‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 49 sur 111 · Consistoire de Genève, n" 65, à la date · texte numérisé non relu

Consistoire de Genève, n" 65, à la date

LA VIE DE GABRIEL DIÎ FOIGNY 53

Berlie et s'appuie sur la déclaration de cette dernière faite devant le notaire Mauris. Malgré ce témoignage, en apparence décisif, les membres du Consistoire l'adjurent d'avouer la vérité, car cette rétractation leur parait suspecte. Foigny persiste, mais lorsqu'il entend la sentence laissant le jugement à Dieu et l'obligeant à congédier ladite fille, il se trahit en demandant qu'il puisse continuer à s'en servir pour éviter un plus grand mal, dans l'appréhension où il est que le désespoir de Jeanne Berlie lui fasse faire quelque faux pas. Une pareille mansuétude vis-à-vis d'une femme qui a tenté de le deshonorer éclaire le Consistoire : non seulement il refuse d'autoriser Jeanne Berlie à demeurer dans la maison de Foigny, mais il devra la congédier sans aucun délai.

Le jeudi 24 apvril 1684, A comparu Sieur Gabriel Fouenix de Foueny en Champagne, habitant appelé, accusé d'avoir commis paillardise avec sa servante, ce qu'il a formellement nyé, et en elfect il se trouva par l'acte qu'il produit, reçeu par maistre Mauris, chastelain et notaire ducal à Bernay, de la déclaration faitte par devant luy en présence de tesmoins, par Jeanne Berlie, servante sus ditte qu'il est innocent de ceste accusation, ayant chargé un Matthieu Migard de Versoix de l'enfant dont elle se trouve enceinte, déclarant l'avoir accusé luy, par la persuasion et sollicitation du sieur Morell et des siens. Sommé d'advouer la vérité si ladilte Berlie n'est pas enceinte de son fait ou s'il n'a pas eu sa compagnie, d'autant qu'on n'a aucun esgard à la susditte déclaration faitte par laditte Berlie par devant ledit Mauris, notaire, lequel a persisté en sa négative. Advisé d'en laisser le jugement à Dieu et à sa conscience, avec exhortation à une bonne conduitte et vie chrestienne et à congédier laditte fille et à ne la souffrir chez luy, a suplié de luy vouloir permettre qu'il puisse continuer de s'en servir pour éviter un plus grand mal, dans l'appréhension où il est que le désespoir, pour ne sçavoir où se retirer, ne luy face faire quelque faux pas. Advisé qu'on ne peut luy accorder sa demande, au contraire on luy deffend de plus fort de la souffrir chez luy et de s'en servir ains la congédier sans aucun délay*.

La Berlie accouche à Bernay et fait baptiser son enfant par un prêtre catholique après s'être elle-même convertie. Foigny est soupçonné d'avoir été l'instigateur de cette abjuration et le Consistoire doute si notre libertin, lui aussi, n'est pas revenu à la religion romaine. La conclusion des pasteurs c'est que Foigny est un homme de néant, qu'il est bien le père de l'enfant de Jeanne Berlie, celle-ci s'étant retirée chez lui à Bernay, et qu'il ne reste

Page 1