‹ Les Substances antithyroidiennes de synthèseChapitre 23 sur 37 · IT. — ROLE DE L’'IODE · texte numérisé non relu

IT. — ROLE DE L’'IODE

Connaissant l'importance primordiale de l’iode au niveau de ia thyroïde, on pouvait se demander quelle serait l'influence des agents antithyroïdiens sur son métabolisme. Des travaux entrepris dans ce but ont apporté quelques précisions.

Si l’administration concomitante d’iode (sous forme d’iodure ou de di-iodothyrosine) ne peut entraver l’hyperplasie qu'entraînent les antithyroïdiens, par contre l’administration préalable n’est pas indifférente; W.-F. RIKER et W.Clarke WESCOE traitant des rats, dans un premier temps par de l’iodure puis, dans un deuxième temps, par du Thiouracil, remarquèrent un retard important dans l'apparition du goitre; c’est, qu'en effet, sous l'influence de l’iode, se produit dans l’économie une mise en réserve d’hormone thyroïdienne, de telle sorte que l’action goitrigène du Thiouracil ne se révèle qu'après l'épuisement de l’hormone emmagasinée : les faits ont d’ailleurs été observés en clinique.

On a essayé d'analyser le mécanisme par lequel les antithyroïdiens s'opposent à la synthèse de la Thyroxine. Pour ce faire, un grand nombre d’expériences ont été effectuées in vitro et in vivo qui, se complétant l’une l’autre, ont permis de mettre en évidence certains facteurs de leur action.

Après avoir examiné la transformation normale d’iode inorganique en iode organique par l'intermédiaire de la thyroïde, FRANKLIN et CHAÏKOFF, utilisant de minces fragments de tissu thyroïdien, démontrèrent que la Sulfanilamide entravait in vitro la transformation d’iode en di-iodothyrosine et thyroxine. Poussant plus loin leurs recherches, ils virent que les antithyroïdiens, à l'exception du Thiocyanate, étaient cependant, même à haute concentration, inaptes in vitro, à s’opposer à la fixation de l’iode sur le tissu thyroïdien.

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Cette affinité de l’iode pour la thyroïde constatée in vitro, malgré la présence de substances anti-thyroidiennes, ne se retrouve pas in vivo : BAUMANN, METZ- GER et MARINE, après avoir traité des rats par de la Thio-urée constatèrent dans la thyroïde la disparition rapide de l’iode sous toutes ses formes.

De plus, les auteurs injectent de l’iode radioactif à des rats soumis à un traitement par le Thiouracil ne purent retrouver dans la thyroïde de l’iode en quantité appréciable, alors que chez les rats témoins, la thyroïde contenait presque tout l’iode marqué sous forme de combinaisons organiques. .

Le Thiouracil (comme les autres substances antithyroïdiennes) est donc capable de s'opposer à la fixation de l’iode sur la thyroïde, contrairement à ce qui se passe in vitro. On doit donc admettre dans l'organe in situ l’action de nombreux facteurs (facteurs qui seraient absents dans le tissu isolé).

Cette perte de l’affinité thyroïdienne pour l’iode doit représenter l’un des effets principaux des agents antithyroïdiens.

Si l’on supprime l’administration du Thiouracil, la capacité de fixation de l’iode radioactif par la Thyroïde réapparaît et s'accroît progressivement.

L'action inhibitrice du Thiouracil sur la faculté que possède le tissu thyroïdien de fixer l’iode a été étudiée quantitativement.

Sur le poulet, cette action inhibitrice est maxima une heure après l’injection de Thiouracil, elle disparaît progressivement en plus de 24 heures; le degré d’inhibition produit est une fonction linéaire du logarithme de la dose administrée en une seule fois.

En dépit de cette extrême rapidité d’action, les modifications anatomiques thyroïdiennes ne peuvent être décelées que 5 jours après l'administration.

