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CHAPITRE X DES ANIMAUX DE LA TERRE AUSTRALE

Il n'est personne, pour peu versé qu'il soit en la connoissance des pays, qui ne sache que les animaux y sont autant différents que les terres qui les portent. L'Angleterre n'a point de loups, et elle commande à plusieurs Jsles où les serpents ne peuvent t:iv7'e, et dont la terre transportée ailleurs les fait mourir'^. Le bois des forêts d'Irlande ne souffre ny ver, ni araignée. Les Isles Orcades n'ont point de mouches, et le Troudénus de Norwêge ne sait ce que cest que les vers. La Candie ne porte aucun animal venimeux. Le venin même transporté aux Isles de la Trinité perd son activité et n'est plus mortel quand il y est.

C'est une chose asseurée que les gros animaux ne sont pas toujours les plus incommodes. Les menues vermines que les Australiens ne peuvent

a) Var. 1692 : la niérc. — b) cette femme. — c) dans un appartement sépare. — d) l'ancienneté. — e) les serpents ne sçauroient vivre sur la Terre de l'Irlande, quelque part même qu'elle soit transportée.

134 »ES AMItfAUX t)E LA TERRE AUSTRALE

comprendre^, et qui n'ont rien do rare que la vie, font tant de désordres en plusieurs endroits de l'Europe, qu'elles causent souvent les stérilitez, les maladies cl les inorls universelles^, comme on peut le prouver par «ne infinité d'expériences. C'est pourquoy je dois mettre entre l'un des premiers bonheurs des Australiens qu'ils sont si universellement exempta de tous ces insectes, quils rejettent cnmiue contes faits à plutsirce (/non leur en raconte, parce qu'ils sont persuadez que la vie exige par nécessité des organes proportionnez et qui ai/ent une juste capacité. Toutes les bêtes sales, venimeuses, et nuisantes ne se ivonveni pas dans toute l'étendue de leurs quartiers'^, et je me persuade facilement que la solidité des fruits qu'on y rencontre provient de l'exemption de ces excréments. C'est de là que les corps sont toujours vigoureux, frais, moins sujets à la pourriture, et qu'ils ne poussent point de ces exhalaisons puantes et insupportables que nous souffrons en Europe. Celle même raison fait qu'on se couche, et qu'on dort indifféremment sur la terre nuë sans aucune incommodité, et même avec santé et plaisir^.

Ils ont gardé long-temps trois sortes d'animaux à quatre pieds, et ils en gardent encore en certains quartiers^. Je pourrois comparer les moindres à nos singes, excepté que leur face n'est pas velue; leurs yeux sont à fleur de tête, les oreilles assez longues, la bouche et le nez de forme huniaine, les pattes plus longues avec cinq doigts dont ils tiennent et portent tout ce qu'ils veulent avec autant de facilité que les hommes. Ils sont fort actifs, et ils font paroîlre Jeà" tours de gentillesse qui ravissent en admiration^. L'amitié qu'ils ont pour l'homme est telle qu'ils meurent de faim et d'ennui quand ils sont obligez d'en être éloignez. Etant en la présence de quelqu'un, ils ne se peuvent contenir sans luy donner quelque sujet de divertissement par leurs sauts, par leurs tours, leurs hondissements et mille sortes de singeries. Il est asseuré qu'ils vivent plus de la compagnie de Vhomme que d'aucun autre aliment, aussi ne mangent-ils jamais qu'en leur présence. On les a bannis de plusieurs seizains à cause qu'ils étoienl troj) importuns, particulièrement dans le Ilab. Gomme on ne pouvoit les empêcher d'y aller, qu'on ne les retînt enfermez, et qu'on ne les trouvât mourants au retour, aussi ne pouvoit-on les y laisser venir, et leur en perifiellre l'entrée sans s'exposer à une distraction continuelle et » la profanation de ce saint lieu.

