VOYAGES ET AVENTURES DE J. MASSÉ
auxquelles il avait interdit une certaine espèce de fleurs. Quelques-unes cependant désobéirent. Le roi, courroucé, voua à l'extermination toutes les abeilles; mais bientôt il se repentit d'une si rigoureuse sentence et chercha quelque expédient qui lui permit d'épargner tant de condamnées, sans se donner à soi-même le démenti. Son propre fils, son fils unique, s'offrit alors pour médiateur. Celui-ci se métamorphosa en abeille, et voulut supporter lui-même toutes les peines que ces bestioles avaient à endurer. Mais elle se moquèrent de lui, le maltraitèrent, le piquèrent si cruellement qu'il en mourut. Il revint alors auprès du roi son père, et se mit à intercéder pour ces malheureuses. 11 n'a pas cessé de le faire, et non sans succès. Le roi consent à avoir pitié de quelques-unes des abeilles, pourvu quelles s'attachent entièrement à son fils. Mais celles qui ne veulent pas croire sur ce point ce que leur enseignent certains frelons, ces frelons les menacent de punitions épouvantables qu'elles subiront après leur mort. Les abeilles, qui suivent un avis si salutaire, et qui donnent aux frelons le meilleur de leur miel, iront tout droit dans le palais du roi remplir sa grande salle d'audience d'une musique qui lui est éminemment agréable, tandis que le bourdonnement des incrédules sera relégué sous une voûte humide, où, transi par le froid, il deviendra le bruit le plus pénible, révélateur d'une infinité de souffrances endurées.
Telle est la « Fable des Abeilles » dont l'ironique allégorie n'est que peu difficile à pénétrer.
Après plusieurs années d'esclavage, Jacques Massé recouvre sa liberté, grâce au consul anglais. M, Elliot, qui se trouve être un ami de Jean Massé, frère de Jacques, marchand de soie à Londres. Et c'est ainsi que finissent les voyages et aventures du personnage imaginé par Tyssot de Patot.