‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 67 sur 111 · SENTIMENTS DES AUSTRALIENS SUR CETTE VIE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DES AUSTRALIENS SUR CETTE VIE

ce qui est apparent^. De là suit qu'elles fuyent leur destruction comme le plus grand mal, et qu'elles se peinent pour leur conservation comme pour leur plus grand bien, ne considérant pas que cest une peine vaine el qu'étant une nécessité qu'elles périssent, le relard de périr n'est quun accroissenienl de leurs maux^. Il faut, pour raisonner à fond — continuat-il — que nous nous considérions dans un état de misère. Premièrement parce que nos actions étant attachées à un corps pesant, plus nous agissons plus nous souffrons, et nous ne cessons de souffrir quen cessant d'agir'^, tellement que, parlant sincèrement, désirer de vivre c'est souhaiter de se peiner'\ et demander la mort, c'est aspirer au repos et à l'exemption de souffrir'^. Cela est d'autant plus vray quil est nécessaire que 'nous mourions, el que le délai ne sert quk nous causer de plus grands maux. Cette pensée que nous n'avons rien de plus cher que nousmêmes fait que, ne pouvant nous regarder que comme des objets périssants^, nous languissons plutôt que de vivre, et avouons qu'il vaudroit mieux n'être point que d'être pour connoître que bientôt on ne sera plus. Les soins de se conserver sont inutiles puisqu'enfîn il faut finir, el le retard ne sert quk l'augmentation de nos regrets. La veuë de nos perfections^ fait uu autre tourment, puisqu'on ne les peut considérer que comme des biens passagers qui ont tant coûté pour être incontinent perdus. Enfin tout ce que nous considérons, au de dans et au dehors de nous, ne fait qu'attirer nos peines el nos indignations^'. »

Je dis qu'il me sembloit que ce raisonnement prouvoit trop, que pour lui donner toute sa force il faudroit que je fusse triste de ce que je connoisse quelque chose qui me surpasse. Ce qui paroit d'autant plus blâmable' que la bonté du jugement consiste à se pouvoir contenter de sa condition, et à éloigner les réflexions qui ne servent qu'à nous affliger, surtout si nous ne pouvons pas y apporter de remède.

« Il y a du solide en ta réponse — répartit-il — mais elle est foible en deux chefs : l'un de pouvoir suspendre son jugement, l'autre de se pouvoir aimer sans détester sa dissolution. Pouvoir le premier, c'est avoir la veue bonne, et pouvoir cependant être sans voir ce qui est sans cesse devant nos yeux. Pouvoir le second, c'est pouvoir s'aimer^ sans pouvoir hayr sa destruction^.

« C'est une grande foiblesse de pouvoir^ vivre sans être frappé continuellement de sa destruction. Elle est plus grande de craindre ce qu'on sait qui arrivera infailliblement. Mais elle est extrême'" de chercher des préservatifs pour éviter ce qu'on connoît inévitable. Pouvoirctre sans voir la mort, c'est pouvoir vivre sans se connoître. Parce que la mort est insé-

a) Var. Ifi92 : elles n'en jugent que par récorcc et la couleur. — b) toutes les peines qu'elles se donnent pour rempêcher deviennent à la fin vaines et inutiles. — c) quoiqu'elle (la vie) consiste dans l'union d'une âme spirituelle avec un corps matériel, dont les inclinations sont entièrement opposées l'une à l'autre. — d) d'essuier la violence de ces oppositions. — e) dont chacune de ces deux parties joi'iit lorsqu'elles sont toutes deux dans leur centre. — /) composez dont la dissolution est certaine et infaillible. — g) plus rares talens et de nos connoissances les plus exquises nous. — h) contribue à nous i*endi'e la vie odieuse et insupportable. — i) est pourtant faux puisque. — j) aimer l'être. — k) le néant. — l) croire qu'on puisse. — m) c'est une folie achevée.

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