‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 60 sur 111 · DU VOYAGE DE MONSIEUR SADEUR AU ROYAUME DU CONGO · texte numérisé non relu

DU VOYAGE DE MONSIEUR SADEUR AU ROYAUME DU CONGO

II est bien vray de dire que c'est à l'homme de proposer, et qu'il n'appartient qu'à Dieu de disposer. Je croyois qu'allant par terre j'éviterois les clang-ers de la mer, et la mer, s'il faut ainsi dire, me vint trouver sur la terre, et me réduisit à tous les malheurs que je m'elForçois de fuir. Les Pyrates ne furent pas long'temps en pleine mer, qu'elle s'enfla terriblement et devint si orageuse que les Maîtres-pilotes désespérèrent de pouvoir échapper. Le mât de notre vaisseau ne tarda point à cire brisé, le g-ouvernail se fendit et le navire faisoit eau de toute part. Nous demeurâmes près de vingt-quatre heures houlleversez à la mercy des vagues, tirant jour et nuit à six grandes pompes jusqu'à ce qu'estant accablez du travail, l'eau gagna enfin le dessus et coula le navire à fond. Je me trouvay, par je ne sçais quelle rencontre, proche de la porte de la chambre du Capitaine qui se souleva et commença à flotter. Gomme je périssois, je m'y attachay plutôt par un effort* naturel que par aucun raisonnement ou par quelque conduite. Je ne puis dire le temps que je restay de la sorte parce que j'étois troublé et sans aucun jugement. Seulement, diray-je, que je fus apperceu, à la faveur de la Lune, d'un vaisseau qui voguoit vers le Sud, et qui détacha une chaloupe pour reconnoître ce que je pouvois être. Etant asseurez que j'étois un homme qui périssoit, on me lira et porta au vaisseau. A peine fus-je rentré en moy mesme qu'on me prit pour un Portugais, et on ne tarda pas à connoître qu'on m'avoit veu à Lisbonne, et que j'étois au service de la maison de Villa-Franca. Le capitaine du vaisseau ordonna qu'on eut un soin particulier de ma personne parce qu'il avoit beaucoup d'obligation à cette illushe famille. Je ne fus pas longtemps sans recouvrer une pleine santé, et aussitôt je conjuray la compagnie de se décharger de moy à quelque prix que ce fût. Je fis le récit de toutes les disgrâces qui m'étoient arrivées sur les eaux, et je n'omis rien pour faire comprendre que cet élément m'étoit extrêmement fatal. Mais plus je trouvois de i-aisons pour les obliger, plus je me rendois ridicule auprès d'eux. Je crus donc que je devais m' abandonner entièrement à la divine Providence, et à toutes les suites de son adorable disposition, sans insister davantage^. Le capitaine me dit que les respects" qu'il conservoit pour la maison où il m'avoit toujours veu l'obligeoient de me garder jusqu'à ce qu'il pût me rendre à la Comtesse, ajoutant qu'il estimoit cette rencontre plus heureuse que toutes les autres fortunes qu'il pouvoit faire dans son voyage.

Je connus aussitôt que c'étoit une flotte portugaise composée de quatre vaisseaux marchands qui alloient aux Indes Orientales, de laquelle le pre-

a) Var. 1692 : et un instinct. — b) ne devois pas insister davantage, et qu'il valoit mieux que je m'abandonnasse au cours de ma destinée. — c) et la reconnoissance.

mier secrétaire se trouvant fort indisposé, on nie pria d'exercer sa charge.

Le vent nous fut si favorable qu'ils disoient hautement que j'avois apporté du bon-heur à leur dessein''\ Nous arrivâmes pleins de vie et de santé à la Ligne le quinze juillet, et au royaume de Congo le premier de septembre où nous mouillâmes l'ancre le 6 à Maninga. Il n'y avoit à plaindre que la maladie de notre Secrétaire qui s'augmentoit de plus en plus, elle médecin jugea qu'il falloit luy donner quelque repos sur terre où qu'il n'y nvoil aucune apparence de le pouvoir (juérir. Tous les capitaines et les pilotes jugèrent, à même temps, qu'il ne falloit pas s'exposer à doubler le cap de Bonne-Espérance pendant les approches de l'Equinoxe, ce qui lit qu'on arrêta de demeurer en ce port jusqu'au mois de décembre tant pour l'amour du malade que pour éviter le danger.

