurs : le bronze des vases et des groupes couchés des bassins, sur le sable et les bor-

dures de la grande plate-forme,; le marbre blanc des

statues et des colonnades sur la verdure des massifs; le plomb des fontaines sous les eaux jaillissantes. Malgré affirmation dun délicieux poéte, ’ennuyeux parc de Versailles est bien comme il est, et ne gagnerait rien a

étre changé en parc anglais, ni méme a étre abandonné a la nature, tant que les voates du chateau royal abriteront les souvenirs de notre histoire et les ceuvres de.

Part francais.

Si, quittant habitation du souverain, nous entrons dans une maison privée, trois choses frappent de suite le visiteur : ledéveloppement considérable de lescalier, la hauteur des étages, l’agencement déja meilleur du plan, quoique imparfait encore. Lair et la lumiére pénétrent abondamment par de grandes fenetres. Il n’y, a plus trace des meneaux de pierre, ni méme de la croisée de bois qui en tenait lieu; les battants s’ouvrent tout a plein, garnis de vitres transparentes de beaucoup préférables aux petits vitraux sertis de plomb,, Ce nest plus l’ancien retrait, les salles basses du temps jadis: c’est ’appartement moderne disposé en vue des réunions de famille et de relations sociales fréquentes et étendues., Durant un régne trés long comme celui de Louis XIV, Jes mémes chambres ont subi bien des métamorphoses.

LOUIS XIV. pz

ag ee aes

SSI a 2 OE ie ec ta aa Ne a ae

I] est fort rare de les voir dans leur premier état, avec El iia TTT TTT TM TROT Se iM

Page 1