‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 65 sur 111 · SENTIMENTS DES AUSTRALIENS SUR CETTE VIE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DES AUSTRALIENS SUR CETTE VIE

sourire, il me quitta sans achever, témoignant que mon incrédulité provenoit de la corruption de mon esprit".

Il arriva pendant les six premiers mois de mon arrivée, que les caresses extraordinaires des frères me causèrent quelque mouvement déréglé, dont quelques-uns s'appei-ceui-ent qui en furent si fort scandalisez qu'ils me quittèrent*'. C'est ce qui me causa la haine de tous, comme j'ay déjà dit, et ma perte auroit été asseui'ée sans l'assistance particulière de ce vieillard. Je suis obligé de dire qu'en trente-deux ans qu'il y a que je demeuray parmi eux je u'ay pu connoître ny quand, ny comment s'y fait la génération. Leurs parlies sont fort petites, on n'y aperçoit rien de toutes ces décharges de la nature communes aux femmes qui ne sont pas enceintes". Leurs enfants ne savent ce que c'est que teic/nes, rougeolles, vérolles et semblables accidents auxquels les Européens sont sujets.

Aussitôt qu'un Australien a conccu, il quitte son appartement et se transporte au Heb, où il est rcccu avec des congratulations particulières'\ et où il a sa nourriture sans travail. Ils ont un certain lieu élevé^ pour rendre leur fruit, où ils étendent les jambes et l'enfant tombe sur des feuilles de Balf, après quoy la mère le prend, le fi'otte de ces feuilles, et l'allaite sa/js /e^er du sang, et sans faire semblant d'avoir soulfert. Ils n'ont nul usage dé bandes, ni de langes, ni de berceaux. Le lait que la mère leur donne est si substantiel qu'il leur suffit pendant deux ans, les excréments qu'ils jettent sont en si petite quantité qu'on diroit qu'il n'en rendent point. Ils parlent ordinaix'ement à huit niois, ils marchent à un an, et à deux on les sèvre. Ils commencent à raisonner à trois ans avec des divertissements inexplicables. .Aussitôt que la mère les quitte, le premier Maître de la première bande leur enseigne les éléments^, et ils demeurent trois ans spus sa conduite. Ils passent ensuite en la discipline du second Maître qui leur enseigne l'écriture, et ils le suivent quatre ans. Et ainsi des autres à proportion jusqu'à trente-cinq ans, auquel âge ils sont tous consommez en toutes les sciences naturelles, sans pouvoir distinguer quelque dilîérence de capacité entre eux^. Ayant ainsi achevé leur course, ils sont en attente d'être Lieutenants, c'est-à-dire de tenir la place de ceux qui veulent finir.

J'ay parlé de leur constitution^^ au Chapitre V et, à vray dire, elle fait paroître une douceur mêlée de gravité qui ne seroit pas commune en EuropeK Ils sont^ d'une santé inviolable, sans connoître même ce que c'est que maladie. Je crois que la bonté de leur constitution provient de leur naissance et de l'excellente nourriture qu'ils pilonnent sans excès. Nos maux ont des sources opposées, à savoir une conception de parents passionnés^, et une nourriture qui n'étant pas saine est souvent prise sans mesure. Nos parents nous communiquent ordinairement autant de deffauts qu'ils en ont contractez par leur vie déréglée. Si la gourmandise

a) Var. 1G92 : mes mœurs. — h) le cœur plein d'indigiialion. — c) Quoiqu'il eu soit. — d) témoignages de bonté extraordinaires. — e) sur lequel ils montent. — fjk lire, et leur donne en même temps les premiers élémens des connoissanccs plua avancées. — g) soit par le génie 014 le sçavojr. — h) Imn^cur. — i) forme le tempérament des hommes les plus raisonnables, et les plus propres à la société. — j) forts, robustes, vigoureux et. — U) la corruption du sang dont nous sommes formez.

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