Les animaux de la seconde sorte ont quelque couformité avec les porc?» médiocres, mais leurs poils sont doux comme de la soye et leurs museaux' plus longs, on les nomme Lums^'. Ils ont certaine addre&se^ de fouir et de renvei'ser la terre en lignes droites, avec autant et plus d'artifice que ne font nos meilleurs laboureurs avec leurs charrues, leurs bœufs et leurs chevaux. Ce qui surpasse toute commodité, cest quils n'ont besoin d'aucun conducteur pour commencer, continuer et finir leurs x-ayes. Unies a cependant détruils dans la plupart des seizains, à cause des or-

ii) V'ar. 109- : concevoir. — h) la peste et d'autres maux aussi considérables. — c) eu quelque endroit que ce soit. — d) C'est de là aussi eu partie qu'ils ont un si grand nombre de fruits également délicieux et beaux. — e) endroits. — f) quantité de tours qui demaiidcut nulnnt d'adresse que d'agilité. — g) sont de la moitié. — II) Ilujns. — /) l'instinct.

dures qu'ils causent et parce qu'ils ne sont utiles que sept ou huit jours (le l'année. Il faut les tenir enfermez le reste du temps ou souffrir des déj,'-âts assez fâcheux qu'ils font tant pour vivre (/ue pour se divertir

La troisième sorte d'animaux ji du rap[)ort à nos dromadaires, si ce n'est que leur tête approche de celle des chevaux. I/échine de leur dos est enfoncée par tout, et les côtes qui s'élèvent au-dessus, font une façon de cœur dont la pointe est en bas, et on couche facilement deux hommes dans le creux du dessus. On les nomme « Fnefs »". Ils portent des hommes de deux façons; la, première est simple et sans façon, montant dessus sans selle et sans housse. Ils portent huit hommes sans difficulté qui pèsent au moins douze Européens''. La seconde, qui est la plus commode, est avec une espèce de tour qui contient quatre hommes. La façon de conduire ces animaux est de les dresser avec une petite verge pour les avertir des détours qu'il faut prendre. On a conclu dans notre seizainde les détruire, tant parce que les oyseaux carnassiers les pourchassent avec avidité que parce qu il faut employer beaucoup de temps à les entretenir, les locjer et les conduire, ce qu'on juc/e indigne d'un homme qui ne doit être occupé quk des sujets dignes de sa nature.

Outre ces animaux, on y voit quatre sortes d'oyseaux qui mérilent nos réflexions; les premiers s'appellent « EfTs » qui voltigent comme les poulies privées, et qui sont de leur grosseur, et leur couleur est d'un incarnat charmant. On commence à les bannir desseizains, parce qu'on n'en reçoit que de notables incommodité? dans les parterres.

Les seconds et les troisièmes sont semblables à nos tarins et à nos mésanges, mais ils sont un peu plus gros, et si privez qu'il les faut souvent chasser de dessus les personnes, et leur voix est si douce qu'on la préfèrèroit avec justice à nos concerts de musique. Ils voltigent avec les frères et les suivent par tout, ils entrent même dans le Hab, où ils causent une certaine douceur d'esprit par leur gazouillement qu'ils appellent « Pacd », c'est-à-dire divertissement de béatitude. Ils ne mangent jamais qu'avec les frères, et ils ne prennent aucun repos qu'ils ne soyent sur eux. Ils ont cette propriété de sentir de fort loin les oyseaux carnassiers, et de picquer les frères pour les avertir. En un mot, c'est l'une des plus agréables et des plus utiles récréations de ce peuple.

Les quatrièmes oyseaux sont de la grosseur de nos bœufs, d'une tête longue qui finit en pointe, avec un bec d'un grand pied plus dur et plus affilé que l'acier aiguisé. Ils ont de vrais yeux de bœuf, qui sortent de leur tête, deux grandes oreilles, des plumes rousses et blanches, un col aucunement délié, mais fort large, un corps long de douze pieds et large de quatre avec une queue de plumes grandes et recourbée un estomach sous leurs plumes à l'épreuve des coups et dur comme fer, des pattes phis menues que grosses finissantes en cinq effroyables serres capables d'enlever facilement un poids de trois cens livres. Ces hori'ibles bêtes se nomment « Urgo », et elles ne vivent que de proye de la mer ou de la terre. Elles font un certain temps une guerre si cruelle aux Australiens

a) Var. 16&2 : Suefs. — b) et on s'en sert de même pour transporter les fardeaux !cs plus pesans, et les autres choses nécessaires dans le commerce de la vie.

