Registre du Consistoire de Genève, n" 65 à la date
qu'à l'expulser de Genève. Bénédict Calendrin conflrme, d'après le sieur Morell, l'accouchement de Jeanne Berlie, son baptême à la messe, etc. Le Consistoire le charge alors, de concert avec « l'Ancien de son quartier », de s'informer plus exactement de la vérité des faits.
Le mardy 13 may 1684, A esté représenté que la servante du sieur Fouenix estoit accouchée à Bernay et son enfant esté baptizé à la messe et qu'elle a aussi chanf,''é de religion et ledit Fouenix soupçonné de commettre la mesme faute et qu'on ne doibt douter qu'il ne soit véritablement le père dudit enfant, en sorte que c'est un personnage de néant et dont la conduitte est fort suspecte, lequel ne debvroit estre souffert en ceste ville. Advisé de s'informer plus outre de la vérité de ce fait par monsieur le pasteur du quartier et rapporter ensuitte^
(Même jour).
A esté représenté par monsieur le pasteur Calandrin qu'il avait appris du sieur Morell qu'il estoit bien véritable que la servante du sieur Fournix estoit accouchée à Bernay chez le sieur Mauris, chastelain et notaire du lieu, et baptizé à la messe et que le soupçon est grand que cest enfant appartient bien audit Fouenix puisque ceste fille s'estoit retirée chez luy audit Bernay, mais que le curé du lieu ne l'a voulu souffrir, Advisé^ que mess, les pasteur et ancien du quartier s'informent plus exactement de la vérité des dits faits ^,
Le 27 mai, soit quinze jours après, le pasteur Calendrin apporte le résultat de ses investigations : les « faits » déjà connus sont pleinement confirmés, avec cette aggravation que c'est Foigny qui a conduit Jeanne Berlie chez le sieur Mauris oîi elle se serait révoltée (?) Ces renseignements sont dus au sieur Régis et à sa femme qui ont du bien à Bernay. Ils ont ajouté que Foigny était soupçonné d'être retourné à l'Eglise romaine, car il vendait ses elîets pour quitter Bernay, Le Consistoire charge MM, Tronchin et Sarrazin, pasteurs, de parler à Foigny pour connaître ses véritables intentions.
Lejeudy 29 may 4684, A esté représenté par monsieur le pasteur Calandrin que suivant, sa commission il se seroit informé du sieur Morell concernant la servante du sieur Fouenixde laquelle a estérapportéqu'elleavoitaccouchéau village de
1. Consistoire de Genève, 65, à la date. Plainte contre la servante du sieur Fouenix et contre lui-même.
2. Registre du Consistoire de Genève, 65 à la date. Plainte contre le sieur Fouenix et sa servante.
LA VIE Dl-: GABRIEL DE FOIGNY 55
Bernay, chez le nommé Mauris, ciuial audilBernay, lequela esté baplizéàla messe et que ledit Fouenix l'auroit luy-mesme conduille en la maison dudit Mauris, et que laditte servante s'y seroit révoltée et que c'estoit le sieur Réi^is et sa femme qui ont du bien audit Bernay, où sont fort souvent, qui ont fait ledit rapport comme l'ayant veue eux-mesmes, estant en outre fort soupçonné que ledit Fouenix a dessein de retourner dans l'Eglise romaine puisqu'il vend ses elFects pour se retirer, Advisé de prier messieurs Tronchin et Sarrazin, pasteurs de parler audit Fouenix pour pouvoir découvrir la vérité de son dessein et rapporter*.
MM. Tronchin et Sarrazin vont voir Foigny; il leur déclare nettement qu'il entend redevenir catholique ainsi que ses enfants. II a gardé sa servante et l'a envoyée au village de Bernay où il la retient contre sa volonté. D'ailleurs les mauvais traitements et les persécutions dont l'accablent ces créanciers le mettent dans l'impossibilité de subsister, et, dans ses conditions, il se retirera avec sa famille dans un lieu où il sera à l'abri de leurs poursuites. Le Consistoire, un peu désarçonné par la franchise de Foigny, décide de saisir le Conseil de Genève de la question et de faire parler aux parens et parrains des enfants de Foigny, afin qu'ils les maintiennent dans l'Eglise réformée.
Le jeudi 5 juin 1684, A esté représenté par messieurs Tronchin et Sarrazin, pasteurs, qu'ensuite de leur commission ils avoyent parlé au sieur Fouenix sur le rapport fait céans jeudi dernier, qu'il estoit en volonté de retourner à faire profession de la religion Romaine et à y attirer ses enfans, ayant gardé sa servante contre la promesse par luy faitte céans, laquelle il a envoyé dans sa maison au village de Bernay où il la tient et laquelle s'y est révoltée. Ledit sieur Fouenix leur aurait advoué que laditte servante estoit véritablement chez luy audit Bernay et pour ce qui le concerne en particulier, il leur a déclaré qu'il seroit obligé de cercher son repos et se retirer en un lieu où il peust y estre, attendu le mauvais traittement et persécution que luy font ses créanciers, estant réduit dans un estât qu'il luy est impossible de pouvoir subsister en ceste ville. Sur quoy a esté l'eprésenté qu'il prétend de sortir aussi ses enfants et les emmener avec luy. Advisé d'en faire renvoy à Nosseigneurs et parler aux parens et parrains desdits enfans pour en prendre soin et veiller sur eux^.
