‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 80 sur 111 · NOTICE SUR DENIS VEIRAS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR DENIS VEIRAS

vingt mille livres avec cent ccus pour les frais de son voyage, s'il voulait aller à Londres déposer contre le dit Scott, et il n'a jamais voulu, aimant mieux son honneur que tous les biens du monde ; il est vrai qu'il savait des choses contre lui, que ledit Scott lui a dit de sa propre bouche, étant à Paris, qui étaient plus que suffisantes pour le faire rouer tout vif, eût-il dix mille vies, parlant seulement des choses qui regardaient le roi d'Angleterre et l'Etat.... mais il serait le dernier de tous les hommes si un ami, buvant et mangeant avec lui, et parlant franchement, venait à lui dire des choses qui pussent lui porter préjudice, et qu'ensuite de cela il allât déposer contre lui, il mériterait lui-même châliment et pour cent empires, il ne déposerait jamais contre lui; il avait écrit audit M. Scott qu'on lui avait ofl'ert vingt mille livres pour déposer contre lui à Londres, et qu'il n'avait pas voulu et que le dit sieur Scott lui avait fait faire réponse, afin que cela ne parût pas de sa main par un sien ami qui était ami de tous les deux, lequel l'emerciait fort le sieur Dalès (D'Alais) de son honnêteté et lui dit qu'on parlait fort de lui, que cette généreuse action lui avait acquéris^ une grande réputation parmi ceux qui le connaissaient, et que si jamais, en attendant qu'on le l'emerciât autrement, on pouvait lui rendre quelque service en Angleterre, qu'on le servirait en tout ce qu'on pourrait ^. »

Veiras eût préféré sans doute que Scott le remerciât autrement, et si celui-ci avait une fois de plus mis généreusement la main à la bourse, peut-être Veiras eût-il gardé bouche cousue, mais ou bien Scott, qui, selon le mot de Veiras « aujourd'hui était misérable et n'avait pas un sol, et demain bouillonnoit d'or et d'argent » était dans une de ses mauvaises passes, ou bien il jugea que les accusations d'un Veiras ne sauraient être redoutables. En tout cas, du côté de Pepys, on ne se montra pas plus empressé. Les conditions de Veiras pai^aissaient excessives. On essaya de se passer de lui en demandant à Latour un rapport détaillé de tout ce qu'il avait entendu dire par son maître d'anglais ; on essaya de jouer de finesse avec lui. En effet, voici ce que le capitaine de Morales écrivait à Pepys, le 17 juillet 1680 :

« Cependant je ménage fort l'esprit de M. Daily (D'Alais) afin de l'obliger de lui-même à déclarer ce qu'il sait dans cette affaire : les promenades que je lui fais faire, et les repas que je lui donne souvent, l'obligent à se lier d'amitié avec moi, ce qui me fait prendre des mesures justes pour savoir tout ce qui s'est passé entre lui et ce Colonel Scott, et je ne lui fais pas connaître dans quelle vue je lui procure tous ces divertissements, pendant lesquels je lui fais dire une partie de la vérité, et quand j'auray tout su de lui, je le rendrai capable à certifier comme moi, lorsque le temps le requerra. Je n'ose pas le trop presser, car s'il savait avec quel dessein je le vois, il pourrait écrire au Colonel Scott. C'est pourquoi, je le ménage comme si votre affaire me touchait, et je vous réponds que je me rendrai maître de son esprit, et que vous devez faire fonds sur ce que je vous mande-'. »

Peut-être Veiras se jouait-il des ruses grossières de l'agent de Pepys et faisait-il ainsi le niais pour se faire traiter plus longtemps I

1. C'est l'anglais que Veiras enseign^ait au jeune Latour, qui rédigea ce rapport, et non le français, — i. Ma. Rawlinson A, 188, f" 252, 253. -~ 3. Ma. Rawlinson, 188, f. 28i.

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