II. —— ACCIDENTS ET INCIDENTS DUS AU THIOU- RACIL
Le Thiouracil, en effet, comme un grand nombre de corps chimiques, est capable de provoquer dans l'organisme des réactions fâcheuses dans leur aspect et leur intensité.
Sur les soixante-six sujets qu’il a traités, J. Cook- SON note :
— 6 cas de myxædème apparaissant quelques jours
après le retour du M. B. à une valeur normale,
— 3 cas de céphalée,
— 3 cas de fièvre avec malaises et douleurs dans
les membres,
— 1 cas de douleurs abdominales violentes avec
diarrhé et vomissements,
LHIRAg
— 1 cas de sensibilisation au produit : 0,20 gr. de Thiouracil provoque une sévère réaction fébrile,
— 3 cas d’urticaire et de nash morbilliforme,
— 3 cas de nausées et vomissements,
— 3 cas d’arthralgie s’accompagnant de raideur de la nuque,
— 1 cas de torpeur, avec surdité et céphalée.
Toutes ces réactions sont relativement bénignes, mais il n’en est pas toujours ainsi :
En effet, le Thiouracil est comme les sels d’or; comme certains composés sulfamidés, responsable de modifications profondes de la formule sanguine, modifications portant sur les leucocytes et allant de la simple leucopénie transitoire à l’agranulocytose mortelle.
WINKLE, HARDY et HAZEL, dans le « Journal of the American Medical Association » (9 février 1946), ont établi une statistique portant sur 5.745 thyréotoxicoses traités par le Thiouracil.
D’après ces auteurs, on observe des accidents dans 13 % des cas, dont les plus fréquents avec l’agranulocytose et la leucopénie, sont les réactions thermiques et cutanées.
Moins souvent apparaissent du purpura, de l’ictère, de l’anémie.
Les auteurs fournissent les précisions suivantes :
La leucopénie simple s’observe dans 4,4 % des cas de préférence au début du traitement.
Les réactions cutanées peuvent être notées dans 3,3 % des cas. Extrêmement polymorphes, elles se traduisent fréquemment par de l’urticaire, plus rarement par des éruptions du type morbilliforme ou du type de l’érythème noueux. Ces réactions cutanées sont, de tous les accidents, parmi les moins graves.
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La fièvre, apparaît dans 2,7 % des cas. Elle n’est pas en rapport avec la dose administrée et il semble qu’elle soit d'autant plus élevée qu’elle est précoce.
L’agranulocytose s'observe dans 2,5 % des cas et représente l'accident le plus grave. Dans 80 % des cas, elle est apparue à la douzième semaine et il semble qu’elle ne soit pas en rapport avec la dose absorbée.
La prévention de cet accident consiste en l’administration d'extraits de foie de veau protéolysés.
Le traitement de l’agranulocytose déclarée consiste à administrer des doses massives de Pénicilline (500.000 U. O. par jour) associée à des ingestions ou à des injections de 150 mg. de Pyridoxine (ce produit est la vitamine B5; il consitue le corps actif contenu dans l’extrait de foie).
D’autres statistiques portant sur un nombre plus faible d’observatiëns fournissent des chiffres sensiblement identiques. La Revue « The Lancet » du 30 juin . 1945 donne les résultats suivants : de 10 à 16 % d’accidents, dont 1 % dus à l’agranulocytose.
E.-B. ASTWOOD, dans le « Journal of the American Medical Association » de janvier 1946, donne les mêmes résultats et précise qu’on observe, en moyenne, un cas mortel sur 1.000.
L’un de ces cas a été rapporté par A. TRASOFF, M.-G. WoxL et S.-S. MINTZ, dans le numéro de janvier 1946 de l’ « American Journal of the Medical Sciences ».
OBSERVATION DE A. TRasorr, M.-G. WoHL, S.-S. MInTz
Au « Mont Sinaï Hospital » (Philadelphie) dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944, était admis dans un état semi-comateux H.. S.., âgé de trente-quatre ans,
Deux jours avant son admission, s'étaient déclarées une angine,
de la céphalée, avec fièvre, La veille de son entrée à l'hôpital, son
fee Une
état s'étant aggravé, un praticien appelé auprès de lui avait, devant l'intensité des signes pharyngés, devant la température
élevée, prescrit 30 gr. de sulfathiazole.
A son entréé à l'hôpital,. EH. S.…, la face. vultueuse, fortement dyspnéique, était-dans un état semi-comateux. Le thermomètre accusait une température de 40°5, le pouls battait à 150, on notait 44 inspirations par minute, Le pharynx était fortement congestionné et couvert, en de nombreux points, d’exsudats glaireux. Une légère raideur de la nuque pouvait être notée; la recherche du signe de Kernig était positive, La thyroïde était hypertrophiée.
Malgré la forte tachycardie, on pouvait entendre un souffle systolique de la pointe. h
Le signe de Babinski était bilatéral,
Il n’y avait pas d'autres faits pathologiques à signaler : pas d'adénopathie cervicale, rien aux poumons, abdomen uormal.
Devant ce tableau clinique, on porta provisoirement le diagnostie de méningite cérébro-spinale à méningocoques, compliquée d'une crise d'hyperthyroïdie.
Une ponction lombaire montrait un liquide céphalo-rachidien parfaitement clair, hypertendu (26 cm. d’eau), contenant 27 élé ments par mm3 où prédominaient les neutrophiles.
Bien que l’aspect macroscopique du liquide C. KR. ne confirmât pas l'hypothèse d'une méningite à méningocoques, on administra au malade, dans les vingt-quatre heures, 300.000 U. ©. de pénicilline par voie endo-veineuse.
Dans la première heure, une numération globulaire indiquait 200 leucocytes par mms8,.