‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 91 sur 111 · PARALLÈLE DU CHRISTIANISMK AVEC LES MŒURS · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DU CHRISTIANISMK AVEC LES MŒURS

la patience, dit J.*C, vous serez les maîtres de vos Atnes^. 11 prétendoit si peu qu'on dût rechercher des maux qu'il prie lui-même son père d'éloig'ner de lui le Calice de sa Passion^, et saint Paul qui nous défend d'être voluptueux, nous exhorte à être heureux : Réjouissez-vous, dit-il, au Seigneur ;^ cesl-'d-dive rendez-vous heureux légitimement; et en un autre endroit : Réjouissez-vous toujours, je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous^ . Ghristofile se retira alors en murmurant, entre ses dents, quelque chose d'Arius, de Pelage, de Déisme et d'Epicurisme qu'on ne put pas entendre.

Pour lever les doutes de Ghristofile, et pour fortifier les preuves d'Eudoxe, Alatre ajouta le lendemain qu'un demi-savant en s'arrêtant au superficiel de la Religion et à la police civile ou ecclésiastique trouveroit dans ce parallèle des paradoxes, qu'un savant bien pénétré des vraies maximes du Christianisme prendra pour le véritable sens de l'Ecriture : Les préceptes essentiels de J.-C. sont d'aimer Dieu et son pi'ochain; et comme l'amour de Dieu ne consiste que dans l'obéissance, il est de même que l'amour du prochain, suivant le Grec en saint Mathieu, 22, 40, ou suivant la Vulgale il est semblable, mais ils ne seront ni les mêmes ni semblables s'ils sont diférents l'un de l'autre, et ces mouvements de l'âme sont différents, si l'un se trouve sans l'autre : or Jésus-Christ dit que les pécheurs aiment leur prochain, et nos demi-savants ne diront pas qu'ils aiment Dieu, mais si l'amour de Dieu n'est qu'une obéissance, et qu'il nous commande d'aimer notre prochain, nous ne pouvons obéira Dieu sans aimer notre prochain, sans par le seul même acte obéir à Dieu : aussi dans le dénombrement de ses Commandements, il ne parle que de l'amour du prochain^, parce que cet amour les comprend tous, et il accomplit seul toute laLoi*^; les bienfaits, les services, les honnêtetés, les complaisances, la haine des procez et les racommodements sont les heureux fruits de cet amour'.

Voilà les Préceptes essentiels de l'Evangile que les Pharisiens du Christianisme ont abandonné pour suivre des traditions et des commandements humains"; ils font profession cependant d'être les plus exacts observateurs de la Loi, et d'avoir atteint à la perfection du Christianisme à cause qu'ils imposent aux hommes des devoirs qui les acablent; il veulent être salués par des noms qui impriment le respect, il se distinguent par leurs habits®, et prétendent qu'en conséquence les premières places leur sont dues*''; ils font de longues oraisons à l'aide desquelles ils épuisent les maisons des veuves *', ils jeûnent deux fois la semaine, et font une grande difTérence des autres hommes à eux**.

Il y a d'autres Chrétiens qui, pour secouer le joug de l'Evangile, font sans fondement une distinction des préceptes et des conseils pour ne pas suivre ces derniers, comme si la raison ne nous obligeoit pas à prendre toujours le plus grand bien, et que le moindre ne fût pas un mal. Saint-

i. Luc. 21, 19. — 2. Luc. 22, 42. — 3. Phi. 4, 4. — 4. L Thcss. 15, 16. — 5. Matt. 19, 19. — 6. Rom. 13. 9. Gai. 5, 14. — 7. Matt. 5. Luc. 6. — 8. Matt. G. 15, y. 9. — 9. Luc. G. 20, v. 47. — 10. Mat. G. 23, v. 4 et 8. Et Luc. G. 20, v. 47. — H. Ibid. — 12. Luc. G. 18, v. 11.

ET LES SENTIMENTS DES AVAÏTEâ 2^7

Jacques a dit : Que céloit un péché de sçavoirle bien et ne le pas faire * ; il est encore plus surprenant qu'on divise un commandement en deux parties : de l'une on en fait un conseil, de l'autre on en fait un précepte ; Jésus-Christ commande à ses Disciples de prêter sans en rien attendre^, la Vulgate en expliquant le même mot grec en deux sens différents a donné lieu aux ignorants, c'est-à-dire à tout le monde, d'expliquer ces mots sans en rien attendre, des intérêts de la somme qu'on prête et on ne s'aperçoit pas de l'absurdité qu'il y a dans le verset précédent, où Jésus-Christ dit, que les pécheurs prêtent à intérêts pour recevoir autant qu'ils prêtent, ce qui est faux, car il reçoivent le principal et les intérêts. De la première partie de ce précepte on en fait un conseil, et de l'autre partie un crime qu'on punit très-sévèrement; cependant on feroit plus de plaisir à un homme de lui prêter dans le besoin à usure que ne lui rien prêter. La pensée de Jésus-Christ est que les Chrétiens prêtent et détachent de leur prêt l'obligation de rendre que les autres ont coutume d'y mettre, le Christianisme alors sera florissant pour la charité, et pour la paix, cette manière de prêter ramènera les mœurs des Chrétiens et des Avaïtes.

Mais pour revenir à nos Pharisiens, ils enchérissent sur les autres, toute l'année est de fête pour eux; quoique saint PauP recommande tant aux Fidèles de gagner leur vie par le travail : Ces fainéants de contemplatifs pour satisfaire leur orgueil en croupissant toute leur vie dans une honteuse oisiveté, ont inventé la distinction de la vie active et de la vie contemplative, et ils ont donnécontre la pensée de J.-C. la préférence à celle-ci; je dis contre la pensée de J.-G.*, car Marthe par les mouvements extérieurs qu'elle se donne pour lui, par ses empressements à lui rendre des services qui le regardent uniquement, désigne une âme qui s'atache entièrement à la personne de J.-C. Pour Marie elle écoute sa parole qui nous mène à l'amour du prochain et à la pratique des maximes que nous venons de raporter, qui demandent toutes de l'action; et s'il faut que la vie active et la contemplative soient figurées par les deux soeurs, Marthe sans doute est la figure de la première, puisque Dieu est l'unique objet des mouvements de son cœur et de l'aplication de son esprit : Ce n'est pas pour ces fainéants de contemplatifs, mais pour les ouvriers des œuvres de miséricorde et de charité du prochain que le Royaume du Ciel est préparé^.

\. Jac. C. 4, v. 27. — 2. Luc. C. 6, v. 35. — 3. Thés. 4, 11. — 4. Luc. 10, 39. — 5. Mat. 25.

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