‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 72 sur 111 · DE LA LANGUE AUSTRALIENNE ET DES ÉTUDES · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE AUSTRALIENNE ET DES ÉTUDES

Ils s'occupent depuis vingt-cinq jusqu'à vingt-huit en la connoissance des volumes de leurs histoires. Mais connne je crois que c'est en ce point qu'ils fout pai'oUre de la foiblesse et de l'extravaçfance^. Ils comptent près de douze mille révolutions de Solstices''; ils enseiij^nent que leur origine est du Ilaab ou d'une divinité, qui en soujjla trois en même temps qu'ils nomment par leurs noms", d'où tous les autres sont venus^ Ils ont de vieilles écorces qu'ils estiment de huit mille révolutions, et on y distingue leurs annales'^ d'années en années avec plusieurs particularitez incroyables. Il faut un génie très particulier et très subtil pour pouvoir lire et expliquer les révolutions des cinq premiers mille, et jamais je n'y pus rien comprendre. Ce sonl° quarante-huit volumes d'une grosseur prodigieuse qu'ils conservent dans le Hah comme choses sacrées qu'on ne doit loucher qu'avec respect, et la seule raison qu'ils donnent pour autoriser la vérité de ce qu'ils contiennent, est que ce sont des hommes qui les onl écrits qui, étant incapables de tromper, ont conséquemmcnl remarqué ce qui se passoit alors*". Mais si ce qu'ils apportent étoit vray, les Etoiles seroient multipliées des deux tiers, le Soleil seroit grossy?, et la Lune fort diminuée ; la Mer auroit changé de place et mille choses pareilles qui sont hors de toute apparence.

Ils nous font commencer après cinq mille révolutions, et le commencement qu'ils nous donnent est tout à fait ridicule. Ils écrivent qu'un serpent d'une grosseur démesurée, Amphibie de nature, qu'ils nomment u Ams », se jetta sur un homme^^ pendant son sommeil et, en ayant joïiy sans lui faire aucun mal, cet homme^ se réveillant sur la lin de l'action s'affligea tellement qu'ils se précipita dans la mer. Le serpent, voyant ce désespoir, se jetta dans l'eau après luy, et ne cessa de le soutenir, de le soulever et de le porter jusques à une Isle voisine qui n'est plus maintenant, où étant, et lui ayant touché le cœur par ses caresses et par les marques d'amitié qu'il lui témoigna, il l'obligea de chercher à se nourrir^. Quelques mois étant écoulez, le serpent sentant son fruit dans cet homme, redoubla ses services. En accouchant il fit deux enfants des deux sexes\ ce qui obligea le serpent à des soins particuliers pour l'accouché, et à ne cesser d'aller et de venir pour trouver de quoy l'entretenir. Quand

a) Var. 1692 : d'esprit semblable à celle des autres peuples, tant pour l'antiquité jusqu'à laquelle ils l'ont remonter leur origine, que pour les choses l'abuleuses qu'ils racontent des premiers hommes dont ils disent être descendus. — b) depuis le commencement de leur République. — e) d'un seul soufle produisit trois hommes. — d) de leur histoire, et elle y est écrite en forme d'annales. — c) Le reste est compris dans. — /"jmais tout ce qui y est rapporté a plus l'air de prodif^es que d'Evéiiemens Historiques, et est plutôt merveilleu.v que croiablc. — «/) de lu moitié. — /i) une femme. — i) cette femme. — j) de laquelle elle eut tant d'horreur qu'elle. — Dans ce qui suit, puisqu'il s'a(,'it d'une femme au lieu d'un homme, il faut mctlrc partout la au lieu de le. — h) où (la femme) touchée de l'amitié de cet animal, cl se repentant de son propre dé.sespoir, elle résolut de se conserver la vie. et chercha dans ce lieu désert tout ce qui pouvoit lui servir «l'alimens et de nf>urriture, le serpent de son côté lui apportoit tout ce (ju'il trouvoit. — /) l'un mftie et l'autre femelle.

1. On voit que les Auslraliens suppriment Adam. C'est, dit Bayle, un système Préadamitique.

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les fruits ordinaires lui manquoient. il prenoit des poissons, et quelquefois de petits animaux, et les apportoit et les faisait manger à ses petits. Ces deux enfants en croissant monlroient plusieurs signes de malice et beaucoup de brutalité, ce qui causa tant de tristesse et de chagrin à cet hoinme^, qu'il en devint inconsolable. Le serpent sapperceut de ses ennuis et, pensant qu'il regrettoit son pays, après avoir fait son possible pour Icconsoler, sans rien avancer, il luitit plusieurs signes pour lui faire entendre que, s'il vouloit retourner avec les siens, il l'assisleroit en son retour, comme il l'avoit aidé en sa venue. Cet homme^ se jetta dans l'eau plutôt à dessein d'éprouver la volonté du serpent que pour autre considération. Mais le serpent se mit à la nage, se plaça sous son estomach, et le porta en peu d'heures en son pays; après quoy, il repassa pour joindre ses deux petits qui, étant devenus grands, s'accouplèrent et se multiplièrent beaucoup, ne vivant que de chasse et de pêche comme des bêtes carnassières. L'Isle étant trop peuplée pour les entretenir tous, ils trouvèrent le moyen de passer en d'autres pays et de les remplir de leurs productions, avec tous les désordres que nous expérimentons. V^oilà l'origine qu'ils nous donnent.

Quand ils sont parvenus à l'âge de trente ans, ils peuvent raisonner sur toute sorte de matières, excepté sur celle du Ilaab et des Ilahes, c'est-àdire de la Divinité et de leurs Annales. Quand ils ont environ trente-cinq ans, ils peuvent cire Lieutenants dans les Hebs, et faire un corps de famille avec les autres frères des appartements'^. Après vingt-cinq ans ensuite, ils peuvent retourner au Pleb pour y servir à l'instruction de la jeunesse, mais ils gardent ordinairement le rang de V antiquité'^, à cet elîet, si ce n'est que quelque vieillard le cède volontiers à un autre.

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