Nous rencontrâmes trois Portugais à Maninga qui entendoient la langue du pays, et qui nous dépeignoient tant de raretez de ce Royaume que nous ne pouvions assez les admirer. G'étoit un vray paradis terrestre qu'ils décrivoient remply de tous les avantages que l'esprit humain^ peut souhaiter pour la santé, pour les commoditez el pour les plaisirs delà vie, sans aucune nécessité de cultiver la terre; en quoy elle est bien dilTérente de la nôtre qui est souvent ingrate après mille travaux, et toujours exposée aux rigueurs des j)ents cl des excez de chaleur''. L'inclination naturelle que j'ay toujours conservée de connoître les raretez de la nature, faisoit que je recevois un plaisir très sensible [à les écouter] et à même tems me pressoit d'aller et de venir pourvoir en elTet ce que je ne croyois que sur la foy dautruy. Voicy un abrégé des remarques que je fis alors.

Ce pays n'est pas habité à moitié près comme le Portugal, et je ne sçais si on doit l'attribuer au peu d'inclination qu'on y remarque pour la génération ou à la ditficulté qu'on y voit d'engendrer. J^es hommes y sont entièrement nuds, si ce n'est depuis quelques années qu'il s'en trouve [quelques-uns j qui commencent, à l'imitation des Européens, à couvrir ce qu'on appelle honteux. Il est constant que l'abondance de leur contrée les rend négligens, paresseux, simples et slupides. Après les avoir quelque temps considérez, je fus forcé de confesser que notre nature'^ devenoit paresseuse quand elle ne manquoit de rien, et que l'oisiveté la rendoit brute et comme insensible^. Je conclus aussi que c'estoit une nécessité que l'homme fut exercé, qu'il prétendît et qu'il aspirât sous peine de devenir pierre^, et qu'aussitôt qu'il ne demandoit plus rien il de\enoit immobile'^ et sans action. La terre de ces quartiers, surtout entre les rivières du Zaïr et de Cariza, produit des fruits en abondance sans qu'on se mette en peine de la labourer. Et ces fruits sont si délicats et si nourrissans qu'ils contentent et rassasient pleinement ceux qui en mangent. 1/eau même de certaines fontaines a je ne sçais quoy de délicieux et de succulent qui satisfait en la beuvant. Nous y fîmes un séjour assez considérable mais sans aucune dépense, tant parce que le peuple méprise le gain, que parce que la campagne nous fournissoit avec abondance tout ce

a) Var. 1092 : au vaisseau. — b) l'homme. — c) mauvaises saisons. — d) reconnoltre que l'homme naturellement. — e) semblable aux bêtes. — /*) à quelque chose. — g) insensible.

que nous souhaitions. Les maisons sont si fort néffligées'^ en ce pays qu'on n'y entre presque point. Gomme les nuits ont toute la douceur qu'on peut désirer, on se porte mieux de coucher dehors que dedans un log-is.On nesçait pas mêmeseservirdelict et, à la réserve dequelquesmatelats pour les moins robustes, il n'est personne qui ne dorme sur la platte terre. Toutes ces considérations me faisoient concevoir un peuple qui, n'étant point obligé de travailler, vit avec quelque justice dans une oysiveté qui le rend pesant, néjj'^ligent, endormy, dédaigneux, et sans perfection, puisque la perfection demande de l'exercice, du travail et de la peine. El ainsi Lien loin que la béatitude consiste à posséder ce qu'on désire, quand même on ne désirerait rien que de bon, nous devons être asseurez quun homme qui ne souhaite plus rien en ce monde devient stupide et ne mérite plus de vivre, puisqu'il est incapable d'agir^.

