Archives de Genève, 173, mercredi 2 juillet
famille, faisoit lire la parolle de Dieu, chanter des pseaumes et faire faire journellement ses prières à ses escholiers et que luy qui dépose a prié Dieu quelques fois avec eux.
Sur ses interrogats généraulx a respondu pertinement et a adjoulté avoir esté apellé cy devant par messieurs les Pasteurs Sartoris, L'Èsmillière et Martine dans le lieu de la Bibliothèque, y a environ trois sepmaines qu'ils luy firent les mesmes interrogats qui luy ont esté présentement faits par nous et luy dirent qu'il promettoit devant Dieu de leur dire la vérité et qu'ils estoyent députez par la Vénérable compajjnie pour cela, et qu'au mesme temps fust aussi apellé le sieur Kaymondon et ouy par ces messieurs et autre, a dict ne sçavoir. Répété a persévéré et signé.
Nicolas de Bary.
Item, François, fils de feu François Bouvard, habitant de Genève, compagnon imprimeur travaillant chez M. de Tournes, aagé de trentedeux ans, après avoir preste serment de dire vérité, interrogé sur le mémoire de la vénérable compagnie a dict et desposé cognoistre le sieur Fougni pour l'avoir veu chez le sieur La Pierre où luy qui dépose travailloit pour lors et où le dict Fougny fist imprimer une grammaire. Parlant ensemble il dict qu'il n'y avoit pas tant de mal en l'Eglise Romaine comme l'on disoit, que l'on chantoit des pseaumes pénitentiaux et d'autres bonnes choses; ce qui fut dict sans chaleur ni empreissement dudict et tant seulement par manière de discours et qu'alors ils leurent ensemble et ne luy a point ouy tenir de mauvais discours contre nostre religion.
Item, a dict qu'estant allé souvent chez ledict Fougni pour prendre les copies, qu'il n'a jamais rien veu ni ouy que d'honnesle et qu'il vivoit fort bien avec sa femme, que mesme il disoit à luy qui dépose qu'il estoit bien heureux d'avoir rencontré une telle femme qui n'avoit véritablement pas des moyens mais qu'il vivoit bien en paix avec elle et que s'il en heust que une méchante il n'auroit pas peu subsister ici avec.
Sur les interrogats généraux a respondu pertinemment. Bien a dict qu'il y a environ un mois que M. Sartoris l'envoya quérir et luy demanda s'il avoit pas ouy parler à Fougni contre Testât et la religion, et qu'il devoit dire en conscience ce qu'il en sçavoit, auquel luy déposant raconta ce quedesja et ayant esté interrogné sur quelque autre fait il luy dict, en conscience, n'en rien sçavoir et autre n'a dict répété, a persévéré et signé.
François Bouvard.
Du 3 juillet 1G73.
Item, sieur Abraham, fils de feu Gabriel Ramondon de Bordeaux, peintre, habitant ceste cité, aagé de cinquante ans, après avoir preste serment de dire vérité a dict et déposé sur les interrogats qui lui ont esté faits, cognoistre le sieur du Fougni seulement pour avoir iceluy esté conduict et dans la maison de luy qui dépose par le sieur de Barri, maître orlogeur, pour luy faire quelque graveure dont ils ne demeurèrent pas
d'accord parce qu'il ne voulut point s'embarrasser avec luy ne l'ayant point veu ailleurs.
Item, a dict que sa première entreveue qui fust l'hyver passé comme il desjunoit en la chambre du déposant, ils s'entretinrent de quelques discours concernant les Holandois et en suitte ledict de Fousigni (sic) dict que ceux de Genève ne pouvoyent pas s'éviter de recevoir l'Evesque, que le Roy le vouloit et sur ce que le déposant dict qu'il n'y avoit pas aparances pour ce que si le Roy vouloit establir un François, le Duc de Savoye ne le soufîriroit pas et que si c'estoit un Savoyard, il seroit créature du duc et le Roy ne le voudroit pas, oultre que les Suisses s'y opposeroyent, alors ledict Foygni respondict à luy qui dépose : « Avezvous esté en Suisse ? Ce sont les plus g'rands poltrons du monde. Si le Roy venoit avec dix mille hommes sur les frontières, personne ne luy feroit leste, néantmoins le Roy nous laisseroit dans la liberté de conscience.
Item, a dict avoir esté quelques jours après faire plainte au sieur Uebarri de tout ce que dessus sans en avoir obmis aucune circonstance, lequel luy répondict qu'il avoit bien aussi remarqué que cest homme éstoit mal intentionné et autre, a dict ne sçavoir et sur les interrogats généraux a respondu pertinemment sauf qu'il a desclaré avoir dict ce que dessus à messieurs les professeurs Turretin et Sartoris dans leurs logis où il estoit allé les visiter, et que il y a environ un mois que M. Turretin l'apella en sa maison et luy demanda s'il ne se souvenoit pas de ce qu'il leur avoit dict ci-devaiit du sieur Fougni et le luy fict encore réciter et que quelques jours après M. Sartoris le fist apeler à la bibliothèque et luy dict les mesmes choses en présence de M. de l'Esmilière et de M. Martine. Répété a persévéré et signé.
A. Ramondon*.
Foigny, appelé à s'expliquer devant les Syndics de Genève- le 11 Juillet 1673, est catégorique : il se refuse à reconnaître ce dont on l'incrimine et requiert la communication des noms et surnoms des témoins à seule fin d'être confronté avec eux. Cette crânerie convainct des juges bien disposés. Tout en le déchargeant des accusations portées contre lui, le Conseil ne se résout pas encore à le choisir pour chantre du Temple de Saint-Pierre'.
EnGn quatre mois après, le 7 novembre, la décision intervient : le sieur Pètre est désigné par la Vénérable Compagnie sous la condition suspensive de se rendre capable dans un délai d'un an d'enseigner la musique au collège où il demeurera*. L'élection est signifiée à Messieurs de Genève par le Modérateur primat et président.
i. Archives de Genève. Procès criminel, 4260.