‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 100 sur 111 · VOYAGES ET AVENTURES DK J. MASSÉ · texte numérisé non relu

VOYAGES ET AVENTURES DK J. MASSÉ

habits. Massé et son compagnon La Forêt se trouvent donc, lorsqu'ils reprennent pied sur terre, dans la plus embarrassante des situations. Par bonheur, ils aperçoivent bientôt quelques bergers, et vont à leur rencontre. Ces hommes leur font le meilleur accueil, et tout d'abord donnent à chacun d'eux pour s'en revêtir une grande robe à laquelle est attaché un bonnet en forme de capuchon. Puis ils les emmènent dans leur village.

Jacques Massé et La Forêt vécurent environ cinq années dans ce pays, obligeamment pourvus de tout ce dont ils avaient besoin. Ils avaient rapidement appris la langue, assez simple et facile, que parlait le peuple. Ils s'ingéniaient à se rendre utiles à leurs hôtes; La Forêt, en leur construisant des horloges, invention qui leur était inconnue, Massé, en les instruisant des sciences et des commodités de la civilisation européenne. Massé poussa même les choses plus loin. Dans de fréquents entretiens qu'il avait avec le Juge et le Prêtre du canton oià il se trouvait, et même avec le roi Bustrol, « il leur raconta entre autres les récits de la Bible » et « parcourut l'histoire de la création, du déluge, des patriarches, de Moïse, des Prophéties par rapport au Messie, de la venue du Fils de Dieu et de quelle manière il nous avoit rachetez de la punition que nous avions méritée en la personne du premier homme, notre père, et il leur fit voir la nécessité de la prière » ; et ensuite il leur parla de la résurrection des morts. Mais le Prêtre repartit « que cette création était une pure allégorie, assez grossière et fabriquée par un auteur assez ignorant de la nature des choses; que l'idée d'un Dieu qui travaille et se repose ne peut être digérée que par des peuples ignorants » ; et quant à la résuiTection des morts, il ne voulut admettre que Dieu pût y songer : « Pourquoi, disoit-il, ressusciter après cette vie? Quelle nécessité y avoit-il d'exterminer le genre humain, pour le faire revivre dans la suite? Si Christ étoit Dieu, ne pouvoit-il pas exempter l'homme de cette mort-là, aussi bien que de l'autre? Et puis, de quoy subsister, si nous étions tous vivants? Il n'y en auroit pas assez pour un déjeuner dans tout le pays. Et pour ce qui est de prier Dieu, cela est absolument inutile; outre que ce seroit comme lui vouloir faire violence; car étant immuable de sa nature, il est évident qu'il ne sauroit souffrir aucune ombre de changement. »

Le Juge du canton fit également connoître à Massé ses sentiments religieux : « Pour ce qui me touche en particulier — car il est impossible que ma confession soit générale, puisqu'il n'y a peut-être pas moins d'hommes que d'opinions — je crois une substance incréée, un esprit universel, souverainement sage et parfaitement bon et juste, un Etre indépendant et immuable, qui a fait le ciel et la terre et toutes les choses qui y sont; qui les entretient, qui les gouverne, qui les anime; mais d'une manière si cachée et si proportionnée à mon néant, que je n'en ai qu'une idée très-imparfaite. Cependant voyant la nécessité de son existence et la dépendance où nous sommes à son égard, nous croyons être dans une obligation indispensable de lui rendre nos hommages et nos adorations, de ne parler de lui qu'avec respect et de n'y penser même qu'en tremblant, ce qui fait la principale partie de notre culte. L'autre est de lui rendre continuellement nos actions de grâces pour les biens qu'il nous a faits,

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