Notre Capitaine m'accorda, et à trois de la compagnie, de monter par le Zaïr jusques au lac du même nom, et quand je pourrois raconter les divertissemens et la satisfaction que nous receumes en ce voyage on ne me sçauroit croire'^. Voicy une partie des remarques plus considérables que je fis alors, autant que ma mémoire peut me les fournir. Nous arrivâmes en vingt-quatre jours à l'embouchure du lac, nous le parcourûmes en dix, et nous nous rendîmes à la flotte en vingt. Le fleuve Zaïr n'est pas rapide et, comme nous avions quatre puissans rameurs, nous pouvions faire sans peine les quinze et dix-huit lieues par jour. Il est constant cependant que nous n'en fîmes jamais plus de huit en allant, d'où je conclus que les cartes géographiques manquent notablement d'éloigner le lac Zaïr de trois cens lieues de la mer. Ce qui nous obligeoit à de si petites journées étoit la continuation des curiositez qui se présentoient sans cesse à nos yeux en fruits, fleurs, poissons et animaux privez. Nous ne pouvions presque remarquer un endroit, dans de vastes prairies de soixante et quatre-vingt lieues de longueur, qui ne fut enrichy d'une tapisserie merveilleuse de fleurs qui passeroient pour rares dans les parterres les plus accomplis de l'Europe. Je ne pouvois voir fouler aux pieds tant de miracles de nature sans indignation, mais la grande quantité étoit cause qu'on n'en faisoit pas plus d'estime que de nos marguerites champêtres.

A peine y a-t-il un arbre qui ne soit fruitier, et qui ne porte quelques fruits que nous jugions précieux pour être incomparables à tous ceux que nous connoissions. Et la nature les a tellement accomodez à la portée des habitans qu'on les peut cueillir sans incommodité et sans danger. Nous ne vivions d'aucune autre nounnture que de celle-là, et nous en recevions tant de contentement que nous ne désirions rien davantage. Notre maistre pilote Sebastiano de Lez, homme d'une grande expérience, voyant que nous nous étonnions de ce qu'on alloit jusques aux Indes pour en transporter des délicatesses et des curiositez qui n'approchoient pas de celles que nous expérimentions en ce pays, nous dit qu'il étoit de ces fruits comme des viandes bien cuites et bien assaisonnées qui ne peuvent se

a,) Var. 1692 : peu nécessaires. — h) sans exercice et sans action. — c) nous eûmes tout le plaisir et toutcla satisfaction possible dans ce voiage.

conserver quatre jours avec leur goût ordinaire. Son discours m'obligea d'en faire l'expérience, et je vis qu'en eU'et on ne les pouvoit garder longtemps sans corruption. Il est vrai qu'en les mangeant on connoit qu'ils sont parfaitement cuits, nourrissans et conformes à l'estomach, bien loin des nostres qui nuisent toujours plus qu'ils ne profitent, et qui causent au moins autant d'amertume au cœur que de douceur à la bouche. C'est ce qui fait qu'il peuvent se conserver à cause de leur crudité qui combat la chaleur naturelle, au lieu que ceux de Manicongo, étant parfaitement cuit.s, se corrompent aussitôt qu'on tarde à s'en servir. C'est à quoy la nature a pourveu de telle sorte qu'il en meurit tous les jours en suffisance, et que les arbres y sont toujours charge;: de fleurs, de boutons et de fruits, dont les uns sont verds, les autres sont meurissanls et les autres propres à être mangez.

Entre la grande quantité de poissons que je remai-quay dans le Zaïr, j'en vis de deux sortes qui me surprirent. Je pourrois nommer les uns Amphibies, puis qu'ils approchent en quelque chose de nos gros chiens barbets et que, sortant assez facilement de l'eau, ils sautent presque comme des renards, avec cette différence que leurs pattes sont larges comme les pieds de nos canards, et celles de devant sont deux ou trois fois plus courtes que celles de derrière. Ils ont tant d'inclination pour l'homme qu'ils le cherchent et s'offrent à luy comme autant de victimes. Il arrive même quelquefois qu'ils sautent dans les bateaux et qu'ils viennent auprès des matelots pour les caresser à la façon des chiens. C'est ce que je vis de mes yeux et je voulus mal à un rameur qui en assomma un à mes pieds. Les naturels du pays les appellent Cadseick, et leur chair doit ressemblera nos loutres d'Espagne.

