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‘Nous croyons impossible de pousser plus loin qu’on le fit a cette époque lexécution des ornements, surtout dans la sculpture du métal et du bois. Sous le burin de Gouthiére, le bronze acquérait la souplesse et la

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ductilité de la cire; il n’est pas dans les fleurs ou les

Fig. 96. — Bras de lumiére Louis XVI.

fruits de délicatesses qu'il ne rendit, dans les pampres

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de la vigne pas de nervures et de refends qu’il n’imitat (fig. 96). Cette habileté méme a son péril. L’artiste, préoccupé d’en faire preuve, perd de vue la loi pourtout objet d’art d’offrir des surfaces de repos; trop de profusion le conduit A la maigreur, quelque bien conc¢us que soient dans leur ensemble les motifs qu’il décore. C’est lecas de la plupart des productions de ce moment; heureux quand elles ne tombent pas dans la puerilite. Sans doute, on ne saurait trop louer la conscience et la sireté de main de ces émailleurs, de ces ciseleurs et de ces orfévres, si experts a réunir sur les boitiers de montres et les tabatiéres l’'azur et les ors de nuances diverses; grace A de généreux donateurs, le Louvre en posséde une riche collection. Le gout n’est pourtant pas entiérement satisfait; quelque chose d’un peu faux et aigrelet régit ces belles matiéres si curieusement faconnées. N’en est-il pas de méme des étoffes, admirables de large opulence au temps de Louis XV, lorsque les modéles de Jean Revel et de Philippe de La Salle assuraientla supériorité des fabriques lyonnaises, maintenant de coloration éteinte sur des dessins amoindris? La coiffure des dames, tout empanachée, lutte d’exagération avec leurs ridicules paniers entourés de guirlandes; par contre, le costume des gens du monde est sec de coupe, étriqué, d’une fadeur de ton que ne rachétent pas les broderies minces, la multitude des paillettes et les boutons d’acier; quant 4 l’enfance, il semble qu’on se plaise 4 la défigurer; on peut juger dans certains portraits de l’attique de Versailles de son disgracieux accoutrement.

Les peintres ornemanistes procédeutde principessem-

blables a ceux que suivent les sculpteurs de boiseries. Tous ont un fonds commun de réminiscences antiques, les sphinx, les trépieds, les rinceaux, mais si altérées et mélangées d’une telle quantité d’attributs et de symboles en rapport exact avec la sentimentalité contemporaine qu’on ne peut leur refuser décemment un brevet d’originalité. Flambeaux d’hyménée, coeurs, arcs et carquois, groupes d’instruments de musique champétre, paniers fleuris et outils de jardinage, bref, Pattirail complet des idylles de Gesner, avec colombes, tourterelles, force rubans flottant dans les volutes d’un feuillage menu, voila les ressources ordinaires des décorateurs de la fin du xvur® siécle, Salembier et Prieur, le premier surtout. Prieur montre une meilleure compréhension des masses et se sert d’éléments moins appauvris (fig. 97). Ces emblémes sont-ils de pur caprice ou réunis en Phonneur

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Fig. 97.

Montant d’arabesque de Prieur..

de la nature et de la vie rustique? Douce manie du

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temps et d’une société bien ignorante de Pune et de

autre, puisqu’elle croyait en voir quelque image

dans les tableaux d’Hubert-Robert et les maisonnettes du Petit-Trianon. Pour nous, ces décorations témoignent une fois de plus, quoique sous des apparences un peu gréles, du sentiment d’éléegance particulier a

la race francaise; nous parlons de Vart et non des .

sottes élucubrations de la mode. Sous le régime qui va disparaitre, et dans J’ordre de la reproduction des scénes de la vie privée et de Villustration des livres

par l’estampe, Cochin fils, Moreau le jeune, Saint-

Aubin, Eisen, Gaucher, Duclos, tant d’autres qu'il serait trop long de nommer, les plus charmants dessinateurs et graveurs qui furent jamais, sont les derniers représentants de cet esprit si alerte et si délicat.

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L’art n’est que le reflet de l'état social, etcest surtout

aux artistes que pourrait s’appliquer la doctrine de Pinfluence des milieux. Cependant il s’en trouve plusieurs.

parmi eux revétus en quelque sorte du caractére de précurseurs par l’appui énergique que préta leur talent a la diffusion d'idées nouvelles. Tel nous apparait Louis David (1748-1825). Quand on se reporte a ce

qu’était la peinture dix années aprés la mort de>

Louis XV, on comprend impression saisissante que fit, au Salon de 1785, le tableau du Serment des Horaces Nous copions pour mémoire la notice du catalogue du

