‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 6 sur 111 · GENEVE · texte numérisé non relu

GENEVE

Avant de raconter l'existence menée par Foigny pendant son séjour en Suisse (1666-1684) il nous paraît intéressant de mettre sous les yeux du lecteur un aperçu des institutions religieuses et politiques de Genève qui ont eu à s'occuper de lui.

Reconnaissons-le tout d'abord loyalement Genève n'était plus, on le verra par la vie de Foigny, dans la seconde moitié du xvii"' siècle, la cité idéale de Calvin; les détails qui suivent, en donnant une idée suffisante de la tolérance qui y régnait durant les dernières années du grand» Réformateur » et au lendemain de sa mort, permettront d'apprécier la différence des deux époques :

« Dans l'espace de cinq ans, de 1560 à 1566, il est prononcé à Genève soixante condamnations capitales, pour crimes divers et souvent horribles mais aussi pour de simples larcins, pour sorcellerie et pour adultère. Des escholiers sont pendus et étranglés pour avoir volé de la soie, des boutons dorés et quelques écus, afin de s'équiper pour prendre part à la guerre. Douze sorciers furent brûlés vifs en 1562. Une femme est noyée dans le Rhône pour avoir commis plusieurs fois l'adultère et un marchand banquier, Le Neveu, bourgeois de Genève, coupable du môme crime, loue le jugement qui le punit de mort, Ilest vrai qu'il ne servait guère de protester ou de faire appel : Henri Philippe en 1560 avait été condamné au fouet public pour le même motif; il adressa un l'ecours en grâce au Grand Conseil, qui trouvant la peine trop légère prononça une condamnation capitale, parce qu'il avait conservé depuis quinze ans une « figure empreinte sur verre, qu'il appeloit un diable famillier, par le moyen duquel il s'esloit vanté de sçavoir les infîdélitez que sa femme entréprendroit de lui faire. »

« L'intempérance de langage, les blasphèmes, la moindre attaque contre les « spectables ministres » ou contre les « magnifiques seigneurs » des Conseils étaient punis avec la dernière rigueur. Une déséquilibrée, Marie Ringard, ayant dit à Calvin qu'il était son mari, est bannie de la ville après avoir assisté au châtiaient d'une de ses compagnes, Marguerite Guamerey, qui subit la peine du fouet pour avoir déclaré être la « femme environnée du soleil et des douze étoiles dont il est fait mention en l'A-

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