Les autres poissons que j'admii'ay sont volans et nous pourrions les appeler des paons marins, mais beaucoup plus beaux et d'une couleur plus éclatante que les terrestres. C'est rarement qu'ils nagent au fond de l'eau, on les voit presque toujours à fleur. Leurs plumes paroissent véritablement comme des écailles de poissons, mais avec une diversité de verd, de bleu, de jaune et de rouge tacheté qui ravit ceux qui les considèrent. Ceux que je vis hors de l'eau me paroissoient comme de grandes Aigles, avec deux ailes chacune de cinq à six pieds au moins. On auroit facilement pensé qu'ils affectoient de se faire voir, et admirer; tantôt ils caracolloient à l'entour du bateau, tantost ils se reposoient vis à vis de ceux qui les contemploient, se tournant et contournant de toutes les façons, avec une queue qui éblouissoit nos yeux.

Les rivages étoient pleins de plusieurs sortes d'animaux, mais les plus communs et les plus charmans ressembloient à nos moutons de Leiria, excepté que nous en voyions presque de toutes les couleurs, je veux dire d'un rouge, d'un verd, d'un jaune et d'un bleu si éclattant que notre pourpre et notre soye la mieux préparée n'en approche pas. Je m'inforniay jjourcjuoy on ne faisoit aucune emplette de tant de si brillantes raretez, et on me dit que ce teini'^ naturel se dissipoit avec la vie de ces animaux.

a) Var. 1692 : ces couleurs.

Etant arrivez au lac nous employâmes dix jours à le parcourir, et connûmes que sa longueur étoit environ soixante lieues et sa largeur de quarante. Nous vîmes la sortie du Niger qui est belle, assez spacieuse et assez profonde pour porter un vaisseau, mais elle ne tarde pas de se perdre dans les montagnes de Bénin. Nous nous arrêtâmes sur le Nil qui ne cède rien au Niger en son commencement, et s'il continue avec la gravité dont il sort et avance environ trois lieues, il n'est aucune difficulté de descendre dans la mer Méditerranée, et conséquemment la communication des deux mers est très belle et très commode par cet endroit.

Je minformay avec beaucoup de soin oùétoientles Gocodrilles (sic) que les bistoriens mettent en grande quantité en ces quartiers. Mais on ne connut pas même ce que je voulois dire, ce qui me fit croire que ce n'étoit que des contes faits à plaisir pour épouvanter les simples, et donner lieu aux orateurs de former des comparaisons selon leurs desseins. S'il est vray de dire qu'il est permis à ceux qui ont fait de longs voyages, d'en faire accroire aux autres qui ne connoissent que le lieu de leur naissance, il est encore plus vray d'asseurer qu'ils se prévalent tant de cette licence qu'ils n'alfectent presque que des fictions. La raison est qu'il arrive souvent qu'on fait de très grands chemins sans voir autre chose que quelques ports où on ne repose qu'un moment, et où les .fâcheuses incommoditezque causent mille tracas donnent tant d'ennuis et de lassitudes qu'on ne pense qu'à prendre quelque soulagement. Cependant, comme on est persuadé qu'il faut dire quelque nouveauté quand on vient de loin, plus les esprits sont subtils, plus ils en inventent. Et comme il n'est personne qui puisse leur contredire, on reçoit avec plaisir et on débite avec empressement leurs inventions, comme des vérilez auxquelles on n'oseroit répugner sans passer pour téméraire.

Nous passâmes ensuite dans une petite Isie qui est au milieu du lac, qui appartient au Roi de Zassaler"", qui se dit aussi Roy du Lac. Les natul'els la nomment Zasfla, et le Roy y tient une forteresse qu'on estime beaucoup en ce pays, bien qu'à la vérité ce soit très peu de chose en comparaison de nos forts de l'Europe. C'est la plaine qui est un vray sujet d'admiration et on n'y peut rien désirer que quelque température des senteurs aromatiques qui donnent trop fortement au cerveau^. Les fruits' y sont si beaux, si délicats et avec tant de profusion, que la beauté jointe à la quantité nous causoit de l'ennuy. Mais ce qui suspendit nos esprits/ et ce dont je n'avois pas encore ouï parler, c'est une source que nous trouvâmes plus douce que notre liypocras et qui réjoiiit et fortifie plus que notre vin d'Espagne. Nous raisonnâmes assez longtemps d'où pouvoit provenir une si agréable liqueur, et nous conclûmes que comme tout étoit embaumé dessus cette campagne, l'intérieur le devoit être aussi, et que si l'on trouvoit des sources de très mauvais goût, c'étoit une suite nécessaire qu'on en pût ti'ouver de très douces et de très agréables. Nous en beuvions avec un plaisir que je ne [)!iis expliquer, et un chacun