Louvre: « A gauche, les trois fréres, les bras étendus devant leur pére, recoivent leurs armes de ses mains. Camille, leur sceur, promise al’un des Curiaces, s’appuie avec douleur sur Sabine, femme de Painé des Horaces, et la mére des Horaces tient embrassés ses deux petitsenfants. » Devant cette composition austére etrigidement théatrale, au dessin ferme et Précis, et comme tout imprégnée encore de l’atmosphére de Rome ou David venait de l’exécuter, il se passa quelque chose de semblable a

Deffet de l’Horace du grand Corneille, et le publicne s’y

trompa pas: c’était une révolution dans Part; tandis que M. d’Angiviller, avec son flair d’homme de cour, y vit peut-€tre davantage, c’est-a-dire un Pronostic de la Révolution. On ne saurait expliquer autrement la répugnance du directeur général des batimentsa recevoir cette toile commandée au jeune académicien et acclamée comme un chef-d’ceuvre, car le misérable prétexte tiré de ses dimensions, dépassant celles des autres tableaux compris dans le méme achat, ne supporte pas l’examen,

Créée en 1391, l’Académie de Saint-Luc cessa dexister en 1776; avec elle finissaient les priviléges surannés de la maitrise parisienne. L’Académie royale de peinture et de sculpture allait la suivre de prés et tomber en méme temps que la vieille monarchie fran- Gaise, juste au moment ov David, recu académicien en 1783 sur son tableau de Bélisaire, venait d’étre nommé adjoint a professeur. Cing ans avant, il avait ouvert un atelier particulier dans lequel, fort de toute Dautorité de son talent et du succés, il combattit ce qui restait de Vécole de Boucher et Penseignement de l’Académie rlle-méme. Parson éléve et biographe M. Delécluze, on

sait que le souvenir qu’il conservait de ses premieres études n’était rien moins que respectueux. Cette compagnie renfermait cependant des hommes de mérite : dabord son maitre, Vien (1716-1809), qui, dans une certaine mesure, avait commencé le mouvement de réaction contre la facilité 4 outrance; un rival, praticien habile entre tous, Regnault (1754-1829), auteur de

V Education d’ Achille par le centaure Chiron, son mor-

ceau de réception a l’Académie, deux mois aprés David, belle toile dans laquelle passe déja un souffle de l’antique et comme une vision des peintures d’Herculanum; enfin le pauvre Greuze (1725-1805), devenu a ce moment le serviteur démodé des graces paysannes et des sensible-

ries du xvui® siécle. D’un caractére entier, ainsi que

tous les réformateurs, inébranlable en apparence dans ses convictions de chef d’école, Louis David disait cependant: « N’est pas Boucher qui veut »; a plus forte raison ne pouvait-il entiérement méconnaitre la valeur

personnelle de ces peintres dont le séparaient de moins”

graves dissidences, et de quelques autres de ses collégues sculpteurs, ses récents prédécesseurs ou ses contemporains, qui s’appelaient de noms restés fameux, Pigalle (1714-1785), Falconet (1716-1781) et Houdon (1741- 182%).

Sous un gouvernement nouveau, composé en majeure partie d’hommes nourris d’études classiques et résolus 4 rompre sans retour avec les institutions du

régime déchu, l’imitation de l’antiquité, au début simple

caprice de la mode, devenait maintenant presque une obligation civique; a leurs yeux, I’Etat républicain devait évoquer et reproduire, pour étre conséquent, les souvenirs et les formes de l’ancienne Rome. Mais, devant la marche précipitée des événements, au milieu » des conjonctures les plus terribles, des préoccupations autrement sérieuses absorbaient la Convention; d’ailleurs, le temps et l’argent manquaient pour realior un tel idéal et suivre de si grands exemples. Elle se contenta de transporter le lieu de ses séances dans le vieux chateau des rois; les sociétés populaires s’établirent dans quelques salles de couvents. On fut Romain dans les mots, dans l’éloquence, par les résolutions viriles et Pimpassibilité devant la mort; en réalité, fort peu dans les choses matérielles et durables. I fallut, pour donner satisfaction A Pengouement du jour, se rejeter sur les détails. Deux exédres de marbre blanc, renfermés maintenant dans les parterres du jardin des Tuileries, composent, que nous sachions, tout Vapport.

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monumental de la Terreur; selon la phraséologie d’alors, ils étaient destinés 4 servir de siéges aux vieillards présidant aux jeux de la jeunesse. Le reste, édifices de quelques moments, en platre et en carton, temples de l’Egalitéetde la Fraternité, autel et colonne de la féte de l’Etre supréme, ne nous est connu que par les estampes et semble méana a eae iy) “iter peu de

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ae 4rrto regrets. C’est Fic. 98. — Téte de lettre par Prud’hon. demémedans.

les publica-tions patriotiques gravées, Déclarations des droits de. Vhomme, almanachs reroludiomaeires® dans les en-tétes. de papiers administratifs, que l’on trouve la série des différents insignes et symboles de la République. Prud’hon (1758-1823), pressé par le besoin et obligé d’accepter les moindres travaux, en a dessiné bon nombre. Tout est antique ou prétend l’étre : le bonnet. de liberté, le faisceau et la hache, la couronne de chéne et de laurier des étendards et des monnaies; le niveau est emprunté a la franc-magonnerie. .