quelles enlèvent quelquefois les dix, les douze, el les quinze personnes^ en un jour. Aussitôt qu'elles ont goûté de la chair humaine, leur avidité s'augmente pour en avoir, et il n'est ny stratagème, ny invention dont elles ne se servent à cet eiïet^. Tantôt elles sont en embuscades, tantôt elles fondent de la moyenne région de lair douze et quinze ensemble et, se jettant à la mercy des coups", c'est rarement qu'elles quittent prise sans enlever quelqu'un'^.

A bien considérer les Australiens, ils liant que ces ennemis qui empêchent la perfection de leur béatitude naturelle". Il est vray qu'ils ont fait et font encore tous les jours des choses inconcevables pour les détruire jusqu'à raser des Isles entières de trente et trente-cinq lieues de circuit, avec des montagnes d'une lieue de hauteur pour les chasser. Mais quoy qu'ils ayent fait et quoy qu'ils fassent, je ne vois aucune apparence d'en pouvoir venir à bout. Les Isles sont en si grande quantité en ces quartiers, k trois, quatre, cinq, huit et dix lieues, et plus avant encore, avec des rochers si élevez qu'il est impossible de les ruiner toutes. Quand même on pourrait ruiner celles-là, il en est d'autres plus éloiçfnées, et c est presque entreprendre d'applanir toute la terre, comme ils connaissent maintenant, que de vouloir ruiner tous les lieux que ces ayseaux peuvent habiter. Mais nous parlerons plus amplement de ces animaux au chapitre suivant.

Outre tous les animaux dontfay parlé, les Australiens ont mille secrets pour en former de toutes les façons, mais comme ils ne mangent point, ils ne vivent que peu.

Je ne puis passer icy sous silence que bien loin de manger de la chair, ils ne peuvent même concevoir comme un homme en peut manger. Leurs raisons sont, premièrement : que cette viande ne peut compatir avec l'humanité, qui est éloignée de la cruauté; secondement : que la viande des animaux ayant beaucoup de rapport avec celle des hommes, celuy qui peut manger de la chair de ceux-là, mangei'a sans difTiculté delà chair de ceux-ci; troisièmement : ils croyent que la digestion en est trop dangeieuse, et qu'on ne peut manger la chair d'un animal, sans se revêtir de ses inclinations; qualriènienicnt : ils sont persuadez que la chair d'une brute est tellement niodiliée à cette brute qu'elle ne peut servir à la composidon d'une autre qu'elle ne luy ressemble, et qu'on ne devienne brute à proportion qu'on s'unit de la chair de bête; cinquièmement: Ce mot de bête^ les rebutte tant qu'ils soulfriroicnt plutôt de n'être pas que de communiquer de la sorte avec elle; sixièmement: Ils ne savent pas ce que c'est qu'allumer du feu pour cuisiner; septièmement : Enfin l'antipathie est entière entre eux et la bête, et si un Australien avait mangé de la chair d'une bête, il croirait devenir bête.

S'ils ont en horreur la chair des animaux terrestres, ils détestent celle des poissons. Il est vray qu'ils sont rares en ces quartiers parce que les oyseaux de proye dont je viens de parler^' leur font une grande guerre.

a) Var. 1692 : quatre ou ciuq cens. — Jb) pour en attraper. — c) armes des Australiens. — d) ne manquent puères à enlever chacun le leur. — e) ces animaux sont leurs plus grands ennemis. — /) Qu'une bêle. — g) s'en nourrissent el.

RÀflETEZ UTILES A L'EUROi>E ÎSÎ'

£"71 Irenle-deux ans, je ne me souviens pas d'en avoir veu d'autres que certaines sortes d'angfuilles de trois et quatre aunes de longueur, et certains petits pattus qui ne s'éloignent pas de nos porcs-espics d'un noir luisant comme ébène.

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