a) Var. 1692 : Jassaler. — b) pour le plaisir général de tous les sens, si ce n'est que l'odeur des herbes aromatiques y fût un peu moins forte. — c) nous surprit plus que tout le reste.

souhaitoit de pouvoir établir sa demeure en ce lieu, lorsqu'un naturel du pays vint avec empressement uo\is faire comprendre^ que cette boisson causoit la mort à ceux qui en beuvoient avec quelque excez. Nous ne fûmes pas longtemps à éprouver la vérité de son dire, car nous devînmes si fort assoupis qu'il fallut que nous nous couchassions sur la place, où nous demeurâmes endormis plus de quinze heures. Ce sommeil cependant n'eut aucun mauvais effet, et nous nous levâmes lous autant et plus alaigres^ que nous ii étions" auparavant. Les uns attribuoient ce long repos à la trop grande quantité des odeurs qui avoient rempli et appesanti nos cerveaux*^, et les autres croyoient que celte délicieuse boisson que nous avions prise en avoit été la cause.

De cette Isle nous voulûmes voir la source de la rivière de Guama que nous trouvâmes éti'oite et incapable de porter aucun bateau. Peu de temps après nous découvrîmes les sources du lac, et nous comptâmes plus de deux cens ruisseaux qui tombent des montagnes qui regardent le midy, et que les Espagnols ont appellées « Montagnes de la Lune », parce que Yasco de Gama doublant le premier le Gap de Bonne-Espérance l'an 1497, pour découvrir les Indes Orientales, voyant que la Lune qui étoit du côté de ces montagnes, paroissoit comme si elle en eut touché les pointes, leur donna ce nom. Les naturels les nomment montagnes d'Ors, c'est-à-dire d'eau, à cause de l'abondance des eaux qui en découlent continuellement.

Geux qui confondent ou qui mêlent le Zembre avec le Zaïr parlent sur des rapports fort défectueux. On nous asseura qu'il étoit de l'autre côté de ces montagnes à cinquante lieues et plus de distance du Zaïr.

La pluspart des Historiens placent quantité de monstres en ces quartiers, mais c'est sans autre fondement que le récit de ceux qui les ont inventez. Toutes nos enquêtes ne servirent qu'à trouver l'origine d'une nation voisine que les Européens appellent Caffres, et les naturels Tordi. Nous apprîmes donc qu'un homme du pays ayant élevé une petite Tigresse devint si familier avec cette bête, qu'il l'aima charnellement et commit le crime infâme avec elle, d'où suivit un homme monstre" qui a donné l'origine à ces Sauvages qu'on ne peut humaniser. Une preuve invincible^ de cette histoire, c'est que leurs faces ^ et leurs pieds ont de grands rapports avec les Tigres, et leurs corps mêmes ne sont pas exemps de plusieurs taches pareilles à celles de ces animaux.

Nous retournâmes par la rivière de Gariza, et demeurâmes vingt jours sur la route avec les mêmes divertissements que nous avions receus sur le fleuve Zaïr, excepté que tout ce que nous admirions en venant, nous étant devenu commun, excitoit moins nos admirations qu'au commencement.

a) Vor. 1692 : avertir. — h) aussi gais et aussi sains. — c) étions. — d) tètes. — e) dont il vint un animal dcmi-hommc et demy-bête, monstre. — /) très vraisemblable. — g) leur tète.

Illustration de Marilliei* pour les Aventures de Jacques Sadeur, dans la collection des Voyages imaginaires.

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