En 1790, David avait déja donné a des fabricants de meubles des indications de siéges et de lits imités.

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des vases grecs et des bas-reliefs romains. L’ébéniste Jacob Desmalter, chargé de la fourniture du mobilier de la Convention, s’adressa 4 deux jeunes architectes encore obscurs, Percier (1764-1838) et Fontaine (1762- 1853), revenus tout récemment d’Italie aprés plusieurs années consacrées a étudier les monuments de Rome. Dans cette association qui ne devait finir qu’avec la vie, le premier déployait un remarquable talent de dessinateur; le second, l’entente des affaires et la science du constructeur; tous deux, une infatigable activité. « Dés ce moment, la plume et le crayon de Percier et de son ami ne furent plus employés qu’a dessiner des étoffes, qu’a esquisser des meubles; ils travaillent pour les manufactures de tapis et de papiers peints; ils produisent des compositions pour les décorations de théatre; ils font des modéles pour les bronzes, les cristaux, Vorfévrerie; et tandis qu’ils s’exercent ainsi de toute maniére 4 introduire dans l’ameublement moderne les formes du mobilier antique, avec le sentiment etle gout qui leur sont propres, c’est a peine s’ils s’apercoivent qu’avec leur fortune qui commence, c’est une révolution qui s’accomplit par eux dans les habitudes d’une société qui ne les connait pas encore'. » Un changement si radical n’était pas, a proprement parler, l’ceuvre des deux artistes; nous en avons marqué plus haut les origines, mais ils le dirigérent et contribuérent beaucoup a lPétendre 4 plusieurs branches de l’industrie.

David, lancé dans les luttes quotidiennes de la politique, délaissait ses pinceaux; cependant, son zéle répu-

zs. Raoul Rochette, Notice sur Percier.

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blicain et sa fureur de tout romaniser faisaient revivre en lui V’artiste, et se donnaient libre cours dans l’ordonnance des fétes démocratiques et dans des tentatives de réforme du costume officiel. Sur ce dernier point, il n’obtint que peu de succés; les gravures de Monnet, d’Helman et de Duplessis-Bertaux prouvent que le plus souvent sesidées restaient & Pétat de projets. Si les éléves de Ecole de Mars portaient une tunique étriquée et le glaive romain, aux armées les généraux de la République revétaient un uniforme absolument moderne, sans aucune velléité de ce genre, et superbe d’ampleur et de désinvolture militaire, Ce n’est guére

que sous le Directoire, avec les Conseils des Anciens et

des Cing-Cents, que l’on vit des simulacres de toges et de chlamydes.

Au moment de la suppression des ordres monastiques, Assemblée constituante avait désigné le couvent des Petits-Augustins pour recevoir en dépét les monuments intéressant l’histoire et les beaux-arts. Pour les sauver d’une destruction complete, il étaiturgent de mettre un terme aux actes de vandalisme dont ils n’avaient déja que trop souffert. De courageux citoyens se dévouérent 4 une mission souvent périlleuse,.et le nom d’Alexandre Lenoir est glorieusement attaché 4 la création de ce musée que la Restauration dispersa, au grand dommage de V’art francais. Notre Musée national date également de cette époque. La Convention, reprenant l’ceuvre de l’Assemblée législative, nomma une commission chargée de rassembler les objets d’art épars dans les maisons royales. Un critique auquel revient ’honneur d’avoir le premier demandé la réu-

nion au Louvre de toutes ces richesses, La Font de Saint-Yenne, dés 1746, en pleine monarchie absolue, accusait l’incurie du personnel préposé a leur entretien. I] montrait, au Luxembourg, la galerie de Rubens se détériorant sous les rayons du soleil; au chateau: de Versailles, les tableaux du cabinet du roi entassés dans des salles obscures; le Milon et l’Androméde du Puget exposés a toutes les intempéries, et, afin d’en dissimu- ler les suites, écurés avec du gros sable. Le marquis de Marigny, directeur des batiments, puis le comte d’Angiviller, son successeur lors del’avénement de Louis XVI,

avaient bien apporté quelque tempérament a cet état de

choses et admis le public a visiter, certains jours, une partie des collections royales; mais leur installation

variait suivant le bon plaisir de la cour et n’offrait pas

toutes les garanties désirables. Enfin, conformément au décret dela Convention du 27 juillet 1793, le Museum francais s’ouvrit la méme année, les cinq premiers jours de chaque décade pour les artistes, les trois derniers pour la foule des visiteurs. .

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