‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 79 sur 111 · J6S NOTICE SUR DENIS VEIRAS · texte numérisé non relu

J6S NOTICE SUR DENIS VEIRAS

baie » ; il se lie avec Locke, le conseiller de Scliaftersbury. La disgrâce de Buckingham et d'Arlington (1674) avec qui il était retourné en Grande- Bretagne le force à rentrer en Fi*ance au moment où l'on imprimait, en anglais, à Londres la première partie de son Histoire des Sévarambes.

De nouveau h Paris et, cette fois s'y fixant définitivement, il met sous presse en 1677 la première partie en français de cette même Histoire des Sévaramhes, la continue par une seconde (1678) et la termine par une « Conclusion » (1679). On le trouve logé successivement rue de Bussi, au faubourg Saint-Germain, rue du Four, rue Sainte-Marguerite, donnant des leçons de langue française et anglaise, d'histoire et de géographie, faisant des traductions, etc., en un mot gagnant sa vie par tous les moyens en son pouvoir. Un moment il est gouverneur, pendant leur séjour à Paris, des jeunes comtes deLichlenstein. En 1681 il publie une Grammaire française et, en 1683, un abrégé de cette Grammaire en anglais. Thomasius rapporte qu'il faisait des conférences fort suivies de gens de lettres et d'abbés qui lui valurent une réputation d'homme d'esprit et cite, parmi ceux qui en eurent une haute opinion, le géographe Guillaume Samson. Il ajoute qu'il fréquentait les jansénistes et que, s'il avait voulu se rapprocher d'eux, il eut pu avoir un grand avancement. Celte dernière assertion est sujette à caution.

A partir de 1683 il n'est plus question de Veiras. La Révocation de l'Edit de Nantes ne pouvait l'atteindre, son indilîérence en matière de religion étant absolue.

Voici maintenant ce que M. G. Ascoli dit de l'homme :

Le biographe, ami de Veiras, fait de lui un bel éloge :

« Sa taille et son visage avaient quelque chose de spécial, et il avait ce qu'on appelle une physionomie heureuse. Toutes ses actions étaient bien éloignées del'hypocrisie, mais tendaientà l'honnêteté et il avait un goût singulier pour la morale : il en faisait volontiers des discours, car il avait l'élocution facile et agréable ».

Négligeons ici des agréments physiques, auxquels Veiras donnait peutêtre quelque prix lui-même, puisqu'il insiste, à plusieurs reprises, sur le mérite à cet égard du capitaine Siden (Denis) ou de son héros Sévaris (Veiras). Contentons-nous de discuter la valeur morale de Veiras. Or son attitude, au cours d'utje affaire sur laquelle des documents édifiants nous sont parvenus, nous laisse bien penser que ce pauvre homme, dans une vie étroite et misérable, faisait peut-être souvent de beaux sermons de morale, mais ne craignait point, à roccasion, de faire argent de tout, même de sa parole et de ses amitiés.

Parmi les personnages qui fi'équentèrent le logis de Veiras à Paris entre 1675 et 1679, et qui réclamèrent ses services pour des traductions, et peut-être quelques travaux cartographiques, il y avait un aventurier

NOïICl-: SLR DENIS VEIRAS 169

anglais, qui se faisait appeler le Colonel Scott*, et que Veiras avait autrefois connu à Londres, dès 1670, et rencontré à nouveau, en 1672, dans les Provinces-Unies. Les relations entre les deux hommes étaient fort amicales. Quand il avait les poches pleines d'argent, Scott aimait à venir rue du Four, et offrait à Veiras un bon dîner que les amis faisaient monter de chez le traiteur voisin ; bien plus, quand son hôte était gêné, Scott offrait de lui prêter quelques pistoles, et même quelques louis : « manières d'agir fort obligeantes et, dit Veiras, c'est ainsi qu'on se fait de vrais amis^ ». Point toujours pourtant.

Il arriva, en effet, que ce même Scott, pour se venger du Secrétaire de la Marine d'Angleterre, Pepys, qui l'avait fait arrêter comme espion, quelque temps en 1678, tenta d'impliquer P-epys dans le fameux « complot papiste » et l'accusa de trahison en faveur du gouvernement français, accusation qui entraîna d'abord la chute de Pepys et son internement à la Tour de Londres, en 1679. Bientôt Pepys, désireux de se justifier, fit de grandes dépenses pour recueillir, tant en France qu'en Angleterre, des témoignages établissant l'indignité de son accusateur. C'est alors que Veiras, l'ami et l'obligé de Scott, entra en scène, et profitant de ce que son intimité avec Scott lui avait appris sur ce personnage, offrit, pour un bon prix, sa déposition contre le Colonel.

Il sut que le beau-frère de Pepys, Ballhazar St-Michel, était venu en France pour recueillir des informations et il s'arrangea pour lui faire savoir qu'il avait bien des choses à dire; mais, en même temps, il entendait ne point avilir, en le donnant à trop bon compte, un témoignage comme le sien. Ainsi, au mois de juillet 1679, devant des Anglais résidant à Paris qu'il avait toutes raisons de croire en relations avec St-Michel, il faisait sans scrupules une déclaration de principes :

« Il avait reçu récemment la visite d'un M. St-Michel, et bien que le dit St-Michel ait causé avec lui sans aborder le sujet, il avait bien vu de quoi il s'agissait, qu'il voulait recueillir des informations sur le Colonel John Scott; mais bien que je connaisse, disait-il, assez de ses mauvaises actions tant en Hollande qu'en France, pour le faire pendre, pourtant, pour Dieu je n'en découvrirai rien à moins que je ne puisse en obtenir quelque chose. Et à l'un deux qui avait reçu lui aussi la visite de St-Michel, il affirma que c'était le moment et l'occasion pour lui de faire sa fortune, qu'il serait un sot et un âne, s'il disait quoi que ce fût de ce qu'il savait sur la mauvaise conduite de ce Scott, sans être d'abord assuré du profit qu'il en tirerait s. »

Dans des conversations avec un de ses élèves, le jeune Latour, sur l'indiscrétion de qui il devait pouvoir compter, il précisait ses prétentions tout en jouant à l'honnête homrne, surtout en faisant savoir que si on ne l'achetait pas bien vite, peut-être la partie adverse prendrait-elle les devants :

« Il y avait une personne ici, à Paris, qui sachant qu'il connaissait fort le dit John Scott et qu'il savait le détail de sa vie, le vint trouver et lui offrit

i. Sur ce personnage singulier, voir une plaquette de 0. D. Seuil, Dorothea Scott, Printed for private circulation, Oxford, 1883, in-8. — 2. Bibliothèque Bodleienne- Ms. Rawlinson A, 188, f" 252-3. —3. Ms. Rawlinson A. 188, f- 2o4, 255 (en anglais).

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