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Ces modifications anatomiques ne peuvent d’ailleurs être distinguées de celles que produit l’hormone thyréotrope. Un autre point commun est la possibilité pour la thyroïde, sous l'action des antithyroïdiens, comme sous l’action de l'hormone thyréotrope, de fixer, après cessation brusque du traitement, une quantité d’iode beaucoup plus grande que celle fixée par les animaux-témoins n'ayant recu ni hormone thyréotrope, ni substances antithyroïdiennes.

D'un point de vue strictement chimique, GyYoRrGY a tenté d'expliquer l’action des produits antithyroidiens.

Il pense que les composés soufrés peuvent exercer leur action par leur aptitude à retarder les oxydations. Il semble, en effet, qu’ils soient capables de s'opposer à l’action des peroxydases qui sont présentes dans le tissu thyroïdien. Ces enzymes deviendraient alors incapables de réaliser l’oxydation des iodures nécessaires à l'élaboration de la thyroxine. Mais ces faits ne sont pas démontrés avec certitude.

En résumé, de tout ce qui précède, on peut retenir que sous l’action des substances antithyroïdiennes :

A. — La synthèse de la thyroxine ne peut se faire :

1° — par suite de l’impossibilité dans laquelle se trouve la thyroïde à retenir la quantité suffisante d’iode nécessaire à son élaboration.

2° __ par suite de l’inactivation des peroxydases. (Le peu d’iode retenu dans le tissu thyroïdien ne pouvant être oxydé en vue de sa transformation en produits organiques.)

B. — L’'Hypophyse, sensible à la diminution du taux de l’hormone thyroïdienne, réagit en produisant une plus forte quantité d’hormone thyréotrope.

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C. — Sous l'influence de celle-ci, l4 thyroïde subit une activation qui se traduit par l’hyperplasie et un aspect histologique particulier.

D. — En dépit de cette disposition anatomique, la glande ne réalisant pas la synthèse de la thyroxine, fonctionne « à vide ».

Les résultats cliniques obtenus avec les substances antithyroïdiennes de synthèse

L'étude expérimentale des substances antithyroïdiennes de synthèse nous a montré l'influence très nette que ces produits exerçaient sur le M. B. des rats. Leur application thérapeutique a confirmé ces résultats, non seulement sur le M. B. mais encore sur presque tous les signes physiques, fonctionnels et humoraux de l’hyperthyroïdie.

Au cours de cette deuxième partie, nous relaterons, d’une part, très brièvement, les résultats cliniques enregistrés par les auteurs étrangers avec le Thiouracil, d'autre part, les observations et les résultats obtenus avec l’Aminothiazol par notre maître, le Professeur LEFEVRE, et le Docteur GERMAIN, médecins des Hôpitaux de Reims.

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Résultats cliniques obtenus avec le thiouracil

La littérature médicale de langue anglaise de ces dernières années contient un nombre très élevé d’observations et de commentaires sur les résultats obtenus avec le Thiouracil; de l’analyse de ces documents, il semble que les derniers rapports soient moins optimistes que les premiers : les améliorations sont toujours aussi satisfaisantes, mais le pourcentage d’accidents dus à ce produit est relativement élevé.

I. — EVOLUTION DE L’HYPERTHYROIDIE ET DES TROUBLES ASSOCIÉS SOUS L'INFLUENCE DU THIOURACIL.

COOKSON, dans la revue « The Lancet » (octobre 1945) rapporte les résultats qu’il a obtenus chez 66 malades qu’il a traités et suivis pendant 20 mois.

A. — Un premier groupe de 33 sujets, dont

32 femmes, est porteur de goitre toxique.

La plus jeune malade accuse 15 ans, la plus âgée 81 ans.

L'âge moyen est de 48 ans.

Les patientes ont un goitre nodulaire, sauf deux jeunes filles âgées respectivement de 15 et 18 ans.

Le métabolisme basal s’échelonne entre + 15 % et + 75 %, soit en moyenne 45 %.

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