XVI GENÈVE
pocalypse ». Jacques Ghapellaz.a sur ses confessions d'avoir maugréé Dieu en chemin et dit qu'il avait mangé le diable et ne pouvait avaler ses cornes d'autant que déjà par ci-devant a été châtié pour tel maugrénient et ne s'est amendé», est condamné à avoir la langue coupée. Ayant prétendu à la suite d'une élection, que la majorité avait été obtenue par supercherie, Claude Ghevrens tombe aussi sous le coup d'une sentence déclarant que ces propos séditieux impliquent le crime de lèse-majesté et qu'il a mérité la mort, mais qu'en raison de sa grande jeunesse il est seulement condamné à crier merci, les genoux en terre et la corde au cou, avec une torche ardente à la main. Quelques jours après l'emprisonnement de Spifame et de Servin, un ancien syndic, Jean Porral, chez lequel ce dernier avait logé, eut la tête tranchée, par ordre des Conseils, pour avoir fait circuler un libelle accusant certains membres des assemblées de s'être enrichis aux dépens du peuple. Le malheureux laissait sept enfants et une femme enceinte qui fut réduite à la charité publique*, »
L'atmosphère était moins lourde à respirer à Genève de 1666 à 1684, cependant, au point de vue religieux, la sévérité, une sévérité mitigée, y régnait encore. Grégorio Leti, dans son Histoire de Genève (1685) observe avecétonnement, et présente comme un fait extraordinaire, que le célèbre érudit Ezéchiel Spanheim, se trouvant à Genève un dimanche, n'assiste pas au service du matin et néglige la prédication du soir; il ne s'explique pas une conduite aussi contraire aux usages reçus. Il faut dire que les ordonnances de 1609 et 1617 n'avaient pas été abrogées, elles enjoignaient à tout individu d'assister régulièrement aux sermons et surtout à ceux du dimanche et du jeudi, les boutiques devaient être exactement fermées pendant le service divin et il était défendu aux aubergistes et cabaretiers de donner à manger et h boire aux étrangers pendant les heures de sermon sous peine de soixante sous d'amende. Il valait mieux frapper à la poche qu'à la tête!
Les habitants de Genève étaient divisés en trois catégories :
Les Citoyens, nés de citoyens et baptisés dans la ville. Seuls ils pouvaient faire partie du Conseil Etroit.
Les Bourgeois (étrangers reçus bourgeois) étaient membres du Conseil Général et même éligibles au Conseil des Deux-Cents.
Les Etrangers admis à résidence n'avaient aucun droit politique. Ce sont les enfants de ces étrangers qui formèrent, plus tard, la classe nom-
i. Extrait de Tarticle : Le Procès de Spi famé (i 566). Revue de Paris, t. IV, juilletaoût 1911, par le comte Servin.
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breuse des natifs. Les professions libérales leur étaient interdites, ils ne pouvaient pas non plus figurer comme chefs à la tête d'une entreprise industrielle ou d'une maison de commerce.
Genève n'avait donc pas de noblesse, mais une espèce d'aristocratie, composée d'anciennes familles riches et des hommes les plus éminents du refuge, s'y était formée. C'est elle qui, en réalité, détenait le pouvoir.