Le pasteur Dufour représente le 12 juin au Consistoire qu'il a réussi à mettre la main sur trois des enfants de Foigny amenés chez lui par un sieur Perrin, leur père ayant quitté Genève. Est-ce exact?
1. Registre du Consistoire de Genève, 65 à la date. Plainte contre le sieur Fouenix.
2. Registre du Consistoire, 65, à la date. Renvoi contre le sieur Fouenix.
C'est plus que douteux; nous verrons plus loin que Foig-ny était toujours à Genève. Nous sommes probablement en présence d'une manœuvre dont le but se résume en un mot : empêcher le retour des enfants de Foigny ù l'Eglise romaine. On remarquera d'ailleurs combien le texte du procès-verbal de la séance du Consistoire est obscur, presque incompréhensible.
Le jeudi 12 juin 1684, A esté représenté par Monsieur le pasteur Dufour qu'on lui auroit amené trois des enfans du sieur Fouenix, lequel s'est retiré de la ville les ayant abandonnés pour ne lavoir voulu suivre, clans Tappréhension qu'il ne les fîst révolter avec luy, afin de pourvoir à leur subsistance et sécurité, lesquels il auroit par provision recommandés au nommé Perrin officier, leur voisin, qui les luy avoit amenés, et prié d'en prendre soin, qu'on le conlenteroit et salisferoit de tous les soins qu'il supporleroit pour cela. Advisé d'en donner advis à Monsieur le premier syndic et à messieurs de la Bourse Françoise et à leurs parrains et parens*.
Mais personne ne veut s'occuper des enfants de Foigny retrouvés par le pasteur Dufour. Les parens et le sieur Perrin s'y refusent malgré les démarches du pasteur Pinaud : aussi le Consistoire décide qu'on avertira le Procureur général, afin qu'il leur nomme un curateur en attendant que la Bourse française se charge des dits enfants.
Le jeudi 19 juin 1684, A esté représenté par monsieur le pasteur Pinaud qu'il auroit suivant sa commission parlé aux parens des enfans de Fouenix et à Perrin l'oflîcier qui s'en estoit chargé provisionellement, afin que ledit Perrin et leurs parens prissent soin des dits enfans et pourveussent à leurs nécessitez et seureté, d'autant que ledit Fouenix, qui s'est retiré de la ville avec l'aisné desdits enfans pour retourner à la papauté estoit en volonté de les demander pour les perdre avec luy, mais que les dits Perrin et leurs parens font ditricultéde s'en charger et que la Bourse françoise de mesnie, pour y avoir du bien de leur père et mère suffisamment pour leur entretien. Advisé de prier monsieur le procureur général de faire eslablir un Curateur auxdils enfants et messieurs de la Bourse françoise priés d'en prendre soin et faire agir ledit curateur pour pourvoir à leurs nécessitez et seureté'.
Foigny, de son côté, ayant saisi l'Evêque de son projet de quitter Genève, celui-ci en fait part au résident de France, Roland Dupré;
1. Registre du Consistoire, 63, à la date. Enfans du sieur Fouenix.
2. Registre du Consistoire, 65, à la date. Enfans du sieur Foigny.
LA VI i<: bK gabrikL ùe p'oigmy 57
notre libertin lui-même écrit à ce dernier, c'est ce que nous apprend la lettre suivante de Croissy à Dupré :
Versailles, 15 juillet 1684, J'ai receu votre lettre du 22" du mois de juin dernier* avec celles qui nous ont esté escrites par le promoteur de l'évêché de Genève et par le sieur de Foigny, j'en ai rendu compte au Hoy, et Sa Majesté m'a ordonné de vous escrire que vous rendiés audit sieur de Foig'ny toutes les assistances dont il pourra avoir besoing auprès des magistrats de Genève, sans cependant compromettre son authorité. Je suis, etc^.
D'accord avec l'Evêque de Genève et Dupré, Foigny présente au Conseil de Genève une requête et un mémoire dans lesquels ils réclame ses quatre enfants^ qu'il présume être à Genève, et demande à retirer ses livres et ses meubles et à vendre sa maison, réservant bien entendu, le droit de ses créanciers. Le Conseil donne son autorisation.
Du lundi 29 septembre 1684,
Sieur Gabriel de Foigny. Veuë sa requeste et mémoire pour retirer à soy quatre enfans qu'il présume eslre dans la ville et ses livres et meubles avec la permission de vendre sa maison. Arresté qu'on permet à ses enfans, s'ils sont ici, de se retirer vers leur dit père s'ils le veulent et de retirer ses effets si aucuns y a sans préjudice du droit des créanciers d'iceluy, comme aussi de vendre sa maison ce que Monsieur le premier syndic déclarera à celuy qui viendra demander la responce *.
Malgré l'autorisation, la chose ne va pas toute seule. Foigny ne peut obtenir ses enfants, ni retirer ses effets, il en appelle au Résident de France qui interroge le Conseil. On délègue les conseillers Gallatin et Pictet^ qui confirment à Dupré la décision du 29 septembre en précisant que si Foigny indique où sont ses enfants, on les lui fera rendre. Remarquons, sans insister, que MM. de Genève et le Consistoire savaient bien où étaient trois des enfants de Foigny!
Du samedi 4 octobre 1684,
Résident, Gabriel de Foigny. Le secrétaire de Monsieur Dupré, Résident de France en cette ville, ayant demandé quelque conseiller de sa part, luy ont esté envoyés les nobles Gallatin et Pictet le jeune, anciens